Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à BFMTV/RMC le 27 juillet 2021, sur la loi sur la crise sanitaire, notamment concernant les salariés, le passe sanitaire et l'obligation vaccinale.

Texte intégral

PHILIPPE CORBE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

PHILIPPE CORBE
Ministre du Travail. On est très content que vous soyez là, parce qu'on n'a pas tout compris au vote de la loi sur la crise sanitaire, ou plutôt à ce que contient cette loi, notamment concernant les salariés, sur le pass sanitaire, l'obligation vaccinale. On avait compris dans le projet de loi initial, présenté par le Gouvernement, il y avait une disposition concernant le licenciement, par exemple d'un soignant qui refuserait de se faire vacciner, ou d'un serveur au restaurant qui n'aurait pas de pass sanitaire. Ça n'est plus dans la version votée par les parlementaires. Est-ce que, ou pas, on risque de se faire licencier si on refuse le pass sanitaire ou l'obligation vaccinale ?

ELISABETH BORNE
Peut-être, d'abord, pour redonner le cadre général, la loi qui a été votée dimanche, elle va permettre la mise en oeuvre des mesures qui avaient été annoncées par le président de la République, il y a d'abord des mesures qui concernent tous les Français, notamment l'obligation de pass sanitaire dès l'entrée en vigueur de la loi, donc début août, le pass sanitaire étendu aux restaurants, ou par exemple aux TGV, en plus de l'extension, depuis la semaine dernière, aux cinémas, aux parcs de loisirs ; donc ça, ce sont des mesures qui concernent tous les Français. Et effectivement, les salariés qui travaillent dans des établissements où les clients doivent avoir un pass sanitaire, au-delà du 30 août, ils devront également avoir un pass sanitaire, et puis, il y a par ailleurs une obligation de vaccination pour les salariés ou les professions qui sont en contact avec les personnes les plus vulnérables.

PHILIPPE CORBE
S'ils refusent, ils peuvent se faire licencier ou pas ?

ELISABETH BORNE
Enfin, moi, je voudrais dire que depuis le départ, l'objectif, c'est d'abord de convaincre les salariés, et de leur faciliter la vaccination, c'est pour ça qu'on a prévu dans la loi une autorisation d'absence pour permettre au salarié de se faire vacciner sur son temps de travail, sans perte de rémunération, qu'on prévoit aussi, si le salarié ne peut pas produire un pass sanitaire valide, qu'il y ait un entretien avec l'employeur pour voir comment il peut répondre à son obligation, qu'il peut prendre des RTT…

PHILIPPE CORBE
Des jours de congés…

ELISABETH BORNE
Qu'il peut prendre des jours de congés, et qui peut aussi voir avec l'employeur s'il peut être repositionné sur un poste qui ne nécessite pas de pass sanitaire. Ensuite, toujours pour éviter les sanctions disciplinaires, on a introduit une procédure de suspension du contrat de travail si le salarié ne peut toujours pas produire un pass sanitaire valide, ce qui lui permet… enfin, cette suspension…

PHILIPPE CORBE
Donc, suspension du salaire aussi ?

ELISABETH BORNE
Donc suspension du salaire. Cette suspension, elle peut être levée dès que le salarié produit un pass sanitaire. Comme il n'y a pas de salaire, on voit bien que cette disposition ne peut pas durer non plus indéfiniment, et on avait souhaité dans la loi encadrer la façon dont on pourra, le cas échéant, avoir recours au licenciement, en disant notamment que ce licenciement ne pouvait pas intervenir avant deux mois, et puis, qu'il s'accompagnait d'indemnités pour le salarié. Le Sénat a supprimé cette disposition, je crois qu'il faut être clair, ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir de licenciement, ça veut dire qu'il est moins encadré, peut-être qu'il pourra intervenir plus tôt, en tout cas, moi, je suis convaincue…

PHILIPPE CORBE
Tout de suite, c'est-à-dire, sans le délai de deux mois, on peut être licencié très rapidement ?

ELISABETH BORNE
On est dans le droit commun du code du travail, en tout cas, moi, je suis convaincue que l'écrasante majorité des salariés vont se faire vacciner, et que ça sera exceptionnel. Si la situation sanitaire le nécessite et qu'on doit prolonger ces dispositions, alors, il faudra qu'on revienne vers le Parlement pour bien encadrer la procédure, le cas échéant, de licenciement.

