Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France Info le 7 avril 2021, sur la production et la livraison de vaccins contre le coronavirus.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait le vaccin. Pour la première fois des vaccins anti-Covid vont donc sortir d'un site français aujourd'hui, une usine du groupe DELPHARM installée en Eure-et-Loir près de Dreux va produire plusieurs millions de doses, produire, ou plutôt mettre en flacons puisque c'est un vaccin PFIZER BIONTECH qui sera à l'Intérieur. Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Ministre chargée de l'Industrie, c'est vous qui, au gouvernement, pilotez les contrats avec les laboratoires. Ça y est, la France rattrape un tout petit peu son retard ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça y est la France fabrique, elle fabrique parce que nous nous sommes mobilisés en juin. Ce démarrage d'usine, enfin de lignes de production, il est soutenu par le gouvernement, c'est suite à un appel à projets qui a été lancé en juin dernier, 2020, que nous cofinançons, avec l'entreprise, dans deux semaines ce sera autour de RECIPHARM de démarrer sa production pour MODERNA, et dans le mois qui suivra, fin du mois de mai, début juin, ce sera autour enfin de FAREVA pour le vaccin CUREVAC.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que, combien de doses " Made in France " dans ces différents sites seront produites cette année ?
AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, entre les quatre sites qui vont produire du MODERNA, du CUREVAC, puisqu'il y a deux sites pour le CUREVAC, et du BIONTECH, plus SANOFI qui va produire pour JANSSEN, pour son concurrent, dès qu'il aura la disponibilité du principe actif, nous pourrons produire 250 millions de doses d'ici la fin de l'année.

MARC FAUVELLE
Que vont-elles devenir ces doses, elles seront remises au pot commun européen…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

MARC FAUVELLE
Réparties dans tous les pays, c'est ça…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elles seront…

MARC FAUVELLE
Ce ne sont pas des doses pour les Français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas des doses spécifiquement pour les Français, pour une raison simple, c'est que nous avons une partie de la chaîne de production, le principe actif va être fourni par différents pays, et comme nous avons réussi à organiser une chaîne de production européenne, qui nous permet aujourd'hui d'ores et déjà d'avoir des doses, ce que nous n'aurions pas eu si nous n'avions bénéficié que des sites industriels français, nous renverrons nos doses pour participer à la montée en capacité de production de l'ensemble de l'Union européenne.

MARC FAUVELLE
On sait que SANOFI et Pasteur ont plusieurs projets de vaccins français, s'ils reçoivent le feu vert des autorités françaises est-ce qu'on aura les moyens de les produire en masse sur notre sol ces vaccins-là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait, puisque SANOFI en particulier, qui est le vaccin aujourd'hui de plus avancé en France, avec VALNEVA, qui est également un autre vaccin à virus désactivé…

MARC FAUVELLE
Qui lui va partir au Royaume-Uni parce que les Anglais ont signé les premiers.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui et non, parce que nous avons également une discussion avec VALNEVA, donc c'est un peu plus compliqué que ça, et nous soutenons VALNEVA puisque nous sommes au capital de l'entreprise, BPI France est au capital de VALNEVA. S'agissant de SANOFI, ce sont des doses qui seront produites intégralement en France, sur le site de Vitry, donc l'ensemble du principe actif et du flaconnage sera réalisé par SANOFI en France, donc ça viendra en complément, probablement sur une logique de variants et sur une logique de rappels, puisque ça devient les nouveaux sujets. Vous savez que nous avons anticipé aussi trois sujets, la vaccination des enfants, nous suivons de très près les essais cliniques qui sont en train de se développer sur la vaccination des enfants…

MARC FAUVELLE
Une étude de l'Institut Pasteur, ce matin, estime qu'on ne s'en sortira pas, on en parlait dans le journal de 7h30, sans les vacciner…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a effectivement des études épidémiologiques…

MARC FAUVELLE
Les enfants, c'est sur la table aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous ce qu'on regarde c'est où en sont les études cliniques, MODERNA est parti, BIONTECH est parti, les entreprises qui aujourd'hui n'ont pas encore d'autorisation de mise sur le marché doivent d'abord valider l'adulte pour ensuite pouvoir développer l'enfant, mais vous voyez que c'est un chapitre nouveau sur lequel nous devons d'ores et déjà anticiper, avec des productions en France, et avec des développements en France.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, depuis le début de l'année il faut faire avec les retards de livraisons, d'abord chez ASTRAZENECA, on apprend aujourd'hui que PFIZER BIONTECH va décaler l'une de ses livraisons de vaccins, 3 millions de doses en moins au mois de mai, qui sont décalées à début juin, est-ce que ça va avoir des conséquences sur notre programme de vaccination ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ce n'est pas un décalage, c'est la façon d'enregistrer les doses, la dernière semaine…

MARC FAUVELLE
Elles devaient arriver fin mai…

AGNES PANNIER-RUNACHER
La dernière semaine de mai commence par le 30 mai, les livraisons, donc elles sont comptées, elles étaient comptées par la France comme étant une livraison en mai, celles de BIONTECH comptent la date exacte de livraison qui sont le 1er et le 3 juin, et donc c'est pour cette raison qu'il n'y a pas de modification du planning de BIONTECH, c'est juste une question de convention sur à quel moment on enregistre les doses.

