Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à BFMTV le 22 janvier 2021, sur le retour des étudiants en cours présentiel un jour par semaine à partir du mois de février, les mesures sanitaires et la vaccination.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec nous, Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Lassitude, détresse, colère aussi, les étudiants en ont assez des cours à distance, beaucoup sont privés du travail qui leur permet de payer leurs études et sont découragés, plus d'argent, des dettes, la solitude, la peur de perdre une année d'études, depuis des semaines les étudiants demandent à être entendus, l'ont-ils été avec les annonces du président de la République hier ? Frédérique VIDAL bonjour.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Un reconfinement est indispensable et inévitable disent de plus en plus d'infectiologues et médecins, est-ce que le plan de reconfinement du gouvernement est prêt ?

FREDERIQUE VIDAL
Evidement nous sommes prêts à toute éventualité, nous observons les chiffres, et nous sommes en train justement de préparer, pour les étudiants, la façon de pouvoir maintenir un second semestre quelle que soit l'évolution…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir aux étudiants, mais le plan de reconfinement est prêt ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui bien sûr, nous nous préparons à toutes les éventualités, évidemment nous espérons que ça ne sera pas nécessaire, nous observons les chiffres, nous sommes sur un plateau légèrement montant, la question c'est, est-ce que l'effet du couvre-feu va nous permettre de diminuer le nombre d'infections par jour, et puis ces nouveaux variants qui arrivent, qui sont autant de nouvelles inconnues.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bine. Est-ce que le gouvernement, le président de la République - hier je recevais sur ce Plateau Odile LAUNAY, qui est infectiologue à Cochin et qui nous disait qu'il fallait réfléchir au confinement des personnes les plus fragiles et les plus âgées - est-ce que le gouvernement, le président de la République, envisagent de confiner seulement les personnes les plus âgées, les plus fragiles, ou souffrant de maladies graves, est-ce que c'est une possibilité ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, depuis le début ça n'a pas été quelque chose qui a été envisagé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est écarté ?

FREDERIQUE VIDAL
D'abord, les personnes qui se sentent vulnérables, j'allais dire, s'auto-confinent naturellement, il y a beaucoup de gens qui, bien qu'on ne soit plus en période de confinement, restent chez eux, sortent le moins possible, donc c'est déjà le cas. La difficulté, avec ce virus, par rapport au virus de la grippe par exemple, c'est qu'on peut être porteur du virus et sans symptômes, c'est-à-dire le propager tout en se sentant soi-même très bien, et c'est toute la difficulté de cette pandémie qui est totalement inédite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais justement, compte tenu de ces cas asymptomatiques, les 15-44 ans, on va beaucoup parler de la jeunesse ce matin, avec vous Frédérique VIDAL, mais les 15-44 ans, 60 morts du Covid en 1 an, 60 morts du Covid en 1 an, âge médian des victimes du Covid, 85 ans. Alors certains posent la question, est-ce que d'un côté nous prolongeons des vies, tout en gâchant d'autres vies, vous comprenez ce que je veux dire ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, je comprends tout à fait. Alors d'abord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Année gagnée sur la mort contre année gagnée pour la vie.

FREDERIQUE VIDAL
Je comprends la question et j'ai envie de vous répondre deux choses. D'abord, effectivement, le taux de mortalité est assez faible, mais on ne parle pas suffisamment des effets secondaires, de ce qu'on appelle le Covid à long terme. Moi, j'ai autour de moi des gens qui ont été quasiment asymptomatiques, mais qui néanmoins, six mois plus tard, n'ont toujours pas retrouvé, ni le goût, ni l'odorat, et on ne connaît pas les effets à long terme de ces infections, notamment les effets neurologiques. Donc, oui, il y a beaucoup moins de morts, mais est-ce que pour autant il n'y a pas d'effets de ces infections, ça aujourd'hui on n'en sait rien et c'est la première chose. Et la deuxième chose c'est que je suis très fière que nous ne soyons pas une nation du chacun pour soi, et je pense que c'est important que nous soyons tous ensemble contre cette pandémie, et c'est ce que l'on observe, et c'est ce que l'on observe aussi chez les jeunes et les étudiants, ils l'ont encore dit hier, ils savent qu'ils font cela, pas forcément pour eux, mais ils font cela pour les gens qu'ils aiment, pour leur famille, pour l'ensemble des Français, et le président leur a dit d'ailleurs que, il faudrait qu'on s'en rappelle et que nous nous en rappellerions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Frédérique VIDAL, même si vous pensez qu'il est difficile de faire respecter les consignes sanitaires aux étudiants, vous l'avez dit…

