Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 28 septembre 2021, sur le protocole sanitaire à l'école et les départements concernés par la fin du port du masque à l'école.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Ça fait un peu plus de trois semaines maintenant que les élèves ont fait leur rentrée. Où en est l'épidémie aujourd'hui à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle est vraiment sur une courbe baissière, selon une courbe d'ailleurs que j'ai constatée à peu près à tous les retours de vacances, c'est-à-dire il y a eu pendant les 15 premiers jours une montée, et puis ensuite au bout de 15 jours une descente, donc on est descendu en dessous de 2 000 classes fermées, ce qui est évidemment un assez bon chiffre, puisque…

MARC FAUVELLE
Là où on était monté à 3 000.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On était monté au-dessus de 3 000, 3 500 même, donc voilà, la courbe est baissière, c'est évidemment une bonne nouvelle. Evidemment, on reste prudent et surtout très attentif.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Michel BLANQUER, il y a quelques jours le journal Le Monde a publié la dernière note du Conseil scientifique, qui n'a pas été encore rendue publique, et on y apprend que le Conseil n'est pas d'accord avec le protocole sanitaire que vous avez mis en place dans les écoles, la règle du 1 cas positif, on ferme la classe ; le Conseil scientifique, lui, recommande plutôt un dépistage systématique qui permettrait de renvoyer chez eux que les enfants qui sont positifs. Pourquoi on ne fait pas ça ? C'est plus logique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, plusieurs choses. D'abord, un, ça ne veut pas dire qu'il n'est pas d'accord, ça veut dire qu'il fait une nouvelle proposition. Ensuite, qu'on puisse diverger de temps en temps entre le Conseil scientifique et nous, ce sont des choses qui arrivent, y compris par exemple pour les prévisions qu'il y avait pour la rentrée, et moi j'ai tenu toujours une ligne qui était d'ailleurs très inspirée par la courbe dont je viens de parler. Ensuite, on est évidemment très attentif à ce que dit le Conseil scientifique, et donc on va prendre en compte cet avis en lançant une expérimentation dans 10 départements, dans une dizaine de départements, et l'expérimentation consiste à chaque fois qu'il y a un cas positif, à tester toute la classe, et à ne renvoyer à la maison que ceux qui sont positifs. On verra si cela change vraiment la donne, mais donc ça ne fera pas une différence gigantesque avec ce que nous faisons actuellement.

MARC FAUVELLE
A partir de quand on va l'expérimenter ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Probablement dès le début de la semaine prochaine, en tout cas on est à pied d'oeuvre, avec le ministère de la Santé déjà depuis de nombreux jours pour lancer cette expérimentation.

MARC FAUVELLE
Et quels départements ? Plutôt ceux où le virus circule le plus ou au contraire là où ça circule le moins ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Justement, on le fait dans des départements variés, pour pouvoir comparer, et puis vous le savez, la semaine prochaine certains départements seront sans masque, donc ce sera aussi intéressant de pouvoir comparer d'un département à l'autre, l'effet de ce type d'expérimentation.

SALHIA BRAKHLIA
Alors vous, vous proposez de dépister l'ensemble de la classe quand il y a un cas positif, ce que propose le Conseil scientifique c'est de dépister systématiquement, c'est-à-dire plus de tests en général dans les écoles. Aujourd'hui, on teste combien d'élèves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, notre objectif c'est 600 000 par semaine, en réalité on est encore en dessous, assez nettement, on doit être autour de 200 000.

SALHIA BRAKHLIA
Ah oui, il y a une marge.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut dire qu'on a un taux de positivité extrêmement faible, il faut le dire, c'est en dessous de 0,15 %, et c'est cette situation qui aujourd'hui permet de constater, un, une courbe baissière des fermetures de classes. Deuxièmement, je le redis aussi, une baisse en population générale. Souvenez-vous quand même…

SALHIA BRAKHLIA
Mais pourquoi…

MARC FAUVELLE
Pourquoi on n'arrive pas aux 600 000 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je voudrais, pour éclairer le débat, rappeler ce qui se disait il y a moins d'un mois. Il y a moins d'un mois, beaucoup nous expliquaient que la rentrée des classes signifierait explosion des contaminations en population générale. Je ne vais pas vous refaire tout le florilège des déclarations faites à ce moment-là.

