Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à BFM TV le 15 juillet 2021, sur le Pacte vert de la Commission européenne, les voitures électriques, l'implantation des éoliennes et la campagne de vaccination.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être mon invitée ce matin sur RMC et BFM TV. Vous êtes ministre de la Transition écologique. Vous êtes numéro deux du gouvernement. La Commission européenne, qui a adopté hier une batterie de mesures pour sauver le climat, disent-ils, avec notamment la fin des moteurs diesel et essence en 2035, et des nouvelles taxes qui entraîneraient mécaniquement une hausse des prix des carburants et du chauffage au fioul. Jusqu'à 44% de plus pour le coût des transports pour les foyers. Est-ce que franchement, vous voulez ça pour les Français ?

BARBARA POMPILI
Non, ce que je veux pour les Français, c'est qu'on soit prêt pour faire face à la transition écologique, et au réchauffement climatique, dont on vient de voir encore les conséquences, notamment sur les inondations en Allemagne. Donc on a besoin d'être prêt, et ce que fait la Commission, là, la proposition que fait la Commission, il ne faut pas oublier que ça, ce sont des propositions qui vont être discutées, ensuite, pendant plusieurs mois, avant qu'elles n'aboutissent. C'est une proposition de construire l'Europe de demain, et de construire une Europe où tous nos concitoyens seront protégés, nos entreprises seront prêtes pour affronter le changement climatique.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est aux ménages de payer ?

BARBARA POMPILI
Mais là, pareil, on parle de propositions, ce dont vous parlez, c'est un bout de ce qui est proposé…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais ça a des conséquences très immédiates…

BARBARA POMPILI
Un bout de ce qui est proposé, et pour lequel la France a dit qu'elle était réservée, c'est-à-dire, la création, l'augmentation de taxe carbone pour le bâtiment et pour les transports. Nous avons vu que ça pouvait avoir des conséquences, et avec les gilets jaunes, par exemple, ça a été la preuve que quand on n'accompagne pas suffisamment, ça ne peut pas marcher. Nous, nous considérons qu'on peut faire les choses autrement, notamment à travers des normes, et c'est une des grandes réussites de l'Union européenne, et qu'elle va continuer à faire grâce à ces propositions. Une des grandes réussites, c'est justement ce système ETS, qu'on a mis en place sur l'industrie, ça a permis à l'industrie de baisser ses émissions de gaz à effet de serre…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pouvez nous rappeler ce que c'est que le ETS pour les Français ?

BARBARA POMPILI
En fait, ce sont des prix de carbone qui sont partagés au niveau européen, ces prix de carbone, ils ont en fait obligé les entreprises à baisser leurs émissions, ce qui fait que l'Europe a baissé depuis 1990 de 24% ses émissions de gaz à effet de serre, je rappelle que c'est ça quand même qu'on doit retenir, grâce à l'Europe, on a baissé nos émissions de gaz à effet de serre…

APOLLINE DE MALHERBE
Barbara POMPILI, on va évidemment décliner toutes les propositions, mais quand même, si on s'arrête sur celle-ci, alors, certes, c'est l'une des propositions, mais qui, je le disais à l'instant, a quand même des conséquences pour le portefeuille des Français, il y a une organisation non gouvernementale qui a chiffré à près de 400 euros par an l'augmentation possible, si ces mesures sont mises en place par foyer…

BARBARA POMPILI
Oui, encore une fois, ce que va faire l'Union européenne, c'est qu'elle va protéger les Français et protéger les Européens. L'extension de ce marché carbone, c'est une extension qui est proposée, pour laquelle la France a émis des réserves en disant que nous, on pense qu'il y a d'autres manières de faire, et notamment en retravaillant les normes, en France, on est en train d'exploser les ventes de véhicules électriques, électrifiés, c'est grâce à l'Europe, parce que l'Europe a mis en place des normes de plus en plus dures sur les émissions des véhicules. Et donc c'est grâce à des normes…

APOLLINE DE MALHERBE
Pascal CANFIN parle quand même d'un suicide politique…

BARBARA POMPILI
Oui, mais encore une fois, Pascal CANFIN, il est le premier à se féliciter de ce qui est en train de se passer au niveau de l'Union européenne, pourquoi, parce que justement, grâce aux normes qui vont être mises en place, on va rénover massivement les bâtiments partout, c'est ce que nous, on a commencé à appliquer avec la loi Climat résilience, qui va permettre aux gens justement de baisser leur facture d'électricité, de chauffage, et de pouvoir vivre dans un bâtiment qui sera meilleur. Ce qui permet aux gens d'avoir accès, là, à des voitures électriques qui sont de moins en moins chères, le prix baisse, et bientôt, le prix des voitures électriques sera équivalent du prix des voitures thermiques.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand ?