FREDERIQUE VIDAL
Non, je ne pense pas que c'est difficile de faire respecter les consignes sanitaires à l'immense majorité des étudiants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez dit, le problème c'est le brassage, c'est l'étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table, un sandwich avec les copains à la cafétéria.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, mais ça c'est la vie normale sur les campus, et ce que je disais c'est que ce qui était compliqué par rapport, je répondais à la comparaison entre un campus universitaire et un lycée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le journal Le Monde.

FREDERIQUE VIDAL
Il y a beaucoup plus de brassage dans les universités. Les protocoles qui vont être mis en place sont justement des protocoles qui vont limiter ces brassages, mais un étudiant, dans sa journée, il peut changer trois fois de salle de cours et il peut, pour cela, se promener entre les bâtiments sur les campus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Frédérique VIDAL, regardons. Le bac 2021, Jean-Michel BLANQUER l'a annoncé, les épreuves de spécialité seront évaluées en contrôle continue, bien. Dans les universités, pas de retour à la normale au second semestre, ça c'est ce qu'a dit le président de la République, évidemment vous confirmez, il n'y aura pas de retour à la normale, c'est évident.

FREDERIQUE VIDAL
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'objectif c'est la rentrée prochaine, a dit hier le président de la République.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, évidemment, c'est d'avoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi, ça veut dire année perdue ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, pas du tout. Il a précisé que pour ce second semestre, et pour que ce second semestre puisse permettre aux étudiants de garder le contact avec leurs profs, il fallait qu'on organise un retour en présentiel pour l'ensemble des étudiants, mais de manière très mesurée, de façon à ce que justement on évite ce brassage, de façon à ce qu'on ne revoit pas ces images qu'on a pu voir malheureusement au moment de la rentrée, d'amphis bondés, de manière à ce qu'on ne soit pas obligé de refermer les établissements à peine ouverts, voilà, c'est tout ça qu'on est en train de travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, regardons le retour en présentiel, parce que nous avons besoin, sur les annonces du président de la République, nous avons besoin de précisions, Frédérique VIDAL. Donc, retour en présentiel, retour des étudiants un jour par semaine dans les universités, les écoles, on est bien d'accord, je vais y revenir, on va détailler, mais, en cas de reconfinement, il n'y aura pas de retour ?

FREDERIQUE VIDAL
Si, en fait l'idée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, même en cas de reconfinement, même si le gouvernement décide une reconfinement, il y aura tout de même retour des étudiants en fac ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, il y a deux choses. D'abord, nous avons constaté, les profs nous l'ont dit, les étudiants nous l'ont dit, qu'il y avait besoin de remettre un minimum de contact entre les enseignants et les étudiants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça on l'a compris.

FREDERIQUE VIDAL
Si nous sommes sur un modèle de confinement comme au printemps dernier, avec les écoles fermées, avec personne qui ne se déplace, évidemment, dans ce cas-là, ça concernera aussi les universités, mais ce que le président nous a demandé de faire, et que ce Premier ministre nous a demandé de faire vendredi dernier lorsqu'on a reçu les conférences des présidents d'université, c'est de trouver des protocoles qui permettent, au même titre que les gens dans un confinement peuvent continuer à aller travailler, eh bien que là on puisse continuer à maintenir du lien entre les étudiants et les professeurs, comme on maintient l'école, je crois que c'est très important que l'on ait cette… l'enseignement c'est beaucoup de rapports humains aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Frédérique VIDAL, quand ce retour, cette nouvelle règle ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, le président le souhaite pour le début du second semestre, alors ça dépend évidemment des disciplines des établissements, certains établissements ont repris cette semaine, donc ça, ça veut dire qu'il va falloir qu'on aille très vite, d'autres reprennent la première semaine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
1er février ?