SALHIA BRAKHLIA
Après, l'Institut Pasteur, dit toujours que la moitié des contaminations à l'automne viendra des enfants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça c'est les prévisions. En tout cas il y avait aussi des prévisions pour septembre, qui ne se sont pas avérées justes. Nous avons maintenu une ligne je dirais sereine et claire, inspirée de toute l'expérience que nous avons depuis un an et demi, qui s'appuie aussi sur toute une série d'éléments scientifiques, ce que dit la Haute autorité de santé publique, ce que dit le Conseil scientifique, ce que dit la Société française de pédiatrie, et c'est sur la base de tout cela que depuis le début cette crise, depuis 18 mois, nous prenons des décisions. Si je m'étais laissé trop influencer par certaines déclarations, on n'aurait pas eu les écoles aussi ouvertes l'an dernier, et cette année on n'aurait pas fait la rentrée comme on l'a fait. Donc aujourd'hui on maintient cette ligne claire, mais on écoute, et en écoutant on fait par exemple l'expérimentation dont je vous parle, et si elle produit des effets intéressants, on pourra aller plus loin éventuellement.

MARC FAUVELLE
Sur le dépistage, Jean-Michel BLANQUER, il y a 12 millions d'élèves en classe, vous dites, c'est l'objectif, 600 000 tests chaque semaine. Or on n'en fait que 200 000. Pourquoi ? Est-ce qu'on n'a pas les tests ? Est-ce que les familles refusent qu'on teste leurs enfants ? Où est-ce que ça bloque ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, souvent depuis le début de la crise…

MARC FAUVELLE
Parce que avouez quand même, 200 000, 12 millions, ça fait quand même un sacré delta.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors, à chaque fois, vous savez, il y a une montée en puissance qui est lente. Il faut se rendre compte de ce que tout ceci signifie, c'est le déplacement d'équipes entières dans les écoles etc. Sur ce point-là on est d'ailleurs, on est à l'heure si je puis dire. Après, il faut l'autorisation des parents, on ne l'a pas toujours…

MARC FAUVELLE
C'est là que ça bloque ou c'est un problème de gestion ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah, depuis le début, que ce soit sur le sujet des tests ou sur le sujet des vaccins, il y a un sujet d'offres et il y a un sujet de demande, et là où les choses sont un peu, montent lentement, c'est toujours la demande. Par ailleurs il faut bien se rendre compte qu'il y a une capacité des laboratoires à faire les tests, qui n'est pas infinie, et les tests que vous faites en milieu scolaire, c'est parfois des tests que vous ne faites pas dans d'autres milieux. Mais aujourd'hui, avec ces 200 000 tests, nous gérons bien la situation. Chaque fois qu'il y a un soupçon, bien entendu il y a test, et par ailleurs il y a des tests aléatoires, et tout ceci nous donne ce taux de positivité de 0,15 % et…

MARC FAUVELLE
Dans le cas de l'expérimentation…

JEAN-MICHEL BLANQUER
… de moins en moins nombreuses.

MARC FAUVELLE
Dans le cas de l'expérimentation que vous allez donc lancer dans les jours qui viennent, dans une dizaine de départements, Jean-Michel BLANQUER, si un élève est positif, le dépistage de toute sa classe sera obligatoire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est ça, tout à fait.

MARC FAUVELLE
Obligatoire. Sinon, si un élève ou un parent refuse le dépistage, il ne met plus les pieds en cours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il sera considéré comme positif, justement, pour ne pas avoir accepté le test.

MARC FAUVELLE
D'accord, toute non réponse vaudra test positif.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement. Ce que vous mentionnez, c'est typiquement un des problèmes posés par ce type d'expérimentation, mais on va le faire quand même.

