Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à Public Sénat le 8 avril 2021, sur les dégâts du gel dans le vignoble, la réforme de la PAC, les prix agricoles et la grippe aviaire.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invité ce matin, c'est le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
On est ensemble pendant un peu plus de vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée par Julien LECUYER de La Voix du Nord. Bonjour Julien.

JULIEN LECUYER
Bonjour Oriane, bonjour Monsieur le ministre.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Et on commence évidemment par l'inquiétude dans les vignobles français, Julien DENORMANDIE, due aux conditions climatiques et le gel qui touche plusieurs départements. On a vu ces images de viticulteurs allumer des feux, allumer des bougies pour tenter de réchauffer leurs vignes. Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin s'il y a eu des dégâts dans les vignes françaises ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a eu des dégâts dans les vignes mais pas que : dans le secteur de l'arboriculture, dans le secteur des grandes cultures également. En fait, on a eu un épisode climatique qui a été en tout point exceptionnel. C'est-à-dire qu'on a d'abord eu de très fortes températures qui a conduit les plantes à développer et à commencer à fleurir, et ensuite on a eu une chute très brutale et très forte des températures, ce qui en agronomie est le pire des scénarii. C'est-à-dire que vous passez d'un moment très chaud avec une très forte éclosion à un moment très froid qui vient tuer les fleurs et les végétaux. Et donc oui il y a des dégâts, il y a des dégâts qui sont importants, des dégâts qu'on ne pourra mesurer de manière précise que dans les prochains jours, une fois que cette période de gel est passée.

ORIANE MANCINI
Dégâts dans certains départements en particulier ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors la masse de froid a été plus importante que celle qu'on imaginait au départ, qui fait qu'elle s'est en plus déplacée au fur et à mesure des 48 dernières heures, et donc malheureusement l'étendue géographique des dégâts probablement sera assez étendue. Donc c'est évidemment un sujet pour lequel d'abord moi je voudrais saluer L'incroyable mobilisation de nos viticulteurs, arboriculteurs, de nos agriculteurs. On a vu des images qui sont absolument incroyables, avec véritablement une bataille contre ce froid qui a été opérée. Et il y a vraiment une solidarité au sein de la profession, mais je dirais même une solidarité républicaine vis-à-vis de l'ensemble de ces acteurs qui vivent un moment très difficile. Et puis évidemment au moment où cet épisode de froid sera passé, au moment où cette bataille sera finie d'être livrée, nous allons nous réunir avec l'ensemble des filières pour évaluer précisément les dégâts, voir comment on peut apporter des soutiens, comment on peut accompagner les filières qui vont être malheureusement impactées.

JULIEN LECUYER
Monsieur le ministre, est-ce qu'il y aura aussi – alors on comprend que ce n'est pas encore l'heure du bilan - mais est-ce que vous pouvez rassurer les agriculteurs sur le fait qu'il y aura un travail avec les assurances pour être sûr que tout sera couvert et que vous pourrez apporter des aides aussi pour compenser les pertes ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors oui, évidemment. Beaucoup de personnes auront un rôle majeur à jouer dans les cultures qu'on dit « assurables ». Je pense par exemple aux vignes, je pense par exemple à la grande culture. Il va nous falloir mobiliser très fortement les assureurs, avec qui d'ailleurs je serai en contact prochainement pour pouvoir justement m'assurer de leur mobilisation aux côtés des agriculteurs. Ensuite il y a d'autres secteurs…

ORIANE MANCINI
Vous en doutez de cette mobilisation des assureurs ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je n'en doute pas mais je pense que c'est très important et c'est mon rôle de faire en sorte qu'une pression dans le tube soit mise pour qu'à cette crise de froid ne soit pas additionnée une inertie assurantielle, et je crois que personne ne l'accepterait. Mais ayant dit cela, je m'appuierai évidemment sur ces assureurs pour qu'ils soient à leurs côtés, aux côtés des agriculteurs. Et puis il y a d'autres cultures qui, elles, ne sont pas assurées par les assureurs et relèvent d'autres régimes, notamment parfois des régimes de calamités agricoles, et tout cela évidemment nous l'étudierons avec des professionnels. Il nous faut quelques jours, la nature étant ce qu'elle est, pour mesurer précisément l'ampleur des dégâts. Mais assurément les dégâts vont être forts.

