Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à BFM TV le 9 avril 2021, sur les dégâts causés par le gel sur le vignoble et les cultures fruitières.

Texte intégral

CHRISTOPHE DELAY
Le froid est à la Une de l'actualité, plus exactement le froid, le gel et les dégâts qu'ils ont provoqué cette semaine, beaucoup plus importants qu'on ne l'imaginait, on vous a montré toute la semaine tous les moyens mis en oeuvre par les viticulteurs, les arboriculteurs, les agriculteurs, pour protéger les cultures.

ADELINE FRANCOIS
Et il semblerait que ce n'ait pas suffi, on va en parler dans un instant avec le ministre de l'Agriculture Julien DENORMANDIE, merci d'être avec nous, d'abord un crochet par l'Hérault avec Stefan ETCHEVERRY qui est aux côtés d'Emilie, viticultrice.

(…) Entretien avec Emilie FAUCHERON, viticultrice Montady (Hérault)

CHRISTOPHE DELAY
Justement, Julien DENORMANDIE, je crois que vous avez été très touché par tous les témoignages que vous avez vus sur les réseaux sociaux, en fait on n'a mesuré qu'hier l'étendue des dégâts de cette vague de froid.

JULIEN DENORMANDIE
Je crois qu'il y a énormément de détresse, on vient de l'entendre, énormément d'émotion. Ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'on a eu un double événement exceptionnel, c'est-à-dire qu'on a eu de très fortes chaleurs la semaine dernière, ce qui fait que les vignes, les arbres fruitiers, parfois les pousses dans les cultures, ont grandi et grandi très vite, les bourgeons sont sortis, et puis, du jour au lendemain, on a eu une chute massive des températures, une fois que les bourgeons ont été sortis, et cette chute massive des températures est venue complètement tuer, griller, ces bourgeons, et c'est ce qui explique ces images absolument terribles qu'on vient de voir dans l'Hérault, avec un phénomène, qui plus est, qui s'est répandu absolument partout sur le territoire national.

CHRISTOPHE DELAY
Alors justement, est-ce qu'il est possible, à l'heure où l'on parle, de dresser un bilan, parce qu'on lit des chiffres, 80 % des vignobles auraient été plus ou moins touchés en France ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est des centaines de milliers d'hectares. Alors après, de dire de manière précise, il est encore un peu tôt, on est en train de faire toutes les évaluations avec les professionnels, je les réunis d'ailleurs ce matin à 8h à mon ministère pour pouvoir commencer à dresser ces bilans-là. Ce qu'on l'on sait, de manière certaine, c'est que l'épisode a été dramatique, la situation est inédite, exceptionnelle, qu'elle concerne à la fois la viticulture, à la fois l'arboriculture, à la fois les grandes cultures, pour vous donner l'ampleur de l'impact, et qu'il va nous falloir mettre en place un accompagnement spécifique pour toutes ces femmes, ces hommes, on voit que la détresse est absolument immense.

CHRISTOPHE DELAY
Alors justement, parce que de toute évidence il y a besoin d'aides d'urgence là, qu'est-ce que vous avez décidé ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, on va organiser une mobilisation totale de tous les acteurs, d'abord de l'Etat, avec un certain nombre de régimes, qui concernent par exemple l'arboriculture, je pense au régime des calamités agricoles, qu'on va lancer dès maintenant pour pouvoir ouvrir ce dispositif. On va également, parce que la viticulture n'est pas éligible à ce dispositif-là, donc on va travailler, avec mon collègue Olivier DUSSOPT, à d'autres mécanismes comme les dispositifs fiscaux habituels qu'on peut utiliser dans ces cas-là pour ce qu'on appelle alléger les trésoreries, l'une des personnes qui vous interviewiez ce matin, un producteur d'abricots dans la Drôme, le disait très clairement, ça c'est un premier point. Un deuxième point, cette mobilisation totale elle doit concerner les assureurs, pour celles et ceux qui sont assurés, j'étais encore hier soir avec la présidente de la Fédération française des assureurs, pour m'assurer de leur mobilisation totale.

ADELINE FRANCOIS
Apparemment c'est des régions où il gèle peu au mois d'avril, donc c'est beaucoup d'exploitations qui n'ont pas assuré.

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez raison, donc ça c'est pour les exploitations qui sont assurées, encore une fois, je le redis, ce gel a concerné toutes les régions de France, y compris des zones où certains s'assuraient, et donc mobilisation totale y compris des assureurs. Et puis mobilisation totale, aussi, des banquiers, parce que, qui plus est dans une période qui était déjà très compliquée, ça fait des mois et des mois que beaucoup de viticulteurs ont vu des débouchés qui se sont fermés du fait de la crise de la Covid, et donc il y a eu des endettements, et donc on va travailler également avec les banquiers pour voir comment accompagner au mieux, il faut une mobilisation totale.

CHRISTOPHE DELAY
Emilie, est-ce que vous avez quelque chose à dire, à demande au ministre de l'Agriculture, profitez-en ?

STEFAN ETCHEVERRY
Voilà, Monsieur DENORMANDIE s'est exprimé, vous n'avez pas l'air très satisfaite. En fait, Emilie, rien n'est acté, c'est ça, pour votre secteur, c'est ce que dit le ministre, bien sûr à l'heure qu'il est !

