Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à BFM TV/RMC le 28 juillet 2021, sur l'application du passe sanitaire dans les transports, les restaurants (hormis les relais routiers) et le Pacte vert européen.

Texte intégral

PHILIPPE CORBE
8h37, ce matin sur BFM TV et RMC, bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour Monsieur CORBE.

PHILIPPE CORBE
[Jean-Baptiste DJEBBARI], ministre des Transports, on a plein de questions à vous poser, d'abord sur l'application du pass sanitaire dans les trains, dans les avions, ça va commencer dans quelques jours. Comment ça va se passer à la SNCF, ça ne concerne que les TGV, les Intercités, les trains de nuit, mais pas les trains du quotidien, c'est ça ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument. Donc ça va commencer, vous savez que la loi est actuellement revue par le Conseil constitutionnel, elle devrait être promulguée le 7 août.

PHILIPPE CORBE
Donc dès le 6, le 7 ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le 7 août promulguée, avec les décrets, donc mise en application dans les jours qui suivent, donc certainement entre le 7 et le 10 août, et effectivement pour les avions, sur les vols intérieurs, et pour les trains grande distance, c'est-à-dire les TGV, les Intercités, les trains de nuit, il faudra montrer un pass sanitaire, c'est-à-dire la preuve d'un vaccin, ou la preuve d'un test, et ce seront des contrôles qui vont être organisés notamment aux abords des quais, dans les trains, de façon aléatoire…

PHILIPPE CORBE
Avant de monter dans le train, dans le train ou en descendant du train.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, donc essentiellement à l'abord des quais, parce que c'est là où on a le plus de place, le plus d'espace, le plus d'habitude aussi de contrôler sur ces trains qui sont souvent à réservation obligatoire, donc on a déjà des filtres qui sont prédisposés, par ailleurs les personnels sont formés, et puis on a eu à contrôler beaucoup de voyageurs au moment notamment des confinements, et des déconfinements avec des restrictions, donc on a l'habitude de contrôler à l'abord des quais. Il y aura aussi des contrôles aléatoires à bord de train, qui pourront être faits, le cas échéant, à la fois par les contrôleurs, par les personnels de la sûreté ferroviaire ou par des policiers qui seraient à bord des trains, et puis des contrôles à l'arrivée, dans les gares, on va essayer de faire ça de façon la plus opérationnelle et fluide possible de manière à avoir un bon taux de contrôles et en même temps de ne pas rendre la vie des voyageurs difficile.

PHILIPPE CORBE
Mais autour du 15 août, puisque vous disiez que ça serait appliqué donc entre le 7 et le 10 août, autour du 15 août, les grands départs, gare Montparnasse à Paris ou Gare La Part-Dieu à Lyon, est-ce qu'il va y avoir des queues, des retards, qui pourraient être liés à ces contrôles de pass sanitaires ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est ce qu'on est en train d'organiser ces jours-ci, de manière à éviter effectivement ces effets de trop grandes files d'attente. On a l'habitude, un week-end de grands départs, c'est quasiment 1 million de passagers sur le week-end, donc on a l'habitude, à la SNCF notamment, de gérer ces grands flux, et donc on essaye d'avoir, je le disais, des contrôles qui soient massifs, parce qu'il faut, notamment dans les premiers jours, que les Français s'habituent à présenter leur pass sanitaire, mais aussi une fluidité dans les circulations de manière à ne pas avoir trop d'engorgements et surtout à rendre le voyage qualitatif, en tout cas autant que faire se peut.