FREDERIQUE VIDAL
Deuxième semaine de février, donc voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Première semaine, deuxième semaine de février, 20 % des étudiants, c'est bien cela ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est ça, c'est un jour par semaine, l'équivalent d'un jour par semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre mesure annoncée hier par le président de la République, tous les étudiants non-boursiers et internationaux ont droit à deux repas par jour à 1 euro dans les restaurants universitaires, c'est bien cela ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Semaine et week-end ?

FRÉDÉRIQUE VIDAL
Alors, oui bien sûr, les restaurants universitaires sont ouverts en permanence, alors évidemment avec le couvre-feu ils ne sont pas ouverts le soir, c'est pour ça que le président a indiqué qu'il souhaitait qu'on puisse avoir des repas à emporter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, repas à emporter ou à consommer sur place, non, à emporter ?

FREDERIQUE VIDAL
A emporter puisqu'aujourd'hui les lieux de restauration sont fermés et les restaurants universitaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va falloir organiser tout cela, parce qu'il va y avoir des files d'attente interminables !

FREDERIQUE VIDAL
Non, mais c'est déjà organisé pour l'ensemble des étudiants boursiers, ils sont 750.000, et donc là c'est vrai qu'on élargie à l'ensemble des étudiants, c'est 2,7 millions d'étudiants qui pourront bénéficier de ces deux de repas à 1 euro par jour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un mot sur les examens, les partiels, qui s'annoncent, comment allez-vous faire ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, ils se sont quasiment terminés partout en réalité, donc il y a eu plusieurs modalités, il y a eu des formations qui ont évalué les étudiants en contrôle continu, d'autres qui ont pu les évaluer par des remises de rapport de mémoire ou des examens à distance, et pour environ 20 % des examens ils se sont tenus en présentiel, évidemment ça dépend des disciplines, des questions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pour les futurs contrôles ?

FREDERIQUE VIDAL
Pour le moment on reste sur cette organisation, chaque fois que nécessaire en présentiel, avec des règles très strictes, les mêmes que celles qui ont été mises en place à la sortie du premier confinement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un chèque psy pour pouvoir consulter à partir du 1er février, montant du chèque ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors en fait c'est un parcours de soins gratuit qui va être mis en place, c'est un chèque virtuel si on peut dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, on sait qu'on a eu beaucoup d'étudiants qui manifestent de la détresse psychologique. La première chose, déjà, c'est qu'on arrive à les convaincre de le dire, quand on a 18, 20 ans, on a du mal à dire qu'on va mal, qu'il faut aller voir un psy, c'est compliqué, d'où l'idée de former les référents, les tuteurs, donc d'autres étudiants, pour qu'ils les incitent, s'ils ne se sentent bien, à en parler, et ensuite organiser un parcours de soins ça veut dire voir un médecin et que le médecin soit capable de prescrire, soit une aide psychologique, soit d'avoir voir un psychiatre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est voir un médecin, ce n'est pas un chèque psy, ça n'a rien à voir !

FREDERIQUE VIDAL
Non, non, ensuite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est offrir une consultation médicale.

FREDERIQUE VIDAL
Non, ce qui est totalement nouveau c'est que ce médecin peut se diriger vers des psychologues, et que la prise en charge sera faite en amont, c'est-à-dire que l'étudiant n'aura rien à débourser, pour avoir un parcours de soins et de suivi chez un psychologue, ce qui n'est pas le cas actuellement, les psychologues ne sont pas remboursés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc plusieurs consultations, chez un psychologue ?

FREDERIQUE VIDAL
Autant de consultations que nécessaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Payées par l'Etat. Autant de consultations que nécessaire ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voulais avoir ces précisions.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous comprenez pourquoi.

