Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France Info le 26 avril 2021, sur la tribune de militaires retraités dans la revue "Valeurs actuelles" s'inquiétant de la situation en France et les vaccins contre la COVID-19 et l'aide apportée à l'Inde pour lutter contre l'épidémie.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Une vingtaine de Généraux à la retraite ou radiés de l'Armée ont lancé mercredi dernier un appel dans les colonnes de Valeurs actuelles, l'appel à Emmanuel MACRON, on lui demande de défendre les valeurs de la civilisation contre, je cite, la horde des banlieues. Ils laissent entendre qu'il existe un risque de guerre civile en France et que des militaires pourraient être tentés de prendre les armes, c'est une menace ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas sans réserve cette tribune d'un quarteron de Généraux en charentaises qui appellent au soulèvement. 60 ans jour pour jour après le putsch des Généraux contre le Général de GAULLE, tout cela n'est pas gratuit et je remarque à quelle vitesse Marine LE PEN s'est joint et a appelé ces Généraux à le rejoindre, ces Généraux encore une fois qui ne sont pas du tout en exercice. Je trouve que c'est une insulte pour l'Armée, pour les valeurs qu'elle porte et je veux dire aussi que les masques tombent, le vernis craque, Marine LE PEN, c'est l'extrême droite et c'est très exactement le même schéma qu'il y a 60 ans.

MARC FAUVELLE
Si c'est si grave pourquoi personne au gouvernement n'a réagi jusqu'à hier soir.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, je réagis comme ça c'est très clair et je rappelle que Florence PARLY a également pointé les responsabilités de cette tribune et il a mis en exergue que cela mettait en évidence à quel point Marine LE PEN connaissait mal les sujets régaliens puisque l'armée elle se caractérise par sa neutralité et par le fait que son rôle, c'est de protéger les Français et protéger la France.

MARC FAUVELLE
Y compris quand on est à la retraite de l'armée, le devoir de neutralité il s'applique encore y compris lorsqu'on a été radié de l'armée ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous voyez bien qu'on joue sur l'ambiguïté, vous vous prévalez d'être de l'armée alors que vous n'en est plus.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Ils touchent quand même une retraite, compte tenu de ce que vous dites effectivement le retour des putschistes en France, est-ce qu'il ne faudrait pas les poursuivre, est-ce qu'on peut seulement dire comme Florence PARLY, la ministre des Armées qu'ils ne représentent plus qu'eux-mêmes ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, ils ne représentent plus qu'eux même, nous sommes quand même dans un pays…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais est-ce que c'est suffisant, est-ce qu'il faut les poursuivre ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Où l'opinion est libre et elle peut être exprimée librement, donc attention à ne pas tomber de l'autre côté du cheval. En revanche il faut ramener ce propos à ce qu'il est, c'est-à-dire une poignée de personnes dont certains ont été radiés de l'armée pour un comportement qui violait les valeurs et l'exemplarité de l'armée moi, je veux dire ici tout mon soutien justement au service et à l'Armée, je veux dire ce sont ces personnes qui sont aujourd'hui sur des théâtres d'opérations extrêmement compliqués pour lutter contre le terrorisme à l'extérieur de la France et qui luttent également en France. Donc tout cela dessert les valeurs de l'Armée.

MARC FAUVELLE
Quelques jours plus tôt Agnès PANNIER-RUNACHER, c'est Philippe de VILLIERS dans le même magazine Valeurs actuelles qui appelait les Français à l'insurrection, là non plus aucune réaction, aucune réaction du gouvernement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'était tout aussi nauséabond et tout aussi condamnable. Ça ne mérite pas non plus qu'on en fasse…

MARC FAUVELLE
Le fait que Philippe de VILLIERS ait affiché une proximité avec Emmanuel MACRON au début du quinquennat ne joue absolument pas dans le silence aujourd'hui de la majorité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas, je crois surtout qu'il ne faut pas donner plus d'importance que cela à ce type de saillies qui ne sont pas du tout drolatiques d'ailleurs et il faut simplement condamner sans réserve et passer à autre chose, je crois que les Français et les Françaises attendent autre chose et du gouvernement et du personnel politique.

MARC FAUVELLE
Nous aussi on va passer à autre chose.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Tout autre sujet hier le Premier ministre était à Roissy pour voir si les mesures par rapport aux passagers qui arrivent de pays à risques comme l'Inde, comme l'Afrique du Sud, étaient bien appliquées, il s'est montré rassurant le Premier ministre, on l'écoute.