PHILIPPE CORBE
Mais, contrôles massifs vous dites, contrôles aléatoires, mais est-ce que ce seront des contrôles systématiques ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, pas systématiques dans la mesure où on parle de 400.000 voyageurs par jour, et de la même façon que pendant le couvre-feu il n'y avait pas de contrôles systématiques des gens qui sortaient dans les périodes hors couvre-feu, il y aura des contrôles qui vont être organisés, notamment dans les gares, de façon aléatoire à bord des trains, et à l'arrivée, mais pas de façon totalement…

PHILIPPE CORBE
Je me mets à la place du bistrotier d'un café de village qui va devoir contrôler systématiquement les gens à la terrasse qui vont prendre un café 3 minutes et qui se dit "la SNCF à côté, qui a l'habitude de faire des contrôles tous les jours, ne contrôlera pas systématiquement les pass sanitaires. »

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On parle quand même de 400.000 voyageurs par jour.

PHILIPPE CORBE
Oui, il n'y a pas 400.000 sur sa terrasse, effectivement. Donc les cheminots, enfin il n'y aura pas que les cheminots, mais notamment les cheminots seront chargés de faire les contrôles, SUD-RAIL, par exemple, dit "pas question de contrôler, ce n'est pas notre rôle, on ne veut pas contrôler, et s'il y a des sanctions contre nous, eh bien on se mettra en grève. »

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bon, plusieurs sujets. D'abord j'ai lu la position de SUD-RAIL, qui est un syndicat minoritaire et qui défend une position, je crois pouvoir le dire, qui est minoritaire dans l'entreprise. Nous avons fait en sorte d'organiser, avec la direction, en lien avec les syndicats, de la façon la plus harmonieuse possible, la mise en place de ces contrôles, il y a une souplesse d'ailleurs pour les salariés qui eux-mêmes doivent détenir un pass sanitaire, mais qui ne sera exigé qu'à compter du 30 août prochain, donc les choses sont organisées de la façon la plus fluide possible. Et par ailleurs, à l'échelle d'un groupe comme la SNCF, d'une grande entreprise, d'un grand service public, vous avez plusieurs dizaines de milliers d'agents, plusieurs milliers de contrôleurs, et nous sommes tout à fait en capacité de reclasser, de repositionner des contrôleurs qui seraient dans la position assez réfractaire, tel que l'a exprimé SUD-RAIL sur ce sujet.

PHILIPPE CORBE
Les professionnels qui doivent déjà appliquer le pass sanitaire depuis quelques jours, par exemple les lieux culturels, disent qu'il y a des tensions, que ça crée parfois des tensions ici ou là, c'est très minoritaire, mais il y a parfois des gens qui refusent par principe le pass sanitaire, ça peut créer des altercations. Vous craignez ce genre de choses-là à la SNCF ou dans les aéroports ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce sont des tensions qu'on a déjà connues sur le port du masque, par exemple, et pourtant le port du masque a été très bien appliqué, dès le départ, avec 95% de respect du port du masque dès le 11 mai dernier, et ça ne s'est pas démenti depuis. J'ai envie de vous dire qu'on est habitué à ce genre de phénomène, nous avons toujours été intransigeants sur le respect, le respect de la dignité des contrôleurs, et évidemment nous serons intransigeants sur ce plan-là, et nous demandons aux passagers de respecter et évidemment de le faire en courtoisie et en politesse avec ceux qui sont en charge des contrôles. Moi je n'anticipe pas, comme cela s'est passé avec le masque, de problèmes massifs sur ce sujet-là, mais nous serons extrêmement vigilants, en lien avec évidemment avec les forces de l'ordre sur ce sujet.

PHILIPPE CORBE
Prenons quelqu'un qui part en vacances, qui a un billet de train, ou billet d'avion, qui ne veut pas se faire vacciner, mais qui se dit je veux faire un test, le test est positif, trois jours avant le départ le test est positif, est-ce qu'on peut se faire rembourser son billet de train ou d'avion ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, c'était un des sujets qu'on a eus à éclaircir ces jours passés, et donc oui, si vous réservez un billet de TGV pour aller à Marseille par exemple, et que vous êtes déclaré positif entre temps, la SNCF s'engage à rembourser le billet de train, et la même chose s'applique pour les avions puisque vous savez que pour les avions c'est jusqu'au jour du départ qu'on peut exiger le remboursement ou l'annulation.

