Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à BFM TV le 20 septembre 2021, sur Les Verts, la hausse des coûts de l'énergie et les enjeux de la COP26 à Glasgow.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Barbara POMPILI est notre invitée. Bonjour.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On était en train de parler des épisodes cévenols, tiens, en regardant la météo. Ministre de la Transition écologique. Barbara POMPILI, nous allons parler de beaucoup de choses, nous allons parler de la chasse, évidemment, nous allons protection des oiseaux, des accords commerciaux avec l'Australie, avec l'Australie, Barbara POMPILI, mais je voudrais commencer avec la présidentielle, les écologistes ont voté, Yannick JADOT, 27,7, Sandrine ROUSSEAU, 25,14. Est-ce que vous avez participé à cette élection ? Vous avez voté ou pas ?

BARBARA POMPILI
Non, non, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? Ah non, non, mais je…

BARBARA POMPILI
Non, non, je n'ai pas voté à cette élection…

JEAN-JACQUES BOURDIN
15 ans d'Europe Ecologie-Les Verts, des Verts et d'Europe Ecologie Les Verts, vous auriez pu voter ! 2000-2015…

BARBARA POMPILI
Non, je suis écologiste, mais je suis une écologiste qui veut gouverner, et ce qu'on a vu avec cette primaire, c'est que les Verts ne sont toujours pas prêts clairement à gouverner, avec des scores d'ailleurs qui sont très serrés et qui montrent qu'ils n'ont pas de leader naturel. Yannick JADOT n'a pas la dynamique qu'il pensait avoir. Et puis, un score très fort de Sandrine ROUSSEAU, qui est quand même plus qu'un peu déconnectée de la réalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est quoi ? Ah bon, ça veut dire quoi déconnectée de la réalité, la radicalité environnementale, Sandrine ROUSSEAU ?

BARBARA POMPILI
Non, moi, j'appelle ça de la déconnexion, quand Sandrine ROUSSEAU dit par exemple qu'il faut réduire la production d'électricité, c'est juste complètement déconnecté du réel, en ce moment, on doit baisser nos émissions de gaz à effet de serre, donc on est en train de changer les process pour les passer à l'électricité, donc on va augmenter notre part d'électricité, même si on fait des grosses économies, on augmentera notre part d'électricité, de demande d'électricité. Donc dire maintenant qu'il faut baisser la production d'électricité, c'est juste complètement irresponsable, et je crois que c'est simplement qu'elle ne le sait pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toute la question, c'est comment produire de l'électricité, j'y reviendrai tout à l'heure, et avec quelle énergie, le nucléaire, le fossile, enfin, bon. On va y revenir. Mais je voudrais qu'on regarde justement le programme de Sandrine ROUSSEAU, sortie du nucléaire, taxation carbone des entreprises, création d'un crime d'écocide, renforcer le statut juridique des animaux, interdire l'usage des pesticides de synthèse, limiter les engrais, puis, sur le terrain social, semaine de 4 jours, parité hommes/femmes réelle dans tous les domaines, rendre obligatoire le CV anonyme. Vous pourriez adhérer à tout ça ?

BARBARA POMPILI
Non, sur les aspects écolos purs, c'est ce qu'on fait, en fait, tout ce qu'elle est en train de dire, c'est ce qu'on fait, prenez-les les uns après les autres, on est en train de le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, bon, donc rien de nouveau ?

BARBARA POMPILI
On est en train de le faire. Non, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quoi, c'est une égérie du "wokisme", je ne sais pas, moi, de l'islamo-gauchisme, du néo-féminisme ?