SALHIA BRAKHLIA
Et l'expérimentation, elle aura lieu aussi dans le secondaire, puisqu'aujourd'hui les non vaccinés doivent rentrer chez eux pendant 7 jours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais ça c'est déjà la règle, ça c'est la règle générale du protocole actuel, qui d'ailleurs fonctionne assez bien, c'est-à-dire que lorsqu'il y a un élève contaminé dans une classe du secondaire, avec des élèves donc de plus de 12 ans, tous ceux qui sont considérés comme cas contact, rentrent chez eux, sauf s'ils sont vaccinés. Cette règle-là s'applique actuellement et c'est ce qui nous permet de fermer très peu de classe dans le second degré.

MARC FAUVELLE
Autre nouveauté Jean-Michel BLANQUER, à partir de la semaine prochaine dans les départements où le taux d'incidence est inférieur à 50, on s'est habitué à vivre avec ce genre d'indice dans notre quotidien, et où ce taux est en dessous de 50, pendant 5 jours consécutifs, le port du masque ne sera plus obligatoire pour les petits, à l'école élémentaire, ça concerne aujourd'hui combien de départements et est-ce qu'on a une idée du nombre de départements qui seront concernés quand la mesure entrera en vigueur ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ça commence à se préciser. On donnera la liste complète des départements concernés jeudi avec le ministère de la Santé.

MARC FAUVELLE
Après-demain.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Après-demain, donc, pour que ce soit valable pour lundi, mais le critère est celui que vous venez de rappeler, en effet c'est-à-dire que pendant 5 jours le taux d'incidence est au-dessous de 50, et donc cette nouvelle règle devrait, alors je ne préfère pas m'avancer sur des chiffres trop importants…

MARC FAUVELLE
L'ordre de grandeur.

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'ordre de grandeur, c'est sans doute entre un tiers et la moitié des départements. Mais…

MARC FAUVELLE
Pas plus que ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais dis ça pour être…

MARC FAUVELLE
Aux derniers chiffres, les départements qui correspondaient à ces critères, il y en avait déjà 40.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est vrai.

MARC FAUVELLE
Ce qui fait un gros tiers, vous, l'avouerez, sur 100.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est vrai, mais c'est pour ça que je vous dis entre un tiers et la moitié. Je préfère réserver des bonnes surprises que des mauvaises surprises, donc je préfère rester sur un chiffre raisonnable.

MARC FAUVELLE
Les profs peuvent l'enlever aussi ou pas dans ces écoles-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
A ce stade, pour l'instant, et ça aussi nous l'annoncerons jeudi, ce point-là n'est pas arrêté.

MARC FAUVELLE
Mais c'est plutôt oui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce sont des discussions avec les autorités sanitaires, parce qu'on veut être sûr d'avancer pas à pas, c'est plutôt mon souhait bien sûr, mais il faut avancer au rythme souhaitable.

MARC FAUVELLE
Bon, les enfants, les parents qui nous écoutent ont encore une foule de questions à poser, on va essayer d'être leur relais sur ce plateau ce matin. Jean-Michel BLANQUER, leur porte-voix sur ce plateau. Vous restez avec nous, le temps du fil info, une minute exactement, avec Mélanie DELAUNAY, puisqu'il est 08h40.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours est le ministre de l'Education nationale Jean-Michel BLANQUER. On parlait à l'instant du port du masque qui ne sera plus obligatoire à l'école élémentaire dans les départements où le taux d'incidence sera inférieur à 50 pendant 5 jours. Est-ce que ce sera aussi le cas dans les collèges et les lycées, dans ces départements là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, depuis le début d'ailleurs nous disons que le jour où les choses s'allégeraient, on commencerait par le 1er degré, par l'école primaire. Donc c'est ce que nous sommes sur le point de faire. On commence par l'école primaire, j'espère que nous serons en mesure, dans les semaines ou les mois à venir, de faire la même chose pour le collège et le lycée, mais ça n'est pas d'actualité.

MARC FAUVELLE
L'idée c'est que ce soit le cas à un moment pendant cette année scolaire-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah, j'aimerais beaucoup, évidemment.

