Interview de Mme Nathalie Élimas, secrétaire d'État à l'éducation prioritaire, sur Radio J le 30 août 2021, notamment sur les zones d'éducation prioritaire (ZEP), la vaccination et la campagne pour la laïcité.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Nathalie ELIMAS Bonjour.

NATHALIE ELIMAS
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Merci d'être là pour notre rentrée, la vraie rentrée, si j'ose dire, celle des enfants approche, la rentrée scolaire, est-ce que l'éducation nationale est prête à assurer à la fois la sécurité sanitaire des établissements et un bon accueil ?

NATHALIE ELIMAS
Comme chaque année nous sommes prêts quelques jours avant la rentrée, et cette année encore plus évidement puisqu'il y a toujours cette crise sanitaire. D'abord vous dire que dans la droite ligne de ce qu'a mis en place le ministre déjà l'année passée, les écoles à nouveau vont être ouvertes, toutes nos écoles, toutes nos classes seront ouvertes et donc la rentrée aura bien lieu le 2 septembre prochain avec sur le plan sanitaire évidement toujours ce même objectif, cette même ambition d'abord de protéger tous nos élèves et tous nos personnels avec cette stratégie « Tester, alerter, protéger » qui est bien en place. 600 000 tests à destination de nos élèves notamment en école élémentaire et puis la politique vaccinale aussi puisque nous facilitons l'accès à la vaccination de nos jeunes à partir de 12 ans.

CHRISTOPHE BARBIER
Et pour les enseignants, est-ce qu'il y aura pass sanitaire obligatoire, est-ce que vous allez aller vers la vaccination obligatoire ? On a beaucoup d'enseignants vaccinés mais pas tous les enseignants ?

NATHALIE ELIMAS
Alors il n'y aura pas de pass sanitaire à l'école, cela a été dit, redit, je le redis aujourd'hui, ça c'est parfaitement clair. Sur la vaccination de nos professeurs, je vous rappelle qu'en avril l'année dernière, ils avaient demandé des coupe-files, rappelez-vous, au moment où sur la vaccination on n'était encore par catégorie, comorbidité, âge etc, les professeurs demandaient la vaccination. Nous avons donc ouvert déjà les coupes files et aujourd'hui selon des études, des enquêtes internes, on sait que plus de 80 voire près 90 % de nos professeurs sont déjà vaccinés parce qu'ils sont au contact quotidiennement de nos élèves, de nos jeunes, ils sont évidemment responsables et spontanément ils sont allés vers la vaccination déjà.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que cette situation est la même dans les zones où vous vous agissez plus particulièrement, les zones d'éducation prioritaire, je pense notamment aux grandes banlieues où on sait que l'épidémie s'est répandue plus vite, plus profondément, où on sait que la vaccination a pris du retard.

NATHALIE ELIMAS
La vaccination a pris du retard mais c'est là que précisément nous allons vers les populations les plus fragiles. Dans la population en général on a des dispositifs mobiles qui se déploient et puis je le disais on va faciliter l'accès à la vaccination de nos élèves mais également de nos professeurs avec encore une fois des dispositifs mobiles ou des centres qui vont être installés provisoirement dans les établissements ou à la croisée de plusieurs établissements pour que justement on puisse facilement aller se faire vacciner. Je rappelle aussi que pour les jeunes désormais de 12 à 16 ans une seule autorisation parentale est nécessaire pour aller se faire vacciner et puis que les jeunes de 16 ans et plus peuvent aller le faire aussi sans autorisation parentale. C'est donc beaucoup plus simple finalement et il y aura tous ces dispositifs à portée d'eux qui vont vers ces populations.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors il y a l'aspect épidémique, mais il y a l'aspect pédagogique, est-ce que le retard pris à l'école par certains. Depuis maintenant 18 mois d'épidémie, est-ce que ce retard est bien mesuré et est-ce qu'il peut être rattrapé ?