PHILIPPE CORBE
Justement, à propos des avions, AIR FRANCE expérimente déjà depuis la mi-juillet un dispositif qui s'appelle "Ready to Fly », d'ailleurs on ne comprend pas bien pourquoi c'est un titre en anglais alors qu'il s'agit de vols vers la Corse, mais bref…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
"Prêt à voler », on va le changer.

PHILIPPE CORBE
"Prêt à voler », voilà, donc en gros on donne ses informations sanitaires quelques jours à l'avance à la compagnie pour éviter les queues, est-ce que ça va être élargi à d'autres destinations ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Alors ça c'est un vrai sujet, EUROTUNNEL l'a aussi fait d'ailleurs pour les transits entre le Royaume-Uni et la France, et ça marche très bien, donc on essaye en fait simplement de lier le pass sanitaire avec le billet, donc AIR FRANCE a fait cette expérimentation qui est très satisfaisante, EUROTUNNEL l'a fait, et on travaille avec la SNCF, parce qu'on pense aussi que ces restrictions elles peuvent être durables, donc on veut l'organiser de façon extrêmement sérieuse et précise…

PHILIPPE CORBE
Peut-être plusieurs années ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Plusieurs mois en tout cas, et donc on veut aussi, profiter en quelque sorte, de cette crise pour digitaliser davantage le voyage, d'une manière générale, et donc l'idée c'est qu'à la SNCF on sera aussi capable de lier, dans le temps, le billet avec les documents sanitaires, notamment au moment de l'enregistrement, de manière à gagner du temps et de pouvoir couper les files quand vous approchez un contrôle, sur les quais par exemple.

PHILIPPE CORBE
Vous voulez dire que les portiques qu'on a dans certaines gares, les portiques pour lire le QR code du billet, lira aussi le QR code du pass sanitaire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, c'est déjà le cas par exemple quand vous franchissez EUROTUNNEL, côté anglais, vous passez votre passeport, et votre passeport contient les informations…

PHILIPPE CORBE
Le passeport ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors là en l'occurrence les passeports, mais ça marche dans les aéroports anglais – contient l'ensemble des informations liées à la situation sanitaire, en respectant évidemment les règles de déontologie et de respect des données personnelles, mais c'est évidemment un champ d'innovation, ou d'expérimentation, que nous travaillons avec les opérateurs.

PHILIPPE CORBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, dans quelques jours tous les restaurants de France devront contrôler le pass sanitaire, tous, sauf les restaurants routiers, pourquoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parce qu'il y a un certain nombre d'exceptions, c'est le cas des restaurants routiers, qui sont aussi restés ouverts par exemple pendant la crise, alors que les restaurants étaient fermés, parce que c'est le respect de la chaîne logistique. Je rappelle qu'au tout départ des premiers confinements on a eu des tensions sur la chaîne logistique, la chaîne logistique c'est la capacité pour les Français d'aller s'approvisionner en denrées alimentaires, en biens de première nécessité, dans les supermarchés, donc c'est tout à fait important que les routiers…

PHILIPPE CORBE
Mais là on pourrait appliquer le pass sanitaire aux restaurants routiers, non ? Il y a beaucoup de routiers qui sont vaccinés.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a beaucoup de routiers, les routiers c'est beaucoup de transits, c'est beaucoup de routiers étrangers, c'est beaucoup de flux entre plusieurs pays, c'est plusieurs dizaines de milliers de routiers qui chaque jour franchissent nos frontières, donc ça aussi c'est un sujet…

PHILIPPE CORBE
Ce n'est pas par peur que les routes soient bloquées par un mouvement contre le pass sanitaire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, on est dans une économie de flux tendu, avec des flux logistiques qui sont extrêmement serrés et tendus, et qu'il ne faut pas déstructurer, dans ce moment de l'été, les flux logistiques, et nous avons réussi, ces flux logistiques, à les maintenir le plus opérationnels possibles depuis 1,5 an, il faut que ça continue.