ORIANE MANCINI
Vous savez précisément sur quel type de culture ?

JULIEN DENORMANDIE
Vignes, arboriculture et certains types de cultures céréalières qui étaient déjà rentrées en fleurs ou qui venaient juste de pousser. Rentrer en fleur, je pense au colza. Venant juste sortir de terre, je pense aux betteraves par exemple. Et donc tout cela, évidemment il y a une mobilisation totale pour accompagner, évaluer et voir quelles peuvent être les solutions à trouver. Mais c'est vrai que c'est un nouveau coup dur, qui plus est dans un contexte qui est déjà difficile pour nos agriculteurs, notamment celles et ceux qui ont vu beaucoup de débouchés se fermer du fait du confinement. Je pense aux viticulteurs. Et donc c'est un nouveau coup dur et cette solidarité nationale doit s'exprimer.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un autre sujet qui inquiète les agriculteurs, c'est la réforme de la PAC.

JULIEN LECUYER
Oui. Vous allez élaborer d'ici l'été un plan stratégique national qui donnera les grandes orientations de la France. Alors il y a beaucoup d'inquiétude chez les agriculteurs, chez les céréaliers notamment qui s'inquiètent des conditions dans lesquelles ils pourront obtenir des aides. Les éco-régimes, c'est une nouvelle forme d'aide européenne conditionnée à de meilleures pratiques environnementales. Alors deux questions : comment vous pouvez les rassurer d'une part ? Et sur les 63 milliards de la PAC, combien seront conditionnés à des pratiques écologiques ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors je vais commencer par votre deuxième question et je reviendrai sur la première, parce que ça me paraît extrêmement important au moment même où, vous savez, souvent on dit : est-ce que les transitions agro-écologiques elles sont, elles sont véritablement mises en place ? Certains de nos concitoyens se disant : mais il faudrait que ça aille toujours plus vite etc ? De quoi parle-t-on ? On parle d'une politique agricole commune qui a jusqu'à présent conditionné les paiements directs que nous faisons aux agriculteurs, elle a conditionné ces paiements directs avec des pratiques environnementales à hauteur de 30 % des paiements. Ça, c'est la PAC actuelle. Dans la nouvelle PAC, ces conditionnalités qui portaient sur 30 % des paiements, elles portent désormais sur 100 % des paiements et, en plus de cela, on rajoute un nouveau dispositif qui s'appelle l'éco-régime qui vient donc en plus de cela dire : pour 25 % a priori des paiements, vous devrez avoir encore de nouvelles pratiques. Imaginez dans quel secteur aujourd'hui un tel effort de transition environnementale est réalisé. Je ne suis pas sûr qu'il y en ait beaucoup d'autres que l'agriculture. Et je le dis parce que quand j'entends souvent celles et ceux - et parfois avec des finalités politiques - critiquer nos agriculteurs, notre monde de l'élevage ou autre en disant : mais l'écologie dans l'agriculture, elle doit être encore plus profonde, moi je fais partie de ceux qui n'ont jamais opposé agriculture et écologie et qui ont toujours mis en avant que ces transitions agro-écologiques elles étaient là. Et cette nouvelle politique agricole commune en est une nouvelle preuve.

ORIANE MANCINI
Mais juste pour qu'on soit bien clair, le chiffre que vous nous donnez ce matin, c'est 25%.

JULIEN DENORMANDIE
Je dis 25% parce que ce chiffre, il ne dépend pas de moi in fine, il dépend de la Commission européenne.

