Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à BFM TV le 9 avril 2021, sur les vaccins contre le coronavirus, la fonction publique face à l'épidémie de Covid-19, le remplacement de l'ENA par un nouvel institut et la réorganisation d'EDF.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, bonjour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes ministre de la Fonction publiques, nous allons revenir évidemment sur la disparition de l'ENA, le remplacement par l'Institut du Service Public, l'ISP, Amélie de MONTCHALIN, mais je voudrais commencer avec évidemment la crise sanitaire. Plus de 10 millions de Français ont reçu une première dose de vaccin, et parmi eux des Français jeunes, souvent des fonctionnaires, qui ont reçu une première dose d'ASTRAZENECA, des fonctionnaires qui doivent recevoir une seconde dose. Alors, vont-ils recevoir une seconde dose, ils ne pourront plus recevoir une seconde dose d'ASTRAZENECA puisque c'est interdit aux moins de 55 ans, alors quelle seconde dose vont-ils recevoir ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Eh bien la Haute autorité de santé est en train de mettre en place le protocole sanitaire, les médecins également, et évidemment ce sera fait de manière sûre, de manière analysée, pour que nous ne fassions prendre de risque à personne. Depuis le début de cette crise, on a deux objectifs, protéger la vie des Français, et le faire en transparence. Nous avons dans cette crise, et je suis en tant que ministre de la Transformation publique, jamais publié autant de données en toute transparence, tous les jours, sur tous les sujets, et donc évidemment, les avis scientifiques, les avis médicaux, seront publiés et seront suivis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ces personnes-là seront vaccinées avec PFIZER ou MODERNA.

AMELIE DE MONTCHALIN
Seront vaccinées avec les vaccins qui correspondent à leur âge…

JEAN-JACQUES BOURDIN
ARN messager.

AMELIE DE MONTCHALIN
A leurs risques, et correspondants aux préconisations sanitaires. Je ne suis pas, vous voyez, la ministre de la Santé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et d'ailleurs je pense qu'il est très sain, très sain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il vient de le dire, vous pouvez le dire !

AMELIE DE MONTCHALIN
Il est très sain que les ministres, il y a des décisions qu'on prend, et il y a des choses qui ne sont pas du ressort du politique. Vous dire quel vaccin on doit choisir, ce n'est pas mon métier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, il n'y en a que deux autres !

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc évidemment ce seront des vaccins, d'abord un disponibles, et deux sûrs, adaptés à l'âge des personnes vaccinées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ARN messager, puisqu'il n'y en n'a que deux.

AMELIE DE MONTCHALIN
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
ARN messager, quand, très vite ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que je pense à ces personnels, 600.000 personnes à peu près.

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, qu'est-ce qui s'est passé hier ? Deux choses. On a vacciné plus de 400.000 personnes dans la journée, et on a atteint 10 millions de vaccinés. Pourquoi on y arrive aujourd'hui ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Première dose.

AMELIE DE MONTCHALIN
On y arrive aujourd'hui parce que les usines produisent, d'ailleurs aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, les usines françaises n'ont pas encore produit du vaccin administré aux Français.

AMELIE DE MONTCHALIN
D'accord. Aujourd'hui elles produisent en France, je parle des usines européennes, mondiales, aujourd'hui, la semaine dernière, en début de semaine, elles ont commencé à produire en France, et donc nous pouvons aujourd'hui, d'abord accélérer la campagne de vaccination, et voir des perspectives positives, après un an d'efforts collectifs, et donc oui ça accélère, oui il y a des doses, et on le fait en toute sécurité, en transparence, et parce que la confiance dans cette affaire est le gage de succès.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes la ministre de tous les fonctionnaires, je me mets à leur place, et notamment celles et ceux qui travaillent dans les établissements scolaires, et qui ont besoin de vaccination, et qui demandent la vaccination, je pense aussi à tous les personnels au contact, personnels publics, au contact avec le public, qui demandent aussi la vaccination. Est-ce que ces personnels-là vont être vaccinés avant la fin du mois d'avril ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, avant la fin du mois d'avril, il me semble difficile de vous dire que l'ensemble des personnes que vous nous décrivez, puissent être vaccinées, parce que l'ensemble des personnes vous décrivez c'est 2 à 3 millions d'agents publics. Première chose, nous avons dit, l'ambition première c'est de protéger la vie de ceux qui sont les plus exposés à des formes graves, les personnes âgées et les personnes qui ont des facteurs de risque, que vous soyez fonctionnaire ou pas, vous avez un facteur de risque, vous êtes prioritaire pour la vaccination. Au fur et à mesure où les doses arrivent, évidemment nous allons ouvrir, le président l'a précisé la semaine dernière, ouvrir l'âge à partir duquel on est vacciné, et nous réfléchissons effectivement à ce que les personnes, quel que soit leur statut, leur employeur, je prends l'exemple des écoles. Dans une école vous avez des enseignants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr, et des ATSEM.

