Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, à France Bleu Périgord le 3 septembre 2021, sur les Jeux paralympiques, l'accueil scolaire des élèves handicapés et le plan autisme.

Texte intégral

MARC BERTRAND
Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour ! Vous m'entendez bien ?

MARC BERTRAND
On vous entend très bien. On va parler de votre visite en Dordogne ce matin, mais d'abord, vous revenez tout juste du Japon je crois, la France en est à 48 médailles aux Jeux Paralympiques ce matin, on n'a fait que 33 pour les Jeux des valides au mois d'août, alors c'est une belle performance ça, est-ce que ça peut mettre en valeur le handisport ?

SOPHIE CLUZEL
Eh bien, bien sûr, c'est une excellente performance, et j'en profite pour saluer tous nos para-athlètes. J'ai passé une semaine à les supporter, vraiment, et ils en avaient besoin, parce qu'il n'y a pas beaucoup de spectateurs, donc c'est difficile pour eux. C'était important pour moi d'être là-bas, j'en ai profité aussi beaucoup pour rencontrer mes homologues, des entreprises, pour voir où en est le Japon, et toujours, toujours, pour aller chercher les bonnes pratiques, pour transformer après notre société. C'est évident que c'est un énorme coup de projecteur sur le para-sport, sur les compétences et les performances de ces athlètes, nous serons ce week-end justement avec le président de la République, avec les organisateurs de Paris 2024, pour célébrer ces performances, 48 médailles c'est extrêmement important, dans tous les sports, avec des nouveaux sports, je pense par exemple à la boccia, où l'équipe de France est présente. Pour les personnes qui sont assez handicapées, et ça c'est extraordinaire de voir que quel que soit son handicap, on peut être performant.

MARC BERTRAND
Madame la Secrétaire d'Etat, vous venez ce matin en Dordogne, à Trélissac, à Marciac Saint-Quentin, et ensuite à Terrasson, pour visiter des écoles qui accueillent des enfants en situation de handicap. Il y a une nouvelle classe pour les enfants autistes qui va ouvrir en maternelle à Sarlat, cette rentrée, enfin qui ouvre pour la rentrée. Il y a 7 enfants par classe, comment ça marche ? C'est comme une classe normale, il y a un seul enseignant pour les 7 enfants ?

SOPHIE CLUZEL
Alors non, ce sont des dispositifs extrêmement encadrants justement, pour des enfants qui ont un autiste complexe, certains ne parlent pas encore, certains ne sont pas dans l'interaction, et donc là c'est un investissement massif de coopération entre l'Education nationale, avec un enseignant spécialisé, et le médico-social, psychologue, rééducateur, parce qu'il y a un adulte et il y a une équipe de 4 à 5 qui sont dans la classe, l'enfant est pris à temps complet, c'est une scolarisation à temps complet, c'est ce que les parents nous demandent, pour de nouveau pouvoir travailler, reprendre leur vie de parents et leur vie active. Tout se passe dans l'école.

MARC BERTRAND
C'est quoi l'avantage d'être dans ce type de classe, plutôt que d'être dans une institution spécialisée, où il y a déjà ces spécialistes ?

SOPHIE CLUZEL
Eh bien d'abord parce que ce sont des petits, ils ont 3 ans, donc intégrer une classe ordinaire à 3 ans c'est le chemin naturel. Tout parent met ses enfants, comme vous, comme moi, si vous avez des enfants, en maternelle, à l'école de la République. Mais là, ils ont un dispositif extrêmement étayé, parce qu'apprendre au milieu des autres va favoriser les interactions. Ils vont être dans la cour avec les autres enfants, et petit-à-petit, année après année, il va y avoir des temps d'inclusion, en petite, grande, moyenne sections. Les professeurs travaillent ensemble, le regard change, la cantine se passe ensemble, donc c'est ça l'école inclusive, c'est avoir…

MARC BERTRAND
Donc, le but, c'est l'inclusion scolaire, ce qu'on appelle l'inclusion scolaire, en fait…

SOPHIE CLUZEL
Non, ce qu'on appelle la scolarisation dans une école inclusive. Ils sont scolarisés ces enfants. C'est ça qui est incroyable. Dans l'école de la République, mais avec une adaptation très particulière. C'est ça, c'est l'école inclusive, le grand service public de l'école inclusive qu'on construit avec Jean-Michel BLANQUER.