PHILIPPE CORBE
Vous voulez dire que ce qu'ont souhaité changer… les changements souhaités par notamment les sénateurs des Républicains, ça a été voté ensuite par les parlementaires de la majorité en commission mixte paritaire au Parlement, ce souhait, c'est un recul pour les salariés ?

ELISABETH BORNE
Ce que je veux dire, c'est que, il ne faut pas laisser croire aux salariés qu'il ne peut pas y avoir de licenciement, on est dans le droit commun du code du travail, c'était important d'avoir un accord entre l'Assemblée et le Sénat pour que la loi entre en vigueur le plus rapidement possible, vous avez vu que la reprise de l'épidémie, elle est fulgurante, donc c'est très important…

PHILIPPE CORBE
Il y avait une urgence…

ELISABETH BORNE
Très important qu'il y ait un accord, maintenant, la procédure n'est pas encadrée, je vous dis, ça sera… de toute façon, ma conviction, c'est que, enfin, l'essentiel des Français veut se faire vacciner, ça sera le cas aussi des salariés, il y a d'autres dispositions pour trouver d'autres chemins pour le salarié qui ne peut pas encore produire un pass sanitaire valide. Mais si ça doit se prolonger, il faudra qu'on revienne vers le Parlement pour bien encadrer cette procédure.

PHILIPPE CORBE
Mais vous n'avez pas corrigé cette loi maintenant avec des décrets d'application par exemple ?

ELISABETH BORNE
Enfin, c'est le niveau législatif, il y a des dispositions générales du code du travail, et si on doit redonner une procédure bien encadrée, protectrice pour le salarié, comme pour l'employeur, il faudra qu'on revienne vers le Parlement.

PHILIPPE CORBE
Si un salarié est licencié, rapidement, il peut aller devant les Prud'hommes, est-ce que les Prud'hommes vont lui donner raison ? Est-ce que la jurisprudence prévoit déjà le licenciement en cas de non-respect de l'obligation vaccinale ?

ELISABETH BORNE
Il y a déjà une jurisprudence sur le licenciement en cas de non-respect de l'obligation vaccinale.

PHILIPPE CORBE
Vous craignez que des employeurs profitent de cette situation pour licencier pour faute grave, d'ailleurs, sans indemnités, des salariés ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, si ça devait être le cas, là, pour le coup, je pense que les Prud'hommes leur donneront tort, donc voilà, c'est important, mais je le redis, l'objectif, et c'est toutes les dispositions du projet de loi, c'est de permettre de trouver d'autres voies, de permettre aux salariés d'avoir le temps, évidemment avec suspension de son contrat de travail, pour trouver un chemin pour avoir un pass sanitaire valide, ça peut être aussi de faire des tests négatifs, il peut aussi avoir un pass en ayant un test négatif. Mais en tout cas, je vous dis vraiment, tout est fait, et y compris cette autorisation d'absence, pour que le salarié puisse aller se faire vacciner.

PHILIPPE CORBE
On va passer à autre chose, mais l'argument des sénateurs de droite, par exemple, Philippe BAS, sénateur Les Républicains, disait : le Covid est temporaire, les licenciements sont définitifs, au fond, il pensait que ça allait trop loin symboliquement d'aller jusqu'au licenciement. C'est pour ça qu'ils ont enlevé ça du texte.

ELISABETH BORNE
Je redis le code du travail, il prévoit déjà des procédures. Donc je ne sais pas ce que les sénateurs ont pensé faire, en tout cas…

PHILIPPE CORBE
Ils se sont trompés selon vous ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut être clair sur le fait qu'il y a des procédures de licenciement qui sont possibles, mais je le redis là aussi, je suis convaincue que les salariés, ils vont massivement vouloir se faire vacciner, on fera tout pour leur faciliter la vaccination, vous avez entendu que le Premier ministre avait annoncé qu'on allait ouvrir cinq millions de rendez-vous supplémentaires, et vraiment, tout est fait pour faciliter la vaccination.

