Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à Sud Radio le 9 juillet 2021, sur le bilan de l'édition 2021 du Service National Universel dont l’objectif serait de faire de "bons citoyens" et le vote des jeunes.

Texte intégral

PHILIPPE DAVID
Sarah EL HAIRY, bonjour.

SARAH EL HAIRY
Bonjour.

PHILIPPE DAVID
Tout d'abord l'édition 2021 du fameux Service National Universel s'est achevée ces jours-ci, 18.000 jeunes entre 15 et 17 ans ont pu en profiter, c'est ce que vous attendiez en termes de participation, au départ on avait plutôt parlé de 25.000 ?

SARAH EL HAIRY
C'était au-delà, c'est vrai, et en réalité on s'est adaptés pour permettre à tous les jeunes d'être accueillis dans les meilleures conditions sanitaires et donc nous avons baissé la jauge, mais, vous savez, il y avait eu plus de 30.000 jeunes qui se sont inscrits et qui souhaitaient le faire, et je crois que cette dynamique c'est ce qui donne le signal de cette envie de s'engager.

PHILIPPE DAVID
Alors justement, on parle du SNU, mais on ne sait pas vraiment ce que c'est quoi, c'est plutôt colonie de vacances ou plutôt service militaire ?

SARAH EL HAIRY
Eh bien moi j'ai l'habitude de dire que le Service National Universel c'est le meilleur de la colonie de vacances, le meilleur du Service National Universel, et même le meilleur de l'école, pour une raison toute simple, c'est 15 jours de séjour de cohésion où on fait ensemble, on dort ensemble, on mange ensemble, on lève du drapeau ensemble tous les matins, 15 jours où on donne, on s'engage, dans une association, sur son propre territoire, et puis, le plus important, la troisième étape, où on s'engage à long terme au sein des réserves des armées, de la gendarmerie, de la police, ou encore des associations comme la SPA ou les Restos du Coeur.

PHILIPPE DAVID
Alors justement, quel bilan tirez-vous de ce SNU, quels enseignements ?

SARAH EL HAIRY
Je vais vous raconter une histoire, peut-être, juste parce qu'il y a deux, trois témoignages, moi, qui m'ont touchée. Il y a une jeune fille, j'étais dans le Rhône en déplacement, à Saint-Martin-en-Haut, elle nous a raconté qu'elle n'avait jamais quitté son papy, elle vit dans une zone montagneuse, elle n'a jamais été dans un temps collectif aussi important. Ou encore, des rencontres d'un garçon qui là, qui a rencontré cette jeune fille, et qui ne pouvait pas imaginer, elle, sa vie à quoi elle ressemblait, qui venait de Lyon. Au-delà de ces rencontres, presque impromptues, eh bien des jeunes se sont regardés comme ils étaient, en situation de handicap ou pas, il y avait des jeunes qui sont encore, dans notre pays, en situation d'illettrisme, d'autisme, et sur lesquels le regard ne peut changer qu'en quand on partage du temps. Au-delà de ça, l'uniforme permet de l'unité, de la cohésion, des jeunes ont fait pour la première fois quelque chose jusqu'au bout. Eh bien je peux vous dire que si je devais résumer en quelques mots ce bilan, c'est une jeune fille qui nous a dit ça dans le Nord, en deux semaines elle a grandi de deux ans, et ce sont ses mots, ce n'est pas les miens.

PHILIPPE DAVID
On va revenir sur le SNU, vous avez parlé de l'uniforme, vous dites que ça fait de l'union, il faudrait le rétablir à l'école ?

SARAH EL HAIRY
Ecoutez, à titre personnel moi je pense que, pourquoi pas, quand les parents et l'établissement est favorable, moi je trouve que l'uniforme permet une certaine énergie, un sentiment d'appartenance à un collectif, le plus important c'est évidemment d'embarquer une volonté de le porter. Ces jeunes, au SNU, sont volontaires, et, vous savez quoi, ils portaient leur uniforme avec fierté, et d'ailleurs c'est une des premières questions qu'on me pose, « est-ce qu'on a le droit de le garder ? », la réponse est oui. Par contre ils m'ont fait une promesse…

PHILIPPE DAVID
Ah, laquelle ?