MARC FAUVELLE
Donc ça ne remet pas en cause les 30 millions de personnes vaccinées au moins avec une dose en France d'ici mi-juin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

MARC FAUVELLE
C'est toujours tenable ? C'est toujours réaliste ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est toujours tenable d'ici l'été puisque nous allons recevoir beaucoup de doses, nous allons recevoir, au mois d'avril, quasiment autant de doses que depuis le début de la vaccination, soit plus de 12 millions de doses, et nous avons reçu, pour donner un exemple très précis, 3 millions de doses la semaine dernière, donc c'est maintenant que ça se passe, et le rythme de vaccination a doublé, la dernière semaine de février en vaccinant 1 million de personnes, la dernière semaine de mars 2 millions de personnes.

MARC FAUVELLE
Face aux retards de livraisons l'Europe bloque désormais les exportations de vaccins ASTRAZENECA produits sur le territoire européen, est-ce que ça marche, est-ce que vous avez récupéré des doses ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'Europe contrôle les exportations, ce qui n'est pas tout à fait la menace…

MARC FAUVELLE
Elle menace de bloquer.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et, la même chose, et menace de bloquer lorsqu'elle n'a pas la destination exacte de ces vaccins et qu'elle ne paraît pas conforme aux propos tenus par ASTRAZENECA concernant la réalisation du contrat de l'Union européenne. Donc, à ce stade, nous avons sécurisé les doses qui devaient venir au mois d'avril, c'est-à-dire que les 16 millions de doses qui ont été bloquées en Italie ce sont des doses qui seront pour le marché de l'Union européenne, qui permet de s'assurer qu'il n'y ait pas des fuites sur des doses destinées au marché de l'Union européenne, il y avait également 13 millions de doses qui étaient destinées aux pays en développement, si on qualifie que c'est bien des doses pour les pays en développement on les laissera partir, si c'est le contraire, effectivement, on est capable de les bloquer pour les redonner au marché européen.

MARC FAUVELLE
Vous avez sans doute vu, Agnès PANNIER-RUNACHER, ces centres de vaccination qui ont été obligés de fermer leurs portes plus tôt le week-end dernier car il n'y avait pas assez de volontaires pour bénéficier du vaccin ASTRAZENECA, des centaines de rendez-vous ont été annulés. Est-ce qu'on pourra se passer de ce vaccin, est-ce qu'on peut le faire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui si on veut arriver rapidement à l'immunité collective des adultes, ce qui est notre objectif pour pouvoir rouvrir plus rapidement, il faut compter sur le vaccin ASTRAZENECA. Je rappelle que le vaccin ASTRAZENECA a fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché, fondée sur des essais cliniques qui ont été conduits sur des dizaines de milliers de personnes, et que nous avons aujourd'hui des millions de personnes qui sont vaccinées. Moi je ne suis pas médecin, mais je sais que l'Agence du médicament européenne est une des plus strictes au monde sur les questions d'efficacité et les questions de sécurité.

MARC FAUVELLE
Et qu'elle doit rendre ses conclusions dans les heures qui viennent.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et qu'elle a précisé, encore hier soir, que le bénéfice du vaccin ASTRAZENECA était considérable et qu'il fallait s'appuyer sur cette vaccination, l'OMS a fait de même.

MARC FAUVELLE
De l'autre côté de l'Atlantique, aux Etats-Unis, tous les adultes qui le souhaitent vont pouvoir commencer à se faire vacciner dans 10 jours, un Américain sur trois est déjà vacciné, quand vous voyez ça aujourd'hui est-ce que vous dites que l'Europe a raté le coup au moment de négocier les contrats, est-ce qu'on a été trop pingre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas une question de négociation des contrats, c'est une question de financement de la recherche et développement, c'est la question, dans l'étape d'avant, d'avoir accompagné les laboratoires pour développer leurs vaccins, or à ce moment-là l'Europe n'avait pas les instruments pour le faire. Ce n'est pas un trop d'Europe que nous avons eu, c'est un pas assez d'Europe. Ce qu'ont pu faire des Américains en finançant tous les essais cliniques de tous les laboratoires qui aujourd'hui ont un vaccin qui est arrivé sur le marché, je pense à BIONTECH, qui est une entreprise allemande, je pense à CUREVAC qui est une entreprise allemande, je pense à SANOFI qui est une entreprise française, ces trois entreprises ont été accompagnées par les Américains, c'est là que ça s'est joué, et ça témoigne, pour la France, de l'absence d'instruments de financement de la santé pendant des années, ce à quoi le gouvernement est en train de mettre une fin, parce que depuis 3 ans nous avons relancé la machine.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de l'Industrie, grand témoin de France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 avril 2021