ORIANE MANCINI
Il y avait des divergences, je crois, entre le Parlement européen qui voulait 30%, les ministres de l'Agriculture qui voulaient 20.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

ORIANE MANCINI
Et vous êtes tombés sur un compromis de 25.

JULIEN DENORMANDIE
Non. Ça n'a pas encore été tranché. Pourquoi je dis 25% ? Parce que, vous l'avez très bien résumé - pardon d'être technique - le Conseil européen, c'est-à-dire les ministres, ont décidé 20%, le Parlement a voulu 30%. Dans le cadre de ce qu'on appelle le trilogue - c'est-à-dire la fin de la négociation entre la Commission, les ministres et le Parlement – probablement, puisqu'on est entre 20 et 30%, ça pourrait être 25%.

JULIEN LECUYER
Quand est-ce que ce sera décidé ?

JULIEN DENORMANDIE
Normalement d'ici la fin du mois d'avril, début du mois de mai. Et je dis 25% parce que dans toutes les évaluations qu'on fait avec la profession, on prend ce chiffre-là. Mais il n'est pas encore acté et merci de m'avoir repris sur ce point. Le deuxième élément, c'est que cet éco-régime il doit accompagner les agriculteurs et c'est très important à mes yeux. Il ne doit pas exclure, il doit inclure. Il y a eu des chiffres qui ont été diffusés qui ne sont pas de vrais chiffres. Certains par exemple, vous l'avez peut-être entendu, disaient : mais seul un agriculteur sur quatre aura accès à cet éco-régime. C'est faux. Au moment où je vous parle, alors que la consultation est en cours, alors que les discussions sont toujours en cours avec le monde agricole, dans les premières évaluations - et tout cela va encore évoluer - on est déjà à au moins sept agriculteurs sur dix qui ont accès à cet éco-régime. Donc vous voyez la différence. Un sur quatre, sept sur dix.

JULIEN LECUYER
Les céréaliers s'inquiètent énormément. Est-ce que vous pouvez les rassurer ?

JULIEN DENORMANDIE
Ils s'inquiètent énormément parce qu'ils ont vu qu'il y avait des chiffres qui circulaient en disant que seul un sur quatre d'entre eux auraient accès à cet éco-régime. Moi e c que vous dis, c'est qu'avant même d'avoir fini les discussions qui sont pleinement en cours pour améliorer le dispositif, pour faire en sorte encore une fois qu'il accompagne, qu'il inclut, on est déjà à sept sur dix. Donc vous voyez, on passe de un sur quatre à sept sur dix alors même qu'on va continuer à faire évoluer le système. Pourquoi ? Parce que moi, je veux un système qui accompagne. La transition agro-écologique, elle s'accompagne donc il ne s'agit pas de dire à certains : on vous met de côté, vous ne bénéficiez pas du dispositif. Il s'agit au contraire de dire au plus grand nombre : vous rentrez dans le dispositif pour qu'on puisse vous accompagner. Donc je veux quelque chose qui soit inclusif. Pourquoi il y a eu des chiffres qui ont été véhiculés ou qui sont transmis ? Parce que moi j'ai une méthode, c'est la vraie concertation. C'est-à-dire que je travaille à livre ouvert avec les professions. Je trouve que c'est comme ça qu'on avance. Quand vous travaillez à livre ouvert, ça veut dire que vous mettez plein de chiffres sur la table et parfois quelqu'un en prend un, ça se diffuse alors que ça n'est pas du tout la globalité ou…

