Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à BFM TV le 3 juin 2021, sur le déploiement des éoliennes en France et l'avenir de l'agriculture biologique dans la future politique agricole commune.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Barbara POMPILI, bonjour.

BARBARA POMPILI
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, Ministre de la Transition écologique. On va parler Covid, véhicules polluants, nouvelle Politique Agricole Commune, l'agriculture bio, la dépénalisation du cannabis, mais parlons de nos territoires. Pourquoi nos territoires ? C'est l'actualité. Le président de la République est en voyage, il est en voyage en France dans le Lot. Première étape de sa tournée à la rencontre des Français. Il prépare l'élection présidentielle de 2022, c'est clair. Pourquoi pas, c'est son choix. Vous n'avez pas de commentaire à faire d'ailleurs, non ?

BARBARA POMPILI
Mais aucun, aucun.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, aucun. Alors parlons des territoires, justement les territoires. Vous allez répondre ce matin à Stéphane BERN. Que dit Stéphane BERN ? "Les éoliennes, une négation de l'écologie." C'est ce qu'il dit dans Le Figaro, c'est ce qu'il écrit. "Une calamité écologique. L'énergie éolienne pollue la nature, détruit le patrimoine naturel et bâti de la France." La charge est rude, je le lis. "Madame POMPILI pourra bien en faire une question politique, nous accuser de défendre la France des châteaux et des abbayes contre une modernité triomphante. Elle contrevient à la loi écocide qu'elle fait voter en se rendant coupable de destruction d'un patrimoine naturel, d'atteinte à la biodiversité, d'artificialisation des sols et de soutien aux énergies fossiles." Vous répondez et que répondez-vous ?

BARBARA POMPILI
Ce que je peux répondre, et là vous en avez donné l'exemple parfait, on est dans une hystérisation du débat sur les éoliennes et sur les énergies renouvelables et sur la transition énergétique qui ne sert pas, en fait, notre avenir et qui ne sert pas y compris la cause qui est défendue par ceux qui défendent notre patrimoine dont je fais partie. On ne va pas opposer ceux qui défendent le patrimoine et ceux qui défendent l'avenir énergétique de notre pays. Opposer les Parisiens et les gens des provinces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est un peu ça, non ?

BARBARA POMPILI
Moi je suis élue de la Somme donc je peux vous dire que je connais très bien le sujet des éoliennes. J'ai vu ce qui se passait sur mon territoire. J'ai vu que dans certains endroits, ç'avait pu d'ailleurs assez mal se passer, certainement trop rapidement, certainement sans trop de concertation alors que dans d'autres endroits ça se passe très bien. Mais donc la question c'est plutôt de se dire comment on résout ce problème parce qu'on a besoin des éoliennes. Et donc moi ce que je souhaite, c'est mettre un peu d'ordre dans tout ça, revenir aussi sur ce qui est dit parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, justement, justement, voilà ce que dit Stéphane BERN. Il n'est pas le seul à le dire. "Les éoliennes fonctionnent 21% du temps" ; c'est vrai. C'est vrai.

BARBARA POMPILI
Non, c'est faux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est faux ? D'accord. Alors répondez.

BARBARA POMPILI
C'est 75%. En fait c'est 75%. Mais là vous donnez des exemples. En fait il faut faire la part des choses entre ce qui est factuellement faux : on a des fake news dans les termes employés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors quelles sont les fake news ?

BARBARA POMPILI
Quand j'entends, quand je lis dans cette tribune que les éoliennes ne seraient pas renouvelables, enfin pardon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Recyclables.

BARBARA POMPILI
C'est renouvelable. C'est comme dire que la Terre est plate. Ce n'est pas sérieux. Dire que les éoliennes entraînent l'utilisation des centrales à charbon, c'est juste faux. Quand on a utilisé de manière extrêmement ponctuelle l'année dernière des centrales à charbon, c'est moins d'un pourcent de notre production et ça baisse tous les ans, c'est parce qu'on avait un problème de disponibilité de nos réacteurs nucléaires. Donc il faut essayer de remettre les choses à leur place et de dire ce qui est vrai et ce qui est faux. Par contre après, il peut y avoir des inquiétudes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce que c'est une énergie non recyclable ? C'est vrai ou faux ?

