Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Info le 2 mars 2021, sur le projet de loi "Climat et Résilience", l'affichage du bilan carbone des produits et les menus sans viande dans les cantines scolaires.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Nicolas SARKOZY va faire appel de sa condamnation hier à un an de prison ferme pour corruption. Est-ce que, comme votre collègue ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN, vous lui apportez votre soutien amical ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, moi, je suis membre du gouvernement, je n'ai pas du tout l'intention de m'exprimer sur une affaire qui est en justice, qui est en appel. Donc la justice fait son travail, vous connaissez l'adage, et je laisse la justice de mon pays faire son travail correctement.

MARC FAUVELLE
Et les ministres doivent se taire ?

BARBARA POMPILI
Les ministres doivent parler en tant que ministres, et quand ils ont des avis personnels sur des relations amicales qu'ils peuvent avoir avec telle ou telle personne, eh bien, ils émettent des avis personnels.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'un ministre de l'Intérieur peut accorder sa confiance à un homme qui vient tout juste d'être condamné ?

BARBARA POMPILI
Je viens de vous répondre.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous dites qu'il doit s'exprimer en tant que ministre, c'est ce qu'il a fait.

BARBARA POMPILI
Et quand on a des relations personnelles et amicales, je peux entendre qu'on puisse exprimer des voeux amicaux, mais encore une fois, en tant que ministre de la République, moi, je ne m'exprime pas sur une décision de justice.

SALHIA BRAKHLIA
Plus largement, il s‘agit d'un ancien président de la République, quand même, cette condamnation, elle est symbolique, quelle image ça donne de la France à l'étranger ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, encore une fois, je ne m'exprime pas sur une décision de justice, tous les Français sont justiciables, les uns, du plus haut sommet aux plus humbles, c'est normal.

MARC FAUVELLE
Les citoyens de la Convention climat, Barbara POMPILI, viennent de terminer leurs travaux le week-end dernier, après 17 mois de travaux. Ils ont noté le projet de loi que vous vous apprêtez à défendre dans quelques jours à l'Assemblée nationale. 2,5 sur 10, c'est la note qu'ils vous ont mise. Vous le prenez comme un échec ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, moi, j'ai longtemps discuté avec eux, donc je connaissais leur opinion sur un certain nombre de points. Je savais qu'ils voulaient rehausser l'ambition de ce que nous faisions. Ce que je trouve parfaitement normal, moi aussi, je pense qu'il faut être très ambitieux sur la lutte contre le changement climatique…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire, ils vous auraient mis la même note…

BARBARA POMPILI
Alors, sur les systèmes de notation, moi, je fais attention parce que c'est un système de notation qui avait quand même pas mal de biais, alors, on va me dire : ah, ben, quand même, non, mais on a par exemple des citoyens qui ont décidé, et d'ailleurs, tout le monde n'était pas du tout d'accord sur ce principe, de mettre zéro à tout. Donc à partir du moment où vous avez une partie des gens qui mettent zéro à tout…

MARC FAUVELLE
Ça baisse la moyenne.

BARBARA POMPILI
Forcément, ça biaise un peu. Et non, mais quand on a une mesure, comme la mesure qui consistait à mettre à l'article 1er de la Constitution la préservation de l'environnement, du climat…

MARC FAUVELLE
C'est l'une des rares mesures qui a eu la moyenne.

BARBARA POMPILI
Oui, mais c'est une mesure qui a été retranscrite intégralement, c'est-à-dire qu'on a pris ce que demandaient les membres de la Convention citoyenne, et on l'a appliqué intégralement, on a fait le fameux sans filtre, tel qu'il était compris par les membres de la Convention citoyenne. Eh bien, pour cela, on a une note de 6. Moi, je ne sais pas comment avoir 10 quand on reprend intégralement ce que demandent les citoyens, on a 6…

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire quoi, ça veut dire que les citoyens on fait de la politique, là ?