JULIEN LECUYER
C'est quoi pour vous le but ? C'est quoi ? C'est de la basse politique qui se cache derrière ces chiffres ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, c'est bien normal. Ce qu'il faut bien comprendre dans la politique agricole commune, c'est qu'on avait un défi très fort pour nous France, c'était de faire en sorte que le budget de la politique agricole commune il soit le plus important possible, alors que la Commission européenne l'avait significativement réduit. Et c'est une victoire de la France, singulièrement du président de la République, d'avoir réussi à véritablement retourner la table et faire en sorte qu'on ait un budget à la hauteur de notre ambition. C'est le budget que vous évoquiez tout à l'heure, c'est à peu près de 9 milliards et demi d'euros par an pour l'agriculture française. Et ce budget-là, maintenant on doit le répartir entre les filières. Ce n'est pas une négociation budgétaire sur le montant, on l'a déjà fait et on a eu une bonne négociation. C'est de le répartir entre toutes les filières. Alors chaque filière fait entendre sa voix et c'est bien normal, et moi je le fais avec méthode, c'est-à-dire consultation, concertation, discussion à livre ouvert. Donc ici ou là, vous pouvez avoir des chiffres qui circulent mais à qui on peut faire dire beaucoup de choses - et confère ce que je viens de vous dire sur l'éco-régime - mais je crois que c'est comme ça qu'on avance et je garderai cette méthode-là sur la politique agricole commune.

JULIEN LECUYER
Parmi tous les secteurs qui risquent d'être touchés par les réformes, notamment celle des aides couplées, alors il y a les éleveurs qui s'interrogent énormément sur une perte de chiffre d'affaires. Là aussi, est-ce que vous pouvez les rassurer ? Ou est-ce qu'il faudra pour une catégorie des éleveurs s'attendre à des réformes profondes ?

JULIEN DENORMANDIE
Là aussi je tiens à le redire parce qu'il y a eu beaucoup de remontées, il y a des craintes qu'on est encore dans le cadre de la discussion de la concertation et qu'on travaille avec l'ensemble des filières, et notamment la filière de l'élevage. Qu'est-ce qu'il y a aujourd'hui ? Il y a un sujet qui est devant nous, c'est de se dire : ces aides couplées qui sont des aides très importantes - très importantes - ces aides couplées est-ce que leur mécanisme est le plus approprié pour l'éleveur et pour la création de valeurs ? Et c'est cette réflexion-là qu'on mène. Je ne veux pas rentrer dans les détails qui sont très techniques mais c'est cette réflexion-là qu'on mène pour dire : est-ce que la méthode de calcul de ces aides couplées ne doit pas évoluer, permettant aux éleveurs de gagner plus d'autonomie dans la gestion de leur cheptel et, en même temps, incitant à faire encore plus de création de valeurs au sein des filières qui est la marque France. La marque France, c'est la qualité et c'est cette réflexion qu'on mène en ce moment. Moi je suis convaincu qu'il faut faire cela, je pense que c'est très important. Evidemment là aussi, on le fait dans la consultation et la concertation.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un autre sujet, on va parler du rapport Papin.

JULIEN LECUYER
Oui. Rapport de Serge PAPIN, l'ancien PDG de SYSTEME U, qui a rendu ses conclusions, fait des propositions. Alors vous avez assuré vouloir bouger les lignes pour mettre fin - je cite - au jeu de dupes des négociations commerciales annuelles. C'est l'une des propositions du rapport Papin. Comment comptez-vous vous y prendre justement pour reprendre ses propositions ? Est-ce qu'une nouvelle loi va arriver ? Comment vous allez les passer et surtout est-ce que vous pouvez, là aussi, rassurer ? Parce que la loi EGalim de 2018, on sent bien qu'elle n'a pas été au bout des choses et que le rapport Papin est très attendu.

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez bien résumé la chose la loi. La loi EGalim, elle était nécessaire. Elle a fait des avancées mais elle n'est pas allée au bout des choses. C'est exactement ça. Et donc avec Serge PAPIN, que j'ai missionné il y a maintenant six mois, avec qui on a évidemment travaillé tous les jours faisant depuis ces six derniers mois, il permet ce rapport, je le crois, de combler les lacunes de la loi EGalim et de faire les avancées qui sont aujourd'hui nécessaires. Pour répondre à votre question, probablement ça nécessitera de modifier la loi. Donc probablement il nous faudra avoir un texte de loi qui, si on veut que ce soit efficace pour les prochaines négociations commerciales, doit débuter son passage dans les chambres avant l'été ou d'ici l'été.

