Interview de M. Cédric O, secrétaire d'Etat à la transition numérique et aux communications électroniques, à Europe 1 le 30 avril 2021, sur l'utilisation d'un passe sanitaire lors d'événements rassemblant plus de 5 000 personnes et l'épidémie de Covid-19.

Intervenant(s) :

  • Cédric O - Secrétaire d'Etat à la transition numérique et aux communications électroniques

Prononcé le

Texte intégral

MATTHIEU BELLIARD
Le secrétaire d'Etat en charge du Numérique est mon invité. Bonjour Cédric O.

CEDRIC O
Bonjour.

MATTHIEU BELLIARD
Le passe sanitaire à la Une ce matin évidemment, ça y est, on commence à y voir plus clair et je parle sous votre contrôle à partir du 9 juin, pour les événements jusqu'à 5 000 personnes, passe sanitaire pour les concerts, les stades, les salons professionnels – vous m'arrêtez si je me trompe, on va prendre les choses dans l'ordre …

CEDRIC O
Il y a même une date avant qui est que fin mai, début juin, dès l'adoption du projet de loi " état d'urgence sanitaire " on pourra utiliser la vaccination pour voyager par exemple pour prendre l'avion pour aller en Outre-mer, pour aller en Corse, le bateau pour aller en Corse. Aujourd'hui, c'est réservé aux tests PCR négatifs ou d'ailleurs positifs entre deux semaines et deux mois puisque, en fait, vous avez été immunisé mais à partir de fin mai, début juin toutes les personnes qui ont été vaccinées pourront aussi se passer de test PCR pour voyager …

MATTHIEU BELLIARD
Oui pour le faire valoir, c'est important de le souligner. Quelles informations contiendra ce passe sanitaire ? Certificat de vaccination, ça va de soi ?

CEDRIC O
Alors, il y a 3 choses qui vous permettront effectivement d'accéder aux grands événements ou de voyager : soit vous avez un test PCR de moins de 48 heures, premier élément, négatif évidemment ; soit vous avez un test PCR positif et ça, on oublie trop souvent entre deux semaines et deux mois, donc on estime qu'en fait vous avez été malade et que maintenant, vous êtes immunisé pendant une durée de deux mois ; soit effectivement vous avez été vacciné de manière complète, c'est-à-dire que vous avez fait double dose s'agissant de PZIFER ou d'ASTRAZENECA.

MATTHIEU BELLIARD
A quoi est-ce qu'il va ressembler ? Alors évidemment, on va le trouver sur l'application TousAntiCovid, on va rassembler ces informations-là sur l'application mais pas seulement ?

CEDRIC O
Alors, c'est déjà le cas, il existe déjà pour les tests RT-PCR. Aujourd'hui, quand vous allez vous faire tester d'ailleurs en PCR ou en antigénique, vous recevez un SMS et un e-mail, vous avez accès à un portail patients et là, vous avez le choix soit d'imprimer et de télécharger un PDF sur lequel il y a un QR-Code soit d'importer ce QR-Code dans votre application TousAntiCovid – c'est plus simple, d'ailleurs c'est plus simple et ça évite de manipuler des feuille –, c'est aussi un intérêt sanitaire. On l'a vu d'ailleurs dans les expérimentations, c'est qu'en fait, les personnels d'AIR FRANCE vérifient votre test sans contact. Ça, c'est le premier élément et à partir de lundi, vous pourrez le faire pour la vaccination mais attention, ce ne sera évidemment effectif qu'à partir de fin mai, début juin puisque d'ici là, c'est uniquement le test PCR pour voyager.

MATTHIEU BELLIARD
Oui, test PCR, le certificat de vaccination, le test PCR positif de deux semaines à deux mois, donc on le trouve soit sur l'application soit on a l'exemplaire de certificats avec le QR-Code à présenter. Jusqu'à 5 000 personnes, à partir de combien ?

CEDRIC O
Alors ça, c'est un débat, nous sommes en train d'avoir la discussion avec le Conseil scientifique, est-ce que c'est 500 personnes ? Est-ce que c'est 1 000 personnes ? Ça fera aussi partie des éléments que nous débattrons à l'Assemblée nationale.