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous avez des personnels des collectivités territoriales, qui font tourner les cantines, qui sont dans les classes, et donc nous réfléchissons à une stratégie, nous allons commencer en particulier par tous ceux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous réfléchissez, vous réfléchissez, mais il faut réfléchir vite là maintenant.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais moi je ne suis pas là pour vous annoncer aujourd'hui une stratégie si je n'ai pas la garantie, d'abord que j'ai la logistique, que nous avons les doses, que je suis capable d'expliquer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est un problème de doses encore ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, et de pouvoir expliquer très précisément à chacun comment les choses vont se dérouler. Nous avons déjà acté que nous commencerions, le plus rapidement possible, par tous les personnels des écoles qui sont en contact avec des enfants en situation de handicap, pour qui le respect des gestes barrières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu cela. Et vous commencez quand, la semaine prochaine, avec ces personnes-là ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Le calendrier sera précisé, le nouveau, nous n'annoncerons rien en l'air, nous annoncerons quand nous aurons le calendrier, la logistique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand vous aurez les doses.

AMELIE DE MONTCHALIN
La logistique, est-ce qu'on se fait vacciner dans son école, est-ce qu'on se fait vacciner dans un centre municipal, est-ce qu'on se fait vacciner dans un centre dédié, ce sont des questions importantes parce que sinon c'est de l'amateurisme, et nous ne sommes pas dans une situation où les Français, et c'est normal, toléreraient que nous annoncions des choses que nous ne sommes pas capables de préciser et de mettre en oeuvre tout de suite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Question, Amélie de MONTCHALIN. Beaucoup de Français ne veulent pas du vaccin ASTRAZENECA, certains même ne veulent pas du vaccin MODERNA. J'ai vu ce qui s'est passé en République Tchèque, confrontée au même phénomène, que s'est-il passé en République Tchèque ? Eh bien on a rendu la vaccination obligatoire, et la Cour européenne des droits de l'homme estime que c'est possible et que ça peut être nécessaire en démocratie, qu'en pensez-vous ?

AMELIE DE MONTCHALIN
La première chose, je vous ai dit, transparence, confiance, le choix que nous faisons c'est de rendre l'ensemble des données publiques connues… analysables, que les Français puissent savoir. L'autre enjeu, c'est qu'effectivement, pour atteindre l'immunité collective, que nous puissions vivre sans toutes ces restrictions qui demandent beaucoup d'efforts, qui sont pénibles, qui sont fatigantes, que nous gouvernement notre enjeu c'est bien sûr de pouvoir s'en débarrasser le plus vite possible de toutes ces règles énormes et contraintes, nous devons vacciner le plus largement possible, nous n'y arriverons pas, dans notre pays, par la contrainte, mais il faut qu'on soit bien conscient que ceux et celles qui à un moment donné nous dirons « je n'ai pas très envie, ce n'est pas pour moi, je ne fais pas confiance », ils seront potentiellement dans une situation où ils mettront en danger, à la fois la reprise collective, et….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, parce qu'il y a ce risque social, ce risque de manque de solidarité sociale, est-ce qu'il ne faudra pas, à un moment donné ou un autre, rendre la vaccination obligatoire ? Je vous pose la question.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est un débat, moi je pense que si on a un enjeu de solidarité, si on a un enjeu de cohésion, si on a un enjeu de reprise, eh bien c'est un enjeu qu'il nous faut traiter en tant que société…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc rendre obligatoire la vaccination.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et faire le pari de la responsabilité. Ce n'est pas un pari qu'on fait en l'air. Nous croyons, tous les jours, et on le voit… Vous savez, on nous a dit on est un pays où les règles ne seront pas respectées, les Français sont des gens libres, on est un pays où les règles sont respectées, même quand elles sont pénibles, même quand elles sont contraignantes, vous voyez aujourd'hui, on fait des efforts. Le télétravail, au départ, c'était difficile, aujourd'hui dans les administrations, je vous donne un exemple, 58% des agents sont en télétravail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
58 % aujourd'hui.