BARBARA POMPILI
Ça, c'est grâce.... pour ça, on est dans les 3 ans, 3, 4 ans, donc ça va arriver très, très vite. Et grâce à l'Union européenne, on se protège aussi vis-à-vis de l'extérieur, on demande à nos industries, là, de faire des efforts, on met de l'argent, on a mis, nous, 30 milliards dans le plan de relance pour aider nos entreprises à se décarboner, décarboner leur process, eh bien, ça, ça va pouvoir être protégé grâce à ce qu'on appelle le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, qui est une victoire de la France, c'est quoi, ça, c'est une forme de taxe carbone aux frontières, c'est-à-dire que les produits qui viennent de pays qui ne respectent pas les mêmes normes que nous vont être taxés, ce qui va protéger nos entreprises, nos salariés, et ça, c'est une victoire de la France qui demandait ça depuis des années ; et enfin, la Commission européenne le propose aujourd'hui dans son paquet.

APOLLINE DE MALHERBE
Barbara POMPILI, la fin de la production des moteurs diesel et essence en 2035, ça fait partie du paquet, vous, en France, vous proposiez plutôt 2040, mais concrètement, est-ce que si j'ai un véhicule essence, il va encore valoir quelque chose dans les années qui viennent ?

BARBARA POMPILI
Alors, d'abord, nous, on le proposait en 2040, c'est Nicolas HULOT qui l'avait porté en début de ce quinquennat, tout le monde disait : oh là, là, c'est impossible, mon Dieu, on ne le fait pas, etc, maintenant, on voit que 2035 devient un horizon qui est un horizon acceptable et accepté par tout le monde, ce qui est un gros progrès…

APOLLINE DE MALHERBE
Accepté par tout le monde ? Vous trouvez que c'est accepté par tout le monde ?

BARBARA POMPILI
Eh bien écoutez, j'étais avec le président de la République lundi dernier avec les constructeurs automobiles et la filière automobile, on a parlé ensemble de cette date de 2035, ils y sont prêts, ils sont prêts à y aller, ils sont prêts évidemment à travailler avec nous, on a besoin évidemment de se soutenir là-dessus, mais on est prêt à avancer sur ces questions-là, il va y avoir un sujet sur les hybrides, puisque la question de l'hybride…

APOLLINE DE MALHERBE
Des hybrides qui font normalement partie de ces véhicules qui n'auront plus le droit d'être produits selon l'Union européenne.

BARBARA POMPILI
Ça fait partie des points de discussion, clairement, sur lesquels la France pose la réflexion en disant : est-ce que, vraiment, les hybrides, on doit arrêter dès 2035 ? Donc vous voyez, tout n'est pas figé, il va y avoir beaucoup de discussions là-dessus.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites que tout le monde est d'accord, je reprends quand même juste les mots par exemple des constructeurs européens, l'Association des constructeurs européens d'automobiles qui considère que cette interdiction des moteurs thermiques n'est pas rationnelle.

BARBARA POMPILI
On disait ça aussi sur 2040, et vous voyez, les choses avancent…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais je reviens juste sur le fait que vous disiez tout le monde est d'accord, tout le monde n'est pas d'accord…

BARBARA POMPILI
Et encore une fois, avec les constructeurs français, français, on a parlé de cette date, et ils étaient prêts à y aller

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous allez vous battre pour le véhicule thermique, pour le véhicule aussi hybride ?

BARBARA POMPILI
Sur le véhicule hybride, comme je vous l'ai dit, la France est dans la position de porter ça à la discussion au niveau de l'Union européenne, en disant : écoutez, le véhicule hybride est un véhicule qui est un véhicule de transition…

APOLLINE DE MALHERBE
Un peu plus de souplesse…

BARBARA POMPILI
Donc il faut bien avoir en tête que c'est une transition, et que l'intérêt, c'est d'aller le plus vite possible vers les voitures électriques, et c'est pourquoi d'ailleurs on a un plan de déploiement des bornes électriques qui accélère très, très fort, là on est en train de passer en France, de… on était à 32 000 bornes au début de l'année, on arrive à 43 000 bornes, c'est-à-dire que là, en 6 mois, en 2 mois, on a fait autant que toute l'année dernière, on a augmenté le nombre de bornes de 11 000, donc ça va très, très vite.