JEAN CASTEX, PREMIER MINISTRE
Je constate et il faut absolument tenir cette ligne que les variant notamment brésilien et sud-africain, non seulement se sont très peu nombreux sur le territoire national, mais en même temps dans ces dernières semaines, a régressé.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce que vous prenez suffisamment la menace des nouveaux. Variant au sérieux ? En fait ces variant ne régressent pas dans les tests, ils augmentent depuis une dizaine de jours, donc comment expliquer effectivement que le Premier ministre dit absolument l'inverse ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord il faut regarder les chiffres dans le détail ? Mais je ne vais pas me prêter à cet exercice parce que…

MARC FAUVELLE
3,8 % de tests positifs aux variant il y a 10 jours, 4,7 dix jours après. Ils augmentent légèrement, mais ils augmentent.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils sont légèrement mais ils sont sous contrôle, mais au-delà de ça ce qui est intéressant c'est les mesures que nous prenons pour freiner l'arrivée des variant. Ces mesures elles sont extrêmement strictes, seuls les ressortissants français, leurs familles et les ressortissants européens qui ont leur résidence principale en France, donc en fait c'est une main tendue aux Français qui viennent d'Inde, d'Afrique du Sud et d'autres pays et nous jouons notre rôle de pays d'accueil mais seulement ceux-là ont le droit d'arriver en France. Ils font un test au départ qui doit être négatif, ils font un test à l'arrivée qui doit être négatif et ils ont 10 jours de quarantaine.

MARC FAUVELLE
Avec la possibilité de sortir deux heures par jour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui mais dans le respect des gestes barrières.

MARC FAUVELLE
Avec la possibilité de sortir deux heures par jour, quel sens a une quarantaine, on n'a pas le droit de sortir, puis on peut aller faire ses courses.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est exactement ce qu'on a fait pendant le confinement, Marc FAUVELLE, c'est très exactement ce qu'on a fait, c'est-à-dire qu'on limite au maximum les interactions sociales, que vous avez le devoir d'être en permanence dans le respect des gestes barrières mais que vous avez le droit de vous alimenter, parce qu'il faut faire vivre votre famille lorsque vous habitez à Paris ou ailleurs et que vous rentrez dans votre résidence principale.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce qu'on est sûr, est-ce que vous avez des informations sur l'efficacité des vaccins par rapport à ce variant indien dit double mutant ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors à ce stade je n'ai pas d'indication sur l'efficacité des vaccins sur ce double variant, je rappelle qu'il ne représente que 3% des formes repérées en Inde et qu'aujourd'hui les éléments que nous avons sont sur le variant sud-africain où le vaccin a priori BioNtech et d'autres ont l'air relativement efficaces, c'est des données qui sont essentiellement in vitro donc il faut voir in vivo mais tout cela est suivi de très près et par les laboratoires et par l'ensemble des équipes de santé publique en Europe.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais il va arriver en France ce variant, vous êtes d'accord Agnès PANNIER-RUNACHER, il a été repéré ce week-end en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suisse dans une vingtaine de pays au total, donc il va arriver en France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un risque puisque le vaccin ne connaît pas de frontière, le vaccin, le virus ne connaît pas de frontières, mais nous avons une arme qui s'appelle le vaccin, nous avons une arme qui s'appelle la capacité à produire des vaccins adaptés à des variant, c'est ce que sont en train de faire les laboratoires qui ont déjà des vaccins qui fonctionnent aujourd'hui. Je pense à Moderna, je pense à BioNtech Pfizer qui avant l'été devraient commencer à présenter des résultats sur le variant sud-africain, pour prendre cet exemple-là et qui sont en capacité de le produire dans la foulée. Donc vous voyez la lutte continue d'un point de vue technologique mais nous ne sommes pas désarmés et nous avons pris les mesures pour freiner au maximum l'arrivée de ces variant. Donc là encore la meilleure arme que nous avons tous, c'est le respect des gestes barrières, on ne le répétera jamais assez, le respect des gestes barrière c'est la meilleure façon d'empêcher le virus de circuler, quel que soit le variant auquel vous faites face.

MARC FAUVELLE
On va parler dans quelques instants des doutes qui persistent au sujet du vaccin Astrazeneca, Agnès PANNIER-RUNACHER, mais également de la situation en Inde qui en appelle aujourd'hui à la communauté internationale face à la vague, au raz-de-marée que connaît en ce moment le pays, plus de deux millions de personnes contaminées en l'espace d'une semaine, c'est 40% du total de la planète désormais qu'il est détecté en Inde.