BARBARA POMPILI
Je pense qu'une partie des citoyens en fait sont dans une démarche politique, qu'on peut comprendre, c'est-à-dire qu'ils ont maintenant, pour beaucoup, saisi l'urgence à agir. Et donc maintenant, ils votent plus sur l'urgence que sur les mesures même que, eux-mêmes ont proposées. Donc vous voyez bien que sur les systèmes de notation, c'est un peu compliqué. En revanche, moi, ce que je prends, c'est d'abord tout le travail qu'ils ont fait et qui fait que, aujourd'hui, nous avons un texte de loi, et pas seulement, parce qu'il y a eu plein de mesures autour, puisque les mesures de type législatif, ce n'était qu'une partie des mesures proposées par la Convention. Donc moi, je continue à leur dire qu'ils ont un bel héritage, que moi, cet héritage, je vais le porter, et qu'ils portent de l'ambition, qu'il faut plus d'ambition, ils ont raison. Et donc, moi, je continuerai à pousser l'exigence.

MARC FAUVELLE
Ils sont plus Verts que vous, finalement, les citoyens de la Convention ?

BARBARA POMPILI
Ils ne sont pas à la même place surtout, quand on a des propositions…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire que c'est plus facile pour eux…

BARBARA POMPILI
Quand on a des propositions à faire, il faut qu'on pousse, il faut qu'on exprime la nécessité d'agir vite et loin. Le gouvernement, quand on est au gouvernement, on n'est pas à la même place. On doit mettre en place des mesures qui puissent être acceptées, qui puissent être portées, on doit emmener tout le monde.

MARC FAUVELLE
Est-ce que ce que vous dites est valable aussi pour vous, qui avez été longtemps écologiste, pardonnez-moi l'expression, mais militante pur jus…

BARBARA POMPILI
Ah, non, mais je suis toujours écologiste…

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous avez aussi, vous, depuis que vous êtes au ministère, revu vos ambitions à la baisse ?

BARBARA POMPILI
Ce n'est pas une question de ça. On peut avoir les ambitions les plus hautes possibles, si on ne peut pas les appliquer, ça ne sert à rien. L'exemple maintenant que tout le monde connaît était l'exemple de la taxe carbone qui était ambitieuse, qu'il fallait faire, mais qu'il ne fallait certainement pas faire comme ça, puisqu'on n'a pas suffisamment accompagné les gens, et on a des gens qui se sont retrouvés dans des impasses qui disaient : mais, moi, ce que vous proposez, je ne peux pas le faire…

SALHIA BRAKHLIA
Mais la difficulté dans ce que vous dites…

BARBARA POMPILI
Et du coup, ils se révoltent, et donc il faut absolument empêcher cela.

SALHIA BRAKHLIA
Oui, mais la difficulté dans ce que vous dites, Delphine, Delphine BATHO (sic), pardon, c'est un petit lapsus, Barbara POMPILI, la difficulté dans ce que vous dites…

MARC FAUVELLE
Tant que vous ne l'appelez pas Nicolas HULOT…

BARBARA POMPILI
J'ai beaucoup de respect et d'attention pour tous mes prédécesseurs.

SALHIA BRAKHLIA
La difficulté dans ce que vous dites, c'est que vous dites que les propositions pour certaines ne sont pas applicables, or, le président de la République s'était engagé à les reprendre dans leur quasi-totalité, donc c'est que c'était applicable au moment où il l'a décidé…

BARBARA POMPILI
Je n'ai pas dit qu'elles n'étaient pas applicables, j'ai dit que pour les appliquer, parfois, il faut mettre un peu d'huile dans les rouages, qu'on doit faire en sorte que tout le monde ait une solution derrière, que personne ne se retrouve coincé à cause d'une des mesures qu'on met en œuvre, donc par exemple, pour rénover des logements, eh bien, pour rénover les logements, on peut mettre toutes les obligations possibles, si on vous oblige à rénover votre logement, mais que vous n'avez pas les moyens de le faire, ou que vous ne savez pas comment faire, eh bien, vous ne pourrez pas et vous vous sentirez coincé et un peu révolté. Donc là, ce qu'on est en train de mettre en place justement sur cette partie logement, c'est une mission qui va rendre ses conclusions, là, avant l'examen de la loi, et qui va nous aider à trouver une solution pour accompagner les gens du début à la fin, c'est-à-dire, je veux rénover mon logement, eh bien, je vais m'adresser à une personne qui va venir avec moi et qui va regarder : bon, eh bien, voilà : donc, vous, le diagnostic, c'est ça, il faudrait vous changiez ci, vous changiez ça, les artisans qui peuvent vous aider, c'est ceux-là. Et puis, pour le financement, eh bien, vous pouvez avoir tel, tel, tel financement, et le reste à charge, parce qu'il y a des gens… 50 000 euros, quand on fait une rénovation globale, eh bien, tout le monde n'a pas les moyens de les mettre, loin de là. Eh bien, vous allez avoir des aides, et même pour le reste à charge, si vous avez des petits revenus, eh bien, on va vous aider. Et vous allez pouvoir le faire. Eh bien, quand on peut le faire, après, je peux vous dire que d'un seul coup, il va y avoir beaucoup, beaucoup de rénovation globale, beaucoup plus que si on met une interdiction par exemple dans la loi.