MARC BERTRAND
Et ça réussit, il y a combien d'enfants qui arrivent à reprendre, à prendre une scolarité tout à fait normale après, quand ils grandissent ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, après, elle peut être étayée, et petit à petit on va justement pouvoir après passer en élémentaire, avec toujours peut-être un dispositif étayé pour ceux qui en ont besoin, et puis après peut-être avoir que simplement un accompagnant d'élève en situation de handicap. Le but c'est aujourd'hui, 41 000 enfants autistes qui font leur rentrée scolaire. C'est énorme, c'est beaucoup plus qu'en 2017. On a une augmentation de tous les enfants handicapés de près de 30% en 4 ans, avec une variété de palette, selon la situation de handicap, selon les besoins d'accompagnement, et c'est ça qu'on veut, la même porte d'entrée pour tous les enfants de la République, mais après des chemins au sein de l'école qui sont de plus en plus gradués, selon leurs besoins.

MARC BERTRAND
Alors, vous vous en avez parlé, il y a de gros moyens avec le plan autisme, mais à l'école il y a aussi les autres enfants, ceux qui ont notamment des troubles déficitaires de l'attention, qui ne sont pas forcément reconnus comme un handicap, en tout cas à l'école, là on a beaucoup moins de moyens, il n'y a pas forcément d'accompagnement toujours pour ces enfants-là ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, en fait, quelle que soit la situation de handicap, vous parlez des troubles, en effet, de l'attention, avec justement des rééducateurs, orthophonistes, psychomotricité, les ergothérapeutes, qui sont très importants pour ces enfants, avec la possibilité de travailler encore dans l'école, et surtout avec un reste à charge zéro pour les familles. C'est ce qu'on met en place justement avec les plateformes de coordination, d'orientation, qui permet pour les 0/7 ans, et là on les ouvre pour les 7/12 ans, parce que vous avez raison, quelquefois c'est l'école qui est révélateur aussi des troubles d'apprentissage. Donc ce que l'on veut, simplifier la vie des familles, qu'il n'y ait plus de reste à charge financier, parce que ces soins ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale, et qu'on puisse intervenir le plus précocement possible.

MARC BERTRAND
Et alors, simplifier la vie des familles, il faut simplifier aussi peut-être aider les enseignants qui se retrouvent avec des élèves qui nécessitent plus de travail en classe, plus d'attention, et là, les professeurs se retrouvent parfois avec 25 élèves dans une classe, dont ces élèves-là, dont ils doivent s'occuper en plus, ils ne peuvent pas toujours.

SOPHIE CLUZEL
Eh bien écoutez, ce sont des élèves comme les autres, donc ce n'est pas en plus, c'est y compris, c'est-à-dire que nous outillons les enseignants, il y aura de la formation de tous les enseignants, obligatoire pour les nouveaux enseignants, de 25 heures. Ça fait des années que nous attendions de façon obligatoire, elle était encore optionnelle, donc ils se sentiront mieux armés. Il y a une plateforme, qui s'appelle…

MARC BERTRAND
Et c'est à partir de cette rentrée, cette formation ?

SOPHIE CLUZEL
De cette rentrée, oui. La formation elle existe déjà, mais elle était, si vous voulez, un peu optionnelle dans les académies, là elle devient obligatoire pour tous les enseignants de France. Il y a la plateforme, et je le redis pour les enseignants, Cap école inclusive, où ils trouvent justement toutes les adaptations, puisque justement il faut adapter pour ces enfants. Vous avez raison. Et puis ceux qui en ont besoin, plus de la moitié d'entre eux en France peuvent être accompagnés par des AESH, Accompagnante d'Elèves en Situation de Handicap. Il y a 35% de plus d'AESH depuis 2017, ils sont tous en contrat Education nationale, ils sont donc stabilisés, et on travaille justement à améliorer la formation, et ils sont surtout recrutés en amont, en amont de la rentrée, grâce à une organisation au plus près des terrains.

MARC BERTRAND
Merci Sophie CLUZEL, et donc une nouvelle formation de 25 heures pour les nouveaux enseignants qui commencent le métier, ça commence à partir de cette année, c'est ce que vous nous dites. Merci Madame la Secrétaire d'État d'avoir été l'invitée du 6/9 ce matin. Donc secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées. Vous serez en Dordogne aujourd'hui. Bonne visite.

SOPHIE CLUZEL
Merci beaucoup, avec grand plaisir. Au revoir.

MARC BERTRAND
Au revoir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2021