MARC FAUVELLE
Avant, après Noël, mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le plus vite possible, j'espère, mais à ce stade ça n'est pas encore d'actualité. Il ne faut pas aller plus vite que la musique, si vous me permettez l'expression, c'est déjà beaucoup finalement de passer de niveau 2 au niveau 1, c'est vraiment le signe que le l'épidémie, enfin la circulation du virus s'affaiblit, mais ce serait absurde d'aller trop vite et d'avoir ensuite un rebond.

MARC FAUVELLE
Question pratique. Dans 2 jours le Pass sanitaire devient obligatoire pour les ados, entre 12 ans et 2 mois et 17 ans compris, c'est très précis. Est-ce qu'il sera obligatoire pour toutes les activités sportives ? Que ce soit en intérieur, en extérieur, en sport de contact ou en sport où on ne se touche pas, on ne se voit pas pendant tout le match, enfin « on ne se voit pas », c'est toujours mauvais si on ne se voit pas, mais on ne se touche pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
A partir du moment où il y a compétition, il y a presque toujours contact, donc oui le Pass sanitaire s'applique donc pour les activités sportives…

MARC FAUVELLE
Toutes les activités, intérieures, extérieure.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, le seul moment où ça ne s'applique pas, c'est quand on fait de l'éducation physique et sportive en milieu scolaire, puisqu'il n'y a pas de Pass sanitaire en milieu scolaire, mais dès que vous sortez du milieu scolaire, pour toutes les activités désormais, ça inclus le sport comme d'autres, c'est 12 ans et plus.

MARC FAUVELLE
Y aura-t-il une tolérance les premières semaines ou est-ce qu'il faut le présenter dès jeudi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, la tolérance est dans le fait que désormais la règle qui a été retenue, c'est qu'on ne le présente qu'une fois, que la première fois, et après les responsables des clubs sont donc en responsabilité pour que la personne qui a déjà présenté sont Pass sanitaire n'ait pas à le représenter.

MARC FAUVELLE
Y-aura-t-il un contrôle de l'identité de ceux qui présentent leur Pass sanitaire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Un contrôle du Pass sanitaire en tant que tel. Vous savez, dans les clubs…

MARC FAUVELLE
Du QR Code, mais pas la carte d'identité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, on fait confiance aux fédérations et aux clubs qui ont toujours été nos partenaires dans cette crise, parce que tout ceci se passe à une échelle très locale où chacun se connaît, donc on contrôle le Pass sanitaire une première fois et puis ensuite on considère que c'est fait. Mais là aussi c'est une incitation pour que les plus de 12 ans se vaccinent, c'est très important. On a réussi tout au long de l'été et au cours de ce mois de septembre, à ce qu'il y ait de plus en plus de 12/17 ans qui soient vaccinés, et on peut en être heureux…

SALHIA BRAKHLIA
La vaccination dans les établissements scolaires, ça marche ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ça monte jour après jour, on est maintenant à environ 73 % de12/17 ans qui sont vaccinés.

MARC FAUVELLE
Ça c'est la vaccination globale, pas celle dans les écoles.

SALHIA BRAKHLIA
Globale, ce n'est pas forcément dans les établissements scolaires.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah non, mais enfin actuellement ce qui monte, la montée des vaccinés de 12/17 ans, c'est surtout par les vaccins qui sont fait en milieu scolaire, mais peu importe, peu importe que ce soit fait en milieu scolaire ou ailleurs, l'essentiel est que le vaccin ait eu lieu, et donc on continue à se fixer un objectif d faire monter ce chiffre. Et il est évident que puisque le Pass sanitaire s'applique aux plus de 12 ans, toutes activités confondues à partir d'octobre, je pense que ça va créer une incitation supplémentaire au vaccin, et c'est évidemment souhaitable pour la santé des adolescents concernés, comme pour la population générale.

SALHIA BRAKHLIA
Alors justement, à la mi-octobre certains tests vont devenir payants, qu'est-ce qui va se passer pour les mineurs ? Les tests seront gratuits uniquement s'ils sont vaccinés, comme pour les adultes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, les mineurs ont vocation à avoir le test gratuit, en tout cas en milieu scolaire c'est quelque chose que nous avons garanti depuis le début.