NATHALIE ELIMAS
alors les écarts sont mesurées chaque année et pas spécifiquement pendant la crise puisque je rappelle que depuis que Jean-Michel BLANQUER est ministre de l'Education nationale, il a mis en place des évaluations nationales que l'on fait passer à nos élèves à la rentrée la fin septembre mais également en janvier pour mesurer ces écarts, ce qui nous a permis d'ailleurs de constater dans quel état étaient nos élèves l'année dernière après cette ce 1er confinement et puis de rattraper les écarts avec un certain nombre d'outils. Je vais faire aussi le bilan des vacances parce que là on est en train de terminer, on a mis en place ces petits stages de réussite juste avant la rentrée et ça a déjà permis de rattraper un certain nombre d'écart, donc on a des outils qui nous permettent de mesurer et bien sûr de compenser. Je pense aussi à devoirs fait au collège, ce que le ministre a mis en place moi je l'ai transformé en devoirs faits à distance, mais peut-être qu'on en reparlera.

CHRISTOPHE BARBIER
Les fameux e-devoirs, ça a marché ?

NATHALIE ELIMAS
Oui ça a marché et ça marche bien, c'est tout à fait complémentaire. D'abord c'est parfaitement raccord si je puis dire avec la crise sanitaire parce qu'on ne peut plus brasser nos élèves, or devoirs faits au collège, c'est une salle de classe, des élèves multi-niveaux qui viennent dans une classe, là on est à la maison devant sa tablette ou devant son ordinateur avec un professeur, un assistant d'éducation et depuis l'été dernier même des étudiants puisque j'ai vraiment eu à coeur de lutter contre la précarité estudiantine et de faire du donnant-donnant. On a des étudiants désormais qui participent à ce dispositif e-devoirs faits, donc nos élèves sont à la maison, ils sont aidés par un étudiant qui est rémunéré pour ça.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu'il y aura bientôt une nouvelle évaluation, c'est pour l'automne, la nouvelle vague d'évaluation ?

NATHALIE ELIMAS
Evaluation, vous voulez dire de nos élèves ?

CHRISTOPHE BARBIER
Oui.

NATHALIE ELIMAS
Oui absolument, on va faire un bilan là septembre, octobre, les évaluations nationales pour nos élèves de CP, de 6ème, au lycée et même nos élèves de CAP qui vont être évalués là très prochainement. Et puis on mettra en place toutes les mesures qui sont de nature à les aider.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous allez aussi mener une action pour distribuer des petits déjeuners gratuits, est-ce que la situation … est à ce point dégradée qu'on doit nourrir les enfants ?

NATHALIE ELIMAS
Alors c'est vrai que c'est la rentrée si je puis dire de ce nouveau déploiement des petits déjeuners gratuits à l'école. Et bien sûr on avait constaté déjà que bon nombre de nos élèves arrivaient à l'école le ventre vide, je vous parle de ça avant la crise sanitaire.

CHRISTOPHE BARBIER
Oui bien sûr et ça ne s'est pas arrangé.

NATHALIE ELIMAS
non ça ne s'est pas arrangé, ça s'est même aggravée, c'est la raison pour laquelle j'ai demandé à ce que le dispositif soit redéployé et c'est le cas, on distribuait précédemment à nos élèves en éducation prioritaire renforcée, les REP plus, désormais on pourra distribuer aux élèves d'éducation prioritaire mais également au-delà parce que sur certains territoires il y a des poches de pauvreté qui se sont créées et donc les élus, nos cadres sur le terrain identifient ces poches et on pourra distribuer des petits déjeuners à ces élèves, à tous les élèves désormais de la petite section de maternelle jusqu'au CM2 et de façon très souple une fois, 2 fois, 3 fois ou tous les jours si le besoin s'en fait sentir sur le terrain. Pour cela on accompagne les élus, on les a beaucoup aidé pendant tout l'été, pendant tout le temps préparatoire on a mis à disposition un vade-mecum avec que des questions très pratiques et puis on a augmenté la dotation de l'Etat de 30 %.

CHRISTOPHE BARBIER
Combien d'élèves seront concernés au total ?