BARBARA POMPILI
Non, non. Les éoliennes sont recyclables à 90%. Elles vont être recyclables en obligation à 95% dans les années qui viennent. Et puis vous savez, quand il y a des matériaux, par exemple du béton, le béton une fois que l'éolienne est en fin de service et n'est plus utilisée, il est retiré, concassé et réutilisé par exemple pour construire des routes ou des choses comme ça. J'aimerais bien, moi, que tous les matériaux, tout ce qui est utilisé en France soit recyclé à 95%.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Barbara POMPILI, je reprends les arguments de Stéphane BERN et d'autres. "Les éoliennes installées en France ont été fabriquées par des Français." Non : moins d'un pourcent des éoliennes fabriquées par des entreprises françaises.

BARBARA POMPILI
C'est mon grand regret monsieur BOURDIN. Moi ce que je souhaite, c'est que nous ayons une industrie en France qui créée des emplois en France pour développer les éoliennes. C'est ce que nous faisons pour les éoliennes en mer. Sur les éoliennes en mer, il y a une usine au Havre, une usine à Brest. On créée des emplois parce qu'enfin on ne se détourne plus de ces énergies et on arrête de laisser nos partenaires européens prendre la main là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des pales des éoliennes enfouies.

BARBARA POMPILI
Bien sûr. Non, pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas du tout ?

BARBARA POMPILI
Non mais pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est faux, ça ? Les pales ne sont pas enfouies.

BARBARA POMPILI
Mais oui. Encore une fois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles sont fabriquées à partir de matériaux composites, ces pales.

BARBARA POMPILI
Oui, comme énormément…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mélange de fibre de verre, de fibre de carbone de résine de polyester.

BARBARA POMPILI
Il y a des avions qui sont aussi fabriqués dans des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ces matériaux viennent de Chine.

BARBARA POMPILI
Non, pas tous. Pas tous mais c'est pareil. C'est pareil. Encore une fois, à force de ne pas vouloir investir dans ces technologies, on laisse les autres pays le faire. Et quand on voit les projections que nous avons, notamment les projections de l'Agence internationale de l'énergie, donc des gens sérieux qui sont reconnus internationalement, qui nous disent : dans vingt ans, il faudra qu'il y ait 90% de renouvelables. Et eux d'ailleurs disent qu'il faut aussi 10% de nucléaire, donc ce n'est pas une opposition nucléaire renouvelable même si certains voudraient nous dire qu'il faudrait faire 100% de nucléaire en France. Enfin ça n'a aucun sens. On ne peut pas faire… C'est très dangereux de dépendre d'une seule source d'énergie, donc quand l'Agence internationale de l'énergie nous dit ça et nous dit que dans les projections, les coûts de production des renouvelables seront d'ici 2035 trois à quatre fois moins chers que le nouveau nucléaire, est-ce qu'en responsabilité il faut qu'on se détourne de ces énergies, qu'on propose aux Français un seul type d'énergie et qu'en en 2035 nos voisins nous disent : nous, on a une électricité beaucoup moins chère et tant pis pour le portefeuille des Français ? Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand des éoliennes sont installées près de la Sainte Victoire, ça bousille le paysage. Alors là Stéphane BERN pose une bonne question, il n'est pas le seul encore une fois. Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas d'éoliennes en ville ? Est-ce que les citadins se disent : finalement peu importe, c'est à la campagne ? Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas d'éoliennes, je ne sais pas moi, au sommet de la Butte Montmartre ? A côté de, je ne sais pas moi, Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille ou sur la colline de Fourvière à Lyon ? Pourquoi ?

BARBARA POMPILI
Mais parce que tout simplement il faut raison garder. Vous avez raison sur le fait qu'il puisse y avoir des inquiétudes légitimes sur l'implantation des éoliennes, sur où on les met et sur quelles sont les règles pour ça. Il peut y avoir eu des endroits - je vous dis que moi je suis de la Somme - dans certains endroits, il y a légitimement un sentiment d'encerclement qui peut être ressenti. Donc face à ça, on peut soit s'énerver soit essayer de trouver des solutions et moi c'est ce que j'essaie de faire. La semaine dernière, moi j'ai envoyé une circulaire à tous les préfets pour leur dire : écoutez, maintenant ce qu'il faut, c'est faire une cartographie pour regarder partout dans les territoires où c'est possible de faire des éoliennes et où ça n'est pas possible. Au regard de questions de paysage, de proximité par exemple de lieux remarquables, de biodiversité parce que c'est important de ne pas être sur les couloirs de migration des oiseaux par exemple. Ça, c'est une vraie inquiétude et c'est normal. Et puis aussi des radars militaires, parce que… Voilà, aujourd'hui on a 20% de notre territoire qui est accessible aux éoliennes. 20% seulement et c'est ça qui peut entraîner des problèmes bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'éoliennes aujourd'hui ? 8 000 à peu près en France ? Un peu plus ?