MATTHIEU BELLIARD
Ça change tout parce qu'on parle beaucoup des restaurants par exemple mais les théâtres, les cinémas, la jauge à 500, on est loin quand même …

CEDRIC O
Non, il y a quelque chose qu'on a complètement écarté, là on veut être absolument clair parce qu'on pense que ce n'est pas proportionné, c'est le quotidien, c'est-à-dire aller dans un restaurant, aller dans un cinéma, aller dans un théâtre, aller faire son shopping, on n'utilisera pas le passe sanitaire pour cela. C'est sûr.

MATTHIEU BELLIARD
Certains pays ont fait le choix …

CEDRIC O
Oui, le Danemark, Israël ont fait ce choix-là mais on estime que ça ne correspond pas à la culture française, que ça ne correspond pas à la temporalité de l'épidémie et que ce n'est pas opérant et donc on a décidé de le cantonner à des grands événements. Est-ce que les grands évènements, ça commence à quelques centaines ou à 1 000 personnes ? Ça, on attend d'abord une réponse du Conseil scientifique et puis, pour pouvoir mettre en place le passe sanitaire, on va passer par le Parlement et c'est important, je pense, pour la démocratie qu'il puisse y avoir un débat sur le sujet. Cela fera partie aussi des discussions que nous aurons avec les parlementaires.

MATTHIEU BELLIARD
Cette question du passe sanitaire, elle sera débattue et votée à l'Assemblée ?

CEDRIC O
Absolument. Il est impératif que l'Assemblée le vote pour qu'on puisse le mettre en place.

MATTHIEU BELLIARD
Parce qu'il y a beaucoup de questions que ça pose, des questions politiques, éthiques, on va y venir mais d'abord puisque vous disiez « non » sur les restaurants, ce choix qui a été fait, les lieux de vie du quotidien, ils sont très contents de pouvoir rouvrir mais il y a aussi cette peur du stop and go. On ne risque pas de devoir refermer si on ne met pas le passe sanitaire partout pour faire simple ?

CEDRIC O
Je pense que, aujourd'hui, ce qui est important et ce qui a été fait hier par le président de la République, c'est donner de la visibilité avec un déconfinement en quelque sorte qui soit progressif. Tout le monde comprend qu'on ne puisse pas le faire du jour au lendemain. On estime que ce que nous mettons en place aujourd'hui permettra de retourner à la vie normale, ce que tout le monde a envie de faire, de manière progressive et sécurisée. Est-ce qu'on n'aura jamais de stop and go parce que les variants etc., etc. ? Si je vous disais « non », je vous mentirais mais on estime qu'aujourd'hui dans les conditions sanitaires avec les protocoles qu'on met en place, ce sera fait graduellement et de manière sécurisée.

MATTHIEU BELLIARD
Et je vais prendre un exemple qui est d'ailleurs le seul exemple, la seule profession qui, depuis mars 2020, n'a pas pu retravailler à aucun moment, vous savez de qui je parle ? Les discothèques. On n'aurait pas pu rouvrir les boîtes de nuit avec un passe sanitaire ?

CEDRIC O
À ce stade, on l'a écarté, il y aura une discussion parlementaire, je pense que – je comprends évidemment la difficulté des discothèques – mais je pense que l'acceptabilité de se passe est aussi liée fait que ce ne soit pas pour la vie de tous les jours, que ce ne soit pas dans des cercles limités et donc je pense qu'il est raisonnable de le cantonner à des grands événements et à ces concerts, stades de foot, etc.

MATTHIEU BELLIARD
Et ce champ d'application peut évoluer par la suite selon l'épidémie, selon l'évolution de l'épidémie de la vaccination, son champ d'application peut évoluer ?

CEDRIC O
À ce stade on ne l'envisage pas.

MATTHIEU BELLIARD
A ce stade non, d'accord. Ce passe sera discuté, on l'a dit, débattu au Parlement, il soulève évidemment des critiques, Cédric O. Est-ce qu'on ne va pas créer tout simplement deux catégories de Français, ceux qui ont eu accès à la vaccination et les autres ? Je sais qu'il y a les tests PCR mais d'un seul coup, il y a un horizon de vacances, de voyage, de sortie qui s'ouvre pour certains ; d'autres devront attendre.