JULIEN LECUYER
Dans un rythme parlementaire qui est déjà très serré.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, dans un délai très court.

JULIEN LECUYER
C'est possible ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est, en fait, des aménagements qui sont très courts. C'est-à-dire qu'un texte de loi ne serait pas du tout un texte de loi très lancé. C'est quelques dispositions mais qui permettent de finaliser la chose. Pour être très schématique…

ORIANE MANCINI
Mais juste pour qu'on soit clair, c'est adoption définitive avant la fin de l'été par exemple ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, non. Si on veut que les mesures soient efficaces, il faut qu'elle soit entrée en vigueur avant le mois d'octobre qui est le début des négociations commerciales.

JULIEN LECUYER
Ça laisse très peu de temps.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire un texte en conseil des ministres très vite alors.

JULIEN DENORMANDIE
Sauf si ce n'est pas un projet de loi mais si c'est une proposition de loi.

ORIANE MANCINI
Vous comptez sur les parlementaires. Ce sera plus rapide pour vous.

JULIEN DENORMANDIE
On a un gros travail avec les parlementaires et on mène toutes ces discussions en ce moment avec eux. Et pour vraiment…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que vous y travaillez déjà.

JULIEN DENORMANDIE
On y travaille déjà, bien entendu. Et ce sur quoi il faut vraiment que ceux qui nous regardent comprennent, c'est pourquoi je dis que c'est un jeu de dupes. Parce qu'aujourd'hui dans une relation agroalimentaire, vous avez en fait trois personnes. Vous avez l'éleveur, l'industriel qui transforme le produit de l'éleveur, et la grande distribution. Et aujourd'hui notre principal sujet de souveraineté - et vous avez toujours vu : moi je crois dans notre souveraineté agroalimentaire - notre principal sujet de souveraineté, c'est que l'éleveur ou l'agriculteur n'a pas la rémunération de la qualité de son produit à la juste valeur. Or notre ADN, c'est la qualité. Notre singularité, c'est la qualité. Et si on ne la rémunère, ça ne marche pas. Et pourquoi c'est un jeu de dupes ? Parce que l'éleveur, il dit à la grande distribution : augmentez mon prix d'achat parce que moi, je vous donne du produit de qualité. Et la grande distribution elle dit : j'ai proposé à un industriel d'augmenter votre prix mais j'ai eu un doute, je n'étais pas sûr qu'un industriel allait vous rétrocéder l'augmentation de prix que j'allais effectuer. Et l'éleveur se retourne vers l'industriel et l'industriel lui dit : figurez-vous que moi j'ai demandé à la grande distribution, et la grande distribution m'a dit non.

JULIEN LECUYER
C'est le serpent qui se mord la queue et ça ne cesse pas.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et tout ça sur le dos de l'agriculteur. Et donc ce qu'on voudrait faire avec monsieur PAPIN, c'est de dire : dans tous ces contrats-là, on fait ce qu'on appelle de la contractualisation - faire un contrat avec les trois personnes et non pas des bouts de contrats - de faire de la transparence - c'est passer de la guerre des prix à la transparence des marges - de faire de la pluriannualité et d'aller même sur le fait que si dans la première partie du contrat entre l'éleveur et l'industriel, le prix qui a été négocié entre eux pouvait être fixé, figée pour qu'il ne puisse être renégocié ensuite entre l'industriel et la grande distribution, à ce moment-là on arrêterait définitivement…