PHILIPPE CORBE
Donc concrètement, vous le disiez tout à l'heure, ça s'applique à partir du 30 août pour les salariés…

ELISABETH BORNE
Au-delà du 30 août, les salariés qui travaillent dans un établissement dans lequel les clients doivent produire un pass sanitaire, les salariés devront aussi produire un pass sanitaire.

PHILIPPE CORBE
Et ça concerne, pour les soignants, vous l'avez dit, non pas seulement les médecins, infirmiers, aides-soignants, mais aussi les personnels qui travaillent dans des établissements de soins, y compris le personnel administratif, par exemple ?

ELISABETH BORNE
Alors, ça concerne effectivement tous les personnels des établissements de soins, pour les personnels administratifs, le cas échéant, ils pourront aussi convenir avec leur employeur d'être en télétravail à 100 %.

PHILIPPE CORBE
Parce que du coup, il y a certains, dans le débat parlementaire, qui ont soulevé une forme d'incohérence, c'est-à-dire que vous avez, par exemple, quelqu'un qui travaille au service comptabilité d'une maternité, qui doit avoir l'obligation vaccinale, en revanche, par exemple, des policiers qui sont au contact tous les jours de la population, eux, n'ont pas d'obligation vaccinale. Est-ce qu'il n'y a pas des incohérences dans ce filtre de l'obligation vaccinale ?

ELISABETH BORNE
Enfin, ce qu'on veut, c'est vraiment protéger les personnes vulnérables face à ce virus ; un établissement, c'est un collectif de travail, où les gens vont se croiser, l'objectif, c'est que le virus ne rentre pas dans l'établissement. Mais par exemple, si vous êtes sur des fonctions administratives, vous pouvez aussi convenir avec votre employeur de vous mettre à 100 % en télétravail.

PHILIPPE CORBE
Mais quand même, parce qu'on prend un peu de recul, ça fait presque 18 mois qu'on est là-dedans, tous ces gens dont on disait au début 2020 qu'ils étaient essentiels, on les applaudissait tous les soirs aux fenêtres, et là, moins d'un an et demi après, certains risquent d'être licenciés ou de ne plus être payés, parce qu'ils refusent, à tort ou à raison, la vaccination. Il y a quand même un… il s'est passé moins d'un an et demi, et on est passé des applaudissements à…

ELISABETH BORNE
Enfin, moi, je voudrais rendre à nouveau hommage aux soignants qui font un boulot formidable. Vous savez, moi, j'ai été hospitalisée, et j'ai vu à quel point ces soignants, ils sont parfois épuisés parce que ça fait des mois qu'ils sont sur le pont. Donc je pense qu'il faut à nouveau leur rendre hommage. Aujourd'hui, on veut absolument prévenir une nouvelle croissance des hospitalisations, des personnes, des admissions en réanimation et on a une arme qui est le vaccin. Donc il faut vraiment que l'on puisse, que tout le monde puisse s'en saisir, pour éviter de devoir reprendre des mesures de fermeture de certaines activités, je pense que les Français n'en peuvent plus, et tous ceux qui sont vaccinés ne le comprendraient pas, qu'on revienne à nouveau à des restrictions sanitaires pour tout le monde. Et c'est important que les gens puissent se faire vacciner, on fera tout pour leur faciliter la vaccination.

PHILIPPE CORBE
Elisabeth BORNE, on n'a pas tout compris non plus sur le Pass sanitaire. On va prendre l'exemple d'un restaurant. Il y a un contrôle de police, un client n'a pas de Pass sanitaire, qui est responsable ? Le client ou l'employeur ?

ELISABETH BORNE
Ce qu'on demande au responsable de l'établissement, c'est de s'assurer que ses clients, et en l'occurrence ses salariés, ont bien un Pass sanitaire valide.

PHILIPPE CORBE
Donc c'est l'employeur qui est responsable.

ELISABETH BORNE
C'est l'employeur qui est responsable. La police contrôle que l'employeur a fait les contrôles.

PHILIPPE CORBE
D'accord. On prend le même restaurant, même contrôle de police, les clients n'ont pas le Pass sanitaire. Là, est-ce que c'est le client qui est responsable ou le restaurateur ?