MARC FAUVELLE
Le texte tel qu'il est, il a été présenté aux citoyens de la Convention citoyenne, il est modifiable ou il est gravé dans le marbre ?

BARBARA POMPILI
Ah mais, vous savez que là, maintenant, on est à l'étape du passage au Parlement.

MARC FAUVELLE
On peut l'améliorer ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, évidemment que le texte peut être affiné, amélioré, les parlementaires sont là pour ça. Le texte proposé par le gouvernement, il est proposé par le gouvernement, et je rappelle que nos institutions sont bien faites en ce sens, c'est qu'après, il y a un débat au Parlement, avec des parlementaires qui sont les représentants du peuple. Et puis, il sera certainement amélioré et voté. Et comme ça que ça marche…

MARC FAUVELLE
Donc on peut le verdir davantage lors de cet examen à l'Assemblée ?

BARBARA POMPILI
Ah, mais de toute façon, il y a d'ores et déjà des pistes que nous-mêmes, le gouvernement, affirmons comme non finies, notamment sur la question de la rénovation, je vous ai parlé de la mission Sichel qui est en cours, sur la publicité, nous avons aussi un besoin d'atterrir sur le sujet, puisqu'on n'est pas allé au bout dans la loi…

MARC FAUVELLE
On va en parler, oui…

SALHIA BRAKHLIA
Parce que là, dans le texte, effectivement, c'est que pour l'interdiction et que pour les énergies fossiles, ce n'était pas du tout la proposition de la Convention citoyenne pour le climat qui, elle, demandait l'interdiction de la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre, donc on est loin.

MARC FAUVELLE
Je vous propose qu'on en parle dans un instant de cette question de la publicité, elle est importante, il faut qu'on s'interrompt un instant pour les titres à 8h40.

/// Le fil info ///

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Barbara POMPILI, la ministre de la Transition écologique. Je le disais à l'instant, la Convention citoyenne sur le climat prévoyait d'interdire la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre, et dans votre texte, eh bien, ce sont uniquement les énergies fossiles qui sont concernées, on est loin de l'ambition de la Convention citoyenne, est-ce que ça, ça va être amélioré à l'Assemblée nationale ?

BARBARA POMPILI
Moi, comme je vous l'ai dit, que je veux, c'est garder l'esprit de ce qu'ont fait les citoyens, ce qu'ils veulent, c'est que, à terme, il n'y ait plus de publicité pour des produits qui sont dangereux pour l'environnement et qui mettent en danger la nature, le climat, etc. Après, la question, c'est quel moyen on utilise. Moi, je ne suis pas une ayatollah des interdictions, voyez, les interdictions, elles doivent être mises en place si elles sont utiles, et donc là, nous, ce qu'on a essayé, c'est une autre voie qui est une voie des engagements volontaires des annonceurs de toute la filière. Et donc, on se dit que s'il y a des engagements volontaires, pour la publicité, ça marche plutôt pas mal en général…

SALHIA BRAKHLIA
Des engagements volontaires, ça veut dire qu'il n'y a pas d'obligation, c'est ça ?

BARBARA POMPILI
C'est à dire que ce sont les filières elles-mêmes qui s'engagent et les annonceurs qui s'engagent sur la pub pour dire : eh bien, justement, nous, on ne veut plus de publicités qui soient contre les valeurs que nous portons.

MARC FAUVELLE
Vous pensez par exemple qu'un groupe automobile français peut renoncer de lui-même à faire de la pub pour des SUV ?