BARBARA POMPILI
Non, encore une fois, on peut avoir envie de dire qu'on est radical, après, moi, ce que je vois, c'est qu'elle dit que, en gros, tout le combat politique est un combat qui est basé sur du rapport de force, fondé sur le fait qu'il y a de la violence d'une catégorie sur les autres, alors, bien sûr, qu'il y a des violences d'une catégorie sur les autres, mais le rôle de la politique, ce n'est pas que ça, ce n'est pas que ça, si on veut mettre en place la transition écologique, on a besoin de construire avec les autres et pas seulement contre les autres. Il faut qu'on mette les gens autour de la table, il faut qu'on aide les plus fragiles, il faut qu'on emmène tout le monde. Si on est dans un combat comme ça de rupture, eh bien, à la fin, on arrive aux gilets jaunes. Donc je ne crois pas à l'efficacité simplement de cette radicalité, c'est bien d'avoir de la radicalité dans la parole, c'est bien quand on est dans l'opposition, on se fait plaisir, sauf que, à un moment, quand on met dans les mains dans le cambouis, quand on est dans la réalité, eh bien, ça ne fonctionne pas comme ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais encore faut-il peser, Barbara POMPILI, dans les choix du gouvernement. Et vous essayez, je dis bien "vous essayez de peser", pas facile, Barbara POMPILI. Vous avez créé un mouvement, un parti en commun, et avec plusieurs députés de la majorité, vous essayez de peser. Que demandez-vous ? Je regardais hier, que demandez-vous, des augmentations d'impôts, oui, des augmentations d'impôts. Alors, quels impôts, droit de succession, plus-value immobilière, TVA, une augmentation de la TVA d'un point, bénéfices des grandes sociétés, revenus les plus élevés. Emmanuel MACRON dit de son côté : pas de hausse d'impôts. Donc voilà déjà une grosse différente. Baisse des taxes sur les carburants. Est-ce que vous demandez une baisse des taxes sur les carburants ?

BARBARA POMPILI
Vous savez, on a une présidentielle qui approche, dans le cadre de cette présidentielle, dans la majorité présidentielle, il y a des débats sur quelle est la suite, comment on fait marcher la suite. Moi, je considère que notre rôle, c'est de mettre des idées sur la table, de mettre les idées au débat, pour que ça puisse alimenter une campagne présidentielle. On n'est plus dans la même situation maintenant qu'en 2017, on a vécu une grosse crise, et qui est encore en train de nous faire souffrir. On doit relancer la machine, on a fait un plan de relance, on va faire un plan d'investissement. Maintenant, la question, c'est : comment on finance tout ça, et comment on fait en sorte que ça se passe de la manière la plus équitable et socialement équitable possible…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on augmente les impôts, donc on augmente les impôts ?

BARBARA POMPILI
Il va falloir réfléchir comment on finance tout ça, nous, on propose des choses, on verra après ce que ça donne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des augmentations d'impôts assumées, Barbara POMPILI !

BARBARA POMPILI
Mais assumons le fait que, à un moment, il va bien falloir payer pour que ce ne soit pas nos enfants qui payent par la suite, moi, vous savez, je crois que c'est très bien ce qu'on a fait sur le plan de relance, 30 milliards sur la transition écologique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le quoi qu'il en coûte, c'est formidable, les plans de relance, c'est formidable…

BARBARA POMPILI
Oui, mais pourquoi, parce que derrière, il faut qu'on investisse et qu'on mette de l'argent, parce que l'argent qu'on met maintenant dans la transition écologique, on va créer des filières, on va créer des emplois. Et donc après, ça rapporterait de l'argent, c'est une question d'investissement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, j'ai compris, j'ai compris votre raisonnement, mais, je vous repose la question, est-ce que vous demandez une baisse des taxes sur les carburants ?

BARBARA POMPILI
Sur les carburants, je pense qu'il faut qu'on regarde comment on fait pour avoir une… là, je vais vous faire… ce n'est pas de la langue de bois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si…

BARBARA POMPILI
Non, ce n'est pas de la langue de bois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si, là, vous me prévenez, ce n'est pas de la langue de bois, parce que vous allez faire de la langue de bois…

BARBARA POMPILI
Non, non, c'est juste que là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je connais ça par cœur, Barbara POMPILI…

BARBARA POMPILI
Moi, je ne veux pas qu'on fasse des réponses au coup par coup parce que je pense que c'est une mauvaise chose. On a un sujet aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, est-ce que vous proposez oui ou non la baisse des taxes sur les carburants ?

BARBARA POMPILI
On a un sujet aujourd'hui qui est une augmentation du prix du carburant qui est due à plein de choses qui sont extérieures à la France, mais qui nécessite pour nous de trouver les meilleures mesures de pouvoir d'achat, je crois qu'il faut que le pouvoir d'achat soit préservé dans notre pays, mais qu'en même temps, on ne se leurre pas, je veux dire, les carburants, ça va continuer à être un problème pendant longtemps, c'est pour ça qu'on aide nos concitoyens à changer de voiture…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais bien sûr…

BARBARA POMPILI
A être moins dépendants. Et puis, on a le problème aussi de la hausse des coûts des énergies qui fait que nous, on a décidé, là, pour la fin de l'année, de donner 100 euros aux Français pour qu'ils puissent payer leur facture d'énergie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est très bien !