APOLLINE DE MALHERBE
Et elles sont où ces bornes, elles sont en ville ?

BARBARA POMPILI
Non, bien sûr que non…

APOLLINE DE MALHERBE
Elles sont principalement en ville…

BARBARA POMPILI
Non, non, ce sont les bornes qui sont des bornes disponibles pour le public, et là, je ne parle pas des bornes, de toutes les autres bornes qui existent dans les parkings d'entreprises, dans les parkings privés, dans les copropriétés, etc, là, on est à plus de 600 000, non, là, je parle de bornes qui sont disponibles pour le public, dont par exemple des bornes sur les aires d'autoroutes, aujourd'hui, la moitié des aires d'autoroutes sont équipées de bornes à recharge rapide, c'est-à-dire qui permettent de recharger…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous avez déjà essayé de faire un…

BARBARA POMPILI
Qui permettent de recharger un véhicule en 20 minutes, donc là, on est sur quelque chose de très utile, très efficace, et je propose…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais Barbara POMPILI, dans les faits, vous l'avez déjà tenté, parce que je ne sais pas si vous avez déjà tenté, mais si vous avez tenté de faire 200 kilomètres sur l'autoroute avec des bagages et des enfants dans la voiture, et vous vous retrouvez dans des stations-service qui n'ont pas la bonne prise, qui n'ont pas la bonne carte, parce que vous dites qu'il y a une station-service sur deux qui a des prises, mais elles sont toutes différentes, et avec toutes un système de paiement différent, et des temps d'attente différents, dans les faits, c'est un cauchemar.

BARBARA POMPILI
On a organisé une task force avec les constructeurs justement pour que tout ça soit maintenant très opérable pour tout le monde, vous avez, et j'en informe vos téléspectateurs, vous avez maintenant sur le site de Bison Futé la liste de toutes les bornes qui sont sur toutes les aires d'autoroutes, donc ils ont la carte et ils ont…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous vous rendez compte comme c'est compliqué…

BARBARA POMPILI
Non, non, ils ont la carte, ils savent où c'est, ils savent quel type de borne, donc il n'y a pas de surprise, ça va être pratique justement, moi ce que je veux, c'est que ce soit pratique…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça va l'être, mais ça ne l'est pas encore…

BARBARA POMPILI
Non, non, ça l'est déjà. Allez sur le site de Bison Futé, Apolline de MALHERBE, je vous conseille d'y aller, et vous allez voir que c'est pratique, que tout le monde part le matin avec sa voiture en sachant où il peut recharger sa voiture, et ce qui est très rassurant, et évidemment, ce déploiement de bornes qui s'accélère, comme je vous le dis, là, on a fait un tiers de plus très rapidement, ça va s'accélérer encore, et on parlait de l'Europe tout à l'heure, le paquet qui est proposé aussi sur l'Union européenne, c'est un paquet qui va permettre d'avoir des bornes justement qui soient toutes adaptées, toutes les mêmes…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui soient harmonisées…

BARBARA POMPILI
Qui soient harmonisées et qui vont faire que, eh bien, on pourra…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez l'imposer ça aux constructeurs ?

BARBARA POMPILI
Ça, mais c'est dans le paquet qui est proposé par l'Union européenne et que je trouve excellent, et puis, ça va dans le bon sens, tout ça va être bien coordonné, c'est aussi l'intérêt de l'Europe.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur la question quand même de la fracture que ça peut soulever, on parlait à l'instant du risque aussi de la différence entre avoir une voiture électrique en ville, avoir une voiture électrique à la campagne, où on a davantage besoin de son véhicule et de rouler souvent plus, est-ce que vous n'avez pas peur de réveiller les fractures, vous évoquiez vous-même tout à l'heure la question des gilets jaunes, est-ce que, avec ces mesures-là, vous n'avez pas peur de les réveiller ?