BARBARA POMPILI
Ça existait notamment sur le sexisme, etc. Donc ça existe. Donc c'est la piste qu'on explore, et je dis bien qu'on explore. Donc moi, ce que je considère, c'est qu'aujourd'hui, la piste est mise sur la table, elle est dans le texte. Il faudrait rajouter quand même un minimum de possibilités de contrôle et d'encadrement, c'est-à-dire que : qu'est-ce qu'on fait si les engagements ne sont pas tenus, si en faisant ça, on arrive au résultat qui est voulu par les membres de la Convention citoyenne, moi, ça me va, l'important, c'est qu'on arrive au résultat, par contre…

SALHIA BRAKHLIA
C'est le « si » qui pose problème, c'est…

BARBARA POMPILI
Exactement…

SALHIA BRAKHLIA
C'est le manque de moyens pour y arriver.

BARBARA POMPILI
Le manque de moyens, non, enfin, là, tout le monde a les moyens de faire ça…

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais vous n'êtes pas sûre du résultat que vous voulez…

BARBARA POMPILI
A la fin, dans cette loi, soit, on a des engagements qui sont forts et qui sont suffisamment encadrés pour qu'on puisse y revenir si jamais les engagements ne sont pas tenus, et dans ces cas-là, ça m'ira, soit, on n'arrive pas à obtenir des engagements suffisamment forts et un encadrement correct, et dans ces cas-là, eh bien, il faudra en arriver aux interdictions. Mais ce que je veux, c'est qu'à la fin, il n'y ait plus de publicité sur les produits qui sont dangereux pour l'environnement…

MARC FAUVELLE
Lesquels ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, il s'avère que maintenant, il commence à y avoir des évaluations, des affichages environnementaux qui sont en train de se mettre en place, et que la loi Climat et résilience, que je porte, va renforcer. Donc ça peut être un indice, après…

MARC FAUVELLE
Pourquoi vous ne le citez pas ces produits ? De quoi on parle très clairement ?

BARBARA POMPILI
Mais parce que vous seriez surpris du nombre de produits qui sont…

MARC FAUVELLE
Eh bien, alors, allez-y, allons-y…

BARBARA POMPILI
Qui peuvent produire des émissions, des effets de serre…

MARC FAUVELLE
Quels sont les produits dont vous souhaitez, à terme, avec le mode de régulation que vous venez de nous décrire, ne plus voir à la télévision, par exemple ou dans la presse ?

BARBARA POMPILI
Moi, je considère qu'il y a... non, je n'ai pas envie en fait…

MARC FAUVELLE
Mais pourquoi ?

SALHIA BRAKHLIA
Mais pourquoi ?

BARBARA POMPILI
Non, mais parce qu'il y a des produits qui aujourd'hui sont un peu emblématiques…

MARC FAUVELLE
Les SUV…

BARBARA POMPILI
L'énorme SUV diesel, voilà, il est emblématique celui-là. Mais, moi, ce que je ne voudrais pas non plus, c'est que l'arbre des SUV cache la forêt…

MARC FAUVELLE
Alors, allons-y, les autres produits…

SALHIA BRAKHLIA
Alors justement, on vous demande…

BARBARA POMPILI
Non, mais on a beaucoup aujourd'hui…

SALHIA BRAKHLIA
De nous citer les autres exemples…

BARBARA POMPILI
Eh bien, des produits par exemple pétroliers, c'est pour ça que…

MARC FAUVELLE
Ceux-là, ils sont dans la loi, ce sont les seuls, les voyages en avion…

BARBARA POMPILI
C'est pour ça que les énergies fossiles…

MARC FAUVELLE
Barbara POMPILI, les voyages en avion ?

BARBARA POMPILI
Mais la question se pose, la question se pose des voyages en avion pour des petites distances à un très bas prix par exemple.

MARC FAUVELLE
Ou des grandes distances, oui…

BARBARA POMPILI
C'est vrai que la question a été posée par les membres de la Convention citoyenne, est-ce qu'on peut aujourd'hui, c'est une question, continuer à faire de la pub pour aller, je ne sais pas où, dans n'importe quel pays d'Europe pour 25 euros ou 30 euros…

MARC FAUVELLE
Et quelle est la position de la ministre, alors ?