PHILIPPE CORBE
Autre sujet, Jean-Baptiste DJEBBARI, il y a eu un éboulement sur un chantier ferroviaire près de Massy dimanche soir, ça a causé l'interruption du trafic, mais surtout un ingénieur SNCF a été enseveli, est-ce que vous avez des informations nouvelles ce matin à ce sujet ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors nouvelles, en tout cas effectivement ce qui s'est passé dimanche, en fin d'après-midi, c'est qu'un ingénieur de SNCF Réseau est venu, d'ailleurs sur son temps libre, parce que c'était quelqu'un de très engagé, de passionné, est venu vérifier le chantier, qui était conduit aux abords des RER C et B, jusqu'au 12 août d'ailleurs, pour améliorer… à ce moment-là il y a eu un éboulement, il a malheureusement…

PHILIPPE CORBE
Dans un trou en fait.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
A l'abord d'un puits, un éboulement sur le côté, et malheureusement cette personne a été ensevelie et est toujours actuellement recherchée, donc nous sommes évidemment très pessimistes parce que cela fait maintenant plus de 72 heures, et nous avons dû sécuriser notamment le tunnel TGV qui passe sous ce chantier, et qui voit circuler les TGV Sud-ouest et Atlantique, raison pour laquelle pendant 6 heures nous avons suspendu les circulations, pour les faire repartir en fin de journée…

PHILIPPE CORBE
Et le corps, il n'y a pas de corps qui a été retrouvé pour l'instant ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour l'instant le corps n'a pas été retrouvé, il y a eu des recherches de vie, pour être précis, le jour même par les pompiers spécialisés du Grimp, évidemment maintenant ça fait plusieurs dizaines d'heures et nous sommes très pessimistes quant à l'état de cette personne, et évidemment nous avons une pensée émue pour ses collègues, ses amis, ses proches et sa famille.

PHILIPPE CORBE
Il va y avoir des suites judiciaires. Vous parliez du RER, est-ce que ça pourrait avoir des conséquences aussi sur la reprise du trafic des RER, notamment du RER B, quand les gens rentreront de vacances dans quelques semaines ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, il faut comprendre effectivement que c'est un chantier du RER B et C, qui court jusqu'au 12 août, et qu'en dessous, il y a le tunnel TGV, donc la trajectoire, le trafic TGV n'est pas touché, il a d'ailleurs repris dès le lendemain sans problème particulier, mais le chantier se poursuit jusqu'au 12 août et nous espérons que d'ici là les choses se seront résorbées, et vous avez raison de dire qu'il y a deux enquêtes, plusieurs enquêtes, les enquêtes techniques, administratives et les enquêtes judiciaires, il y a une enquête judiciaire pour tirer au clair les éléments que nous aurons à connaître sur cette affaire.

PHILIPPE CORBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, la Commission européenne vient d'adopter un pacte vert, pour réduire en fait nos émissions de CO2 de façon massive d'ici 2030, il y a des questions sur la voiture, je vais y venir dans un instant, d'abord, il y a une taxation du kérosène, dès 2023, donc ça va coûter plus cher de prendre l'avion en Europe, c'est ça ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord il y a l'ambition de faire -55% d'émissions, par rapport à 1990, et c'est une ambition que la France soutient. On a un des points de vigilance, les points de vigilance sont sur le bâtiment, sur le transport routier par exemple…

