Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à Europe 1 le 28 mai 2021, sur le nombre d'élèves contaminés et la fermeture de classe, la demi-jauge, les autotests, la rentrée scolaire et les épreuves orales du bac.

Texte intégral

Jean-Michel BLANQUER
Ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports

Europe 1, Matthieu Belliard – 8h15

28 mai 2021


MATTHIEU BELLIARD
Mon invité ce matin est le ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports. Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Matthieu BELLIARD.

MATTHIEU BELLIARD
Alors nous sommes dans la séquence de réouverture, de retour à un semblant de normalité et d'art de vivre à la française. Les écoles, collèges, lycées, vous faites le point régulièrement Jean-Michel BLANQUER. Ce matin est-ce que vous pouvez nous dire combien d'élèves sont contaminés par le Covid et combien d'établissements et de classes fermés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur les sept derniers jours, c'est 12 922 élèves qui sont donc des cas confirmés. C'est nettement en baisse par rapport à ce qu'on avait la semaine précédente. C'est 1 322 personnels ; ça aussi c'est en baisse. A chaque fois on est à autour de 0,1 % de personnes concernées, donc c'est ce qui conduit aujourd'hui à avoir 5 110 classes fermées. Là aussi c'est assez stable et on est à 0,9 % pour le coup de classes fermées. Donc c'est assez stable, c'est même plutôt en légère baisse et comme on a un protocole très sévère vous savez, puisqu'on ferme une classe pour un cas, ce nombre de classes fermées est relativement faible et montre que la situation est en train de s'améliorer.

MATTHIEU BELLIARD
Dans les semaines qui viennent, on va continuer à fermer une classe pour chaque cas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors à ce stade, oui. Bien sûr, vous le savez, le protocole peut toujours évoluer et d'ici à la fin de l'année scolaire, j'espère qu'on pourra changer les choses, mais à ce stade ça reste la même chose.

MATTHIEU BELLIARD
Alors le système mis en place pour les collèges, c'est celui de la demi-jauge en 3ème et 4ème pour une quinzaine de départements parmi les plus touchés. En Zoom, à distance, avec des distractions, il y a des parents qui protestent et qui estiment que leurs enfants seront désavantagés. Ce système est-il durable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il aurait pu être durable puisqu'on est toujours obligé de s'adapter à la situation. Et n'oublions jamais que quand on fait ces choses-là, c'est parce que nous visons quand même l'objectif que les élèves puissent aller à l'école et on a mis toute une série de conditions pour que le cadre sanitaire soit strict. Mais le fait est que du fait de l'amélioration de la situation sanitaire, je vous le dis ce matin, à partir de la semaine prochaine progressivement les 4èmes et 3èmes de ces départements pourront revenir en présence en jauge entière, enfin en classe entière…

MATTHIEU BELLIARD
En classe entière la semaine prochaine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, toute la semaine prochaine.

MATTHIEU BELLIARD
A partir de lundi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
A partir de lundi. Alors ça peut être progressif. Il faut laisser le temps aux principaux de collège, aux professeurs et à toutes les équipes de s'organiser.

MATTHIEU BELLIARD
Qui l'apprennent là ce matin sur Europe 1.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. C'est la première fois que je dis sur les médias. Je le fais savoir évidemment aux chefs d'établissement ce matin-même puisque c'est une décision que nous avons pu prendre hier, hier soir. Je sais que c'était ce que tout le monde demandait.

MATTHIEU BELLIARD
Oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il fallait évidemment que les conditions sanitaires s'améliorent dans les départements concernés. Rappelons que c'étaient des départements en rouge il y a encore pas si longtemps, il y a un mois. Maintenant du fait des efforts de tous, on peut refaire cela et donc c'est évidemment une très bonne nouvelle. Moi-même j'ai…

MATTHIEU BELLIARD
Oui, une bonne nouvelle. Les parents craignaient le décrochage, bien sûr, et puis une rupture d'égalité entre les élèves. A partir de lundi, on note donc la fin de ce système de demi-jauge au collège. Les lycées, ça ne bouge pas pour l'instant ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça ne bouge pas pour l'instant. Encore une fois, les choses peuvent bouger d'ici aux vacances d'été du fait de l'amélioration de la situation sanitaire et c'est pas à pas que nous avançons.