BARBARA POMPILI
On est à peu près sur 8% de notre production électrique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais combien d'éoliennes ? Entre 8 et 10 000 ?

BARBARA POMPILI
Oui. Mais alors ça, pareil.

JEAN-JACQUES BOURDIN
"Ça, pareil" quoi ?

BARBARA POMPILI
Plus on avance, moins on va avoir d'éoliennes parce que la technologie avance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais il y en aura combien en 2028 ? Puisque l'objectif c'est 15%, la part de l'énergie éolienne dans la production d'électricité française en 2028.

BARBARA POMPILI
Avec la technologie actuelle, il y en aurait plus qu'avec la technologie qui avance. C'est ce que j'essaye de faire comprendre à Xavier BERTRAND dans les Hauts-de-France quand il essaye…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui parce que Marine LE PEN, Xavier BERTRAND sont à fond contre.

BARBARA POMPILI
Ils sont contre sauf que là les réponses sont mauvaises. Quand on dit : je vais mettre un taux de puissance installée maximum, ça veut dire qu'on s'empêche de mettre moins d'éoliennes mais plus puissantes, ce qui est absurde. Aujourd'hui, on a des technologies qui avancent beaucoup. Vraiment ce qu'il faut faire pour trouver des solutions à tout ça, parce qu'on a besoin du renouvelable, parce qu'on a besoin d'un mix électrique qui soit diversifié, on ne peut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, c'est irresponsable. Les énergies renouvelables d'ailleurs ce n'est pas que les éoliennes terrestres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord, mais répondez-moi. Que faire avec les éoliennes ?

BARBARA POMPILI
Une cartographie où on sait où on peut les mettre. On met tout le monde autour de la table, on arrête de donner le sentiment que les choses se font à Paris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mettre les pêcheurs aussi ?

BARBARA POMPILI
Mais bien sûr, évidemment, mais c'est déjà le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notamment au large de Saint-Brieuc ?

BARBARA POMPILI
C'est déjà le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils sont fous de rage, vous avez vu ça.

BARBARA POMPILI
Ça fait dix ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils s'opposeront quoi qu'il en coûte disent-ils, quoi qu'il en coûte ils s'opposeront à l'installation de ces éoliennes de mer au large de Saint-Brieuc.

BARBARA POMPILI
Les pêcheurs de Saint-Brieuc, ça fait des années qu'on travaille avec eux pour préparer le projet de Saint-Brieuc. Ils avaient des inquiétudes par exemple sur les coquilles Saint-Jacques puisqu'ils pêchent les coquilles Saint-Jacques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Coquilles Saint-Jacques, les praires, le homard, les seiches.

BARBARA POMPILI
Voilà, tout à fait. Nous avons fait faire par le CNRS des travaux pour regarder s'il y avait un danger pour les coquilles Saint-Jacques du fait de ces éoliennes, et notamment du fait des travaux, parce que c'est ça. Ça fait du bruit. D'ailleurs c'est très intéressant parce que, du coup, on a une meilleure connaissance aussi de nos fonds marins, de notre faune marine et les études nous montrent que les coquilles Saint-Jacques ne sont pas sensibles au bruit généré par ces travaux. Donc grâce aussi à ce travail en amont, on a une meilleure connaissance des risques ou des non risques pour la biodiversité et pour les pêcheurs. On a travaillé avec eux pour qu'ils puissent continuer à pêcher, pour que pendant la période des travaux ils soient indemnisés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Vous avez travaillé mais pour l'instant, sans résultats parce qu'ils sont toujours aussi en colère.