EMILIE FAUCHERON
Oui, parce qu'en fait je l'entendais parler en disant qu'il y aurait un allégement de la partie fiscale, moi, personnellement, cette partie-là c'est une goutte d'eau dans toutes les charges que j'aie dans mon exploitation, donc si c'est juste ça qu'on nous propose, ça va être très triste. Il disait que c'est déjà très compliqué depuis plus d'un an à cause du Covid, moi c'est vrai que je ne vends pas ma vente directe, je ne fais pas de la vente directe, mais il y en a plein qui le font, ça fait plus d'un an qu'ils ne vendent rien en restauration parce que les restos sont fermés, mais ça n'empêche qu'on essaye tous des survivre, ce n'est pas la première année où c'est compliqué, on serre les dents, on continue, on avance, et quand on nous dit qu'il va y avoir un allégement de la partie fiscale, je trouve que ce n'est vraiment pas suffisant. On ne se rend pas compte que, là, il va falloir qu'on fasse quelque chose, parce que la vigne on ne peut pas l'abandonner, elle va être très sensible, il va falloir quand même appliquer des produits, il va falloir quand même mettre de l'engrais pour la relancer, pour la redynamiser, pour que l'année prochaine on ait quelque chose.

JULIEN DENORMANDIE
On voudrait que le deuxième repousse Emilie.

EMILIE FAUCHERON
Et oui, mais pour qu'il repousse il va falloir mettre des choses et ça il va falloir dépenser des sous pour pouvoir y arriver, pour que l'année prochaine on puisse faire quelque chose, donc peut-être cette année on n'aura peut-être pas grand-chose, on ne sait pas du tout parce que ça va être à son bon vouloir à elle, mais il faut penser qu'il va falloir faire le maximum pour que l'année prochaine, parce que c'est une culture pérenne, ce n'est pas une culture annuelle, donc il va falloir la relancer au maximum pour qu'il y ait quelque chose, et si on la laisse tomber il n'y aura rien non plus l'année prochaine, donc deux années sans trésorerie c'est une histoire sans fin, donc il faut nous aider, il ne faut pas nous abandonner, il faut faire le maximum, il faut qu'il y ait du soutien.

CHRISTOPHE DELAY
Est-ce que la machine administrative peut aller plus vite ?

JULIEN DENORMANDIE
Ah mais, je peux vous assurer que la mobilisation de la machine administrative elle est déjà entière, ce n'est pas une question de délai…

CHRISTOPHE DELAY
…dans les mots, toujours.

JULIEN DENORMANDIE
Non, pas dans les mots, je peux vous dire que mon ministère est à pied d'oeuvre, nos équipes sont sur le terrain, pour pouvoir justement faire en sorte que ces soutiens arrivent le plus rapidement possible, mais ce que disait Emilie FAUCHERON à l'instant, je ne parlais pas que des dispositifs fiscaux. Encore une fois, elle l'a très bien dit, aujourd'hui il va falloir, pour ces agriculteurs, parce que le vivant continue en dépit de la difficulté, ces vignes on doit continuer à s'en occuper, et donc c'est l'ensemble des acteurs qui aujourd'hui peuvent avoir un impact sur les trésoreries, que nous mobilisons, ce n'est pas que les dispositifs fiscaux, c'est également ce travail avec les institutions de financement, banquiers, qui aujourd'hui ont parfois beaucoup de crédits vis-à-vis des agriculteurs, et donc c'est tout ce qu'on peut faire pour alléger la trésorerie, les charges, des viticulteurs, des arboriculteurs, que nous mettrons en place. Il y a aussi une solidarité au sein du monde agricole, que nous organisons.

CHRISTOPHE DELAY
Julien DENORMANDIE, est-ce qu'il faut s'attendre à ce qu'il y ait beaucoup moins d'abricots, pêches, français, sur nos tables, là cet été ?

JULIEN DENORMANDIE
Malheureusement oui. Quand vous voyez ce qui s'est passé dans la Drôme, vous avez des champs qui ont été totalement ravagés, totalement grillés par cet épisode de gel, donc à l'évidence oui, ce sera pour la saison prochaine, mais à l'évidence oui. Et ça pose d'ailleurs une autre question, c'est comment on s'adapte vis-à-vis de ces changements ? la vague de froid qu'on a connue, on a une crainte, c'est qu'elle revienne dès la semaine prochaine, premièrement, et en plus, Emilie le disait aussi, c'est des événements qui sont rares, mais c'est des événements qui, de plus en plus, se succèdent, et donc on travaille avec la profession, et d'ailleurs, dans le cadre de France Relance on met des financements importants, ça sera pour l'après, mais pour financer les dispositifs de protection, c'est 100 millions d'euros qu'on met pour faire cela, et on voit…

ADELINE FRANCOIS
Oui ou non, vous allez vous rendre sur le terrain aujourd'hui, auprès des sinistrés ?

JULIEN DENORMANDIE
Je serai cet après-midi auprès de viticulteurs, je serai demain auprès d'arboriculteurs, donc oui évidemment, pour apporter ce soutien, mais surtout des éléments de réponse concrets aux demandes d'Emilie FAUCHERON et de ses collègues, cette solidarité elle doit être totale.

CHRISTOPHE DELAY
Merci d'être venu nous voir ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

CHRISTOPHE DELAY
Bon courage évidemment à tous les viticulteurs et arboriculteurs, que l'on suit ce matin, avec qui on partage évidemment ces difficultés.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 avril 2021