AMELIE DE MONTCHALIN
78% dans les ministères centraux, 78% des agents publics des ministères centraux sont aujourd'hui en télétravail, c'était impossible, c'est évidemment contraignant. Ce que je veux vous dire c'est que la responsabilité c'est ce qui nous guide, si on ne fait pas le choix de la responsabilité individuelle et collective, alors ça veut dire qu'on n'est plus en démocratie, et ça veut dire que dans ce cas-là on prend un tournant de gestion de notre pays qui, à mes yeux, est dangereux. La responsabilité, la solidarité, sont les maîtres mots, il faut qu'il y ait la confiance, et la confiance ça ne se décrète pas, c'est la transparence, c'est le fait que quand on a des doutes on le dit, et donc nous continuons à agir en ce sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans tous les cas le débat sur la vaccination obligatoire sera peut-être ouvert, ce n'est pas impossible, Amélie de MONTCHALIN, nous verrons.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais des choses vont émerger, la société aussi va se poser des questions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement. Est-ce qu'il faut rembourser les autotests, est-ce que la Sécurité sociale doit rembourser les autotests ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, les autotests seront potentiellement remboursés pour des personnes qui doivent se tester très souvent, dans des circonstances difficiles, ce sera…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les fonctionnaires, par exemple.

AMELIE DE MONTCHALIN
Pas forcément les fonctionnaires, mais par exemple des gens qui vont travailler à domicile chez des personnes âgées, on a une réflexion sur le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura remboursement, il y aura remboursement de ces autotests ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Pas pour tout le monde, pour certaines personnes peut-être, mais vous savez, aujourd'hui, nous sommes le pays d'Europe, et du monde, qui testons le plus par habitant, 4 millions de tests par semaine, au coin de la rue, remboursés par la Sécurité sociale, aucun autre pays au monde ne le fait. Donc, on ne peut pas comparer l'Allemagne, où cette politique n'existe pas, on ne peut pas se faire tester en Allemagne au coin de la rue en un quart d'heure, remboursé par la Sécurité sociale, donc évidemment la politique est différente selon les pays, selon les stratégies, mais je veux le dire vraiment, nous testons le plus au monde, 4 millions de tests la semaine dernière, c'est une très bonne nouvelle, ça veut dire que les Français sont responsables et qu'ils suivent les cas contacts, et que quand ils sont positifs, eh bien ils s'isolent, c'est aussi une réponse efficace contre l'épidémie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, pas de nouvelle prime exceptionnelle pour les fonctionnaires en première ligne comme il y a un an ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous travaillons d'abord à protéger les agents, j'aurai évidemment un rendez-vous salarial, comme tous les ans, rendez-vous salarial où nous regardons quelles sont les priorités salariale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous préparez une prime pour les fonctionnaires qui sont en première ligne, comme il y a un an ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne prépare pas une prime aujourd'hui, comme il y a un an, je prépare des mesures très fortes, que nous avons d'ailleurs prises dès hier, hier nous avons revalorisé les salaires des fonctionnaires de catégorie C, 380.000 fonctionnaires, pour nous assurer que leur salaire suive l'évolution du SMIC.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de prime, vous dites ce matin, il n'y aura pas de prime.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je dis qu'aujourd'hui ce n'est pas la stratégie prioritaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas de prime, si ce n'est pas la stratégie prioritaire, dites-moi il n'y aura pas de prime.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ma stratégie c'est quoi ? Egalité entre les hommes et les femmes, s'assurer que le début de carrière est assuré, on le fait dans l'éducation, on a fait le Ségur de la santé, s'assurer qu'on travaille sur les petits salaires dans la fonction publique, on a commencé hier, 380.000 agents, c'est une discussion que je mène avec les organisations syndicales de manière rapprochée, il y aura ce rendez-vous salarial…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura des revalorisations ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y aura des revalorisations, qui seront des choix que nous faisons parce qu'il y a des priorités, parce que la crise montre des inégalités, et donc moi je suis une ministre qui travaille dans la concertation, je ne vais pas annoncer à votre micro…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Revalorisation, notamment des petits salaires, mais pas de prime, bien !