SALHIA BRAKHLIA
Mais en dehors ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En dehors je crois que nous avons à trancher cela ces jours-ci.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas tranché encore ? On avait cru que ça l'était dans ce qu'avait dit Jean CASTEX.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Très honnêtement, oui, le Premier ministre…

MARC FAUVELLE
Je vous pose une question bête : un adolescent, d'ailleurs qu'il soit vacciné ou pas, qui doit prendre un avion dans les mois qui viennent, pour lequel on lui demande donc, en plus ou pas de son vaccin, d'avoir un test récent, est-ce que le test est payant ou pas, pour les parents ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je crois que non, ça n'est pas payant. Mais vous savez, il y a beaucoup de discussions…

MARC FAUVELLE
Donc les tests de confort restent gratuits, qu'on soit vacciné ou pas, si on est adolescent.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non non justement, l'idée c'est qu'il n'y ait pas de tests de confort dans la nouvelle configuration.

MARC FAUVELLE
Eh bien, un avion, si ce n'est pas un confort…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais le sujet des mineurs, pour tout vous dire, je n'en suis surtout occupé pour la question scolaire, et donc en milieu scolaire ce qui est garanti c'est la gratuité.

SALHIA BRAKHLIA
Une proposition de loi arrive, Jean-Michel BLANQUER, au Parlement, pour créer la fonction du directeur d'école. Concrètement, qu'est-ce que ça va changer dans les faits ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, c'est une proposition de loi importante, et effectivement c'est demain mercredi qu'elle arrive dans l'hémicycle et évidemment je la défendrai, elle est présentée par la députée Cécile RILHAC, qui a travaillé sur cela depuis maintenant près de 3 ans. C'est un moment très important, parce que les directeurs et directrices d'école nous ont demandé toute une série d'évolutions qui en effet étaient très souhaitables. Certaines de ces évolutions ont déjà eu lieu, d'abord nous avons un peu plus reconnu financièrement, c'est une prime de 450 € annuels, on a augmenté les décharges pour les directeurs et directrices d'école, on a aussi travaillé à tout ce qui environne, ce qui fait le travail du directeur ou de la directrice d'école. C'est une des figures de la société française les plus respectée, à juste titre, parce qu'ils et elles font un travail absolument remarquable. Mais est-ce que l'on ignore souvent, c'est que finalement ils ont assez peu de pouvoir pour le quotidien, et souvent…

MARC FAUVELLE
Ils sont un enseignant parmi d'autres, il n'y a pas de relation hiérarchique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement, et souvent même pour des décisions de tous les jours, ils sont obligés de faire appel à leur inspecteur de l'Education nationale. Il y a une forme de bureaucratie qui s'est installée à cause de cela.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous souhaitez que ça change ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, nous souhaitons créer une autorité fonctionnelle du directeur ou de la directrice d'école, c'est-à-dire une possibilité de prendre des décisions sur certains sujets, de manière plus libre. L'exemple typique, c'est la formation continue des professeurs. Nous avons laissé plus de marges de manoeuvres, pour que l'équipe puisse définir ses besoins en formation continue. Mais les exemples sont multiples de la vie quotidienne, donc c'est une loi qui viendra consacrer beaucoup de choses que nous avons faites en faveur de l'école primaire depuis 2017, puisque l'école primaire a été ma priorité absolue, et nous avons voulu changer l'environnement des écoles. Bien sûr on retient toujours le dédoublement de classes en CP/CE1 ou la limitation à 24 en grande section CP, CE1 pour toute la France, qui sont des mesures qui sont presque à maturité aujourd'hui, et donc ça, ça a changé beaucoup de choses sur le terrain. Le taux d'encadrement s'est amélioré de manière générale, mais ce qu'on veut c'est une Direction d'école qui puisse tout simplement plus agir au quotidien.