FREDERIQUE VIDAL
C'est très important, et y compris d'ailleurs l'aide des psychiatres aussi, parce qu'on a parfois des pathologies qui se révèlent, ce n'est pas juste du mal-être, c'est des choses plus profondes qu'il faut soigner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous doublez le nombre de psychologues, j'ai vu.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, on a doublé le nombre de psychologues, on a aussi augmenté le nombre d'assistantes sociales de manière à ce qu'on puisse aussi délivrer plus facilement les aides que nous avons mises en place, que nous avons doublées aussi, elles sont portées à plus de 50 millions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous manquons tellement de psychologues. Combien de psychologues pour les étudiants en France ? C'est dérisoire…

FREDERIQUE VIDAL
Ça c'est un chiffre qu'il faut prendre avec précaution si je puis dire. Il y a un psychologue titulaire, dans les établissements, pour 30.000 étudiants, ce qui évidemment est très peu, mais heureusement il y a beaucoup de psychologues de ville, en vacation, qui viennent dans les établissements, autant que nécessaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, nous avons beaucoup de retard !

FREDERIQUE VIDAL
Mais nous avons du retard, effectivement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment, la recommandation internationale c'est un psychologue pour 1500 étudiants, nous on en est à un pour 30.000.

FREDERIQUE VIDAL
Si on compte les vacations on descend quand même, mais on est en retard.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, j'ai une autre question qui revient, mais qui revient sans cesse, pourquoi ne pas créer une aide financière pour les étudiants ?

FREDERIQUE VIDAL
Elle existe, ça s'appelle les bourses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En situation de fragilité sociale.

FREDERIQUE VIDAL
Ça s'appelle les bourses. On a 750.000 étudiants aujourd'hui qui sont bénéficiaires de bourse, et donc cette aide elle existe, alors qu'il faille la repenser structurellement, c'est ce que le Premier ministre a demandé de faire, il m'a demandé aussi de réfléchir à ça sur du plus long terme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est-à-dire de repenser, en fait, comment est-ce qu'on fait en sorte qu'on touche toutes les cibles qui en ont besoin. Vous savez, le choix qui est fait en France, depuis toujours, c'est que ces aides sociales elles sont attribuées par rapport au quotient d'impôt familial, on a des étudiants qui décohabitent, là c'est plus pour eux, on a… voilà, peut-être qu'il faut repenser par rapport à la structure familiale moderne d'aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne sera plus par rapport au quotient…

FREDERIQUE VIDAL
Il faut qu'on y réfléchisse, et puis ce que demandent aussi les étudiants c'est d'avoir un guichet unique. C'est très compliqué d'avoir à demander des aides à 52 guichets différents.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est vrai. Mais quand même, je m'arrête sur ce qu'a dit Emmanuel MACRON hier, il a dit un étudiant doit avoir les mêmes droits qu'un salarié, c'est ce qu'il a dit.

FREDERIQUE VIDAL
C'était par rapport à la reprise en présentiel. Les salariés, qui sont en télétravail actuellement, on les a autorisés à revenir un jour par semaine parce que, même sur des adultes qui travaillent, le confinement a un effet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais pourquoi ne pas instaurer, ce que demandent beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes, à la fois politique, un revenu de subsistance pendant la crise, un revenu minimum de subsistance pour tous les étudiants, pourquoi ?

FREDERIQUE VIDAL
Parce que c'est quand même un petit peu compliqué, je pense, de donner comme seule perspective à un jeune d'être financé au travers de ce type de revenu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est pour vivre, c'est pour manger, c'est pour se loger.

FREDERIQUE VIDAL
Mais les bourses sont faites pour ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais il n'y a pas que des boursiers dans ce pays.

FREDERIQUE VIDAL
C'est pour ça que nous avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a combien d'étudiants en France ?

FREDERIQUE VIDAL
Il y a 2,7 millions d'étudiants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de boursiers, 750.000 ?