BARBARA POMPILI
Nous, on a tiré des leçons de ce qui s'est passé avec les gilets jaunes, toutes les mesures qu'on prend pour nous protéger collectivement face aux enjeux climatiques sont des mesures qui sont accompagnées, on ne laisse personne derrière nous, on va mettre en place des zones à faible émission qui sont des zones où on demande à ce que les voitures les plus polluantes ne rentrent pas, eh bien, d'abord, on va le faire progressivement, on ne va pas faire ça en cinq minutes. Et ensuite, on met en place des accompagnements qui fonctionnent bien d'ailleurs, les primes à la conversion, les bonus, pour aider nos concitoyens à remplacer leur voiture, ils peuvent avoir jusqu'à 12 000 euros d'aide pour racheter une autre voiture, et aussi 7 000 euros d'aide pour des voitures qui sont des voitures d'occasion, parce que la plupart des gens qui n'ont pas trop les moyens n'achètent pas de voitures neuves, ils achètent des voitures d'occasion, donc ils auront des possibilités de pouvoir changer de voiture, et puis, de se déplacer autrement s'ils ne veulent pas utiliser de voiture, avec l'argent qu'on met pour les transports en commun, pour le covoiturage qui se développe beaucoup, qui va pouvoir enfin à nouveau se développer si on sort enfin de cette crise du Covid.

APOLLINE DE MALHERBE
Et qu'on peut être plusieurs dans la voiture…

BARBARA POMPILI
Et qu'on peut être plusieurs dans la voiture, mais vous savez, moi, j'ai rencontré une dame qui faisait ça au début, elle faisait ça un peu par esprit citoyen, en se disant… elle faisait ça à Lyon sur les voies de covoiturage, et puis, eh bien, elle économise 800 euros tous les ans grâce à ça, du coup, elle est bien contente et elle continue à le faire.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous allez prolonger le taux, les prêts à taux 0 pour les voitures électriques ?

BARBARA POMPILI
Alors sur les prêts à taux 0, dans la loi économie circulaire, c'était une des propositions du Sénat qui a été validée pour qu'on fasse un test pour voir si ça fonctionne bien, donc il va y avoir une expérimentation dans les 2 ans sur des prêts à taux 0, mais qui complètent encore une fois des aides qui vont du bonus, la prime à la conversion, des microcrédits pour ceux qui sont en difficulté, vous voyez qu'on a tout un panel d'aides pour que nos concitoyens puissent se déplacer, mais puissent se déplacer aussi dans un air plus sain, parce que je vous rappelle que si on fait ça, c'est parce qu'on a 40 000 personnes par an qui meurent à cause de la pollution, c'est la troisième cause de morts évitables, c'est notre rôle de faire en sorte que nos enfants ne soient plus dans les pots d'échappement qui sont très, très préjudiciable pour leur santé.

APOLLINE DE MALHERBE
La loi climat en effet qui a donc été adoptée avec un certain nombre de points, il y a un point sur les menus végétariens, on va y revenir, sur l'écocide, sur le logement, un point sur les éoliennes, c'était notamment l'un des points forts de la version du texte adoptée par les sénateurs, et vous avez finalement réussi à obtenir une sorte de compromis, les sénateurs, ils demandaient à ce que les maires puissent s'opposer au projet d'éoliennes, et finalement, les maires n'auront le droit que de donner leur avis ; ça sert à quoi de donner son avis si on ne sera pas suivi ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, donner un avis, c'est toujours important, moi, ce qui est le plus important pour moi, c'est la concertation, ce que j'ai ressenti, et ce que j'ai bien vu, puisque moi, je suis élue de la Somme, donc, j'ai vu comment ça partait pour les éoliennes, c'est que, un certain nombre de personnes avaient le sentiment que ça poussait dans tous les sens sans qu'on leur ait demandé leur avis, sans qu'on les ait concertés, et sans qu'il y ait un petit peu d'ordre dans tout ça. Alors, ce n'est pas tout à fait, vrai sauf que cette impression-là, il faut absolument l'arrêter, et donc, moi, j'ai demandé…

APOLLINE DE MALHERBE
On est dans l'ordre de l'impression, en fait ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, globalement de l'impression, il y a des endroits où il y a un vrai encerclement…