SALHIA BRAKHLIA
Mais, est-ce que ce nouveau statut que vous allez donner aux directeurs d'école, va leur permettre aussi de choisir leurs enseignants ? C'est une expérimentation qui va être lancée à Marseille, c'était une annonce du président de la République, est-ce que le but aussi de ce nouveau statut du directeur d'école c'est pour ça aussi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ce sont deux choses distinctes. A Marseille, ce qui s'engage, c'est une expérimentation, puisque l'Etat va aux côtés de la commune, contribuer à un renouveau complet du bâti scolaire, ce qui était éminemment souhaitable, puisque beaucoup d'écoles sont dans…

SALHIA BRAKHLIA
Mais dans le choix des enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et donc l'idée, c'est important de le dire, c'est que du fait même de ce changement massif du bâti scolaire à Marseille, les directeurs et directrices d'écoles concernées, se trouvent en situation pratiquement de chefs de projets pendant une période de transition, et il était important de leur donner des pouvoirs accrus.

MARC FAUVELLE
Mais, pardon, ils vont diriger le chantier ou ils vont pouvoir nommer une équipe ? Ce n'est pas la même chose.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas le chantier, mais vous savez, quand dans l'enseignement secondaire où les chefs d'établissements ont un grand pouvoir, quand vous construisez un futur collège ou un futur lycée, vous nommez ce qu'on appelle un proviseur constructeur, c'est-à-dire quelqu'un qui va préparer les choses, et il est en situation de projet…

MARC FAUVELLE
Mais la question de Salhia portait plus sur le chef d'équipe, est-ce que le directeur ou la directrice pourra choisir son équipe ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, non ce n'est pas prévu, c'est la loi Rilhac, n'implique pas ça du tout.

MARC FAUVELLE
Et à Marseille ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
A Marseille, oui, pour 50 expérimentations il y aura cette possibilité de cela, et ce sera intéressant de regarder ce que ça donne. Mais la loi Rilhac ne va pas jusque-là, la loi Rilhac simplement permet un fonctionnement en équipes renforcées. Vous savez, le mot-clé dans toutes ces mesures, puisque ça peut parfois paraître un petit peu technique, c'est l'esprit d'équipe. Comment faire en sorte que les décisions soient prises au plus près du terrain, et qu'il y ait une personne, et ça chacun peut le comprendre, qui soit en situation de coordonner. Vous savez, ça ne choque personne qu'il en soit ainsi pour le collège ou pour le lycée.

MARC FAUVELLE
Mais pourquoi le faire à Marseille, plutôt que dans les collèges de Seine-Saint-Denis ou d'une autre zone défavorisée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors là, on parle d'écoles primaires…

MARC FAUVELLE
Est-ce que l'objectif, à terme, si ça marche à Marseille selon vos critères, c'est de le faire partout ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais ce qu'il faut, c'est être pragmatique, d'abord de créer des effets de consensus avec les communautés, c'est ce que j'essaie de faire, parce qu'on voit que sur la direction d'école, avec le temps qui passe, il faut abaisser certaines peurs, puisqu'en gros ceux qui sont contre, c'est parce qu'ils ont peur éventuellement d'une forme de caporalisation…

MARC FAUVELLE
Ou de mise en concurrence entre les établissements, en disant : les meilleurs profs, on se battra pour les avoir, ou ceux qu'on considère comme tels…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, l'objectif, non, parce que par exemple à Marseille, ceux qui sont bien là où ils sont, ils vont rester là où ils sont, bien entendu. Mais ce qui est important, c'est que…

MARC FAUVELLE
Et les autres, ils iraient où, ceux qui ne sont pas bien ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien ils auront sans doute des possibilités justement d'aller dans un endroit qu'ils préfèrent. Donc si vous voulez, c'est ça aussi une gestion des ressources humaines plus moderne, c'est de permettre que tout le monde soit bien là où il est, et puis que tout le monde travaille non pas de manière cloisonnée, mais équipe. Vous savez, les équipes à Marseille, j'en ai vu une lorsque j'étais avec le président, j'en ai vu d'autres à d'autres occasions, ils font un travail absolument remarquable, ils ne sont absolument pas mis en cause par ce qui a été fait, au contraire, l'idée c'est de les conforter. Et donc il faut, simplement il est normal qu'il y ait des questions et des inquiétudes chaque fois qu'il y a un changement et là c'est le cas, mais ce que chacun doit comprendre c'est qu'on est en train de mettre plus de moyens et qu'on le fait pour une évolution qui soit qualitative, au service des élèves.