JEAN-JEROME BERTOLUS
350 000 nouveaux cas de contamination en Inde, le pays est véritablement submergé. Est-ce que la France va aider l'Inde et de quelle manière ? Est-ce qu'on va envoyer des médecins, envoyer des vaccins, envoyer des unités d'oxygène ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous sommes en relation au travers de notre ambassade en Inde, avec les autorités du pays, pour répondre très précisément à leur demande d'équipements. Aujourd'hui il y a une demande d'équipements en oxygénothérapie, puisque c'est le principal manque auquel ils font face dans leurs établissements de santé. S'agissant des vaccins, je rappelle que l'Inde est un des premier producteur mondial de vaccins, donc ils produisent individuellement énormément de vaccins, ils ont y compris leur propre vaccin, sur lequel ils l'ont pas fait de demande d'AMM en France et en Europe.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Donc Agnès PANNIER-RUNACHER, qu'est-ce que vous allez mobiliser : la sécurité civile pour embarquer des unités d'oxygénisation en Inde ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pour le moment, la demande elle est au niveau des équipements d'oxygène, et c'est le ministère de la Santé qui gère ce dossier et qui est en train de recenser très précisément, avec d'autres pays de l'Union européenne, un puisque Ursula VON DER LEYEN a indiqué dimanche qu'elle travaillait à un plan de soutien aux Indiens, en Inde, et de la même manière le président de la République, l'Elysée a communiqué sur les soutiens que nous allons apporter.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Hier soir. Et ça veut dire dès cette semaine, en fait, parce qu'il y a urgence, quand même, c'est un pays qui est en perdition.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, il y a urgence et il s'agit d'envoyer le plus vite possible ce soutien, mais qui répond très exactement aux demandes des autorités sanitaires indiennes.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous avez sans doute vu ces derniers jours ces médecins qui se filment parfois en train de jeter des doses d'AstraZeneca qui leur restent en fin de semaine, parce qu'elles ne sont plus utilisables et parce que de nombreux patients refusent de se faire administrer ce vaccin. Pourquoi ne pas autoriser tous les Français qui le souhaitent à utiliser ces doses, le soir ou le vendredi, avant qu'on les mette à la poubelle ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je veux d'abord dire que le vaccin AstraZeneca, est un vaccin sécure et efficace. Il est sécure et efficace dans des proportions qui ne sont souvent pas atteintes par des vaccins classiques. Je le redis, parce que je crois que ce message doit être très largement diffusé. Moi, je n'aurais pas pris de risque de recommander à mes parents, qui ont plus de 75 ans, de recommander à ma fille, qui soignante, de se vacciner à l'AstraZeneca, si j'avais eu la moindre perception d'un risque pour eux, par rapport aux difficultés qu'ils pouvaient encourir dans l'utilisation de ce vaccin. Ça c'est un premier point. Le deuxième point, c'est que nous adaptons progressivement notre stratégie vaccinale. Aujourd'hui, ce qu'on sait, c'est qu'il y a des facteurs pour développer des formes graves, que ces facteurs ils sont extrêmement liés à l'âge, c'est de très loin le premier facteur de risque de développer une forme grave, et que l'enjeu c'est de faire la vaccination de manière organisée, ce que nous faisons. Et j'observe une chose, c'est que 70 % des doses sont effectivement utilisées, c'est-à-dire que nous sommes en train…

MARC FAUVELLE
Mais les 30 % qui restent ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous sommes en train d'augmenter le taux de l'utilisation des doses AstraZeneca, donc à ce stade la confiance dans ce vaccin elle s'est plutôt stabilisée, voire elle a repris, il faut passer par les médecins, il faut passer par les pharmaciens, parce que ce sont eux qui ont le Conseil qui permet de rassurer les candidats à la vaccination, pour leur dire qu'ils sont, ils ne présentent aucun risque par rapport, ou très peu de risques par rapport à ce vaccin, et que le risque de développer une forme grave est bien plus important. Je rappelle que l'on risque plus de faire une thrombose…

MARC FAUVELLE
Oui, j'en reviens à ma question, si vous le permettez…

AGNES PANNIER-RUNACHER
… lorsqu'on fait un Paris – Rio, que lorsqu'on se fait vacciner.