PHILIPPE CORBE
Ça veut dire que ça pourrait coûter plus cher, s'il y a une taxation sur le transport routier, ça pourrait coûter plus cher justement, certains produits en supermarché ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
…Pour parler que des routiers, les routiers ont déjà subi une concurrence intra-européenne, il y a un dumping fiscal et social qui s'est installé en Europe, et donc nous avons déjà dû palier ces dysfonctionnements,, donc vigilance sur le bâtiment, sur le transport routier, vigilance sur les véhicules hybrides électriques, la France défendra une position que vous connaissez, j'y reviendrai dans un instant, et puis, d'une manière générale, sur le kérosène, sur la taxation du kérosène, nous sommes dans ce grand mouvement de décarbonation de l'aviation, j'étais hier pour lancer, ou en tout cas continuer de développer la filière des biocarburants, donc dans une grande stratégie de décarbonation, et la taxation du kérosène, ou l'incorporation de biocarburants, ne peut s'entendre, ou en tout cas ne peut être efficace qu'à une échelle pertinente qui est a minima celle de l'Europe, plus pertinente encore à l'échelle mondiale, et c'est la position que défend la France et continuera de défendre la France.

PHILIPPE CORBE
Donc, vous allez vous battre sur cette question du kérosène et aussi sur la question des véhicules, puisque là Bruxelles fixe une échéance à 2035 pour la fin des véhicules thermiques, la France voulait plutôt 2040, et alors ce qui est quand même surprenant c'est que, véhicules thermiques, mais y compris les véhicules hybrides, aujourd'hui la France subventionne, avec l'argent public, les véhicules hybrides, dont on va interdire la vente à partir de 2035, enfin ça n'a pas de sens !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous avez raison, donc du coup nous portons le soutien… enfin, dit différemment, pour comprendre de quoi on parle. Aujourd'hui les émissions des transports c'est 30% des émissions globales, les émissions des véhicules c'est 50% des émissions de transports, donc il faut agir très fort sur les véhicules individuels si on veut être au rendez-vous de nos engagements environnementaux.

PHILIPPE CORBE
Mais on nous dit les hybrides c'est une sorte de transition entre le thermique et l'électrique…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument.

PHILIPPE CORBE
Et donc c'est pour ça qu'on subventionne.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et c'est ce que nous défendons, et donc nous défendons, vis-à-vis de la Commission européenne, d'incorporer à la fois évidemment tout ce qui est proposé pour le véhicule électrique, et nous soutenons cette transition, extrêmement rapide, inédite dans l'histoire de la filière automobile, mais aussi l'inclusion des véhicules hybrides, des véhicules hybrides rechargeables, parce que nous considérons que c'est un gain, en émissions et en particules, tout de suite, et que nous avons besoin d'avoir des gains tout de suite et de les… dans le temps, de manière à être crédibles sur nos engagements environnementaux.

PHILIPPE CORBE
Donc il va falloir faire un maillage de bornes électriques, on en est loin.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est en cours. J'entends beaucoup de choses sur le sujet, mais on a déjà plus de 750.000 bornes partout en France, essentiellement chez les entreprises et chez les particuliers, quasiment 45.000 bornes ouvertes au public, les vrais sujets maintenant c'est les bornes sur les autoroutes, ça avance bien, on a la moitié des aires de service qui sont aujourd'hui couvertes, les routes nationales et les autoroutes ce sera complètement couvert fin d'année, on a maintenant un sujet à la fois de couvrir le territoire, le mailler de façon très fine, comme on a pu le faire par exemple avec la fibre, et donc ne pas être en retard sur ce sujet-là, et puis on a le sujet des copropriétés, qui est un sujet un peu plus compliqué, et là dans la loi, notamment la loi climat, on a passé différentes dispositions pour faciliter le raccordement des copropriétés, donc ça avance et nous serons au rendez-vous. Aujourd'hui, pour comparer, on a à peu près 10% de taux d'équipement du territoire français, et à peu près 8% du parc automobile électrifié, donc l'essentiel c'est de maintenir cette bonne corrélation entre l'équipement et le parc automobile.