NATHALIE ELIMAS
À l'heure où je vous parle, on a 1000 communes engagées dans le dispositif, dont 20 des 30 plus grandes villes de France. On a environ 3000 classes et normalement on devrait pouvoir distribuer à 500 000 élèves.

CHRISTOPHE BARBIER
Ce sont les communes qui financent ?

NATHALIE ELIMAS
Ce sont les… non c'est l'Etat qui finance, il y a une dotation de l'Etat. Elle était d'un euro par petit-déjeuner, elle a été augmentée de 30 %, elle est à 1,30 euro par petit déjeuner. On sait que le coût moyen est à environ 1,20 euro.

CHRISTOPHE BARBIER
Le ministère lance aussi une campagne pour la laïcité afin que tous les élèves puissent avoir à la fois une information, une formation, une sensibilisation le dit le ministère. Comment cela va-t-il se déployer, il y aura des intervenants dans les écoles, ce sont les enseignants qui vont prendre cela en charge ?

NATHALIE ELIMAS
Alors ce sont évidemment les enseignants, je vous rappelle qu'on a aussi au sein des académies des référents qui sont là, qui vont pouvoir accompagner effectivement nos enseignants. Cette campagne elle a démarré, il y a des affiches-là qui ont été rendues publiques, vous avez un QR Code qui vous permet aussi d'accéder à de la documentation très précise. Donc finalement les entrées sont extrêmement variées pour permettre à tous et bien d'aller au plus près toucher la laïcité dont notamment ces affiches qui font peut-être un petit peu polémiques, mais qui sont vraiment dans le concret et dans le réel de ce que vivent nos élèves dans leur classe.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais quel est votre but, c'est simplement de faire un peu d'éducation civique ou c'est de repérer ici et là du début de radicalisation chez les élèves ?

NATHALIE ELIMAS
On ne fait jamais assez d'éducation civique et on le voit bien avec ces événements malheureusement qui nous ont touché l'année dernière, mais c'est encore une fois, c'est très très pluriel, c'est de l'éducation civique, c'est du repérage et puis c'est dès le plus jeune âge inculquer, expliquer ce qu'est la laïcité à nos élèves et qu'est-ce que c'est finalement, eh bien vivre ensemble et c'est l'Union.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous essaierez d'en mesurer l'impact dans les mois qui viennent, de voir si les élèves ont acquis ces connaissances.

NATHALIE ELIMAS
Alors on en mesure l'impact tout au long de l'année. Je rappelle aussi qu'on a mis en place un carré régalien autour de nos professeurs pour mieux les aider, pour mieux les accompagner. C'était déjà le cas mais simplement là on a renforcé le dispositif, on renforce les équipes pour accompagner les professeurs, pour les aider eh bien dans leur pratique quotidienne et puis dès lors qu'ils sont en situation un peu difficile avec en effet des élèves oui.

CHRISTOPHE BARBIER
La France a rapatrié et devrait continuer à rapatrier des réfugiés venus d'Afghanistan, est-ce que parmi eux, il y a beaucoup d'enfants et comment ces enfants seront-ils accueillis et scolarisés en France ?

NATHALIE ELIMAS
Alors oui évidemment il y a des enfants, il y a un peu plus de 2800 personnes qui ont été rapatriées et on estime à environ 30 % le nombre d'enfants qui donc sont sur notre territoire et qui bien sûr vont être scolarisés, c'est le premier droit des enfants que d'aller à l'école, quelle que soit d'ailleurs la situation de leurs parents. Ces enfants vont être là scolarisés à la rentrée dans quelques jours. Alors on va regarder évidemment au cas par cas puisqu'il y a des enfants qui parlent déjà le français, d'autres pas du tout qui sont allophones et donc nous allons les accueillir, les intégrer, mais ce n'est pas une nouveauté là encore puisqu'on le fait de façon assez régulière on a des dispositifs éducatifs, pédagogiques qui permettent à ces enfants être scolarisés mais également aux parents, on accueille aussi les parents, on leur apprend le français pour faciliter leur intégration.