SARAH EL HAIRY
Eh bien, je leur ai demandé de continuer à le faire vivre cet uniforme, c'est comme un drapeau, alors je les ai invités à sortir dans leurs communes pendant nos cérémonies, l'Appel du 18 juin, le 11 novembre, et de porter ce magnifique uniforme qui porte la couleur de notre pays, et, d'une certaine manière, eh bien de continuer à transmettre et d'être à la hauteur de ces couleurs.

PHILIPPE DAVID
Vous faites un très beau portrait du SNU, c'est tellement beau, il ne faudrait pas le rendre obligatoire pour tous les jeunes, comme l'était le service militaire à l'époque, même si c'était que pour les garçons ?

SARAH EL HAIRY
Ce Service National Universel il a vocation à être évidemment généralisé et toucher toute une classe d'âge, 800.000 jeunes, c'est l'esprit, aujourd'hui je suis passée de la version XS, 13 départements, à une version XXL en un an, une année un peu particulière, tous les départements de France, les étapes arrivent, il faut continuer à accueillir plus de monde pour le consolider avant de le présenter aux Assemblées bien sûr.

PHILIPPE DAVID
Est-ce que l'objectif c'est de faire de bons citoyens, et c'est quoi un bon citoyen ?

SARAH EL HAIRY
Un bon citoyen, un citoyen, c'est d'abord et avant tout un jeune qui a conscience, qui connaît ses institutions, qui participe à la vie démocratique, qui a une vision plus large de notre pays. Ça veut dire quoi concrètement ? Ça veut dire que, pour moi, un jeune qui vient d'Aurillac et qui n'a jamais rencontré un jeune qui vit à Paris, qui vit en Seine-Saint-Denis. Un jeune qui est en lycée général et qui n'a jamais vu de sa vie un jeune en situation de handicap ou un jeune décrocheur, eh bien il a une vision partielle des forces et des faiblesses de notre pays, et le plus important c'est juste qu'il le sache, qu'il le voit, qu'il porte un regard complet et humain, un bon citoyen c'est simplement un citoyen qui s'engage et qui trouve son chemin.

PHILIPPE DAVID
Justement, Sarah EL HAIRY, vous avez dit « qui participe à la vie démocratique », quand vous voyez que 82 % des jeunes de 18 à 35 ans ne se sont pas rendus aux urnes il y a quelques semaines, qu'est-ce que ça vous inspire, et qu'est-ce que vous voudriez leur dire, vous en tant que secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse et de l'Engagement, parce que voter c'est s'engager aussi ?

SARAH EL HAIRY
Voter c'est s'engager, voter, évidemment on peut dire que c'est un droit, mais pour moi c'est un devoir, c'est une responsabilité collective que de s'exprimer. Moi ce que j'ai envie de leur dire c'est, je ne fais pas partie du camp des défaitistes, rien n'est foutu, perdu, pas du tout, par contre il faut une sorte de prise de conscience générale, une sorte de sursaut. Quand 9 jeunes sur 10 ne se déplacent pas, alors, d'une certaine manière, ils laissent les autres décider pour eux, construire le pays dans lequel ils veulent vivre sans prendre la moindre part de décisions. Ce que je leur dis c'est, engagez-vous, déplacez- vous. Alors, il y a plusieurs raisons, pour une abstention aussi forte, par exemple aux Européennes il y a eu un vote plus important encore des jeunes, ça veut dire qu'ils ont soif de cette vie politique, de cet engagement, maintenant c'est la question du vote, et en particulier des élections intermédiaires, qui aujourd'hui pose un vrai débat démocratique.

PHILIPPE DAVID
Sarah EL HAIRY, les gens de ma génération, quand on avait 18 ans, on était tellement heureux d'avoir une carte d'électeur qu'on se ruait à la première élection, fusse une cantonale partielle, comment expliquez-vous que la jeune génération, vous la connaissez bien, ne veuille pas aller aux urnes, parce qu'il y a quand même une raison, il n'y a pas une part de responsabilité des politiques ?