AMELIE DE MONTCHALIN
La prime elle pose beaucoup de questions, à qui, comment, pourquoi certains, pourquoi pas d'autres ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'aviez versée.

AMELIE DE MONTCHALIN
Donc, la première chose, c'est que je ne dis pas non, je dis que ça se fait dans la concertation, sinon ça veut dire que je serais là à vous annoncer des choses qui n'auraient pas été travaillées, pas été analysées, ce n'est pas comme ça que je travaille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, élections régionales et départementales, il y a débat, il y a débat au sein de la majorité, au sens large, Richard FERRAND est pour le report, François BAYROU est pour le report, et vous ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi je suis pour le fait qu'on ait ce débat, qu'on demande aux maires s'ils sont capables d'organiser les élections. Moi je suis engagée, pour les élections régionales, en Ile-de-France, je pense que c'est un moment démocratique majeur, parce que c'est important de pouvoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ou pas ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi je suis favorable à ce qu'il y ait un débat, et j'aimerais que les élections se tiennent, qu'elles se tiennent dans de bonnes conditions, sans polémique, que chacun prenne ses responsabilités, qu'on ne refasse pas le sketch et le match du mois de juin et du mois de mars dernier, où il fallait les tenir à tout prix et puis finalement il aurait fallu les annuler à tout prix. Donc, il faut qu'on soit très conscient, très sérieux. Moi je pense que ces élections doivent avoir lieu, le plus tôt possible, telles qu'elles sont prévues, mais dans des conditions où on peut les organiser en confiance et en responsabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Suppression de l'ENA, c'était une promesse d'Emmanuel MACRON, il tient sa promesse, on est bien d'accord, suppression de l'ENA, et remplacement par un nouvel institut, Institut du Service Public, l'ISP, mais quelle sera la différence, est-ce qu'on ne crée pas un nouvel ENA en quelque sorte, Amélie de MONTCHALIN ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, l'ENA est née en 1945…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, DE GAULLE.

AMELIE DE MONTCHALIN
Dans une période où la France sortait de deux guerres, était à reconstruire, et le but c'était de faire émerger une élite qui puisse reconstruire le pays, et le choix qui a été fait à l'époque c'est de créer l'ENA. On est 75 ans après, les défis ne sont pas les mêmes, on est dans une crise sanitaire, on a devant nous des chocs majeurs, le choc climatique, on a des bouleversements technologiques majeurs, le numérique, on a des enjeux, on le voit aujourd'hui, sur notre défense de notre modèle républicain, sur la laïcité, le monde a changé. La France est un Etat qui s'est construit, la France, pardon, est un pays qui s'est construit autour de son Etat, l'Etat, la Nation, la France, sont des choses qui marchent ensemble, la France a changé, le monde a changé, les défis ont changé, ce que notre Etat doit apporter aux Français a changé, et donc qu'est-ce que nous faisons ? Nous refondons ce modèle de 1945. Nous ne disons pas qu'il y a des boucs-émissaires, nous ne sommes pas là pour faire la guerre à quiconque, nous ne sommes pas là pour porter l'opprobre sur les uns les autres, nous sommes là pour refonder en profondeur un modèle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous refondez, avec un nouveau modèle donc ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Un nouveau modèle du début à la fin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quelle sera la différence, il n'y aura plus d'emploi à vie ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord, les fonctionnaires ont la garantie de l'emploi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, on n'y touche pas.