CHRISTOPHE BARBIER
Dans une société qui est de plus en plus rétive à l'arrivée de nouveaux migrants, d'ailleurs le président de la République ne cesse de le garantir qu'il l'évitera la vague de migrants.

NATHALIE ELIMAS
Oui mais ça c'est un autre sujet si je puis dire, le premier des sujets pour répondre précisément à votre question c'est l'accueil de ces enfants, c'est ce qu'on fait pour eux dignement en responsabilité et donc l'école évidemment de la République est ouverte à ces enfants, va les accueillir et va les accompagner.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors les partis politiques se mettent en ordre de bataille pour la présidentielle qui va nous occuper tout au long de cette saison et votre parti parce que vous venez du MoDem, vous êtes arrivée dans le macrocosme par le MoDem, votre parti est un peu muet, un peu absent, ça n'existe pas la présidentielle pour le MoDem ?

NATHALIE ELIMAS
Vous savez le MoDem est le deuxième pilier de la majorité présidentielle, ça n'est pas une surprise et il est particulièrement actif. Moi j'ai été parlementaire au groupe à l'Assemblée nationale d'abord présidée par Marc FESNEAU, puis par Patrick MIGNOLA, et on a d'ailleurs toutes et tous toujours une ligne de conduite qui est parfaitement claire, nous sommes loyaux bien évidemment au président de la République, à la majorité présidentielle, nous sommes également très exigeant. Le MoDem a porté des propositions, on l'a vu notamment dans cet épisode là des régionales avec le taux d'abstention qui était massif, on a porté des propositions. moi-même aujourd'hui membre du gouvernement, vous l'avez dit MoDem, j'ai cette même loyauté bien évidemment, je défends corps et âme la politique du président de la République, mais j'ai aussi cette exigence pour les Français et donc je vais être sur le terrain-là à partir de demain matin et jusqu'à la dernière minute pour défendre le bilan et les actions du président de la République.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais est-ce qu'il ne faut pas une organisation la majorité, une structure pour que chacun puisse faire entendre sa voix ?

NATHALIE ELIMAS
Peut-être que ça aura lieu ou pas, je vous rappelle quand même qu'on est dans une maison commune et d'ailleurs on l'a démontré à l'occasion des toutes dernières échéances électorales avec les élections régionales donc, mais le MoDem est évidemment très engagé aux côtés du président de la République, encore une fois avec loyauté et avec exigence. Et pour aller un peu plus loin de votre question quand j'observe un petit peu ce qui se passe à droite et à gauche ces derniers temps, on voit bien que c'est plutôt [la] cacophonie. Donc vous dites qu'on entend par le Modem mais ce n'est pas parce que nous n'entrons pas, qu'on n'est pas dans l'action, en loin s'en faut, et moi quand j'observe un petit peu ce qui se passe ici ou là, je ne trouve pas ça très très rassurant. Regardons ce qui s'est passé encore ce week-end par exemple avec ces université de rentrée, on voit une droite qui est complètement éclatée, morcelée, qui ne sait même plus comment elle s'appelle, où elle est, Valérie PECRESSE qui est sorti des Républicains et finalement qui appelle les Républicains pour pouvoir faire la primaire, vous voyez bien qu'on n'y comprend pas grand-chose, ça c'est la cacophonie.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous soutenez le président qui pratique le pouvoir de manière solidaire et péremptoire dit Michel BARNIER, que lui répondez-vous ?

NATHALIE ELIMAS
Non le président de la République ne pratique absolument pas le pouvoir de façon solitaire, encore moins péremptoire, je vois bien que vous faites allusion peut-être à une certaine verticalité qui a été un peu en placée, on va le dire, c'est vrai au début de son quinquennat, mais aujourd'hui c'est complètement derrière nous et au contraire nous sommes toutes et tous à la manoeuvre sur le terrain pour expliquer aux Français et encore une fois dans le seul intérêt des Français.

CHRISTOPHE BARBIER
Nathalie ELIMAS, merci, bonne journée.

NATHALIE ELIMAS
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 septembre 2021