JULIEN LECUYER
Excusez-moi Monsieur le ministre, mais en fait ce qu'on a du mal à percevoir, c'est déjà la loi EGalim en fait visait à obtenir des prix plus justes. Là, le rapport Papin trouve peut-être d'autres solutions mais qu'est-ce qui va faire qu'on va réussir avec le rapport Papin ce qu'on n'a pas réussi avec la loi EGalim ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que la loi EGalim, et je suis désolé, c'est là aussi très technique et de bon matin je ne voudrais pas perdre nos auditeurs, mais la loi EGalim, elle a fait ce qu'on appelle la marche en avant. Dans cette relation à trois, dans cette relation à trois la loi EGalim elle a dit : quand vous êtes un éleveur, un industriel de la grande distribution, quand l'éleveur négocie avec l'industriel, c'est la première étape et l'industriel ne peut aller négocier avec la grande distribution que si - c'est ça la marche en avant – l'industriel a d'abord négocié avec l'éleveur. Mais ce que n'a pas fait la loi EGalim, c'est de dire : cette marche en avant là dans la loi EGalim c'est une méthode. Mais ce que n'a pas fait la loi EGalim, c'est de dire : ce qui a été négocié d'abord entre l'industriel et l'éleveur, il faut que ça soit figé. C'est-à-dire que la loi EGalim dit : c'est d'abord l'industriel et l'éleveur et après avec la grande distribution, mais la loi EGalim ne dit pas : c'est l'industriel avec l'éleveur, une fois que c'est négocié cette partie-là n'est plus négociable ensuite entre l'industriel et la grande distribution. Et c'est ça qui manque. C'est comment vous figez en fait ce qui a d'abord été négocié dans cette marche en avant, et c'est ça qu'on propose avec Serge PAPIN. Alors ça emporte énormément de considérations juridiques, de travail technique, de travaux avec nos parlementaires, mais ça permettrait d'aller à jusqu'à la fin de la marche en avant.

ORIANE MANCINI
Vous travaillez avec les parlementaires de la majorité présidentielle ou c'est un travail transpartisan ?

JULIEN DENORMANDIE
On travaille beaucoup avec évidemment les parlementaires de la majorité, mais il y a eu un travail qui a été fait également avec - je ne sais si c'est une commission d'enquête ou un rapport d'évaluation - avec Thierry BENOIT, le député, avec Grégory BESSON-MOREAU impliquant d'autres députés. Je crois qu'il y a une adhésion assez forte sur ce sujet qui emporte beaucoup, beaucoup…

JULIEN LECUYER
Qui à La République en Marche ?

JULIEN DENORMANDIE
Grégory BESSON-MOREAU qui travaille beaucoup avec nous sur ce sujet.

JULIEN LECUYER
D'accord.

JULIEN DENORMANDIE
Encore une fois ce n'est pas le seul mais il a beaucoup travaillé avec nous sur ce sujet.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un autre sujet, la grippe aviaire. Est-ce qu'aujourd'hui il y a encore des foyers de grippe aviaire en France ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, on n'en a plus. On n'a plus de foyers dans les élevages depuis le 26 mars et on n'a pas observé de cas dans la faune sauvage depuis le 23 mars. C'est une très bonne nouvelle et c'est une très bonne nouvelle à plusieurs titres. D'abord parce que cet épisode d'influenza aviaire a été absolument terrible, et je pourrais dire que les décisions courageuses qu'on a prises au mois de décembre avec la profession qui à l'époque parfois posaient question en disant : mais pourquoi vous allez aussi fort tout de suite, se sont avérées payantes. On a quand même dû abattre trois millions et demi de volailles, mais quand vous regardez ce chiffre par rapport aux précédents épisodes, quand vous regardez la dangerosité du virus pour nos volailles cette année d'influenza aviaire par rapport à sa dangerosité les fois précédentes, cette année c'était beaucoup plus virulent et ç'a été une gestion qui a permis de limiter très fortement les dégâts.