PHILIPPE CORBE
Et puis un autre problème, un gros problème, il va falloir de l'alimentation électrique, ça veut dire plus de centrales nucléaires, plus d'éoliennes, des éoliennes partout.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour donner un chiffre, et vous avez raison de le dire, aujourd'hui on a effectivement un parc qui est essentiellement fossile, il va transiter à une vitesse très rapide vers le véhicule électrique, ça veut dire que, rien que pour les transports, quand on considère le véhicule électrique et les véhicules lourds à hydrogènes, les trains, les cars, les bus, les avions, on aura besoin en 2035 de quatre fois plus d'électricité et en 2050…

PHILIPPE CORBE
Quatre fois de centrales nucléaires, quatre fois plus d'éoliennes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En 2050 de 18 fois plus d'électricité, donc ça, ça veut dire…

PHILIPPE CORBE
Hou-là ! Donc 18 fois plus de centrales nucléaires, 18 fois d'éoliennes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça, ça veut dire… non, moi je ne crois pas au tout nucléaire, ou au tout éoliennes, je crois vraiment au mix énergétique, on va avoir besoin de beaucoup plus, effectivement, d'éoliennes, d'énergies marines renouvelables, de champs solaires, et on va avoir besoin d'un socle du nucléaire stable, solide, de nouveau nucléaire certainement…

PHILIPPE CORBE
Une nouvelle génération.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
De nouvelle génération, peut-être plus modulaire, parce qu'il n'y a pas de politique énergétique crédible, pour remplir nos objectifs environnementaux, sans un recours important au nucléaire…

PHILIPPE CORBE
Vous avez entendu ce qu'a dit le président de la République en Polynésie français, sur les éoliennes, il sent bien que pour toute une partie de la population française, et pas forcément des anti, je ne sais pas quoi, des anti-écolos, mais il y a un certain nombre de gens pour qui c'est une sorte d'agression, de pollution visuelle, qui ont l'impression que leur territoire est abîmé par les éoliennes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'autant qu'il faut donner les chiffres. Aujourd'hui on a à peu près 8000 éoliennes en France, j'ai dit qu'il fallait 18 fois plus d'électricité à horizon 2050 pour les transports seulement, ça, ça veut dire, à terme, avoir non pas 8000, mais 40.000 éoliennes terrestres, on a 46 projets…

PHILIPPE CORBE
Partout ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En offshore, il en faudrait 4000, et si on fait ça, ce petit calcul sur les champs solaires, donc les panneaux photovoltaïques, il nous faudrait 200.000 hectares de panneaux photovoltaïques, soit 20 fois la taille de Paris. Donc je veux vraiment qu'on comprenne aujourd'hui que la révolution électrique elle est en cours et qu'il nous faudra un mix, c'est-à-dire du nucléaire, en socle, de façon certainement importante, avec du nouveau nucléaire, plus modulaire, et puis évidemment davantage d'éoliennes, quand c'est possible et c'est acceptable, davantage d'énergies marines, davantage de biomasse, davantage de champs solaires, mais que ça se construise réellement, de façon apaisée, en regardant les données factuelles de la science, et de façon acceptable par les citoyens. On sait très bien, par exemple, que dans les Hauts-de-France, vous avez énormément d'éoliennes, il y a déjà une densité qui est tout à fait importante, dans d'autres territoires c'est moins le cas, et que même sur l'éolien offshore vous pouvez avoir des conflits d'usage, entre par exemple les pêcheurs et les énergéticiens, et donc il faut absolument le faire de façon apaisée, rationnelle, avec les ordres de grandeur que j'ai cités, qui sont considérables.