CEDRIC O
Alors je pense qu'il faut être absolument clair. Le passe, c'est un sésame vers la liberté, c'est-à-dire que là, on a prévu pour le 9 juin de rouvrir les événements, les grands événements jusqu'à 5 000 personnes. Sans le passe, nous ne pourrions pas le faire, donc on anticipe un certain nombre de réouvertures et je pense que tout le monde a envie de retourner dans des concerts, tout le monde a envie de reprendre une vie normale. Est-ce que c'est discriminant ? Mais absolument pas pour une bonne raison, c'est que ce n'est pas un passe vaccinal, c'est un passe sanitaire. Aujourd'hui, la France a fait un choix qui n'est pas le choix de tous les pays européens, j'étais avec mon homologue italien ; en Italie les tests sont payants, en France ils sont gratuits. Et le passe, c'est soit le vaccin, soit le test. Donc je ne comprends pas ceux qui disent que c'est discriminant, tout le monde peut avoir accès à un test facilement, c'est gratuit, il suffit d'y aller 48 heures avant l'événement et donc je pense que c'est très proportionné et que si ça peut nous permettre de rouvrir plus vite, c'est une excellente nouvelle.

MATTHIEU BELLIARD
Une autre question, la Commission nationale informatique et libertés, je le précise, la CNIL qui valide le principe du passe sanitaire mais qui met en garde, ces données nous concernant – positif, négatif vacciné ou non – elles sont stockées où ?

CEDRIC O
Alors c'est très important de le dire : le passe sanitaire ne donne à l'Etat aucune donnée supplémentaire sur vous. La seule chose qu'on fait, c'est qu'on vous permet d'importer le résultat et de le mettre dans votre téléphone et à ce moment-là, il n'est stocké que dans votre téléphone, donc il n'y a pas de changement s'agissant des données personnelles des Français.

MATTHIEU BELLIARD
Il n'y a pas un nouveau fichier …

CEDRIC O
Non, il n'y a pas un nouveau fichier s'agissant des données personnelles des Français. Et d'ailleurs, la CNIL le vérifie.

MATTHIEU BELLIARD
Quand je suis contrôlé avec ce passe sanitaire, il y a quoi comme données me concernant qui apparaissent dans le contrôle ?

CEDRIC O
Alors demain quand vous irez dans un festival, c'est très simple dans les semaines qui viennent, on va mettre en place une application de lecture de ce passe pour les festivaliers parce qu'ils ont besoin de vérifier et la seule chose qu'ils verront, c'est vert ou rouge, c'est-à-dire qu'ils ne sauront même pas si c'est un vaccin, si vous avez été malade et que vous êtes immunisé ou si vous avez un test PCR de moins de 48 heures. C'est extrêmement important parce que ça protège la vie privée des Français, vous pouvez entrer sans que la personne en face de vous sache de quoi il retourne.

MATTHIEU BELLIARD
Alors, j'ai une question très précise à vous poser, on a évoqué la question des voyages parce que c'est évidemment à ça qu'on pense en premier et d'ailleurs, au début, disons-le, la France n'était pas favorable à l'idée d'un passeport sanitaire, on parlait de passeport vaccinal à une époque …

CEDRIC O
Elle n'a jamais été favorable à un passeport vaccinal dès lors qu'on incluait les tests PCR …

MATTHIEU BELLIARD
J'ai bien compris la nuance mais il y avait cette impulsion européenne au moins pour permettre la libre circulation entre les Etats de l'espace Schengen pour voyager cet été, on peut peut-être rêver de Grèce, du Portugal qui sait, mais l'Européen qui a un passe sanitaire, le Hongrois qui a été vacciné avec le vaccin chinois ou russe, il a un passe sanitaire ?

CEDRIC O
Alors il faut être très clair, d'abord, c'est effectivement un projet européen, c'est-à-dire que c'est coordonné notamment par les équipes de Thierry BRETON pour faire en sorte qu'on puisse voyager en Europe cet été mais bien sûr que les seuls vaccins qui pourront être reconnus, ce sont les vaccins qui sont reconnus par l'Autorité européenne des médicaments, donc tous ceux qu'on connaît, mais le vaccin aujourd'hui Spoutnik ou le vaccin chinois ne sont pas reconnus. Donc évidemment qu'on ne pourra pas entrer sur le territoire français.

