Interview de Mme Nathalie Élimas, secrétaire d'État à l'éducation prioritaire, sur Sud Radio le 6 avril 2021, sur la fracture numérique, le plan de continuité sociale en plus de la continuité pédagogique pendant la fermeture des écoles et la nécessité de vacciner le personnel éducatif.

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Nathalie ELIMAS.

NATHALIE ELIMAS
Bonjour.

PATRICK ROGER
Premier jour d'école à distance pour les écoliers, collégiens et lycéens de France avant les vacances, alors, est-ce que vous avez bien pris les garanties pour assurer le suivi, je pense à l'équipement, le matériel, parce qu'on l'a vu lors de…

NATHALIE ELIMAS
Du premier confinement.

PATRICK ROGER
Lors du premier confinement, c'était un petit peu plus compliqué quand même, pour certains !

NATHALIE ELIMAS
Lors du premier confinement ça a été très difficile, on s'est vraiment rendu compte de la fracture numérique et de cette question de l'équipement de nos professeurs et de nos élèves, qui était un vrai sujet, donc on a progressé depuis, nous Education nationale, les collectivités aussi ont joué leur rôle, les départements, les régions, et on est… je ne vous dis pas que tout est parfait, que tout nos élèves sont équipés, mais on en effet on a beaucoup progressé pour l'équipement de nos élèves et également pour l'équipement de nos professeurs, et tous les outils qu'on peut mettre à disposition de nos professeurs, et également de leur formation, c'était important parce qu'on n'est pas tous égaux devant l'utilisation du numérique et de l'appareil, et donc on a formé 125.000 professeurs cette année, donc pour être prêts, à la fois à utiliser les ordinateurs, mais également à dispenser des cours à distance, ce qui n'est pas la même chose.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il y a encore un certain nombre d'élèves qui ne seront pas équipés, là, cette semaine, et donc qui vont pouvoir peut-être bénéficier d'autres aides, d'une manière ou d'une autre, ou pas ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, je vous l'ai dit, en toute humilité, tous nos élèves ne sont pas encore équipés, on le sait…

PATRICK ROGER
5 à 15 %, c'est ça, à peu près ?

NATHALIE ELIMAS
On a beaucoup progressé. Alors, on peut aussi compter, toute cette semaine, d'abord évidemment sur nos professeurs, donc je salue encore l'engagement, ils sont vraiment au front, en première ligne, depuis le printemps dernier, c'est très difficile pour eux, et on n'en serait vraiment pas là si nos professeurs n'avaient pas tenu bon, donc un grand merci à eux, et puis on peut aussi compter sur les réseaux qu'on a sur les territoires, qu'on ne met pas en place, là cette semaine, je pense par exemple, on parle d'éducation prioritaire, on oublie de dire que ce sont des réseaux l'éducation prioritaire, il y a 1092 réseaux sur le territoire national…

PATRICK ROGER
Les réseaux qui sont quoi précisément ?

NATHALIE ELIMAS
Les REP et les REP+, et donc ce sont des partenaires qui travaillent ensemble sur les territoires, qui connaissent bien les familles, qui connaissent bien les élèves, et qui savent aller là où il y a des difficultés, et qui peuvent aussi faire appel par exemple, parce qu'on ne le dit pas assez, si on se rend compte qu'il y a besoin d'une tablette dans une famille, on a des fonds sociaux dans nos établissements que l'on peut mobiliser, pour acheter un équipement par exemple.

PATRICK ROGER
Mais pourquoi vous dites ils ne seront pas véritablement opérationnels cette semaine, ça va être difficile, sur les réseaux, sur ces réseaux ?

NATHALIE ELIMAS
Ah non, non, au contraire, ils sont opérationnels, on ne vient pas de les mettre en place, ils sont opérationnels, ils existent, on peut compter sur ces alliances éducatives, sur les territoires, et surtout sur leur connaissance fine des familles et des élèves.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il y a des élèves, des enfants, qui vont tout de même pouvoir être assurés, enfin qui auront un suivi dans les écoles, je pense aux enfants des personnels soignants, ou des fonctionnaires, ils pourront être accueillis ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, oui, c'est prévu comme tel, comme pour le premier confinement, il y a une liste de personnels, de publics prioritaires, pardon, et on va effectivement accueillir dès aujourd'hui leurs enfants, bien sûr.

PATRICK ROGER
Du côté des gardes à domicile, parce qu'il y a eu quelques bugs la semaine dernière, là c'est calé pour cette semaine, pour aujourd'hui ?

NATHALIE ELIMAS
Alors, c'est calé, et puis surtout on a eu aussi un sujet de ces parents qui se demandaient comment ils allaient pouvoir télétravailler tout en gérant la scolarité de leur enfant, en particulier de leur enfant en bas âge, maternelle ou élémentaire, là encore, ça a été dit par Elisabeth BORNE, il y a une souplesse, évidemment il faut s'adapter, et ces parents peuvent bénéficier du chômage partiel.