SARAH EL HAIRY
Bien sûr que si. Moi, vous savez, je ne jette jamais l'opprobre sur personne sans se regarder, la responsabilité elle est générale, pour plusieurs raisons. La première, il faut une modernisation des moyens de vote, des outils de vote, moi je crois, et ma famille politique l'a toujours porté…

PHILIPPE DAVID
Ça aurait été bien de mettre la proportionnelle pour que tout le monde soit représenté ?

SARAH EL HAIRY
Ecoutez, il y a plusieurs sujets, il y a la question évidemment des modalités comme la proportionnelle, mais pas que, ce n'est pas suffisant, il y a aussi le vote électronique, le vote par anticipation, ou par correspondance, et même on peut aller même plus loin. Aujourd'hui - ça c'est sur la forme, la modernisation - de l'autre côté le pire c'est quand un jeune vous dit, quand vous discutez avec lui, « ça ne sert à rien, ça ne sert à rien de voter », lui il faut un parcours en réalité, il faut que chaque vote compte, qu'il prenne pleinement conscience des compétences de chaque élection. Comment vous voulez expliquer à un jeune de 18 ans, s'il ne l'a pas appris à l'école, s'il ne l'a pas vécu, que quand tu votes au premier tour d'une élection départementale, eh bien il n'y a plus que deux personnes qui arrivent à la fin, quand tu votes à une élection régionale, le même jour, eh bien finalement, au deuxième tour, tu as quatre personnes, ce n'est pas si simple. C'est pour ça que, par exemple, pendant le Service National Universel, eh bien nous vivons les institutions, ça veut dire qu'on fait des simulations, d'assemblées, des simulations d'élection, qui permettent aux jeunes de vivre la démocratie.

PHILIPPE DAVID
Sarah EL HAIRY, pour remotiver les jeunes à aller aux urnes vous organisez à partir de lundi et mardi une consultation avec les mouvements politiques jeunes, vous allez tous les recevoir, y compris les jeunes du Rassemblement national ?

SARAH EL HAIRY
Oui Monsieur, bien sûr, aujourd'hui il faut permettre à l'ensemble des jeunes, qui font vivre des mouvements politiques, eh bien de débattre à l'image de ce qu'ont pu faire, par exemple je pense au Premier ministre pendant les grands moments de consultation des maires, ou la consultation sur le calendrier électoral, j'inviterai l'ensemble des forces, jeunes, politiques, pour aller chercher une chose, quelles sont les voies et moyens pour augmenter la participation des jeunes. Le débat ne sera ni sur, quelle politique jeunesse pour notre pays, ni sur, il faut telle mesure ou telle autre, une seule question à poser : comment combattre l'abstention chez les plus jeunes ?

PHILIPPE DAVID
Donc vous recevrez tout le monde, de la France insoumise au Rassemblement national, et même peut-être au-delà ?

SARAH EL HAIRY
Je recevrai plusieurs mouvements, plusieurs partis politiques, dont la France insoumise, dont le Rassemblement national, dont Les jeunes avec MACRON, dont les Jeunes démocrates, dont les jeunes LR, dont les jeunes socialistes. Vous savez, ces jeunes-là, quels que soient leurs idéaux, aujourd'hui ma responsabilité c'est d'aller chercher les mesures, les moyens, pour que chacun puisse s'exprimer, et au-delà de ces jeunes des mouvements politiques, je recevrai également des jeunes des organisations syndicales également, et des associations, comme le Parlement européen, ou des jeunes qui s'engagent pour plus de démocratie.

PHILIPPE DAVID
Etre jeune ça ne sert pas qu'à voter, on peut aussi aller en discothèque, les discothèques rouvrent ce soir, est-ce que vous pensez qu'il faudrait vacciner massivement les jeunes pour que, il y a 75 % des discothèques qui devraient rouvrir, qui ne rouvrent pas, est-ce qu'il faudrait vacciner massivement les jeunes ?