MATTHIEU BELLIARD
C'est un temps fort votre calendrier, Jean-Michel BLANQUER. On approche des épreuves du baccalauréat avec une grande part de la note en contrôle continu mais reste le grand oral, la philo notamment. Comment est-ce qu'on va faire ? Est-ce qu'il faut isoler les élèves avant l'épreuve ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors la situation est un peu différente pour la philosophie et pour le grand oral puisque pour la philosophie, on a la note de contrôle continu qui est un peu le filet d'un élève qui serait empêché le jour de l'épreuve éventuellement. S'agissant du grand oral va s'appliquer la règle qui vaut pour le baccalauréat en général, c'est-à-dire si on est malade ce jour-là il y a évidemment une session de rattrapage. Par ailleurs, dans chaque centre d'examen ce sont des règles sanitaires très strictes qui s'appliqueront avec évidemment le port du masque, la distance, les gestes barrières.

MATTHIEU BELLIARD
Mais pas de quarantaine des élèves.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas de quarantaine des élèves.

MATTHIEU BELLIARD
Avant l'épreuve. Est-ce qu'il faudrait forcer la main sur les tests ? Je voyais simplement que le SNDPEN, le syndicat des proviseurs, s'inquiète du taux d'acceptation des autotests inférieur à 10 % disent-ils. Est-ce qu'il ne faut pas un peu plus tester ces élèves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors heureusement, ce taux est supérieur à 10 % mais il est parfois inférieur à 10 % dans certains établissements, c'est vrai. C'est très variable en réalité et d'ailleurs j'en profite pour le dire aux parents d'élèves qui nous écoutent : il faut évidemment accepter le principe des autotests qui est quelque chose de très pratique, très simple, qui ne cause aucune douleur aux enfants et qui sont très utiles partout où on le pratique.

MATTHIEU BELLIARD
Vous expliquez les réticences ? Vous comprenez les réticences ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que sur chaque sujet, ça a été vrai même pour les tests salivaires et c'était vrai aussi pour les masques, il y a toujours un temps de latence, c'est-à-dire un temps d'adaptation. Donc je ne suis pas très étonné et d'ailleurs les choses s'améliorent avec le temps. Quand il n'y avait pas les autotests, il y avait beaucoup de gens pour dire : c'est quand même dommage qu'on n'ait pas d'autotests. Maintenant qu'il y a les autotests, on entend surtout des voix pour dire que ça pose des problèmes X ou Y. En réalité on a maintenant trois générations de tests simultanément dans le système scolaire pour tester massivement. On est un pays qui teste le plus.

MATTHIEU BELLIARD
Il faut l'utiliser, c'est ce que vous dites. Il faut tester et tester encore.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut les utiliser, ils sont distribués dans les établissements. Les adultes le font. Les professeurs, les personnels le font depuis la rentrée de fin avril normalement deux fois par semaine, et puis les élèves lycéens c'est une fois par semaine. Il faut le faire évidemment et ça d'ailleurs, partout où on l'a fait, ça a été très utile. C'est pratique, c'est simple et donc il faut qu'on continue. Mais je suis optimiste sur ce point, c'est-à-dire que ça fait partie des habitudes qui se créent. J'espère que dans les temps à venir, on n'en aura plus besoin…

MATTHIEU BELLIARD
On prend des habitudes, on prend de nouvelles habitudes.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais en tout cas, on a maintenant je dirais des réflexes sanitaires qui s'installent.