FREDERIQUE VIDAL
750.000.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et il y a 2 millions d'étudiants qui sont, pas tous en difficulté, parce que certains parents peuvent subvenir à leurs besoins, mais d'autres non !

FREDERIQUE VIDAL
Oui mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'autres non, Frédérique VIDAL. Il y a une chose que je ne comprends pas, vous allez m'expliquer. Majorité civique à 18 ans, on est bien d'accord, majorité pénale à 18 ans, pourquoi pas une majorité sociale à 18 ans, pourquoi est-ce que dans ce pays on ne peut pas admettre qu'un jeune de 18 à 25 ans touche le RSA ou, je ne sais pas moi, un revenu équivalent ?

FREDERIQUE VIDAL
Parce que dans ce cas-là vous remettez en cause, c'est ce que je vous disais, la façon dont sont pensées les aides sociales pour les jeunes, elles sont pensées à un niveau familial, elles ne sont pas pensées à un niveau individuel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas remettre en cause cela ?

FREDERIQUE VIDAL
Mais parce que, en réalité, ça remet en cause énormément de choses, ça remet en cause les demi-parts fiscales, ça remet en cause toutes les exonérations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réflexion sera engagée sur ce point-là ?

FREDERIQUE VIDAL
Et c'est ça regarder une réforme structurelle, c'est mettre sur la table…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle va être engagée ?

FREDERIQUE VIDAL
Toutes les hypothèses, et celle-là sera regardée aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sera regardée aussi ?

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire la possibilité de verser un genre de RSA jeunes, pourquoi pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Il faut qu'on regarde si, individualiser l'aide aux jeunes c'est quelque chose qui a du sens par rapport à ce que nous avons choisi comme modèle depuis des années en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous en pensez ?

FREDERIQUE VIDAL
Personnellement je crois que c'est une bonne idée parce que je suis pour tout ce qui va aider à la prise d'autonomie, maintenant, pour moi la prise d'autonomie ça passe aussi par ce que nous avons commencé à mettre en place, c'est-à-dire le fait de pouvoir avoir accès à des petits jobs dans les universités, quelques heures par semaine, l'engagement, reconnaître l'engagement des étudiants, reconnaître l'associatif, c'est tout ça qui rend quelqu'un autonome.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc imaginons une indemnité en fonction de l'engagement de chaque étudiant, pourquoi pas.

FREDERIQUE VIDAL
C'est ce qu'on crée avec les emplois étudiants, quand on dit aux étudiants vous prenez soin des autres en résidence universitaire et on vous finance pour cela…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors il faut généraliser.

FREDERIQUE VIDAL
On est en train de faire 22.000 emplois de ce type dans les établissements, c'est une modification profonde, ce n'est pas quelque chose qui va se faire là en quelques semaines, en quelques mois, il faut qu'on pèse le pour et le contre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, si je comprends bien, si je résume bien, un RSA jeunes est en réflexion.

FREDERIQUE VIDAL
Il y avait l'aide globale d'autonomie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y avait.

FREDERIQUE VIDAL
Ça c'est très clair, ça fait partie des réflexions qui ont été menées dans ce cadre-là, on ne l'appelle pas RSA jeunes, on l'appelle aide globale d'autonomie, mais voilà, ces réflexions ont été entamées et il faut qu'on les poursuive, et à un moment il faudra qu'il y a un vrai choix de transformation structurelle ou pas, on n'en n'est pas là parce que ce n'est pas instruit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais Bruno LE MAIRE disait récemment, c'était ici même, à 18 ans on veut un travail, pas une allocation.