MATTHIEU BELLIARD
Mais si monsieur ORBAN décide d'accorder des passes sanitaires à sa population vaccinée …

CEDRIC O
La France garde la main sur quels sont les vaccins qui sont acceptés dans le passe sanitaire.

MATTHIEU BELLIARD
D'accord. Je prenais l'exemple hongrois mais les Américains n'ont pas forcément tous exactement les mêmes vaccins, les mêmes règles, est-ce que les Américains pourront venir en Europe ?

CEDRIC O
Alors les Américains pourront venir en Europe dans un certain nombre de conditions qui sont en train d'être discutées à la fois entre l'Union européenne la France et les Etats-Unis pour les gens qui viennent en France mais l'idée c'est vraiment que les gens qui viennent en France, les touristes qui viennent en France bénéficient de la même protection, enfin en tout cas offrent à la France les mêmes garanties de protection que ceux qui sont demandé à ses citoyens évidemment.

MATTHIEU BELLIARD
Donc on en parlait dans le journal de 8h, les Hongrois avec le vaccin chinois ou russe ne pourront pas bénéficier de cette ouverture …

CEDRIC O
Non.

MATTHIEU BELLIARD
… à une forme de liberté par le passe sanitaire. Alors dans les annonces du président de la République, il n'y a pas que le passe sanitaire, le télétravail assoupli à partir du 9 juin. Cette question qui se pose évidemment, je voyais Simon CAUCHEMEZ, du Conseil scientifique modélisateur, qui dit " on ne peut pas lever toutes les mesures d'un coup " ; je vois Catherine HILL qui dit, l'épidémiologiste, " le déconfinement n'est absolument pas raisonnable " ; la Fédération hospitalière qui s'inquiète, " l'épidémie est loin d'être sous contrôle ". On prend un risque là, on prend un pari d'assouplir aussi vite ?

CEDRIC O
Je ne pense pas qu'on puisse parler de pari ; je pense qu'il y a quelque chose de très graduel qui est en train d'être fait. Est-ce qu'on ne reviendra jamais à un confinement si les variants se développent de manière extrêmement rapide ? Je ne peux pas vous dire « non » mais je pense que les choses sont faites de manière très maîtrisée et surtout, il y a une nouvelle donnée, c'est qu'il y a la vaccination. Aujourd'hui, il y a près de 15 millions de Français qui ont reçu une première dose, on devrait arriver à vacciner l'ensemble de la population, à proposer la vaccination à l'ensemble de la population adulte d'ici cet été et donc c'est une donnée qui change fondamentalement les choses. Mais on ne rouvre pas tout d'un coup ; certains pays l'ont fait, l'Inde par exemple, ça ne se passe pas très bien et donc je pense que les choses sont faites de manière sécurisée mais c'est une bonne nouvelle d'aller vers la liberté pour une raison simple, c'est qu'on voit très bien la protection qu'offre le confinement. Ce qu'on ne voit pas, c'est les milliers de morts invisibles parce que les soins sont décalés etc., etc. Donc il y a un équilibre qui est trouvé à travers la solution du gouvernement qui pourra être adaptée, notamment de manière locale, c'est ce que le président a dit mais je pense que c'est la bonne solution.

MATTHIEU BELLIARD
Cédric O, merci beaucoup.

CEDRIC O
Merci !

MATTHIEU BELLIARD
Secrétaire d'Etat en charge du Numérique, on va voir l'application du passe sanitaire. Le 19 mai au matin, vous faites quoi, vous ? C'est resto, c'est café, c'est cinéma ?

CEDRIC O
Je pense que tout le monde a envie de retourner sur les terrasses …donc un petit café en terrasse !

MATTHIEU BELLIARD
C'est mercredi, il y a conseil des ministres !

CEDRIC O
Oui ! Alors, ce ne sera pas café mais peut-être le restaurant si on a le temps, si le président nous laisse suffisamment tôt !

MATTHIEU BELLIARD
Merci beaucoup, Cédric O, secrétaire d'Etat en charge du Numérique, notre invité ce matin pour que vous puissiez tout comprendre à ce passe sanitaire qui fait débat évidemment mais qui peut-être vous permettra de partir en vacances.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 mai 2021