BARBARA POMPILI
Moi, ma position, c'est qu'on veut des engagements volontaires, ça, c'est la position du gouvernement. Mais encore une fois…

MARC FAUVELLE
Mais vous avez-vous-même du mal à nous donner la liste des produits que vous ne voulez plus voir, et vous dites : on va laisser le secteur s'autoréguler sur ces produits dont on ne connaît pas la liste.

BARBARA POMPILI
Mais si, on la connaît la liste, vous avez des étiquettes, vous avez les étiquettes climat qui vont nous aider à le faire, ça aussi, c'est important, c'est qu'on ait des objectifs clairs, les membres de la Convention citoyenne, ils avaient parlé des voitures, mais ils avaient surtout parlé de leur carbone score, ils avaient dit : nous, on veut mettre en place un carbone score, c'est-à-dire que vous allez avoir une étiquette quand vous allez acheter un produit qui va vous dire si votre produit est bon ou pas pour l'environnement, avec un focus sur les émissions de gaz à effet de serre ; c'est ça qu'ils veulent et c'est ça qu'on va mettre dans la loi, pourquoi ils font ça, parce que, justement, là, il va y avoir des analyses précises, des analyses de cycle de vie, ce qu'on appelle, pour identifier quels sont les bons et les mauvais produits, et eux disaient : eh bien, dans ces cas-là, on peut dire que les produits qui auraient une mauvaise note dans ce carbone score pourraient ne plus faire l'objet de publicité. Eh bien, ça, ça s'appelle une méthode, ça ne s'appelle pas du name and shame, ça s'appelle regarder scientifiquement, concrètement quels sont les bons et les mauvais produits. Et donc je trouvais que cette méthode-là était une méthode qui s'entendait, qui était…

MARC FAUVELLE
Ça concerne aussi l'alimentaire ce que vous dites, la viande par exemple ?

BARBARA POMPILI
Alors, la viande, vous allez me faire venir sur un autre sujet, je vous vois arriver…

MARC FAUVELLE
Non, non, on va y venir après, mais est-ce que ça peut concerner…

BARBARA POMPILI
Je vous vois arriver. Je vous vois arriver…

MARC FAUVELLE
Le bilan carbone d'un steak de boeuf est plus lourd qu'un steak de soja, bon, là, j'enfonce une porte ouverte, mais est-ce que ça peut concerner d'autres domaines que les transports ?

BARBARA POMPILI
Ah, eh bien, oui, bien sûr que ça peut concerner d‘autres domaines que les transports, évidemment, mais quand on parle de la viande, je peux vous dire que pour l'environnement, pour la planète d'une manière générale, et pour notre santé, si on mange moins de viande, mais de la meilleure viande, et locale, eh bien, tout le monde s'en portera mieux.

SALHIA BRAKHLIA
Et c'est pour ça que vous avez défendu le maire écologiste de Lyon qui a instauré, pour des raisons sanitaires cette fois-ci, un repas sans viande par semaine ?

BARBARA POMPILI
Il s'avère que j'ai défendu la position du gouvernement qui est d'ailleurs d'inscrire…

SALHIA BRAKHLIA
On n'a pas l'impression…

BARBARA POMPILI
Vous pouvez reprendre toutes mes paroles, qui est d'inscrire dans le texte Climat et résilience l'expérimentation par les collectivités volontaires d'un choix végétarien tous les jours…

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que tous les élus de votre camp et tous les ministres qui sont tombés sur le col du maire de Lyon, après cette décision, avaient oublié de lire votre loi ?

BARBARA POMPILI
Non, ils l'ont lue, forcément. Ils connaissent…

MARC FAUVELLE
Alors comment vous expliquez…

BARBARA POMPILI
Ils connaissent les 69 articles, j'en suis sûre.

MARC FAUVELLE
Comment vous expliquez ça alors ?

BARBARA POMPILI
Je crois qu'il y avait certainement une volonté de dire qu'il fallait laisser le choix. Je pense que c'était juste ça.