ELISABETH BORNE
Non non, je vous dis, enfin, vous savez, comme depuis ces derniers mois, pour pouvoir avoir des activités ouvertes, notamment des restaurants, on applique des protocoles sanitaires. Et depuis ces derniers mois, c'est bien le responsable de l'établissement qui est responsable d'appliquer le protocole sanitaire. Là, c'est pareil, il est responsable de contrôler que les clients ont un Pass sanitaire, et la police pourra contrôler qu'il a bien fait ces contrôles.

PHILIPPE CORBE
Donc, après le 30 août, un employeur doit, par exemple, s'il a un de ses salariés qui refuse par principe le Pass sanitaire, il doit le suspendre immédiatement, il n'y a pas une semaine ou 15 jours de tolérance.

ELISABETH BORNE
Il peut lui proposer de poser des congés, des RTT…

PHILIPPE CORBE
D'accord.

ELISABETH BORNE
Et puis moi, j'invite aussi l'employeur à discuter avec son salarié, à faire tout pour le convaincre d'aller se faire vacciner.

PHILIPPE CORBE
Mais dès le 30 août, enfin dès le 1er septembre, s'il y a un serveur qui n'a pas de Pass sanitaire, et qui travaille, ce jour-là on reprochera à l'employeur de ne pas l'avoir suspendu immédiatement.

ELISABETH BORNE
Le principe, c'est vraiment qu'on veut maintenir ouverts les restaurants, par exemple, et que pour pouvoir les maintenir ouverts, il faut que tous ceux qui y sont, aient un Pass sanitaire, c'est-à-dire ne soient pas suspects d'être contaminés par le virus. Et donc c'est bien grâce à ça qu'on va pouvoir continuer à maintenir ces activités.

PHILIPPE CORBE
Certains restaurateurs disent : moi, par exemple, je vais devoir affecter un salarié qui fera le contrôle à l'entrée, et donc ça va me prendre du temps. Est-ce qu'il va y avoir des aides, par exemple, pour ces restaurateurs, pour qu'ils puissent mettre en place ces Pass sanitaire ? Je pense à des gros établissements notamment.

ELISABETH BORNE
Enfin, moi je comprends qu'il y a beaucoup d'inquiétudes, il faut, pour le coup, on a dit qu'il y avait une période de rodage, une semaine pendant laquelle chacun pourra voir comment il peut s'organiser. Enfin, contrôler le Pass sanitaire au moment où vous donnez la carte à vos clients, je pense que ça n'est pas très compliqué. Vous savez, moi j'ai été au cinéma ce week-end, dans lequel on m'a contrôlé mon Pass sanitaire, ça prend quelques secondes.

PHILIPPE CORBE
Oui, mais on contrôle les tickets, déjà au cinéma, il y a quelqu'un qui est déjà chargé de contrôler les tickets.

ELISABETH BORNE
A l'entrée du cinéma, on ne contrôle pas les tickets, à l'entrée du cinéma lui-même et non pas de la salle, on ne contrôle pas les tickets, donc je pense qu'il faut que chacun se rode sur cette disposition, puisse voir que c'est assez simple, et donc je n'ai pas de doute que on va s'y mettre.

PHILIPPE CORBE
Le Conseil constitutionnel doit rendre son avis le 5 août, ça veut dire que ça pourrait être appliqué dès le 6 août, dès la fin de la semaine prochaine ?

ELISABETH BORNE
Oui, il y a un certain nombre de dispositions qui nécessitent un décret du Premier ministre, donc ça sera dans la foulée.

PHILIPPE CORBE
D'accord. Certains parlementaires, c'est peut-être un non-dit de cette discussion parlementaire, certains parlementaires de gauche, mais aussi quelques-uns de droite, disent : tout ça, ça va ressembler à une usine à gaz, ça va être compliqué notamment pour les employeurs. Est-ce qu'on n'aurait pas dû aller jusqu'à l'obligation vaccinale de tous les adultes, par exemple ? Est-ce que ce n'est pas ça au fond qui pourrait se passer dans quelques semaines ou dans quelques mois ?