AMELIE DE MONTCHALIN
En revanche, il n'y aura pas des carrières tracées par un classement qui concerne 80 personnes, qui se battent pour 15 postes, mais qui ne sont pas des postes tout à fait, qui sont des carrières, et qui font qu'aujourd'hui, aujourd'hui, l'ENA d'aujourd'hui, la moitié de ceux qui sortent de cette école exercent comme premier métier, et parfois comme métier toute leur vie, des métiers d'inspection, de contrôle, et de jugement. Alors, pour clarifier les choses, qu'est-ce qu'on fait ? d'abord on ne recrute plus les mêmes personnes, on va faire émerger une nouvelle génération, de jeunes, talentueux, méritants, boursiers, qui sont à l'université, qui ont fait des études très variées, et qui seront préparés dans de bonnes conditions à ces concours, nous réouvrons socialement, territorialement. L'ensemble de la jeunesse méritante de ce pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aux concours des écoles du service public.

AMELIE DE MONTCHALIN
A sa place, aux concours des écoles de service public. Ensuite, on forme différemment. On ne peut pas aujourd'hui considérer que sur des sujets aussi importants que la laïcité, que la transition écologique, que le numérique, que le rapport à la science, on vient d'en parler pendant plus de plus de 10 minutes, sur comment le scientifique, le politique, l'administratif se parlent, sur des sujets comme ça, d'abord qu'il n'y ait pas de formation approfondie, exigeante, qui crée de l'excellence, mais surtout que, aujourd'hui, le directeur d'hôpital, l'administrateur d'une collectivité territoriale, le sous-préfet, le magistrat, ils ne sont jamais formés ensemble, donc cet Institut du Service Public, ce n'est plus une école pour 80 élèves qui sont classés pour choisir 15 carrières qui leur permettront de juger, de contrôler, inspecter le pays, sans être passés par le terrain, c'est un institut qui va former des milliers de jeunes hauts fonctionnaires, et moins jeunes, ça va faire de la formation continue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès la rentrée prochaine ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ça va faire un…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès la rentrée prochaine ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Dès la rentrée prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A Strasbourg, toujours.

AMELIE DE MONTCHALIN
Dès la rentrée de la prochaine promotion, qui passera ce concours, ce concours qui sera ouvert donc à des étudiants boursiers, de toutes les universités, eh bien ils auront un tronc commun, commun à toutes les écoles de service public de l'encadrement supérieur. Ils auront, ensuite on va investir dans la formation continue, et puis surtout les carrières vont être différentes, c'est ça l'enjeu aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils vont aller sur le terrain, j'espère qu'ils iront sur le terrain.

