Déclaration de Mme Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l'autonomie, sur la réforme du grand âge et de l'autonomie nécessitant de changer de modèle et de revaloriser les métiers du domicile, Paris le 20 janvier 2021.

Intervenant(s) :

Circonstance : 13e Colloque national – les politiques vieillesse - de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA)

Prononcé le

Texte intégral

Madame la députée, chère Agnès
Monsieur le président de la FNADEPA, cher Jean-Pierre Riso,
Mesdames, messieurs directeurs d'établissements et de services pour personnes âgées,
Mesdames, messieurs en vos titres et qualités,
Mesdames, messieurs


C'était, pour moi, très important d'ouvrir ce 13e colloque national de la FNADEPA concernant les politiques vieillesse. Je voulais d'abord et avant tout vous exprimer mon plus profond soutien à vous, directeurs d'établissements et de services pour personnes âgées, pendant cette crise sanitaire. Elle va continuer à nous mettre, collectivement, à l'épreuve pendant encore de long mois. Elle est encore là notamment du fait de la circulation de différents variants, en provenance de l'étranger, cela va devoir nous amener sans doute à revoir certaines des consignes actuellement en vigueur dans nos établissements pour être encore plus rigoureux dans une crise qui je sais, dure déjà depuis trop longtemps pour vous et vos équipes.

Cette nécessaire sécurisation des résidents ne doit pas non plus nous mener à isoler durablement les résidents.

Vous le savez, des mesures d'isolement ont été prises pendant le premier confinement face à un virus qu'on ne connaissait pas. A l'époque ces décisions s'imposaient, mais depuis nous avons instauré le principe du « protéger sans isoler » qui encadre toutes nos actions et protocoles pour les établissements et les services.

Vous le savez, cette crise sanitaire continue de nous mobiliser. Depuis ma nomination, j'ai toujours cherché à associer au maximum toutes les parties prenantes du secteur du Grand âge, pour que l'on puisse construire ensemble la meilleure réponse à l'évolution de la situation sanitaire.

C'est cette même volonté de largement associer les parties prenantes qui a motivé notre stratégie vaccinale, en nous basant, évidemment, sur les avis des autorités sanitaires. Je ne vais pas y revenir trop longuement, tant je sais que vous êtes en première ligne dans son déploiement dans vos établissements et services.

Je peux par ailleurs vous annoncer que les résidences autonomie seront désormais aussi concernées par la vaccination, qui s'organisera au niveau local dans le cadre des cellules opérationnelles de vaccination qui réunissent les collectivités locales, le préfet et l'ARS.

La vaccination, c'est évidemment l'espérance de revenir à une quasi-normalité pour le secteur du Grand âge. Mais rien ne sera plus comme avant.

Rien ne sera plus comme avant parce que la crise a mis une focale particulière sur les enjeux du grand âge. Ces enjeux, vous le savez tous, nous poussent évidemment à agir. L'urgence démographique n'est pas pour demain, elle est pour aujourd'hui : 1.5 millions de personnes sont concernées aujourd'hui directement par la perte d'autonomie ; 1 million de professionnels travaillent à leurs côtés ; 11 millions d'aidants sont touchés dans leur quotidien ; 15 millions de personnes sont âgées de plus de 65 ans et seront donc très bientôt concernées par la perte d'autonomie. Ces chiffres existaient évidemment avant la crise sanitaire, mais, par sa brutalité contre les personnes âgées, elle a mis le doigt sur la nécessité de profondément changer notre modèle.

Changer de modèle nécessite d'abord et avant tout de changer le regard que nous portons sur les personnes âgées. Il est en effet tout à fait insupportable de considérer qu'une personne âgée en perte d'autonomie cesse d'être une personne à part entière, avec des envies, une voix, des aspirations et avant tout des droits. Ce sont des citoyens, pas des objets de soin.

Changer de modèle, c'est tout faire pour respecter le souhait unanime des français : vieillir chez soi. Ce virage domiciliaire demande que nous travaillions sur les métiers du domicile, trop souvent ignorés et précarisés.

Ce sont pourtant les métiers de demain. Des métiers d'excellence qui demandent une juste revalorisation. Le virage domiciliaire c'est aussi permettre à chacun de pouvoir adapter son logement à sa perte d'autonomie, quels que soient ses moyens.

Changer de modèle, avec ce virage domiciliaire, ça ne veut pas dire fermer des EHPAD. Ça veut dire au contraire construire « l'EHPAD de demain » : plus protecteur, plus bien-traitant, moins isolant. Ouvert vers l'extérieur avec des tiers-lieux en son sein, l'EHPAD de demain sera aussi un centre de ressources gériatriques pour les services à domicile de son territoire.

Voilà notre feuille de route, je sais qu'elle est largement consensuelle.

Je sais aussi que vous attendez plus que des professions de foi, et vous avez raison, tant votre mobilisation et votre dévouement nous obligent.

Cette réforme du Grand âge et de l'autonomie, qui a été abondée par de nombreux rapports et propositions, elle est, mesdames, messieurs, déjà en cours.

Elle est en cours d'abord du fait de nos engagements, en LFSS, pour revaloriser les métiers du domicile. Après la prime Covid pour les salariés du domicile et l'agrément de l'avenant 44, nous avons, vous le savez, fait voter des financements exceptionnels pour augmenter les salaires des aides à domicile.

Elle est en cours encore par la multiplication par quatre, via le plan de relance, de la participation de l'Etat dans les opérations de rénovation, de création de places ou encore de déploiement du numérique dont l'importance se révèle cruciale pendant la crise que nous traversons.

Elle est en cours enfin avec la mobilisation des collectivités et des associations dans la lutte contre l'isolement des personnes âgées, en particulier en milieu rural.

Vous le voyez, mesdames, messieurs, la réforme du Grand âge et de l'autonomie est sur les rails et vous participez d'ores-et-déjà à sa mise en oeuvre. Elle continuera de monter en puissance pendant toute cette année.

Pièce maîtresse de notre chantier commun, le projet de loi est toujours une priorité pour ce quinquennat, dès que la crise sanitaire en permettra l'examen.

Mesdames, messieurs, je sais votre attente sur tous ces chantiers. Je sais votre volonté – c'est aussi la mienne – de sortir de cette crise sanitaire avec un plan de transformation du secteur du Grand âge. Je peux vous dire que nous serons au rendez-vous de notre défi commun et à la hauteur de vôtre pendant la crise.


Je vous remercie


source https://www.geroscopie.fr, le 22 février 2021