MARC FAUVELLE
Enfin, Paris – Rio en ce moment, on ne le fait pas trop.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, on ne le fait pas trop, mais quand vous prenez l'avion long-courrier, personne ne prenait…

MARC FAUVELLE
Le risque est 50 fois plus important sur un vol transatlantique qu'en se faisant vacciner à l'AstraZeneca.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, donc mettons les choses en perspective, et je crois que c'est notre responsabilité à tous de le faire.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Est-ce qu'il ne faut pas ouvrir la vaccination, dans ces cas-là, avec ces fonds de flacons, aux Français qui ne sont pas éligibles aujourd'hui et dont certains par millions veulent se faire vacciner à tout prix plutôt que de jeter ces doses ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez qu'aujourd'hui on appelle les personnes par ordre d'âge qui se présentent, lorsqu'il reste des fonds de flacons, cela est possible.

MARC FAUVELLE
Il n'y aura pas d'entorse à cette règle ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Cela est tout à fait possible, je pense qu'il ne faut pas sous-estimer le pragmatisme et des médecins, et des pharmaciens, et des centres de vaccination. J'étais en visite vendredi dernier dans un centre de vaccination, je peux vous assurer qu'il n'y avait aucune dose de perdue.

MARC FAUVELLE
Est-il normal que des personnes qui viennent se faire vacciner pour AstraZeneca, annulent leurs rendez-vous au dernier moment en attendant un autre vaccin ? Et ces personnes auront-elles droit effectivement à un autre vaccin plus tard ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense que ce n'est pas un service qu'elles se rendent surtout, elles se mettent en danger. Si elles sont dans la catégorie des personnes qui doivent se faire vacciner, ça veut dire qu'elles présentent un risque de développer une forme grave, plus importante que les gens de 30 ans ou des gens de 20 ans. Si elles ne font pas leur rendez-vous, le risque est qu'elles développent la maladie. Je veux dire, c'est aussi simple que ça. On est toujours dans la recherche du meilleur bénéfice pour les personnes. Moi je ne leur recommande pas de prendre le risque de développer une forme grave de la maladie.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais, est-ce que vous n'avez pas quand même, est-ce que vous ne pouvez pas reconnaître ce matin qu'il y a eu des erreurs, je dirais en termes de communication, au minimum, de la part de l'exécutif sur l'AstraZeneca ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je regarde…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce que vous n'avez pas suscité un peu les doutes chez les Français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Jean-Jérôme BERTOLUS, je ne suis pas certaine que ce soit le gouvernement qui ait mis à un titre en bas des écrans en disant « risque de thrombose lié à ce vaccin ».

JEAN-JEROME BERTOLUS
Emmanuel MACRON, le premier, devant les correspondants étrangers, avait douté de l'efficacité de ce vaccin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je vous le dis très simplement : on a l'Agence du médicament européenne, c'est une des agences les plus rigoureuses, les plus rigoureuses dans le monde, on lui a d'ailleurs reproché parfois à son manque de prise de risque qui a validé ce vaccin, qui établit de manière très nette que les bénéfices de ce vaccin sont incommensurables. Et donc très simplement, je le dis aux Français aujourd'hui, je le dis à ceux qui nous écoutent : si vous êtes dans la catégorie de ceux qui peuvent se faire vacciner, il n'y a pas d'hésitation à avoir. Parce qu'il y a deux enjeux : le premier enjeu c'est de vous protéger vous, le deuxième enjeu c'est d'empêcher le virus de circuler.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On l'a bien compris, Agnès PANNIER-RUNACHER, mais est-ce que vous êtes d'accord aussi avec le fait de ne pas renouveler le contrat au niveau européen avec AstraZeneca, après le 1er juin et le…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais là… Non, ce n'est pas après le 1er juin…

MARC FAUVELLE
Après le 30 juin.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Après le 30 juin pardon.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je veux rappeler une chose, ce vaccin…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais, est-ce que vous êtes d'accord pour attaquer AstraZeneca sur ses dérives en matière de livraisons ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Plusieurs questions. Première question, le vaccin… le contrat que nous avons aujourd'hui avec AstraZeneca, c'est un contrat qui court jusqu'à la fin d'année, voire au-delà 2021, et il représente 45 millions de doses. 45 millions de doses. Il ne vous aura pas échappé que d'ici la fin de l'été…