AMELIE DE MONTCHALIN
L'ensemble de ces administrateurs de l'Etat, de 2021, pour le futur, commenceront leur carrière sur le terrain, ils y retourneront, il y aura de la mobilité obligatoire, on doit reconnecter notre haute fonction publique, au XXIème siècle, au terrain, aux Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris. L'objectif c'est quoi ? L'objectif c'est améliorer le fonctionnement de l'Etat, on est bien d'accord Amélie de MONTCHALIN, mais pour améliorer le fonctionnement de l'Etat, ne faut-il pas, par exemple, supprimer certaines agences de l'Etat ? Combien y a-t-il d'agences de l'Etat ? 1200 ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Plus d'un millier… d'abord il faut faire les deux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, oui, d'accord, mais est-ce que vous allez supprimer des agences de l'Etat ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, nous allons réfléchir, supprimer. Nous avons supprimé, nous avons déjà supprimé un tiers de ce qu'on appelle les commissions Théodule, les commissions consultatives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien, mais les agences de l'Etat, les commissions Théodule, bon, mais les agences de l'Etat, est-ce que vous allez en supprimer ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, on va supprimer, on va redonner de la cohérence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A peu près quoi, un tiers ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne vais pas vous donner un chiffre là non plus, il faut faire les choses précisément, parce que sinon, voyez, on donne des symboles, on n'est pas dans le symbole, on est dans l'efficacité. Vous savez, un haut fonctionnaire c'est quoi ? c'est une personne qui s'engage pour faire vivre les valeurs de la République et pour appliquer des politiques, c'est tout notre logiciel d'action publique qu'on doit changer, comme on le simplifie, comme on le rapproche du terrain, comment on fait confiance aussi aux agents publics, comment le politique pilote prend ses responsabilités, ça c'est dans notre enjeu, et donc notre réforme c'est une réforme d'efficacité, c'est une réforme de responsabilité, parce qu'on va évaluer au cours de la carrière ces hauts fonctionnaires, il n'y aura plus d'emploi à vie et de carrière toute tracée. Moi j'ai un appel à lancer la jeunesse, c'est méritocratique de dire les choses ne sont pas tracées, à 25 ans, par votre classement, parce que vous avez des gens très performants, très méritants, à qui aujourd'hui on dit « vous ne pouvez pas accéder à ce poste parce que vous n'appartenez pas au bon corps, parce que vous n'avez pas été bien classé à 25 ans », c'est injuste. Les fonctionnaires, les hauts fonctionnaires, sont des hommes et des femmes engagés, aujourd'hui ils voient bien que tout ne fonctionne pas toujours bien, qu'il faut changer les choses, qu'il faut s'attaquer aux structures, qu'il faut beaucoup plus se connecter aux enjeux du monde du XXIe siècle, du monde des Français, du terrain, et c'est une réforme positive, j'insiste sur ce point, c'est une réforme positive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, je vais revenir sur EDF, parce que ça vous concerne, la réorganisation d'EDF, mais juste une question sur cette image d'Ursula VON DER LEYEN, vous êtes une femme politique, est-ce qu'elle a subi un affront sexiste à Ankara. ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Elle a subi ce que beaucoup de femmes politiques vivent, parfois tous les jours. Vous savez, moi il y a des endroits où je me rends, ce n'est pas moi qu'on regarde, c'est toujours la personne qui est à côté, qui est en général un homme, s'il est plus vieux que moi c'est certain. Donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui le regarde ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je suis invitée, j'arrive quelque part, parfois c'est moi qui vais rencontrer quelqu'un, et parfois on se tourne vers la personne qui m'accompagne, c'est un sexisme, qui n'est pas forcément, dans notre… méchant, politique, mais parce que la place des femmes en politique ça s'est acquis, ça a été compliqué, on n'est pas là depuis longtemps, et il faut encore souvent qu'on prouve notre légitimité, donc évidemment ce qui s'est passé à Ankara c'est un signe que cette bataille n'est pas finie et qu'il ne faut pas qu'on soit naïf, certains ont d'autres modèles que nous. Notre modèle d'égalité, qui fait que dans ce gouvernement vous avez la moitié des femmes, que dans notre groupe parlementaire, j'étais à la Commission des finances, et nous étions une Commission des finances, pour la majorité, paritaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose une question directe parce que j'ai été choqué, moi-même j'ai été choqué par le comportement de Charles MICHEL. Est-ce que c'est un mufle ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne pense pas que ce soit un mufle, je pense qu'il a été très gêné, je pense qu'il s'est excusé, mais je pense que ça nous apporte une vigilance collective. Rien n'est jamais acquis, et certains peuvent se servir de certains symboles pour faire passer des messages à notre insu, et il ne faut pas qu'on soit, dans ces situations, gêné. C'est un modèle, c'est l'égalité, et c'est ce qu'on défend, et je le défends d'ailleurs pour la haute fonction publique, la réforme que nous proposons, c'est aussi la possibilité donnée à beaucoup plus de femmes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parité ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment, parité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parité dans les écoles publiques ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Parité dans les jurys, amener beaucoup plus de jeunes filles à préparer ces concours, qu'il y ait beaucoup moins d'autocensure, il n'y aura pas de quotas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de quotas.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, vous voyez, aujourd'hui, on prépare les concours de la haute fonction publique à l'université, il y a 60 % de femmes, quand on les prépare dans certaines voies plus parisiennes, il n'y a plus de 35 % de femmes. Moi, mon combat, c'est que toutes les jeunes femmes, de ce pays, puissent avoir leur place au service de l'intérêt général, pas parce qu'elles sont des femmes, parce qu'elles en ont l'envie, parce qu'elles en ont le talent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dites-moi, c'est vrai à l'ENA, mais c'est vrai dans d'autres grandes écoles…

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui seront réformées ? Je pense à Polytechnique par exemple, ou d'autres.

AMELIE DE MONTCHALIN
J'assure déjà, vous savez, le grand chantier des écoles de service public, c'est déjà un très grand chantier, on a beaucoup progressé, nous sommes, juste, Jean-Jacques BOURDIN, en 2020, au Conseil des ministres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très vite, parce que j'ai deux questions à vous poser sur EDF.