APOLLINE DE MALHERBE
Il faut leur donner l'impression qu'ils sont consultés…

BARBARA POMPILI
Il y a un vrai encerclement. Non, arrêtez de faire ça, on ne va pas monter les gens les uns contre les autres, au contraire, moi, ce que je veux, c'est qu'on retrouve un petit peu de calme sur cette question, on va mettre en place, avec les préfets, une cartographie des lieux où on peut mettre ou pas des éoliennes, tout simplement, où il y a du vent, où il n'y a pas de radars, où il n'y a justement pas d'éléments patrimoniaux remarquables, qu'on veut protéger, et pas d'encerclement, pas d'endroits où il y en a déjà trop. Quand on aura cette carte, au niveau régional, il y aura une définition des objectifs, parce que vous savez qu'au niveau national, on a des objectifs d'augmentation des renouvelables, d'ailleurs, qui vont être confirmés, parce qu'au niveau européen, on doit aussi augmenter nos renouvelables, les objectifs, eux, seront déclinés par région, dans chaque région, on saura combien il faut qu'on fasse d'éoliennes, combien il faut qu'on fasse de photovoltaïques, combien il faut qu'on fasse, etc. etc. Quand on saura combien il faut d'éoliennes, eh bien, on pourra se mettre tous autour de la table et dire : voilà, il nous faut tant d'éoliennes, là, on a à ces endroits là où on peut le faire, on réunit tout le monde, les maires, les associations, les porteurs de projets, et puis, on regarde ensemble où on…

APOLLINE DE MALHERBE
Et à la fin, qui décide ?

BARBARA POMPILI
A la fin, il y a une décision, une autorisation qui est donnée par les services de l'État, mais qui tiendra compte de toutes ces discussions, nous, ce qu'on veut, c'est que ça se passe bien, on a envie que les gens soient bien…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez : il faut qu'on retrouve le calme sur ce sujet, on le voit bien, c'est devenu un sujet aussi très politique, d'opinion publique, est-ce que la meilleure manière de ramener le calme ne serait pas de proposer un moratoire pendant quelque temps, le temps que ça se calme, le temps qu'on sache mieux ?

BARBARA POMPILI
Mais on ne peut pas faire ça, on a une politique de l'énergie qui est une politique qui est fondée sur plusieurs ressources. Et ces ressources-là, on doit le pouvoir les faire avancer, on a besoin de développer les énergies renouvelables dans notre pays, parce que, on a besoin d'électrifier un certain nombre de process, les voitures, l'industrie, on va faire de l'hydrogène, pour faire de l'hydrogène, il faut de l'électricité, donc on a besoin de produire de l'électricité, on économise au maximum, donc quand on rénove les bâtiments, on économise de l'électricité, mais par contre, on a besoin de développer les renouvelables, donc on ne peut pas s'arrêter, par contre, on peut le faire mieux, de manière plus concertée, en faisant en sorte que les personnes qui se sentent aujourd'hui entourées d'éoliennes, que ça, ça ne puisse plus arriver, parce que ce sera mieux organisé.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a encore peu de temps, vous étiez présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, quand vous regardez les écologistes aujourd'hui, vous voteriez pour qui aux primaires ?

BARBARA POMPILI
Non, mais j'ai fini ce passage-là, je considère que les Verts, Europe Ecologie-Les Verts portent une partie de l'écologie politique, mais c'est une écologie politique qui est très radicale, qui ne veut pas trop s'enfoncer dans le concret, qui refuse les compromis. Or, les compromis, on en a besoin, là, vous parliez des éoliennes, on peut continuer à faire comme s'il n'y avait pas de problème, ou alors, eh bien, on prend les problèmes à bras-le-corps, comme le font d'autres écologistes dont je fais partie, qui ne sont pas chez les Verts, mais qui continuent à penser qu'on peut faire de l'écologie, et en même temps, être dans un gouvernement, faire avancer les choses, dans le réel et pas dans le monde tel qu'on aimerait qu'il soit.

APOLLINE DE MALHERBE
Et en même temps, quand vous regardez du côté de la vaccination semi-obligatoire, en tout cas, certains le considèrent comme telle, et que vous avez vu sans doute les images évidemment hier des manifestations, alors, ils étaient 19 000 sur toute la France, mais avec certains points de violence et de crispation, est-ce que vous ne redoutez pas une fracture au sein de la France ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, ce que je vois, c'est que, effectivement, il y avait de 19 000 personnes qui ont manifesté et qu'il y a 2 millions de personnes qui se sont inscrites depuis le discours du président de la République, j'ai même entendu le chiffre de 3 millions, pour se faire vacciner, donc il y a aussi une proportion, là, qui est… on est à plus… enfin, on a 100 fois plus de gens qui veulent se faire vacciner par rapport à des personnes qui protestent, moi, j'entends ces personnes qui protestent, il y a eu quelques excès que je regrette beaucoup, et dont je ne vais même pas parler, mais par contre, il faut leur dire…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous parlez des intrusions notamment dans la préfecture ?