BARBARA POMPILI
Oui. Mais à un moment, même si on n'est pas d'accord, il faut prendre ses responsabilités et, sur les énergies renouvelables, nous avons besoin d'atteindre 40% d'énergies renouvelables en 2030. Ce sont des obligations non seulement au niveau européen mais aussi, encore une fois, si on veut baisser nos émissions de gaz à effet de serre, on a besoin de renouvelables. Il faut le faire en mettant tout le monde autour de la table, en travaillant ensemble, en se donnant une visibilité, en planifiant. C'est ce qui a manqué avant et moi, encore une fois, je l'ai entendu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si le nucléaire produit deux fois moins de CO2 sur l'ensemble de son cycle de vie que l'éolien.

BARBARA POMPILI
Vous savez, il n'y a pas d'énergie magique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, il n'y a pas d'énergie magique. Mais enfin, il y a des énergies plus ou moins propres, Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
C'est vrai mais tout à l'heure, vous me parliez de déchets qui étaient enterrés. Les pales d'éoliennes qui seraient enterrées et les déchets nucléaires enterrés, vous voyez qu'on peut quand même voir qu'il y a des problèmes aussi. On a un problème de coûts comme je vous l'ai dit. On a aussi des problèmes différents sur chaque type d'énergie mais ne les opposons pas. Essayons de faire en sorte qu'on ait un mix. Je rappelle à toutes les personnes qui nous écoutent qu'en 2035, il est prévu qu'on ait encore 50% de nucléaire dans notre pays. Donc du nucléaire, on en a encore pour longtemps. Ce qu'il faut, c'est qu'on diversifie. Ne soyons pas les otages d'une seule source d'énergie. C'est dangereux pour l'avenir et aussi pour le portefeuille des Français. Les investissements sont lourds pour faire du nouveau nucléaire, aussi pour faire des énergies renouvelables. Regardons ce qui coûtera aussi moins cher pour la facture de nos concitoyens. Ça aussi, c'est ma responsabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Barbara POMPILI, le Covid, quelques mots. Campagne de vaccination : pourquoi est-ce que le gouvernement n'engage pas une vraie campagne de communication ? Je ne sais pas, de vaccination ou même pourquoi est-ce que le gouvernement ne rend pas la vaccination obligatoire pour certaines professions ? Alors qu'on sait que pour éradiquer l'épidémie, il faut au moins 80% de la population vaccinée.

BARBARA POMPILI
Ecoutez, pour l'instant nous avons ouvert, et ç'a été annoncé hier, la vaccination pour les adolescents à partir de 12 ans d'ici le 15 juin. Ça aussi, ça va permettre de beaucoup avancer sur la couverture vaccinale et sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez des ados ? Vous êtes mère de famille ?

BARBARA POMPILI
Oui, j'ai une…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous y êtes favorable ? Vous les feriez vacciner ?

BARBARA POMPILI
Mais ma fille qui a 17 ans et donc qui trépignait parce qu'elle n'avait pas 18 ans donc elle n'avait pas le droit de se faire vacciner, là elle a entendu les nouvelles. Hier soir elle m'a dit : moi dès le 15, je vais me faire vacciner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous maman, vous avez une réticence ou pas ?

BARBARA POMPILI
Aucune.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune, aucune. Non seulement elle va se faire vacciner, moi aussi je vais me faire vacciner là dès la semaine prochaine puisque je peux le faire maintenant, et je crois que nous devons inciter tout le monde à le faire. Pour retrouver une vie normale le plus vite possible, faisons-nous vacciner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas rendre la vaccination obligatoire ?

BARBARA POMPILI
Parce qu'on verra…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qui a permis d'éradiquer la variole à une autre époque.

BARBARA POMPILI
On verra comment les choses évoluent, mais pour l'instant on vaccine beaucoup.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous verrez comment les choses évoluent, ça veut dire pourquoi pas. Vous n'êtes pas opposé à la vaccination obligatoire.