AMELIE DE MONTCHALIN
En 2020, au Conseil des ministres, le président a nommé 42 % de femmes, pendant des années on était à -25 %, -30 %, donc ça progresse, mais c'est la volonté politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, la réorganisation d'EDF, projet « Hercule », où en sont les négociations avec Bruxelles, parce que ça patine ? Je rappelle qu'il y a trois entités qui seront créées. Est-ce que ce projet sera abandonné, est-ce qu'il sera mis en place avant la fin du quinquennat ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne suis ni la ministre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais vous êtes…

AMELIE DE MONTCHALIN
De l'Energie, ni la ministre qui conduit les négociations, donc je ne vais pas vous dire aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous étiez ministre en charge des Affaires européennes…

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, et vous connaissez parfaitement EDF puisque ça fait partie de l'espace public.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais ce ne sont pas des agents dont j'ai la responsabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais.

AMELIE DE MONTCHALIN
Notre enjeu c'est quoi ? Notre souveraineté énergétique. Je viens de vous parler de la transition écologique, vous dire à quel point par exemple ça va être mis au coeur de toute la formation dans la fonction publique, donc évidemment que ce sujet il est majeur, comment on fait l'investissement, la transition, la suite du nucléaire, comment on fait la transition de notre énergie vers des énergies renouvelables, comment on fait des économies d'énergie, donc derrière le projet « Hercule », il y a des enjeux de structures, mais il y a des enjeux de souveraineté, il y a des enjeux industriels, il y a les enjeux de la vie quotidienne, combien coûte l'électricité, donc, il y a des négociations, de nouveau je ne vais pas, moi, ce matin en parler en détail, ça ne serait d'abord pas mon rôle, et puis je vous dirai des choses qui ne seraient pas forcément pertinentes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si ça n'avance pas. Mais j'ai un mot, pour terminer, sur le nucléaire. J'avais Barbara POMPILI, mercredi matin, je lui ai posé une question, est-il possible de se passer du nucléaire ? Elle m'a dit « c'est possible. » Vous pensez que c'est possible de se passer du nucléaire, franchement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a des pays qui n'ont pas de nucléaire, mais nous, en France, on a du nucléaire, et ça fait quoi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ce n'est pas possible.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ça fait quoi le nucléaire en France ? Aujourd'hui on est le quatrième pays, au monde, le plus vert, ce n'est pas moi qui le dis, c'est les chercheurs du MIT, donc voyez, c'est des gens qui ont regardé ça de manière très neutre. Aujourd'hui c'est une chance en France, c'est une chance d'abord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est indispensable.

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord c'est un fleuron technologique, ensuite ce sont des emplois, ensuite c'est aussi notre indépendance énergétique, nous sommes un pays qui exportons l'énergie, très souvent, vers nos voisins, pourquoi ? Parce que nous avons cette production en permanence. C'est une énergie qui ne crée pas de CO2. Donc, il y a d'autres enjeux, il y a les enjeux des déchets, il y a l'enjeu de l'approvisionnement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est indispensable.

AMELIE DE MONTCHALIN
La stratégie du président c'est 50 % de nucléaire dans le mix énergétique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le nucléaire est indispensable.

AMELIE DE MONTCHALIN
Heureusement, parce que si c'est 50% de notre énergie, je peux vous dire qu'il est bien sûr indispensable. En 2021, qu'il y ait des pays qui n'aient pas de nucléaire, c'est une réalité, qu'aujourd'hui, en 2021, je vous dise le nucléaire n'est pas indispensable, ça veut dire qu'on coupe la moitié de nos ampoules, qu'on ferme la moitié de notre industrie. Donc, nous sommes un pays qui a fait des choix technologiques. C'est comme la réforme que je propose, que nous proposons avec le président de la République, ça nous demande des choix, de la lucidité, de regarder l'avenir, d'être courageux, et donc sur l'ensemble de nos sujets nous devons avoir là aussi des hommes et des femmes prêts à affronter les défis du siècle qui vient, du siècle d'aujourd'hui, de cette crise sanitaire dont nous sortons, et c'est donc une refondation positive, pour les Français, pour notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Amélie de MONTCHALIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 avril 2021