MARC FAUVELLE
Ce sont les chiffres pour la France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sont les chiffres pour la France, ce n'est pas les chiffres pour l'Europe, c'est les chiffres pour la France, donc nous sommes très largement équipés en vaccins AstraZeneca. Les contrats dont nous discutons aujourd'hui, ce sont des contrats pour 2022/2023, qui portent en fait sur des adaptations des vaccins, c'est-à-dire des variants et des rappels. Aujourd'hui AstraZeneca n'a pas présenté de dossier pour des variants et des rappels. Donc 2022/2023, il faut qu'on ait une offre pour pouvoir se dire que ça représente une possible, un possible contrat. Là où BioNTech…

MARC FAUVELLE
Dans un monde idéal, vous préférez qu'on continue sans eux ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Là où BioNTech et Moderna ont présenté des dossiers, ils sont en train d'avancer et ils présenteront prochainement des possibilités de vaccins pour des rappels et des variants. Donc c'est tout simplement la situation. Si AstraZeneca arrive avec un bon dossier de variants ou de rappels ou même de vaccination pour les adolescents, on le regardera. La position de l'Union européenne et de la France a été constante, nous cherchons les vaccins les plus sécure et les plus efficaces. Nous regardons toutes les options et ma responsabilité est de faire en sorte que les scientifiques aient le maximum d'outils à leur disposition pour protéger la population française et européenne, et donc d'avoir toutes les options possibles sur la table, pré-réservées, précommandées.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée chargée de l'Industrie et des vaccins, donc, et des négociations avec les laboratoires pharmaceutiques, vous êtes notre invitée pour quelques minutes encore, on s'interrompt le temps du fil info à 08h50 avec Mélanie DELAUNAY.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER les Américains vaccinés pourront voyager en Europe déclare la présidente de la commission européenne, Ursula von der LEYEN, elle l'a dit hier soir dans un entretien au New York Times mais qui pourra voyager parmi les Européens l'été prochain, quelles seront les conditions pour pouvoir par exemple monter dans un avion à l'intérieur de l'Union ou pour aller à l'extérieur ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors à l'intérieur de l'Union, c'est un travail qui est mené en ce moment pour aligner les conditions de voyage. a priori on est sur un schéma où il faut pouvoir prouver soit par un test, soit pas une sérologie, soit par une vaccination qu'on est apte à voyager et qu'on ne présente pas de risques individuels, s'agissant des Etats-Unis je vais vous renvoyer vers les autorités américaines, j'ai compris qu'ils avaient indiqué qu'ils envisageaient peut-être de vacciner les touristes, donc j'ai l'impression, qui arriveraient sur le sol américain, donc j'ai l'impression qu'ils font preuve d'une certaine ouverture.

MARC FAUVELLE
Sachant que les vaccins autorisés des deux côtés de l'Atlantique sont pas les mêmes, les Américains n'utilisent pas l'Astrazeneca, nous l'utilisons, est-ce qu'il y aura une harmonisation pour que tous les vaccins soient reconnus ou est-ce qu'on ne le sait pas encore ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ce stade les discussions sont encore en cours mais je veux rappeler qu'il y a une grande proximité de travail entre les équipes de l'agence sanitaire américaine la FDA et l'équipe européenne de l'Agence du médicament européenne, que chacun reconnaît les compétences de l'autre et je doute qu'il y ait un dissensus entre l'appréciation médicale de l'efficacité des vaccins.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Sur l'école, c'est la réouverture des écoles aujourd'hui pour le primaire en présidentielle, à distance pour le secondaire, est-ce que vous ne craignez pas une certaine pagaille que ce soit avec la fermeture en cascade de classes avec un protocole sanitaire très strict ou avec le renouvellement des bogues qu'on a connu sur les classes en ligne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, moi je suis la mère de 2 enfants dont l'un est au collège et l'autre étant en primaire, l'aînée, elle est en médecine donc elle n'est pas concernée, je peux vous dire que c'est un immense soulagement qui reprennent l'école, ils attendent de reprendre l'école.