SALHIA BRAKHLIA
Parce que, eux, ils parlent d'idéologie scandaleuse quand même, vos collègues du gouvernement, Gérald DARMANIN, Julien DENORMANDIE, à l'Agriculture…

BARBARA POMPILI
Vous savez, j'ai bien vu que ça avait fait une polémique, ce que je vois, c'est que ça a permis de débattre du fond, c'est-à-dire, est-ce qu'un menu végétarien est équilibré ou pas, oui, est-ce que les enfants qui mangent moins de viande se portent aussi bien, oui, est-ce que les enfants des catégories populaires ont besoin de manger beaucoup plus de viande que les autres, non, et est-ce qu'on peut avoir dans des cantines des menus végétariens et manger moins de viande, mais de meilleure qualité, et est-ce que ça, ça peut être positif pour tout le monde, oui, donc tant mieux si ça a pu créer un débat de fond.

MARC FAUVELLE
Et même si la cantine, c'est parfois le seul repas pour les familles les plus pauvres où on peut manger de la viande, parce que la viande, c'est cher, parce que toutes les familles n'ont pas les moyens de…

BARBARA POMPILI
Alors, vraiment, je vous invite, justement, à regarder tous les reportages et toutes les analyses qui ont été faites par vos collègues qui ont eu l'occasion de creuser le sujet, et qui vous disent bien que les enfants des catégories les plus pauvres ne sont pas privés de viande et qu'ils en mangent, le problème, c'est que maintenant, plutôt d'avoir accès à une viande de bonne qualité, alors ce n'est même pas de bonne qualité, c'est une bonne viande tout simplement, une viande du terroir, une viande qui a du goût, une viande qui est faite par nos producteurs à nous, eh bien, voilà, elle coûte un peu plus cher cette viande-là, mais si on fait plus de menus végétariens, qu'on mange moins de viande en moyenne, mais qu'on mange de la meilleure viande, on se portera mieux, et j'insiste, parce que l'argument que vous sortez est un argument qu'on sort très régulièrement…

MARC FAUVELLE
Et qui est faux ?

BARBARA POMPILI
L'important pour des enfants, c'est d'avoir un menu équilibré à la cantine. Et donc un menu équilibré, ça peut être avec de la viande ou ça peut être sans viande, ce n'est pas le sujet, il faut un menu équilibré. Et un menu végétarien peut tout aussi bien être équilibré qu'un menu avec viande, comme d'ailleurs, vous savez, il peut y avoir des menus avec viande qui ne sont pas équilibrés. Donc l'important, c'est d'avoir des personnes qui s'occupent de la composition des menus, qui fassent attention à ce qu'ils soient équilibrés, végétarien ou pas.

MARC FAUVELLE
La ministre des menus équilibrés à la cantine et de la Transition écologique, Barbara POMPILI, est ce matin l'invitée de France Info.

/// Le fil info ///

Barbara POMPILI, l'Autorité de sûreté nucléaire vient d'autoriser les plus vieilles centrales nucléaire françaises à fonctionner jusqu'à 50 ans au maximum, c'était 40 ans jusqu'à présent, ça concerne 32 réacteurs français mis en service principalement dans les années 80 ; c'est une bonne nouvelle ?

BARBARA POMPILI
Non, alors, ce n'est pas comme ça que ça se passe, Marc FAUVELLE…

MARC FAUVELLE
Ah, alors, allez-y.

BARBARA POMPILI
En fait, vous savez, les réacteurs nucléaires font l'objet de visites tous les 10 ans pour regarder s'ils peuvent encore fonctionner 10 ans plus tard, et donc là, en ce moment, pour les réacteurs les plus vieux qui sont les réacteurs 900 mégawatts, eh bien, il y a ce qu'on appelle les quatrièmes visites décennales, et donc l'ASN regarde pour chaque réacteur s'il est en état de continuer oui ou non, alors, en général, ce n'est pas oui ou non, en général, c'est, eh bien, il peut continuer si on fait tant de travaux, etc, etc. Et donc chaque réacteur fait l'objet de cet examen, et l'ASN le dit bien, si elle constate que le réacteur ne peut pas continuer, il ne continuera pas. Donc c'est vraiment du cas par cas…

MARC FAUVELLE
Je vais vous poser la question différemment, est-ce qu'il faut faire ces travaux pour les maintenir en vie jusqu'à 50 ans ?