ELISABETH BORNE
Alors, dans l'immédiat, vous savez, l'obligation vaccinale on voit bien qu'on ne va pas vacciner tous les Français qui ne le sont pas encore, en même temps, donc je pense que c'était important de privilégier la vaccination de ceux qui sont en contact avec les personnes vulnérables, et de s'assurer que les établissements qu'on veut maintenir ouverts, malgré une reprise très rapide de l'épidémie, je pense qu'il faut quand même que chacun ait les chiffres en tête, on était à 5 000 nouveaux cas par jour mi-juillet, on est à près de 20 000 aujourd'hui. Et puis, on a des territoires dans lesquels le taux d'incidence ressemble à ce qu'on a eu il y a quelques mois, avant de devoir prendre des mesures très restrictives.

PHILIPPE CORBE
Et on pourrait aller jusqu'à l'obligation vaccinale, dans quelques mois ?

ELISABETH BORNE
Le président de la République a évoqué cette hypothèse, enfin je pense que dans l'immédiat, ce qui est important, c'est que tous ceux qui sont en contact avec des personnes vulnérables, puissent se vacciner au plus vite, et que tous ceux qui travaillent dans des établissements soumis à Pass sanitaire puissent eux-mêmes être en situation de produire un Pass sanitaire valide.

PHILIPPE CORBE
Et si la situation sanitaire est très compliquée à la rentrée, est-ce que ce Pass sanitaire pourrait être demandé par exemple pour des restaurants d'entreprise, c'est-à-dire être à l'intérieur du fonctionnement des entreprises ?

ELISABETH BORNE
On est dans une logique où c'est dans les établissements recevant du public, donc les parcs de loisirs, les cinémas, les restaurants, qu'on nous demande ce Pass sanitaire. Pour l'instant, dans les entreprises, il y a un protocole en entreprise qui continue à s'appliquer, je précise par exemple que le port du masque reste obligatoire quand vous êtes dans des espaces de travail partagés.

PHILIPPE CORBE
Et vous pourriez par exemple élargir le télétravail si la situation sanitaire était difficile à la rentrée ? Revenir à ce que l'on a connu au printemps, par exemple ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ce qui est important, c'est d'envoyer des messages clairs aux Français. Là on veut tirer pleinement parti de la nouvelle arme qu'est le vaccin, pour devoir éviter de prendre des mesures très restrictives pour l'ensemble des Français, y compris ceux qui se sont fait vacciner. Ensuite, le télétravail ça reste une bonne mesure pour limiter la diffusion du virus. Je rappelle que, aujourd'hui, on continue à recommander le télétravail, on a dans le protocole en entreprises, toujours l'idée qu'il faut que l'employeur dans le dialogue avec les représentants des salariés, fixe un nombre minimal de jours de télétravail. Donc ça, ça reste valable aujourd'hui, et il faut effectivement continuer à appliquer ce protocole dans les entreprises.

PHILIPPE CORBE
Elisabeth BORNE, dans ce contexte sanitaire qui va être compliqué, comme vous le disiez à la rentrée, est-ce que l'application de la réforme de l'assurance chômage pourrait être repoussée, ou est-ce que ce sera au 1er octobre, quoi qu'il arrive ?

ELISABETH BORNE
Alors, le président de la République a bien dit qu'on allait se mettre en situation d'appliquer toute la réforme de l'assurance chômage, à partir du 1er octobre. Vous savez qu'il y a un certain nombre de dispositions qui s'appliquent déjà depuis le 1er juillet, par exemple le bonus-malus pour les entreprises qui recourent de façon excessive aux contrats courts, et on va donc revenir vers le Conseil d'Etat pour compléter cette réforme, avec le mode de calcul, nouveau mode de calcul de l'allocation chômage. Je crois qu'il faut voir que la reprise économique elle est très dynamique, on bat tous les records sur les embauches…

PHILIPPE CORBE
Parce que le Conseil d'Etat avait dit qu'en raison de la situation économique, tout ne pouvait pas s'appliquer au 1er juillet.

ELISABETH BORNE
Le Conseil d'Etat avait des interrogations sur la situation économique, je pense qu'on peut le rassurer. Vous savez, on a battu, on a eu 840 000 embauches au mois de juin, c'est un record absolu depuis 15 ans, 400 000 embauches en CDI. Tous les indicateurs sont au vert, et les mesures dont on parlait, c'est précisément pour éviter de casser cette dynamique de reprise économique, cette très bonne dynamique sur le marché du travail, qui se traduit aussi par des tensions auxquelles on essaie de répondre, des entreprises qui n'arrivent pas à recruter, donc on pourra revenir vers le Conseil d'Etat pour une mise en oeuvre au 1er octobre.