JULIEN LECUYER
Ça a limité Monsieur le ministre mais est-ce que ça pose pas encore des questions sur l'avenir, sur le développement de l'élevage intensif, sur la vaccination, est-ce qu'il n'y a pas des leçons à tirer de tout ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors il y a beaucoup de leçons, d'abord on a 3 étapes dans cette gestion, d'abord la fin de l'extinction de l'incendie depuis le 26 mars donc on a plus de cas dans les élevages. La 2e phase, c'est l'indemnisation, on a mis en place tout un mécanisme d'indemnisation parce que nos éleveurs aussi ont été incroyablement durement touchés et donc nous sommes à leurs côtés avec la profession une nouvelle fois, mais on a mis des mécanismes d'indemnisation très rapides, beaucoup plus rapide de ceux dont on avait d'habitude. Et la 3e phase, c'est exactement ce que vous avez dit, c'est l'évaluation et quelles conséquences on peut en tirer. C'est pas sûr, moi je ne crois pas, je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que il faut opposer les modes d'élevage. Vous avez en gros des élevages à ciel ouvert et des élevages qui ne sont pas à ciel ouvert, je pense que ce n'est pas ça le sujet. Je pense que le sujet c'est quand on voit le virus d'influenza aviaire arriver et on le voit parce qu'il arrive des pays nordiques, quand on le voit arriver dans quelle mesure on a la capacité de réagir et de protéger nos volailles. Ce virus il n'est pas en France, ce virus il est transporté par des oiseaux migrateurs qui viennent en contact d'autres volailles. Je vous donne un exemple très précis dans les derniers plans, il y avait toujours des exemptions, des exceptions d'un nombre assez conséquent de volailles qu'on pouvait laisser à l'extérieur, or on sait bien aujourd'hui que l‘oiseau sauvage qui est en contact avec ces animaux à l'extérieur, c'est par exemple comme ça que le virus pouvait ensuite se transmettre dans un premier élevage ou s'étendre. C'est une discussion qu'on a avec la profession aujourd'hui en se disant est-ce que dans les conclusions, on ne doit pas limiter fortement au moment où le virus arrive le nombre d'oiseaux à l'extérieur, mais ça ne veut pas dire, je le redis…

ORIANE MANCINI
C'est-à-dire une sorte de confinement en fait pour les volailles sur les couloirs de migration.

JULIEN DENORMANDIE
C'est ce qu'on appelle des claustrations d'animaux mais ça ne veut pas dire arrêtez les élevages à ciel ouvert, dont moi je crois, mais de se dire, comment quand le virus arrive, on est en capacité…

JULIEN LECUYER
Comment protéger.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement on est en capacité de protéger ces élevages ou autre exemple on voit bien que ce virus, il est aussi beaucoup transmis dans les mouvements qu'on peut avoir entre différentes structures, sur les roues d'un camion, sur les habits des personnes qui travaillent, etc, comment ces mesures de protection sont faites. Et donc là on a mis en place un travail depuis maintenant de longues semaines avec toute la profession pour faire en sorte que ce que mon prédécesseur Stéphane LE FOLL avait fait en 2017, on puisse le réactualiser à l'aune de l'épisode qu'on a vécu avec là aussi des mesures courageuses qu'on devra prendre pour se dire, il faut qu'on soit encore plus prêt, beaucoup a déjà été fait mais force est de constater que là aussi ce n'est pas suffisant. Donc comment on va à une étape supplémentaire pour protéger nos élevages.

ORIANE MANCINI
Deux questions politiques pour terminer, vous faites partie des fondateurs d'En Marche, vous êtes un des pionniers, Julien DENORMANDIE, le parti en tout cas le mouvement qui a fêté ses 5 ans, est-ce que l'un des bilans de ce mouvement, ce n'est pas que vous souffrez toujours d'un manque criant d'implantation locale, vous n'arrivez pas à vous implanter dans les territoires ?

JULIEN DENORMANDIE
Clairement c'est l'un des principaux défis auquel on n'a pas encore su répondre, preuve en est les résultats aux élections municipales. À ce titre les prochaines élections, départementales et régionales sont…

JULIEN LECUYER
Risquent d'être difficiles aussi.