BARBARA POMPILI
Mais, on a une ce qu'on appelle une programmation pluriannuelle de l'énergie prévue, où on a prévu de faire durer les réacteurs jusqu'à au moins 2035 et même après, pour baisser la part du nucléaire à 50%, et donc pour baisser la part du nucléaire à 50% de la production d'électricité, il faut fermer un certain nombre de réacteurs, mais ils faut en garder aussi un certain nombre ouverts, si vous voulez, sinon, en fonctionnement. Et ensuite, il y aura un choix à partir de 2035, est-ce qu'on continue, est-ce qu'on arrête, si on continue le nucléaire, il va falloir construire de nouveaux réacteurs, si on arrête, il va falloir laisser continuer à vivre ces réacteurs jusqu'à leur fin de vie, on va dire, et ne pas en construire de nouveaux, mais ça, ça nécessite donc des visites tous les 10 ans pour bien vérifier que tout est à peu près correct. Moi, la sûreté nucléaire, c'est très important quand même…

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous êtes favorable à la construction de nouvelles centrales en France ?

BARBARA POMPILI
Mon avis, Marc FAUVELLE, importe peu…

MARC FAUVELLE
Ah bon ?

SALHIA BRAKHLIA
Eh bien, si, vous êtes ministre…

MARC FAUVELLE
Eh bien, je crois que vous êtes ministre chargée de ce dossier, non…

SALHIA BRAKHLIA
La Transition écologique…

BARBARA POMPILI
Moi, je suis chargée…

MARC FAUVELLE
L'avis de la ministre de la Transition sur le nucléaire français importe peu ?

BARBARA POMPILI
Absolument ! Vous savez pourquoi, vous savez pourquoi, parce que moi, je suis en charge de faire en sorte que, 1°) : nous ayons un approvisionnement en électricité pour tous les Français, et c'est le cas, 2°) : de faire en sorte que, évidemment, les conditions de sûreté soient respectées, et donc c'est pour ça que je tiens beaucoup aux avis de l'ASN, qui est une autorité indépendante et qui fait son travail, et que j'encourage à continuer à faire son travail, parce que quand on a des centrales nucléaires à côté de chez soi, il faut que ce soit sécurisé le mieux possible. Et puis après, je suis là pour donner des choix aux Français, c'est-à-dire que quand il va falloir choisir si on continue nucléaire ou si on arrête progressivement pour arriver à 100% de renouvelables, eh bien, il faut que les Français puissent avoir le choix, et donc, il faut que je mette en œuvre tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce choix puisse exister, donc pour que tout soit bien organisé, pour qu'on puisse faire les deux, et que les Français puissent choisir…

SALHIA BRAKHLIA
Et juste, question pratique…

BARBARA POMPILI
Et donc à la fin, ce n'est pas à moi de dire : il faut continuer ou il faut arrêter, il faut que je dise…

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas de conviction sur ce sujet ?

BARBARA POMPILI
Evidemment que j'ai des convictions…

MARC FAUVELLE
Alors, quelles sont-elles ?

BARBARA POMPILI
Et mes convictions ont toujours été, ont toujours existé, et j'ai toujours…

MARC FAUVELLE
Elles n'ont pas changé depuis que vous êtes ministre ?

BARBARA POMPILI
Elles n'ont pas changé depuis que je suis ministre…

MARC FAUVELLE
Donc c'est qu'à terme, il faut les fermer…

BARBARA POMPILI
Et donc ces convictions ne sont pas forcément les mêmes que d'autres membres du gouvernement ou que le président de la République, mais nous, notre rôle…

MARC FAUVELLE
Après tout, si on débat sur les menus à la cantine, on doit pouvoir débattre aussi du nucléaire, non ?

BARBARA POMPILI
Mais exactement, mais pour pouvoir…

MARC FAUVELLE
Alors, quelle est votre position sur les centrales nucléaires ?

BARBARA POMPILI
Non, mais, attendez, pour pouvoir débattre sur le nucléaire, il faut qu'on puisse avoir les moyens d'en débattre, moi, j'ai fait faire, ma « prédécesseure » a fait faire une étude qui permet de dire aujourd'hui que si on veut faire 100% de renouvelables en 2050, on peut, il y a encore quelques mois, tout le monde nous disait : ce n'est pas possible, eh bien, grâce au travail que nous avons fait, eh bien, maintenant, on sait que si on veut faire sans nucléaire, on peut. Après, il y a des conditions à remplir, techniquement, on peut, il y a des conditions à remplir. Et donc maintenant, on sait qu'on peut, ça, moi, ça, je l'ai apporté au débat, et avec ma prédécesseur Elisabeth BORNE. Ensuite, on peut faire les uns et les autres, quelles sont les conditions pour y arriver, voilà, vous avez les deux options sur la table, Mesdames et Messieurs les Français, maintenant, vous choisissez. Et ce n'est pas un opérateur qui va décider tout seul dans son coin…

SALHIA BRAKHLIA
Barbara POMPILI, donc comme Emmanuel MACRON, vous dites : notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire, vous êtes sur la même ligne, là ?