SARAH EL HAIRY
Evidemment que les jeunes aujourd'hui je les appelle, et même plus personnellement, je les appelle à y aller, à faire confiance à cette vaccination, c'est notre plus grande arme pour garder, pour retrouver une vie normale, la plus normale possible. Plusieurs raisons à ça. Moi je comprends, ils ont fait des efforts pendant 16 mois, là on leur demande un effort complémentaire, un effort supplémentaire, on sait qu'ils ont eu les cas de Covid les moins lourds, aujourd'hui attention, la situation se durcit, on a une reprise épidémique, on voit que les taux d'incidence chez les 18-34 ans sont les plus importants, donc une seule demande, un seul appel à la confiance, allez vous faire vacciner, pour plusieurs raisons, pouvoir ressortir bien sûr, garder un été comme on l'espère, et surtout une rentrée la plus normale, je sais qu'un certain nombre d'étudiants ont envie de retrouver les bancs de la fac, allez, dernier effort collectif, c'est une dernière mêlée, et on emportera la victoire contre ce virus.

PHILIPPE DAVID
Cette quatrième vague dont on parle, les jeunes ont une part de responsabilité, comme c'est les plus contaminés par le variant Delta a priori, et qu'ils sont les moins vaccinés de la population ?

SARAH EL HAIRY
Je n'irai jamais chercher la responsabilité chez les uns ou chez les autres, jamais, pour une raison toute simple, ces jeunes dont vous parlez c'est aussi ceux qui sont restés chez eux pendant toute la durée du confinement, qui ont aidé les parents et les grands-parents, et qui finalement ont été d'une résilience, qui aujourd'hui, eh bien moi, moi je les appelle plutôt à dire voilà, si vous voulez aller aux festivals, si vous voulez aller dans les concerts, si on a vraiment envie de continuer à voyager et de prendre les avions, allez, une seule chose à faire, deux vaccins, un maximum le plus vite possible, et on pourra reprendre des avions, des trains, et surtout la destination des plages, je l'espère.

CECILE DE MENIBUS
Beaucoup de parents nous écoutent ce matin, beaucoup de parents qui vont envoyer leurs enfants dans les colonies de vacances, est-ce qu'il y a un problème sanitaire, est-ce qu'aujourd'hui il faut quand même faire attention, et qu'est-ce qu'on peut dire à ces parents justement, pour éviter les clusters ?

SARAH EL HAIRY
Moi, ces parents, j'ai envie de leur dire déjà un énorme merci, pour une grande majorité d'entre eux, parce que vous savez, Madame de MENIBUS, il y a plus aujourd'hui de demandes de départs en colonie de vacances que d'offres, et ça veut dire qu'il y a une reprise, une sorte d'envie d'oxygénation des jeunes, des enfants, des adolescents. J'ai eu la chance de faire le départ, il y a quelques jours à Montparnasse, des premiers départs, ça fait toujours quelque chose, parce que votre première colo c'est la première fois que vous quittez la maison, c'est la première fois que vous partez de chez vos parents, vous vous faites de nouveaux copains et de copines, cette année elle a été un peu dure, pour tout le monde, mais je leur dis les tests, on en apportera dans l'ensemble des colonies de vacances, et des centres aérés, je fais moi-même parvenir, grâce au soutien de Jean-Michel BLANQUER, plus de 6 millions d'autotests, il nous faut l'autorisation des parents parce qu'on ne le fera pas sans l'autorisation des parents, donc s'ils sont Ok, qu'ils donnent cette autorisation…

CECILE DE MENIBUS
Ils peuvent partir sereins.

SARAH EL HAIRY
Exactement, ils peuvent partir sereins, puisqu'on testera autant que de besoin les enfants, les éducateurs, les animateurs, et évidemment l'ensemble des encadrants.

CECILE DE MENIBUS
Merci beaucoup d'avoir été avec nous Sarah EL HAIRY, qui est secrétaire d'Etat chargée de l'Engagement et de la Jeunesse.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juillet 2021