BARBARA POMPILI
Mais dans la mesure où mes enfants et où moi-même quand j'étais enfant j'ai eu des vaccins obligatoires, je ne suis opposée à rien par principe. Après pour l'instant, les gens viennent se faire vacciner, ça avance bien. Donc j'incite plutôt tout le monde à y aller parce que je crois qu'on a tous vraiment envie de revivre un peu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Barbara POMPILI, puisque vous êtes maman, vous avez une fille de 17 ans, parlons du cannabis. Le cannabis, j'ai vu ce dernier sondage : les Français sont favorables à la dépénalisation mais surtout à la légalisation régulée. Est-ce que vous êtes favorable à une régularisation régulée ? Là les Français sont très nombreux à être favorables.

BARBARA POMPILI
En tout cas, je suis favorable à ce qu'enfin on avance sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Enfin ça, ça ne veut rien dire.

BARBARA POMPILI
Si, si.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez. Je reprends votre réponse. Je vous pose une question précise, légalisation régulée, et vous me répondez : je suis favorable à ce qu'on avance sur le sujet. Ça veut dire quoi, ça ?

BARBARA POMPILI
Ce que je veux dire, c'est que pendant trop longtemps on a eu une vision un petit peu dogmatique de cette histoire. C'est-à-dire on interdit tout et puis ça résoudra tous les problèmes. Or ce qu'on voit, et d'ailleurs j'ai un rapport des parlementaires qu'à l'époque j'avais initié quand j'étais parlementaire, qui dit bien que la politique d'interdiction dure en fait n'empêche pas la consommation, qu'on est parmi les plus gros consommateurs d'Europe de cannabis, et notamment les jeunes, et que le fait qu'on interdise empêche qu'on ait une vraie politique d'accompagnement de ces personnes, d'accompagnement aussi de la question des addictions d'une manière générale. Et donc quand on voit qu'une politique ne marche pas, et aujourd'hui ça ne marche pas, il faut qu'on trouve d'autres solutions. Après moi, je ne suis pas à cheval sur laquelle est la meilleure solution mais ce que je veux, c'est qu'enfin on regarde les choses en face.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mai d'autres solutions. La répression, on ne va pas abandonner la répression. Personne ne veut abandonner la punition. Mais la légalisation régulée, est-ce une solution qui serait peut-être la bonne ? Franchement ?

BARBARA POMPILI
Ça doit faire partie des solutions à regarder, oui. Ça doit faire partie de ces solutions. Encore une fois par pur pragmatisme, par pur pragmatisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par pur pragmatisme, est-ce que vous y êtes favorable ?

BARBARA POMPILI
Je suis favorable à ce que cette solution-là soit regardée parmi d'autres. Ça peut être dépénalisation, ça peut être légalisation, ça peut être aussi sur certains usages. On a des usages, on a différents types d'usage du cannabis. Mais enfin, arrêtons de se voiler la face sur cette histoire. C'est une question de santé publique, et puis en plus il y a la question des trafics aussi dont on voit les dégâts qu'ils font dans les cités. Heureusement que nous avons une politique pour lutter contre cela actuellement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Barbara POMPILI, si je vous dis : ouvrons le débat sur la légalisation régulée, vous me dites quoi ? Oui ou non ?

BARBARA POMPILI
Mais je dis oui, ouvrons le débat. Mais encore une fois, vous dites dépénalisation, légalisation régulée. Déjà légalisation régulée, je ne sais pas ce que ça veut dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Légalisation sous contrôle, sous contrôle des autorités de l'Etat.

BARBARA POMPILI
Oui, comme tout ce qui est légal en France en fait, dans un Etat de droit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comme ça se passe dans beaucoup de pays, beaucoup d'Etats américains.

BARBARA POMPILI
En tout cas, les parlementaires ont lancé le débat, je suis ravie qu'ils l'aient fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Barbara POMPILI, un mot sur l'agriculture. Bientôt une nouvelle PAC.

BARBARA POMPILI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les agriculteurs bio seront les victimes de cette nouvelle PAC.

BARBARA POMPILI
D'abord je tiens à les rassure. Je les ai rencontrés hier parce qu'ils souhaitaient qu'on discute et ils ont bien raison : il faut qu'on discute de ces sujets-là. D'abord on va augmenter les crédits pour les conversions à la bio, et ça c'est un point important. C'est ce qu'on appelle le deuxième pilier. Ces crédits-là vont être augmentés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
30% d'aide dédiée l'agriculture bio. C'est bien cela ?

BARBARA POMPILI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va passer de 250 à 340 millions d'euros.