BARBARA POMPILI
Dans les 10, 15 prochaines années, ou même dans les 20 prochaines années, oui, oui, évidemment, puisque nous aurons encore au moins 50% de nucléaire d'ici 2035, donc, oui, je vous confirme que nous aurons encore beaucoup nucléaire jusqu'à 2035, après, la question, c'est : est-ce qu'on s'en passe oui ou non, les avis divergent sur la question, mais moi, je fais en sorte que les deux options soient sur la table et qu'on puisse, et que les Français puissent décider.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, on a parlé de ce qui allait se passer en 2035, mais il y a aussi d'autres échéances, l'année prochaine, l'élection présidentielle, est-ce que vous allez glisser un bulletin MACRON dans l'urne pour le premier et le deuxième tour s'il était candidat ?

BARBARA POMPILI
Eh bien écoutez, fort probablement, mais encore faut-il qu'il se présente…

SALHIA BRAKHLIA
Vous n'avez pas de doute là-dessus…

BARBARA POMPILI
Mais fort probablement, oui, s'il se présente évidemment.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire quoi fort probablement ? Ce n'est pas un oui ?

BARBARA POMPILI
Mais parce que je n'ai pas à dire aujourd'hui, à précéder une candidature du président de la République, pour l'instant, il n'a pas, à ma connaissance, fait acte de candidature, maintenant, je peux supposer que s'il se présente, évidemment, je voterai pour lui.

SALHIA BRAKHLIA
Et vous ferez campagne pour lui ?

BARBARA POMPILI
Mais attendez, le président de la République va se présenter en partie sur son bilan, et puis, sur ses propositions pour l'avenir, en tout cas s'il se présente, eh bien, dans son bilan, il y aura une grande part qui concernera la transition écologique, et ce que je suis en train de faire, c'est de faire en sorte qu'on pousse le plus loin possible l'ambition écologique de ce pays, et je serai extrêmement fière si, au bilan du président de la République, il y a des grandes réformes écologiques, donc moi, je suis là pour faire que ce bilan soit le meilleur possible, et pas seulement pour le président de la République, d'abord et avant tout, pour l'intérêt général, et surtout pour préparer l'avenir de nos enfants, vous voyez, ça, c'est quand même un objectif qui me semble assez noble et assez enthousiasmant.

MARC FAUVELLE
Donc votre choix est fait, Barbara POMPILI, ce sera Emmanuel MACRON, même s'il y avait un candidat ou une candidate écologiste face à lui au premier tour ?

BARBARA POMPILI
Alors, l'écologie, maintenant, elle n'est plus le monopole d'un parti politique, mais je suis…

MARC FAUVELLE
Eh bien, ça, ça va faire plaisir à vos anciens camarades écologistes…

BARBARA POMPILI
Je suis écologiste, je suis engagée dans l'écologie et dans la lutte écologique depuis 20 ans. Je me bats pour qu'on puisse changer la vie des Français, pour que dans la loi Climat et résilience, on puisse faire rentrer l'écologie dans les gestes quotidiens pour qu'enfin, on puisse donner un avenir aux gens, parce que je vous rappelle que la transition écologique, c'est aussi créer des nouveaux métiers, créer les métiers de demain pour nos jeunes, redonner de l'espoir, redonner des perspectives, faire face à l'avenir, excusez-moi, mais, ça, c'est de l'écologie concrète, c'est de l'écologie de terrain, et, excusez-moi, mais elle est incarnée par d'autres aussi que ceux qui sont dans un parti qui porte ce nom-là.

MARC FAUVELLE
Merci Barbara POMPILI. Bonne journée à vous.

BARBARA POMPILI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 mars 2021