MATTHIEU BELLIARD
Jean-Michel BLANQUER, je voudrais vous parler de la rentrée scolaire parce qu'on est à la fin du mois de mai, et évidemment au ministère, vous travaillez déjà sur la question de septembre. Qu'est-ce que vous allez mettre en place pour permettre un retour à la normale le plus possible ? Est-ce que vous avez prévu des purificateurs d'air, des capteurs de CO2 ? Je voyais encore hier qu'on a un vrai problème d'aération dans les établissements scolaires.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Alors il y a des sujets qui relèvent de la compétence du ministère et d'autres qui relèvent des collectivités locales. On fait évidemment attention de respecter les domaines de compétences. On établira au mois de juillet un protocole sanitaire pour l'année 21-22 et ce sera une logique comparable à celle que nous avons eu, c'est-à-dire consistant à préparer un curseur qui peut bouger en fonction de la situation. C'est ce qu'on a fait tout au long de l'année 20-21 et je rappelle que nous sommes en train d'arriver à cette fin d'année scolaire, que la France aurait été l'un des pays pour ne pas dire le pays qui aura gardé ses écoles ouvertes et c'est précisément avec cette méthodologie qui repose d'ailleurs beaucoup sur la stratégie tester-alerter-protéger et c'est cela qui nous a permis d'avoir l'année scolaire la plus normale possible. Elle n'a pas été normale bien sûr mais il faut le souligner.

MATTHIEU BELLIARD
Ce que vous me dites là ce matin c'est que par exemple pour la question qui se pose par de nombreux parents, les enfants masqués on saura au mois de juillet s'ils seront masqués encore en septembre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors non. On saura au mois de juillet les possibilités et puis après c'est à la fin du mois d'août, au plus près de la réalité sanitaire, que l'on prendra les décisions. C'est ce que nous avons fait l'année dernière. Vous savez, parfois on m'a reproché que les choses étaient parfois brusques mais quand elles l'ont été, c'est parce qu'on essayait d'être au plus près de la réalité sanitaire.

MATTHIEU BELLIARD
Du calendrier.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc là où tout le monde verra avec transparence ce qui peut se passer, c'est avec la publication du protocole en juillet, et puis ensuite fin août nous dirons ce qui va se passer. Mais ce que j'espère profondément comme tout le monde, c'est que surtout on aura besoin de peu ou pas de mesures parce qu'il y aura eu un recul du virus mais ça évidemment personne ne peut le dire.

MATTHIEU BELLIARD
Alors sur le Grenelle de l'Education, vous avez annoncé cette semaine une nouvelle hausse des salaires pour les enseignants, un effort budgétaire de 700 millions d'euros. Disons-le clairement, certains y voient du clientélisme à l'approche des régionales.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas du tout. Alors là si vous voulez, ça ça fait des mois et même des années que nous parlons de cela, donc c'est totalement déconnecté des échéances électorales. Simplement c'est un travail très en profondeur qui a commencé il y a plus de deux ans en réalité, avec ce qu'on appelle l'agenda social, qui s'est poursuivi avec ce qu'on appelle le Grenelle, c'est-à-dire des discussions non seulement avec les organisations syndicales mais en fait avec l'ensemble de la société civile. Par exemple les scientifiques, les parents d'élèves, les parties prenantes de l'Education pour transformer les ressources humaines de l'Education nationale. Vous savez, on a longtemps utilisé le nom d'un pachyderme préhistorique pour parler de la maison dont j'ai la responsabilité. Je ne veux plus qu'on utilise ce nom parce c'est en train de changer.