JULIEN DENORMANDIE
Oui mais vous savez une implantation locale, c'est quelque chose qui est pour un mouvement politique toujours l'enjeu le plus compliqué parce qu'une implantation locale, ça se fait pas du jour au lendemain.

JULIEN LECUYER
Ça demande du temps.

JULIEN DENORMANDIE
Ça nécessite d'avoir d'abord des conseillers municipaux, d'avoir des conseillers généraux, des conseillers régionaux et donc oui très clairement dans les défis, parce que moi je me tourne vers l'avant plutôt que de me retourner derrière, mais dans les défis pour l'inclusion de ce mouvement partout sur le territoire, il y a effectivement cette question de la structuration territoriale, vous avez raison.

JULIEN LECUYER
Edouard PHILIPPE, il peut être un atout ou est-ce qu'il peut être aussi un inconvénient, comment vous le percevez, vous ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je… enfin j'ai évidemment beaucoup travaillé avec lui et j'ai été un de ses ministres pendant 3 ans, je pense qu'Edouard PHILIPPE, il a incarné ce dépassement qui était l'ADN d'En Marche en 2017 lorsqu'il nous a rejoints et je pense qu'il a été d'une loyauté auprès du président de la République par le passé, je suis sûr qu'il est d'une loyauté sur le présent.

JULIEN LECUYER
Oui parce qu'il dit qu'il est loyal et libre. Vous retenez loyal, les autres disent libre.

JULIEN DENORMANDIE
Moi je le dis vraiment avec beaucoup de sérénité, je crois qu'il y a aucun sujet, ça a été un Premier ministre avec lequel j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler et je pense qu'il est aujourd'hui aux côtés de la majorité, aux côtés du président de la République.

ORIANE MANCINI
Dernier mot rapidement.

JULIEN DENORMANDIE
Je prends un exemple, il s'est adressé d'ailleurs il y a quelques jours au moment des 5 ans d'En Marche avant-hier, il s'est adressé d'ailleurs aux membres, aux adhérents d'En Marche, ce qui prouve bien sa proximité très forte avec…

ORIANE MANCINI
Pour vanter l'utilité des partis, il n'est encarté nulle part d'ailleurs, c'est ce qu'il a dit…

JULIEN DENORMANDIE
Non, non il disait, non mais c'est plus fin que ça. Il dit qu'il faut, enfin l'engagement politique est très important et que l'engagement partisan, l'est tout autant. Ça veut dire qu'en fait c'est très important de pouvoir faire vivre ces mouvements politiques, ces partis politiques, je crois que c'est vrai et je le salue d'ailleurs tous ceux, quels que soient les bords politiques qui s'engagent, je crois que notre pays a besoin d'engagés.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot rapidement, selon les informations d'Europe 1 ce matin Emmanuel MACRON doit annoncer cet après-midi la suppression de l'ENA, est-ce que vous nous confirmez cette information ?

JULIEN DENORMANDIE
Je n'ai pas d'information dessus.

ORIANE MANCINI
Ce serait une bonne chose pour vous pour résoudre cette défiance entre les Français et leurs élus ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça se résume pas à cette proposition-là mais le président de la République a toujours eu un message est une vision très claire sur ce sujet, souvenez-vous de sa conférence de presse à l'issue des, au mois d'avril 2018 ou 2019, pardon j'ai un doute, où il avait clairement indiqué la réforme nécessaire dans certains de nombre de sujets, de formation de nos élites publiques…

JULIEN LECUYER
Ça devait être en 2019 au moment du grand débat…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement à l'issue du grand débat en 2019 pour faire en sorte que cette proximité, cette prise avec les territoires soit la plus forte possible et je crois que tout ça évidement va dans ce sens.

ORIANE MANCINI
Et ce sera le mot de la fin, merci Julien DENORMANDIE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 avril 2021