BARBARA POMPILI
Non, des attaques contre les préfectures, de paroles qui nous ramènent à des comparaisons avec la Shoah qui me paraissent juste abjectes….

APOLLINE DE MALHERBE
Cette aide-soignante qui portait une étoile jaune avec marqué non-vaccinée à Montpellier…

BARBARA POMPILI
C'est abject, point, je n'ai rien d'autre à dire là-dessus. A un moment, il faut savoir garder la mesure de ce qu'on est en train de faire, et comparer la question de la vaccination à la question du génocide des juifs de l'Holocauste, je trouve que c'est très grave, donc on laisse cette personne-là avec ses excès, je considère qu'elle n'est pas représentative, très certainement pas, de toutes les personnes qui se posent des questions sur la vaccination, et qui sont parfaitement légitimes pour en poser, simplement, là, nous, ce qu'on doit faire, c'est éradiquer ce Covid, pour éradiquer ce Covid, il n'y a pas 150 solutions, il faut se vacciner, et là, quand on parle de liberté, moi, je veux qu'on garde la liberté qu'on est en train de retrouver, on va enfin pouvoir retourner boire des verres, manger au restaurant, aller au cinéma, pouvoir se promener la nuit sans penser au couvre-feu, c'est ça la liberté, si on n'est pas tous vaccinés, eh bien, on n'est pas à l'abri d'une quatrième vague, et une quatrième vague, ça veut dire : on referme les restos, ça veut dire, on retrouve encore une fois des couvre-feux, moi, je ne supporterai pas cette idée, donc pour cela, il faut qu'on se vaccine tous, il n'y a pas d'autre solution, et donc le passe est nécessaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Barbara POMPILI, une question quand même encore sur une chose qui est passée quasiment inaperçue dans le brouhaha général, c'est le fait que vous ayez renoncé à un référendum sur l'écologie, un peu en catimini, tout d'un coup, ce référendum, on avait dit qu'on allait proposer la question directement au peuple, et puis, finalement, non ?

BARBARA POMPILI
Ah, mais j'en suis extrêmement déçue, extrêmement en colère aussi puisque le fait que les sénateurs Les Républicains n'aient même pas pris la main qui était tendue pour essayer de trouver une rédaction qui aurait pu rassembler tout le monde, pour des questions de posture politicienne…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous n'avez pas renoncé un peut vite aussi ?

BARBARA POMPILI
On ne voulait pas donner la victoire à untel ou untel, je trouve que c'est en dessous du niveau que requiert l'importance de ce sujet…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous aviez éventuellement d'autres moyens, ou en tout cas, vous pouviez prolonger la discussion ?

BARBARA POMPILI
On n'avait pas beaucoup d'autres moyens, puisque pour faire un référendum, après, il faut faire une campagne, cette campagne, elle ne pouvait se tenir qu'à l'automne pour un référendum d'ici la fin de l'année. Après, on rentre dans la campagne présidentielle, ce n'est pas possible…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous, vous rejetez la faute sur eux, eux, ils rejettent la faute sur vous, et au final, les Français ne seront pas consultés.

BARBARA POMPILI
Au final, les Français ne seront pas consultés, j'en suis extrêmement fâchée, je pense que ceux qui ont fait en sorte que ça ne marche pas porteront une responsabilité devant l'histoire, et je pèse mes mots. La Constitution, c'est notre texte fondamental, là, on inscrivait au fronton l'article 1er de notre Constitution, la protection du climat et de la biodiversité, c'était un élément extrêmement fort qui nous permettait ensuite de prendre des lois qui étaient mieux protégées juridiquement, je constate que pour des raisons politiciennes de bas étage, on n'en est pas arrivé là, j'espère que par la suite, on pourra le faire.

APOLLINE DE MALHERBE
Et que ce sera peut-être aussi dans la campagne politique. Barbara POMPILI, vous êtes ministre de la Transition écologique, numéro deux du gouvernement, merci d'avoir répondu à mes questions.

BARBARA POMPILI
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juillet 2021