MARC FAUVELLE
Et d'un mot, Marseille, ce sera à partir de quand ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh ben là, j'espère que cette année il y aura des premières expérimentations qui pourront démarrer…

MARC FAUVELLE
Là, dans cette année scolaire là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On refera un point à la mi-octobre, actuellement le rectorat y travaille, et moi ce qui m'intéresse si vous voulez c'est le projet. On ne doit pas se perdre dans des éléments techniques, ce qui est important là, c'est de se dire que pour les enfants de Marseille concernés, ils vont avoir une plus belle école, avec une équipe ayant plus de moyens d'agir tout simplement.

MARC FAUVELLE
A Marseille.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ce sera, et nous devons désirer pour toute la France cette efficacité au service des élèves et au passage au service du bien-être des professeurs.

MARC FAUVELLE
Et à Marseille et partout ailleurs en métropole. Il est 08h52, on est donc en retard, c'est le Fil Info, Mélanie DELAUNAY et on vous retrouve dans un instant, Jean-Michel BLANQUER.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de l'Education nationale Jean-Michel BLANQUER. Il y a quelques jours la candidate socialiste à la présidentielle, Anne HIDALGO, a proposé de doubler le salaire des professeurs si elle arrivait au pouvoir, vous vous promettez une augmentation historique en 2022, et ça tombe bien, le budget de votre ministère a bénéficié d'une rallonge de 1,7 milliard d'euros pour l'année prochaine, ça veut dire une augmentation de combien pour les professeurs et qui sera concerné ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord c'est un thème dont je parle depuis 2017, c'est-à-dire il est normal, légitime et éminemment souhaitable que les professeurs en France, et les personnels, soient augmentés, un pays moderne paye bien ses professeurs et investit dans son éducation, c'est mon grand plaidoyer actuel, à l'échelle de la France, mais aussi à l'échelle de l'Europe et du monde. Nous sommes, j'espère, en train de sortir d'une crise sanitaire très grave, qui a vu une bonne partie des enfants du monde sans école, heureusement en France ça a été moins le cas qu'ailleurs, mais néanmoins cela suppose un rebond de l'éducation en sortie de crise, et donc le monde entier doit investir dans l'éducation, et le sujet de la rémunération des professeurs c'est un sujet que vous voyez dans pratiquement tous les pays du monde, presque, et aujourd'hui nous avons, pour la France, à faire en sorte que les professeurs soient mieux recrutés, mieux formés, mieux rémunérés, c'est le sens du Grenelle de l'Education et de toute une série de mesures que l'on a prises.

MARC FAUVELLE
Donc bravo Anne HIDALGO, quand elle dit ça, bravo sur le constat ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur le constat il n'y a aucun doute, j'en disconviens…

MARC FAUVELLE
C'est sur le montant que vous n'êtes pas tout à fait d'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je l'ai même dit largement avant, je pense que je suis le ministre de l'Education qui a le plus insisté sur ce problème, et d'ailleurs, tout au long de ce quinquennat…

SALHIA BRAKHLIA
Alors sur le montant du coup ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ce quinquennat qui aura vu le plus d'augmentation budgétaire et donc la meilleure augmentation du pouvoir d'achat, même si ça reste insuffisant, je suis le premier à le dire, et depuis l'année dernière, enfin depuis le début 2021, ces augmentations ont commencé à être significatives, avec des marges qui sont de l'ordre de 500 millions d'euros supplémentaires par an. Donc l'année prochaine c'est 700 millions d'euros supplémentaires, en plus des augmentations, je dirais naturelles du budget, ce qui se traduit par le fait que nous continuons à augmenter les plus jeunes, puisque c'est là qu'il y avait vraiment les salaires très bas, donc concrètement ça veut dire qu'un professeur qui gagnait 1700 euros il y a encore un an, va gagner 1869 euros par mois à partir du début de l'année prochaine.