PATRICK ROGER
Et les gardes à domicile peuvent aller chez les parents éventuellement, encore aujourd'hui, pour ceux qui travaillent notamment ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, mais de façon évidemment restreinte et dans le respect des gestes barrières.

PATRICK ROGER
Bien sûr, mais quand même, c'est permis, c'est ça ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, c'est permis.

PATRICK ROGER
Au-delà de ce suivi scolaire cette semaine, il y a aussi le risque, quand même, de décrochage, peut-être pendant cette période qui va être un peu longue, trois semaines, un mois, et puis on n'est pas certain d'ailleurs de la reprise fin avril, début mai, est-ce que vous avez un plan de continuité du suivi ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, bien sûr. Alors déjà, la période c'est quatre semaines, je rappelle, cette semaine tous nos élèves sont en distanciel…

PATRICK ROGER
Oui, non mais, c'est la période aujourd'hui, mais après on ne sait pas comment ça va évoluer.

NATHALIE ELIMAS
Deux semaines de vacances et une semaine de reprise progressive. Alors, au-delà du plan de continuité pédagogique, dont on a parlé, avec tous les supports qui sont en ligne et qui peuvent évidemment aider nos élèves, avec Jean-Michel BLANQUER, et en particulier dans mon champ ministériel qui est celui de l'éducation prioritaire, je mets en place un plan de continuité sociale, parce qu'évidemment c'est très important, ça passe, donc je vous le disais, par l'équipement d'urgence sur le matériel informatique, notamment par la mobilisation des fonds sociaux si nécessaire, ça passe aussi par le dispositif « Devoirs faits » à distance, « Devoirs faits » ça existe dans les collèges, on doit pouvoir encore en faire bénéficier, profiter à tous nos élèves, donc c'est la même chose, l'élève est devant un professeur simplement via une tablette, un ordinateur ou un téléphone, c'est vraiment une très belle valeur ajoutée éducative et pédagogique, et puis c'est aussi une très belle mesure de justice sociale parce que cette aide aux devoirs elle est 100 % gratuite. Enfin, il y a la question alimentaire, je vous rappelle que tout récemment, avec le ministre Jean-Michel BLANQUER, avec Olivier VERAN, j'ai demandé le redéploiement du dispositif « petits-déjeuners gratuits », depuis 2019 on le faisait en éducation prioritaire, et à hauteur de un ou deux petits-déjeuners par semaine, je veux anticiper la sortie de crise, je veux lutter contre la précarité alimentaire, et donc désormais il est possible de donner ces petit-déjeuner gratuit à tous nos élèves, en éducation prioritaire, et hors éducation prioritaire, dans les écoles qui sont socialement fragiles…

PATRICK ROGER
Mais ça, bien sûr, après…

NATHALIE ELIMAS
Evidemment, quand on sera sorti de la crise. Donc, on a bien un sujet de précarité alimentaire, et là on travaille, à l'interministériel et avec les collectivités territoriales, pour voir, pendant cette période, comment pendant cette période de quatre semaines on peut aider les familles les plus fragiles.

PATRICK ROGER
Dans les quartiers prioritaires il y a souvent aussi évidemment du suivi pendant les périodes, donc vous avez dit, là ce sera à distance, il n'y a pas d'activités quand même de prévue même pendant ces 15 jours ?

NATHALIE ELIMAS
Alors, le devoir fait à distance c'est pendant le temps scolaire, pendant la période de vacances on continue, quand même, à être présent auprès de nos élèves, je pense par exemple aux stages de réussite, ces petits stages qu'on fait d'habitude pendant les vacances pour de la remise à niveau…

PATRICK ROGER
Bien sûr, c'est ça.

NATHALIE ELIMAS
Que l'on fera à distance, avec un professeur, un groupe de cinq, six élèves, on travaillera plutôt le français et les maths sur le premier degré, et puis on travaillera l'oral dans le second degré, parce qu'il y a des épreuves qui approchent, notamment les épreuves du bac, tout prochainement, et donc on va continuer bien évidemment à accompagner nos élèves quand même pendant les vacances, et on verra s'il est possible aussi d'organiser, peut-être dans certains quartiers, des activités de plein air en petits groupes, mais ça c'est à définir, encore je ne fais pas d'annonce, on est en train d'y travailler.

PATRICK ROGER
La date de reprise, pour l'instant c'est incertain quand même, ou alors elle est fixée et l'objectif c'est vraiment de la maintenir ?

NATHALIE ELIMAS
L'objectif c'est de la maintenir, le président de la République a donné un calendrier de quatre semaines, c'est réaliste, ça correspond exactement à ce qu'on cherchait, c'est-à-dire un équilibre. vous savez, ce n'est pas simple de prendre ce genre de décision, il y a d'un côté le sanitaire, on doit évidemment protéger les Français, nos élèves, nos professeurs, et puis il y a des enjeux, on vient d'en parler, il y a des enjeux éducatifs, des enjeux sociaux, des enjeux sociétaux, des enjeux économiques, et donc il faut être à l'équilibre entre les deux, donc il y a ce quatre semaines, évidemment on vit avec un virus tous les jours, on vit avec des variants, je ne sais pas ce qu'il en sera dans quatre semaines, mais en tout cas c'est un objectif et une perspective, c'est très important de fixer des perspectives en ce moment.