MATTHIEU BELLIARD
Le mammouth.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous sommes en train de passer à quelque chose de beaucoup plus souple, plus flexible, plus humain, plus personnalisé et c'est non seulement l'augmentation des rémunérations qui est un enjeu majeur et parce que nous devons être un pays moderne qui paye bien ses professeurs, qui paye bien ses personnels, et c'est ainsi qu'on a un système éducatif qui ensuite peut être réussi pour nos élèves. C'est non seulement cet enjeu qui a été regardé bien en face et qui fait qu'au moment où je vous parle par exemple, en ce mois de mai 2021, il y a les premières augmentations au titre du Grenelle qui existent pour les professeurs les plus jeunes en particulier. Pour un professeur titularisé l'an dernier, c'est 100 euros par mois désormais de plus. Evidemment nous continuerons en 2022 et dans une vision stratégique. Ce n'est pas des mesures du tout prises à la petite semaine. C'est des mesures au contraire très structurelles mais qui s'accompagnent aussi de changements dans notre manière d'organiser les ressources humaines, là aussi pour que ce ne soit plus du tout anonyme, que ce ne soit pas aveugle mais qu'au contraire ce soit au plus près des besoins du terrain. Par exemple en améliorant le remplacement des professeurs, en améliorant l'affectation des professeurs, en améliorant le suivi de santé des professeurs.

MATTHIEU BELLIARD
C'est un processus qui suit son cours donc. Jean-Michel BLANQUER, le Conseil constitutionnel a retoqué un texte de loi sur les langues régionales. Je voudrais expliquer à nos auditeurs – ce n'est pas toujours très clair - un texte qui permettaient aux établissements y compris publics de pratiquer l'enseignement immersif dans une langue régionale : le breton, l'occitan, selon les régions évidemment. Des députés de la majorité ont saisi le Conseil constitutionnel qui a retoqué le texte. Je cite le président de la République : « les langues de France sont un trésor national. Le droit doit libérer, jamais étouffer. Ouvrir, jamais réduire. » Jean-Michel BLANQUER, comment allez-vous vous y prendre pour permettre cet enseignement immersif ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'est évidemment très important de dire d'abord que les langues régionales, c'est extrêmement important. Nous les encourageons beaucoup, de nombreuses mesures ont été prises d'ailleurs depuis 2017 dans ce sens et tout récemment j'ai annoncé encore un train de nouvelles mesures, notamment pour bien prendre en compte les langues régionales au baccalauréat, comme nous le faisons pour le latin et le grec.

MATTHIEU BELLIARD
Non mais là, on parle d'enseignement immersif. De cours en régionale dans certains établissements.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui concerne donc 15 % des élèves qui font des langues régionales, le font actuellement selon ce qu'on appelle de l'enseignement immersif ou qui ressemble à cela. Le Conseil constitutionnel a consacré la notion de bilinguisme. C'est le cas à Diwan en Bretagne par exemple ou Seaska dans le sud-ouest. A chaque fois le but est de les rassurer en leur disant que, bien entendu, leur existence n'est absolument pas menacée et que même nous reconnaissons des résultats qu'ils peuvent avoir. Simplement il faut qu'on soit en conformité avec ce que le Conseil constitutionnel a décidé. Moi je suis optimiste sur le fait qu'on va trouver les bonnes formules. L'objectif c'est quand même…

MATTHIEU BELLIARD
On pourra à la fin de ce quinquennat garantir ces écoles immersives ? Qu'une école publique puisse donner des cours en breton par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. La question c'est là où on met le curseur si vous voulez. Moi je pense que pour une école publique par exemple, le français doit être présent tous les jours. C'est ce qu'a dit le Conseil constitutionnel. Donc le sujet n'est d'ailleurs pas tellement autour des écoles publiques parce que dans les écoles publiques, il est évident qu'on doit garantir une présence du français. Je n'imagine pas des écoles publiques où on ne parle pas français et qui se multiplieraient. Ça n'aurait pas de sens. Par contre il y a des écoles privées sous contrat qui font cela maintenant depuis une vingtaine d'années. Elles ont des réussites, c'est normal que ce soit cadré. C'est la logique de privé sous contrat et tout ça doit se faire dans le cadre évidemment constitutionnel et dans le cadre défini par le président de la République.

MATTHIEU BELLIARD
Je reviens au tout début de l'interview. Je le redis pour nos auditeurs : la fin des demi-jauges en 3ème et 4ème pour les établissements de la quinzaine de départements les plus touchés par l'épidémie. Merci Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

MATTHIEU BELLIARD
Merci d'avoir répondu à nos questions ce matin, le Ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mai 2021