BARBARA POMPILI
Très bien. Vous avez des bons chiffres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je travaille Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Oui, je vois ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je travaille.

BARBARA POMPILI
Je vous les confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
340 millions d'euros donc pour l'agriculture bio.

BARBARA POMPILI
Là, c'est pour les aides à la conversion, on est bien d'accord.

BARBARA POMPILI
C'est pour les aides à la conversion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
340 millions d'euros.

BARBARA POMPILI
Oui. Oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On était à 250.

BARBARA POMPILI
C'est ça. On augmente fort et c'est une volonté parce que nous voulons entraîner les agriculteurs à aller vers le bio. Pourquoi ? Parce que le bio est reconnu comme meilleur pour la santé et pour l'environnement et notamment sur les produits bruts. Après, il y a la question de ce qu'on appelle le premier pilier, le fameux éco-régime et comment on aide nos agriculteurs en fait à faire des pratiques qui soient les plus vertueuses possible, comment on les accompagne. Et dans ce sujet-là, il y a des inquiétudes des agriculteurs bio parce qu'ils disent : oui mais nous, nos pratiques sont meilleures pour l'environnement et pour la santé et c'est connu, donc on voudrait ne pas être laissés pour compte par rapport à d'autres qui ne seraient pas bio. Et donc ça, c'est un débat qui est encore en cours actuellement, sur lequel il y a des arbitrages et moi je plaide évidemment pour que le bio, parce qu'il est bon pour la santé et parce qu'il est demandé et puis parce qu'il doit être accessible et c'est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. On en a assez d'importer du bio d'ailleurs.

BARBARA POMPILI
Tout à fait. Mais s'il est aidé, il sera moins cher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous poser une question toute simple, un concombre, écoutez-moi bien, un concombre sous plastique qui a poussé sous une serre en Espagne et qui est transporté en camion, en poids lourds depuis l'Espagne jusqu'en France est-il vraiment bio franchement ?

BARBARA POMPILI
Je suis d'accord avec vous que c'est un problème, c'est-à-dire que là oui il va être bio, mais il va être sous plastique. Le plastique c'est très mauvais pour l'environnement, il est transporté par camion. Alors déjà à chacun essayons de manger des fruits et légumes de saison, c'est meilleur au gout, c'est meilleur pour la santé, de proximité et le bio apporte un plus et donc il faut que ce plus soit aussi moins cher pour que tout le monde puisse y avoir accès.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il faut développer.

BARBARA POMPILI
La nouvelle PAC, ça sert aussi à ça, à faire en sorte que ce soit moins cher pour que tout le monde puisse y accéder.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Développer les terres agricoles et cultiver en France, qui baissent. Barbara POMPILI, j'ai une dernière question le député, européen Stéphane SEJOURNE qui est par ailleurs conseiller d'Emmanuel MACRON veut comptabiliser le temps de parole des éditorialistes, mais est-ce que vous avez au gouvernement, est-ce que Stéphane SEJOURNE a un problème avec la liberté d'expression ?

BARBARA POMPILI
Je découvre ça, je n'étais pas au courant du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous découvrez ça. Il pense à Eric ZEMMOUR par exemple. Est ce qu'il faut décompter, comptabiliser le temps de parole des éditorialistes parce qu'ils prennent des positions politiques ?

BARBARA POMPILI
Le principe même d'un éditorialiste c'est qu'il prend des positions politiques, c'est le principe d'un éditorialiste. Donc décompter dans quel cadre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le CSA devrait décompter, n'est ce qu'il dit, comptabiliser.

BARBARA POMPILI
Je crois qu'il faut s'en tenir aux règles qui existent aujourd'hui, elles sont des bonnes règles qui fonctionnent depuis longtemps. Après il y a un sujet de réseaux sociaux qu'on essaie de gérer, c'est autre chose. Mais le débat politique, chacun à la responsabilité du débat politique, les hommes et les femmes politiques, mais aussi les journalistes, la qualité du débat ça c'est une exigence qui me paraît encore plus importante que des décomptages du temps de parole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord et l'indépendance.

BARBARA POMPILI
Et l'indépendance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Indépendance de l'avis de tous les partis politiques. Merci Barbara POMPILI d'être venue nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 juin 2021