PHILIPPE CORBE
Mais on sait déjà que Xavier BERTRAND et Marine LE PEN, qui sont deux candidats à la présidence de la République qui pourraient affronter Emmanuel MACRON l'an prochain, tous les deux défendent par exemple une sorte de remise en cause de cette logique des éoliennes, en tout cas disent que c'est allé trop loin, et le président de la République, lui, va défendre les éoliennes en Polynésie ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Tous les deux instrumentalisent politiquement assez largement ce sujet, moi je l'ai dit, le sujet…

PHILIPPE CORBE
Là…des Français.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le sujet il est scientifique, donc soit on veut être crédible sur le plan scientifique et on se dit qu'on va avoir besoin de beaucoup plus d'énergie électrique, ça veut dire du nucléaire, ça veut dire des éoliennes, ça veut dire des énergies marines renouvelables, de la biomasse, etc., il faut le faire de façon acceptable pour le citoyen, et crédible sur le plan scientifique, et également en tenant compte du coût, je rappelle qu'aujourd'hui vous avez effectivement des éoliennes qui deviennent tout à fait compétitive sur le plan du coût, vous avez un nucléaire qui reste abondant, et pas cher en France…

PHILIPPE CORBE
Enfin, on risque quand même de payer l'électricité plus chère, elle est relativement peu chère en France par rapport à d'autres pays européens.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, elle est par exemple deux fois moins chère en France, l'électricité, quand on la compare en Allemagne, et le mix énergétique…

PHILIPPE CORBE
Elle va coûter plus cher maintenant.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Allemand est neuf fois plus carboné, donc le mix énergétique français c'est une chance pour la France, c'est une chance stratégique, géopolitique, c'est une chance pour la consommation des ménages, pour le prix de l'énergie, et il faut absolument préserver ça et moi je pense que l'énergie c'est le sujet de ces 30, 40 prochaines années, et il faut que la France soit au rendez-vous, à la fois de ses engagements environnementaux, et évidemment de la structuration de ces filières.

PHILIPPE CORBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, vous avez été pilote d'avion, vous allez participer à une première tout à l'heure, une première dans l'histoire de la République, un Conseil des ministres depuis les airs puisque vous…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
…de retour de Papeete.

PHILIPPE CORBE
Serez à l'Elysée, et le président de la République va présider le Conseil des ministres depuis l'avion présidentiel au-dessus du Pacifique. Est-ce qu'il faut y voir un symbole, on sait qu'il y a quelques mois on a vu que cette question du rapport à l'aérien, au rêve que ça peut procurer, avait été l'objet d'un combat politique, en tout cas d'une polémique politique, est-ce qu'il faut y voir un symbole ou c'est juste parce que c'est plus pratique de faire un Conseil des ministres depuis l'avion que depuis Papeete ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je crois que ce sont des contingences extraordinairement pratiques, il faut y voir aussi le symbole de l'avancée des technologies et notamment de la capacité de sécuriser un Conseil des ministres avec des liens satellitaires…

PHILIPPE CORBE
Ce n'est pas un peu gadget quand même ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ce n'est pas gadget, vous savez qu'aujourd'hui pouvoir communiquer partout dans le monde ça nous est permis par les satellites, qu'il y a une grande révolution aussi de ce point de vue-là, et puis le rêve de l'aviation…

PHILIPPE CORBE
Il aurait pu le faire depuis Papeete.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a aussi des contingences d'agenda, et le rêve de l'aviation, je crois que quand la maire de Poitiers a tenu ces paroles, moi j'ai vu la virulence qui a émergé, de la part notamment des jeunes générations, qui considèrent qu'un certain nombre de métiers, de secteurs, sont encore des secteurs d'excellence, de technologie, et de rêve, je crois que l'aviation, l'espace, avec Thomas PESQUET par exemple, le démontrent assez bien et c'est heureux.

PHILIPPE CORBE
Donc, premier Conseil des ministres tout à l'heure, présidé par le président de la République depuis l'avion au-dessus du Pacifique, vous serez vous à l'Elysée, sur la terre ferme.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument.

PHILIPPE CORBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, ministre des Transports, merci d'avoir été ce matin l'invité de BFM TV et RMC.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2021