MARC FAUVELLE
On n'est toujours pas à votre promesse qui disait aucun enseignant en France en 2022, c'est-à-dire l'an prochain, doit gagner moins de 2000 euros nets.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je n'ai jamais dit en 2022, par contre j'ai dit pas moins de 2000 euros par mois.

MARC FAUVELLE
Ah bon ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, je crois que quelqu'un l'a dit…

SALHIA BRAKHLIA
Il n'y avait pas de temps.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quelqu'un l'a dit, mais ce n'est pas moi.

SALHIA BRAKHLIA
Pas d'échéance.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par contre j'ai dit que cet objectif devait être atteint le plus rapidement possible, et vous voyez bien qu'avec le rythme qu'on a pris, c'est autour de 2023, 2024, qu'on doit arriver à un tel objectif, mais c'est un objectif réaliste, c'est-à-dire que je pourrais aussi dire qu'on va tripler ou quadrupler le salaire des professeurs, je ne m'aventure pas dans des choses infaisables. Dire qu'on va doubler le salaire des professeurs ça reviendrait à créer un nouveau ministère de la Défense, un nouveau ministère de la Justice en plus du ministère de l'Education nationale.

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors ce n'est que les débuts de carrière qui vont profiter de l'augmentation ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comment ?

SALHIA BRAKHLIA
Ce n'est que les professeurs en début de carrière ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, le milieu de carrière aussi, nous allons jusqu'au neuvième échelon, pour ceux qui savent ce que ça veut dire, ça veut dire en gros jusqu'au milieu de carrière, alors c'est dégressif, c'est des augmentations moins importantes, mais encore une fois c'est un mouvement, c'est-à-dire que sur environ 7 ans nous nous mettrons dans les pays en tête de l'OCDE en matière de salaires des professeurs. Ce faisant, nous changeons aussi plusieurs règles du jeu, pour que la qualité au travail s'améliore et pour que tout ceci serve la qualité de notre système scolaire, ce n'est pas seulement augmenter pour une raison sociale évidente, mais c'est aussi améliorer le système éducatif, c'est pour ça qu'au moment du Grenelle de l'Education, dont chacun peut voir les conclusions sur notre site Internet, j'ai pris 12 engagements, qui sont des engagements de modernisation de notre système, et notamment la personnalisation de la carrière des professeurs.

MARC FAUVELLE
Un mot encore Jean-Michel BLANQUER. Dans deux semaines ça fera un an que Samuel PATY, professeur d'Histoire-géo, a été assassiné devant son collège de Conflans-Sainte-Honorine, comment vous allez lui rendre hommage, qu'est-ce qui est prévu ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous allons évidemment lui rendre hommage, l'assassinat de Samuel PATY est à marquer malheureusement d'une pierre noire dans l'histoire de l'Education nationale, il y aura eu un avant et un après, et on ne saurait jamais oublier ce qui s'est passé, c'est une figure désormais emblématique, donc nous prenons toute une série d'initiatives, il y aura par exemple une plaque au ministère qui sera inaugurée avec sa famille pour commémorer cet assassinat…

MARC FAUVELLE
Quelque chose mais aussi dans les établissements scolaires de France ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, nous prendrons des initiatives, que je rendrai publiques bientôt, dans les établissements scolaires…

MARC FAUVELLE
Ça peut être quoi, une lecture, un moment de recueillement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, toute forme d'ailleurs, pédagogique, qui permette de sensibiliser les élèves aux valeurs qui sont les nôtres, et pour lesquelles Samuel PATY est mort, c'est-à-dire la liberté d'expression évidemment, la liberté tout simplement, la liberté tout court, l'éducation. Vous savez, nous respirons la démocratie comme de l'oxygène, parfois sans nous rendre compte que c'est un bien précieux, et pour cela il faut qu'au quotidien l'école dise toujours aux enfants que les valeurs de la République c'est fondamental et que parfois des gens sont morts pour elle, et c'est le cas de Samuel PATY.

MARC FAUVELLE
Merci Jean-Michel BLANQUER, je signale votre dernier livre paru chez Gallimard, « Ecole ouverte », merci d'être venu ce matin au micro de France Info.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2021