MARC FAUVELLE
Pour eux ou pour vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pour eux essentiellement, pour eux essentiellement encore une fois un enfant a besoin d'avoir des interactions sociales, de voir ses copains, de voir ses copines, de voir ses professeurs et on est en train de prendre la mesure que l'école est absurdement indispensable à leur équilibre. Et vous le savez la France a privilégié le fait de maintenir le plus longtemps possible ces écoles, pourquoi, parce que la fermeture des écoles c'est la meilleure façon de creuser les inégalités, on l'a vu l'année dernière parce que les enfants qui décrochent, c'est souvent des enfants qui viennent d'environnement modeste et qui n'ont pas la capacité à faire appel à des professeurs, à des cours du soir, à tout cela pour rattraper.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On aurait dû quand même accélérer la vaccination des enseignants pendant les vacances, ils n'auraient pas dû être simplement des personnes prioritaires pour être vaccinées ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils sont désormais sur la liste des personnes.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Non au-dessus de 55 ans pas en dessous les jeunes profs de Seine-Saint-Denis ils ne sont pas vacciner par exemple.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Encore une fois la vaccination je sais pour prémunir le risque de développer une forme grave et ça paraît essentiel de fonctionner dans ce sens-là. Il y a évidemment des professions qui sont en 2e ligne, c'est le cas des professeurs et nous avons une responsabilité en tant qu'Etat employeur et nous prenons cette responsabilité très au sérieux puisque nous avons ouvert la vaccination aux plus de 55 ans pour ces professions là, mais au-delà de ça le sujet c'est la circulation entre les enfants, éventuellement du virus. Donc ce n'est pas parce que vous vaccinez les professeurs que vous arrêtez la circulation du virus et c'est là où il est nécessaire d'avoir un protocole sanitaire extrêmement strict, ce que nous mettons en place. Et encore une fois vous annoncez, vous indiquez 11000 classes, 11000 classes sur combien de milliers de classes qui sont restées ouvertes. Je rappelle que ça représente un nombre microcosmique du nombre de classes qui ont pu fonctionner jusqu'au bout avant que l'on met en place ce dispositif où on a fait une semaine de présentiel, deux semaines de congés et on réouvre aujourd'hui.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER est-ce que vous considérez comme votre collègue du gouvernement Marlène SCHIAPPA que Cyril HANOUNA, l'animateur de télévision devrait coprésenter le prochain débat d'entre-deux tours de l'élection présidentielle et si oui pourquoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors d'abord je rappelle que ce n'est pas aux politiques de choisir quelles sont les animateurs d'un débat présidentiel, ce serait un peu curieux…

MARC FAUVELLE
Il leur arrive de mettre un veto.

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est arrivé dans le passé quand même.

AGNES PANNIER-RUNACHER
De mettre un veto.

MARC FAUVELLE
Mais plus rarement choisir le nom comme l'a fait Marlène SCHIAPPA.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais pas de choisir parce que ça s'appelle la liberté de la presse et ça me paraît très important dans un état de droit. La 2e chose c'est que Cyril HANOUNA est un animateur reconnu qui y a effectivement une audience qui n'est pas toujours accessible, les personnes à qui je parle aujourd'hui sont pas nécessairement celles qui vont regarder les émissions de Cyril HANOUNA. Et je pense qu'il est important que les responsables politiques s'adressent à tous les Français, mais ce n'est pas pour cela que Cyril HANOUNA a vocation à être celui qui anime le débat du 2 e tour. Je pense que beaucoup de grands professionnels du journalisme pourraient se prévaloir d'avoir cette capacité.

MARC FAUVELLE
Vous faites partie des ministres qui vont chez Cyril HANOUNA, vous y êtes allée combien de fois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Deux fois.

MARC FAUVELLE
Deux fois, contrairement par exemple au ministre de l'Economie, Bruno LE MAIRE qui dit, ce n'est pas la place d'un ministre de l'Economie d'aller sur ce genre de plateau, dans ce genre d'émission, pourquoi ce n'est pas la place d'un ministre de l'Economie mais d'une ministre déléguée à l'Economie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, moi je pense qu'il faut parler à tous les Français.

MARC FAUVELLE
Et Bruno LE MAIRE, il ne parle pas à tous les Français.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est dans cette optique-là que je suis allée sur le plateau de balances ton poste avec effectivement le risque d'être prise à partie sans avoir la capacité à développer un propos ou un raisonnant. et je pense qu'on se doit effectivement d'avoir cette capacité à s'adresser à tout le monde et à reconnaître que ce public-là qui est un public souvent aussi plus jeune, moi je suis obnubilé par le fait que les jeunes doivent pouvoir s'engager en politique et je suis très inquiète de voir qu'ils ne sont pas peut-être autant engagés que ma génération l'était et dont ça fait partie des réponses que j'essaie d'apporter pour amener ces gens qui écoutent Cyril HANOUNA, qui lui sont fidèles à écouter un propos politiques auxquels ils n'ont pas nécessairement accès d'habitude.

MARC FAUVELLE
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER, bonne journée à vous, merci.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2021