PHILIPPE CORBE
C'est un peu passé au second plan, puisque le président de la République avait annoncé ce soir-là le Pass sanitaire, mais lors de son allocution, il a aussi parlé d'un Revenu d'engagement pour les jeunes, c'est un nouveau dispositif que vous allez piloter. Est-ce que, parce que certains disent : mais au fond ça ressemble à une sorte de RSA jeunes. Ce n'est pas ça.

ELISABETH BORNE
D'abord, le président de la République, il a voulu dire à nouveau que notre priorité absolue, c'est la jeunesse, on demande beaucoup de sacrifices aux jeunes depuis le début de la crise, et c'est pour ça qu'on a depuis un an mis en oeuvre un plan « 1 jeune, 1 solution », pour permettre aux jeunes de trouver un emploi, une formation, un apprentissage ou un accompagnement…

PHILIPPE CORBE
Mais là…

ELISABETH BORNE
Le président de la République nous demande…

PHILIPPE CORBE
C'est les jeunes sans emploi, sans formation…

ELISABETH BORNE
Voilà, c'est pour les jeunes qui sont ni en emploi ni en formation, qui sont dans des jobs précaires, qu'ils aient droit à un accompagnement et dès lors qu'ils s'engagent dans cet accompagnement, alors, ils auront droit à une allocation jusqu'à 500 euros par mois. L'objectif, il est simple, que, aucun jeune ne soit empêché d'entrer en formation, dans un parcours vers l'emploi, parce qu'il a des difficultés financières.

PHILIPPE CORBE
Est-ce que vous allez élargir ces critères pour accéder à ce revenu d'engagement jeune ?

ELISABETH BORNE
On veut que chaque jeune qui n'est ni en emploi ni en formation ou qui est dans un job précaire, ait droit à un accompagnement vers l'emploi, ça veut dire par exemple des immersions en entreprise, ça veut dire accéder à des formations, et dès lors qu'il s'engage dans ce parcours, il a le droit à une allocation jusqu'à 500 euros par mois.

PHILIPPE CORBE
Est-ce qu'un jeune qui serait tout seul pour se débrouiller aurait le même montant qu'un jeune qui, par exemple, vit toujours chez ses parents ?

ELISABETH BORNE
En fait, on a des règles sur les ressources des parents, quand on est rattaché au foyer fiscal de ses parents, mais je vous dis le principe, il est vraiment qu'on veut accompagner chaque jeune, que le nombre de jeunes qui sont en France ni en emploi ni en formation ou dans des jobs précaires est beaucoup trop important, et que c'est vraiment quelque chose qu'il faut qu'on puisse… enfin, qu'il faut qu'on arrive à apporter une réponse à chaque jeune pour qu'il puisse accéder à l'autonomie, qu'il puisse accéder à un emploi durable.

PHILIPPE CORBE
Elisabeth BORNE, on a compris que la réforme des retraites ne se ferait pas avant la fin du mandat présidentiel ?

ELISABETH BORNE
Alors le président de la République nous a demandé d'engager des concertations à la rentrée, parce que vous savez, les problèmes qui existaient avant la crise sont toujours les mêmes, on a besoin d'un système plus lisible, sortir des 42 régimes avec forcément des injustices, on a besoin de s'assurer que chaque Français qui a travaillé, qui a une carrière complète, a une pension décente, et on sait qu'on devra travailler plus longtemps…

PHILIPPE CORBE
Mais ça n'aura pas lieu, là, avant mai prochain ?

ELISABETH BORNE
On va engager des concertations à la rentrée, on est en train de regarder avec le Premier ministre comment on va organiser ces concertations, en même temps, le président de la République a dit qu'il n'engagera cette réforme que dès lors que la situation sanitaire sera maîtrisée.

PHILIPPE CORBE
Donc probablement pas avant cet hiver, et cet hiver…

ELISABETH BORNE
On verra comment se passera la rentrée…

PHILIPPE CORBE
D'accord. Merci Elisabeth BORNE, ministre du Travail, d'être venue répondre à nos questions ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2021