PATRICK ROGER
Nathalie ELIMAS, est-ce que vous allez profiter aussi de cette période pour essayer d'accélérer la vaccination pour le personnel éducatif, pour les profs ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, ça a été dit d'ailleurs très clairement hier par le ministre de la Santé Olivier VERAN, donc qui travaille étroitement avec Jean-Michel BLANQUER pour fixer un calendrier, donc il est à l'horizon de fin avril, là encore il faudra prioriser, puisque c'est le processus que nous avons choisi, en France, de prioriser, et je crois qu'on peut en être fier parce que, quand on regarde le taux de contaminations, par exemple dans les EHPAD, ça va très bien aujourd'hui, donc ce sera ouvert à la fin du mois.

PATRICK ROGER
Fin du mois, on avait dit mi-avril éventuellement ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, mais le ministre, probablement au regard des doses et du calendrier…

PATRICK ROGER
Oui, mais fin avril, l'école doit reprendre fin avril, début mai !

NATHALIE ELIMAS
Oui, mais on commencera, à ce moment-là probablement, à vacciner les professeurs, et on ira d'abord vers les plus vulnérables…

PATRICK ROGER
Ce n'est pas un peu tard là, il ne faudrait pas accélérer les choses, Nathalie ELIMAS, pour que ça reprenne et que les cours se déroulent à peu près normalement ?

NATHALIE ELIMAS
Il faut vacciner les professeurs, c'est une des priorités, mais il y a tellement de priorités, on le voit bien, il y a la question de vulnérabilité, de maladies, de comorbidités, d'âge, et puis on a des objectifs quand même qui sont fixés, que d'ailleurs on va pouvoir tenir, puisque je vous rappelle que ça a été annoncé par le Premier ministre, 10 millions de Français vaccinés au 15 avril, 20 au 15 mai, 30 millions au 15 juin, et on reçoit 12 millions de doses ce mois-ci, ça veut dire qu'on aura dépassé l'objectif des 10 millions avant la mi-avril.

PATRICK ROGER
Est-ce que ça vous inquiète un peu la défiance à l'égard d'ASTRAZENECA, comme on l'a vu ces derniers jours ?

NATHALIE ELIMAS
Je l'ai observé. Quand on regarde très objectivement le bénéfice-risque, enfin on penche plutôt du bon côté des choses, donc je crois qu'il faut continuer à rassurer tout simplement les Français sur la vaccination et l'utilisation de ce vaccin. Il y a toujours une angoisse, je crois que ça c'est assez français, on avait eu ce débat d'ailleurs au moment où on était sur la vaccination obligatoire pour les enfants, je me rappelle, j'étais députée, j'étais en séance, et il a fallu faire preuve de beaucoup de pédagogie et convaincre.

PATRICK ROGER
Dernier question avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Vous êtes mère de famille, la montée de la violence chez les enfants grandit, récemment dans l'Eure des coups violents ont été échangés entre des enfants de CP et de CE1, on parle de 6 à 7 ans, avec des menaces de mort, les responsables parlent même d'enlever les couteaux dans la cantine, c'est quoi la réponse en fait, est-ce que ça veut dire qu'il faut sécuriser les classes, il faut responsabiliser encore plus les parents ?

NATHALIE ELIMAS
Alors, il y a plusieurs leviers probablement à actionner, le premier en effet c'est de responsabiliser les parents, c'est ce que l'on fait à travers notamment les Cités éducatives qu'on installe sur les QPV, il y a 126 Cités éducatives aujourd'hui en France, et on travaille vraiment sur le 0-25 ans, donc 25 ans on comprend bien qu'on est sur l'insertion professionnelle, là vous m'interrogez sur la première tranche d'âge, et en effet il faut responsabiliser les familles parce qu'à l'école on éduque des élèves, enfin on enseigne à des élèves, mais ces élèves se sont d'abord leurs enfants, et donc la priorité c'est de retravailler beaucoup avec les parents, ça passe aussi par les faire venir dans les écoles, ce qu'on espère pouvoir faire à nouveau à la rentrée de septembre prochain, pour travailler globalement avec eux, et puis l'institution, de toute façon, est là en réponse. Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé, là vous parlez de violences, mais je pense aussi notamment à la lutte contre le harcèlement, que l'on a beaucoup renforcée, donc l'institution y travaille également.

CECILE DE MENIBUS
Mais ça veut dire qu'il ne faut pas faire intervenir la police à un moment donné ?

NATHALIE ELIMAS
Dans les écoles ? Non. Vous savez, c'est ma conviction en tout cas, pour moi l'école est sanctuarisée, donc la police, outre des opérations spécifiques, et notamment d'ordre citoyenne, la police n'a pas sa place dans l'école.

PATRICK ROGER
Merci Nathalie ELIMAS, secrétaire d'Etat chargée de l'Education prioritaire, d'avoir été ce matin l'invitée de Sud Radio.

NATHALIE ELIMAS
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 avril 2021