FREDERIQUE VIDAL
C'est vrai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes d'accord avec ça, vous êtes d'accord avec ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Je suis d'accord avec ça parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez qu'on n'a pas besoin d'une aide financière à 18 ans, parfois ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi je crois qu'à 18 ans on se construit, et certains jeunes, pour eux c'est très important de montrer qu'ils sont déjà dans la société, déjà utiles à la société. Vous savez, tous ces jeunes qui s'engagent en ce moment pour aider les autres, ils le font avec beaucoup de fierté, et qu'on les rémunère pour cela, c'est tout à fait normal, qu'on leur donne de l'argent comme s'ils étaient un peu miséreux, je ne suis pas sûre que, pour tous, ce soit important, par contre il faut qu'on aide tous ceux qui en ont vraiment besoin. Et, vous voyez, les jeunes, on dit « les étudiants », comme si c'était quelque chose d'unique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, il n'y a pas que les étudiants…

FREDERIQUE VIDAL
Les jeunes, les étudiants, ce n'est pas une catégorie homogène, c'est des centaines de milliers de cas particuliers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comme les salariés.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, mais ils sont salariés parce qu'ils travaillent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, oui. Frédérique VIDAL, un mot quand même sur la recherche en France. Gros efforts, gros efforts financiers du gouvernement pour la recherche future, néanmoins, quand je regarde le cas SANOFI, je sais bien que c'est de la recherche privée, mais tout de même, tout de même, plus d'1 milliard d'euros d'aides publiques ces 10 dernières années, et voilà que SANOFI supprime 400 postes dévolus à la recherche et développement, pas sur le vaccin, mais sur… en chimie je crois !

FREDERIQUE VIDAL
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça vous touche, ça vous touche d'ailleurs particulièrement, Frédérique VIDAL, mais est-ce regrettable, est-ce que vous le regrettez tout de même ? Voilà une entreprise qui a distribué, combien, 4 milliards d'euros, je crois, de dividendes, qui est en retard sur les vaccins, et qui se permet en plus de supprimer…non, franchement !

FREDERIQUE VIDAL
De toutes les façons, chaque fois qu'on diminue la recherche, et pour moi la recherche et le développement fait partie du grand monde de la recherche, je trouve que c'est se priver d'une avance sur l'avenir. Faire de la recherche c'est être capable d'être prêt le jour venu, et se priver de ça, c'est comme couper le tronc d'un arbre et espérer qu'il y ait des feuilles qui poussent au bout des branches, donc évidemment je le regrette. Mais Agnès PANNIER-RUNACHER et Bruno LE MAIRE travaillent avec SANOFI et notamment travaillent sur des engagements d'investissements massifs en R&D. Alors ça ne compensera jamais la perte des emplois mais je crois que ce qui est important, c'est qu'on continue à investir massivement en R&D et qu'on le fasse à la fois sur le public mais aussi sur le privé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une dernière question. Ça a suscité débat hier, je vous la pose. La France, 66 millions de procureurs ; vous le pensez aussi ?

FREDERIQUE VIDAL
Là encore, c'était dans le contexte et le président était en train de dire que pour lui, le mode de fonctionnement de la recherche était un mode de fonctionnement en essai erreur. Et il disait que malheureusement aujourd'hui, lorsqu'on reconnaît qu'on fait des erreurs, lorsqu'on tâtonne, lorsqu'on est devant quelque chose qui est totalement inédit comme la crise que nous traversons, ce dont on a besoin c'est d'être tous ensemble pour sortir de cette crise. Ce n'est pas que chacun y aille de son petit commentaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle erreur avez-vous faite depuis que vous êtes là ? Depuis ces six derniers mois ?

FREDERIQUE VIDAL
J'en ai fait d'innombrables comme tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Laquelle regrettez-vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois qu'on ne concerte jamais assez et que lorsqu'on a l'impression d'avoir fait le tour de la concertation, lorsqu'on pense qu'on a parlé à tout le monde, on se rend encore compte qu'il en manque. Voilà. Et ça, c'est quelque chose qui me chagrine beaucoup parce que quand j'entends dire que je ne concerte pas, vu le nombre d'heures que je passe sur le terrain je me dis qu'il y a encore du travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et n'oublions jamais la détresse de beaucoup de jeunes dans notre pays.

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne l'oublions jamais. Merci Frédérique VIDAL d'être venue nous voir ce matin sur RMC et BFM TV.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 janvier 2021