BARBARA POMPILI
Et 100 euros pour tous les plus faibles, on est à…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous savez que les carburants, je vous coupe encore, Barbara POMPILI, parce que je tiens…

BARBARA POMPILI
Oui, vous me coupez !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je vous coupe, parce que je tiens à avoir une réponse, les carburants, c'est une dépense contrainte pour beaucoup de Français, vous le savez bien, ça augmente, est-ce que, oui ou non, vous demandez une baisse des taxes sur les carburants, je ne vais pas vous lâcher là-dessus, parce que vous avez une position, je le sais, vous voulez une baisse des taxes !

BARBARA POMPILI
Je veux que les Français paient moins cher leur carburant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

BARBARA POMPILI
Ça fait partie des idées que je propose, mais attention, attention, je dis toujours attention, parce que moi, ce que je veux surtout, c'est que les Français puissent avoir moins besoin de carburant par la suite, donc ce sont des mesures, entre des mesures temporaires et des mesures structurelles, il peut y avoir des mesures temporaires, mais ce que je veux surtout, c'est que, à la fin, les Français puissent avoir plus de voitures électriques, puissent se déplacer autrement sans être dépendants de ces cours du pétrole que nous ne maîtrisons pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors on va revenir sur le pétrole, Barbara POMPILI. La légalisation du cannabis, vous y êtes favorable aussi…

BARBARA POMPILI
Ça fait partie des mesures qu'on veut mettre au débat, parce que quand on a une politique qui ne marche pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez mettre cette mesure sur la table.

BARBARA POMPILI
Voilà, quand on a une politique qui ne marche pas depuis des dizaines d'années, depuis des dizaines d'années, on a une politique très dure contre les drogues et contre le cannabis, et on est les premiers consommateurs en ce qui concerne la jeunesse en Europe, donc ça veut bien dire que ça ne marche pas, moi, je suis très pragmatique, ce que je souhaite, c'est qu'on trouve une solution qui fonctionne. Est-ce que la légalisation peut faire en sorte qu'on puisse réguler la consommation du cannabis, gérer mieux la question des trafics aussi, en parallèle avec ce qui est fait par mon collègue DARMANIN sur la sécurité, parce qu'il faut faire les deux. Je crois que ça mérite d'être posé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La question mérite d'être posée ouvertement maintenant par le gouvernement.

BARBARA POMPILI
Oui, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Barbara POMPILI, la crise des sous-marins. Deux choses, deux questions, la première, est-ce que la France est traitée comme un valet des Américains, franchement, vous le ressentez comment ?

BARBARA POMPILI
Moi, ce que je considère, c'est que la France n'a pas été traitée correctement par des alliés qui sont supposés travailler avec elle, quand on travaille ensemble, on le fait, et on le fait en se disant les choses, il peut y avoir sur des contrats des difficultés, mais dans ces cas-là, on s'en parle. Et je crois que Jean-Yves LE DRIAN s'est très bien exprimé sur la question, je n'ai pas grand-chose à ajouter par rapport à ce qu'il a dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais moi, j'ai une question à ajouter, j'ai une question à ajouter, il y a des discussions en ce moment commerciales entre l'Union européenne et l'Australie, et la Nouvelle-Zélande, des accords de libre-échange, est-ce qu'il faut stopper ces discussions, est-ce qu'il faut dire aux Australiens et aux Néo-Zélandais : terminé les accords de libre-échange, des accords de libre-échange, ça veut dire de la viande australienne qui va arriver en Europe, et notamment en France, à des coûts, à des coûts moindres, et les éleveurs français vont en souffrir. Alors oui ou non, faut-il stopper ces discussions sur les accords de libre échange ?

BARBARA POMPILI
Alors c'est pareil je ne vais pas m'exprimer à la place de mon collègue, Clément BEAUNE, mais Clément BEAUNE l'a dit très clairement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais, d'accord, mais enfin, vous êtes concernée…

BARBARA POMPILI
Il a dit très clairement que, maintenant, il allait falloir regarder de très près cet accord de libre-échange et qu'on allait évidemment faire attention à ce que nos intérêts soient tout à fait préservés dans cet accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine que vous faisiez déjà attention, mais…

BARBARA POMPILI
On le faisait déjà, mais on avait une dynamique de partenariat, à partir du moment où cette dynamique de partenariat est clairement remise en cause…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On pourrait suspendre ces accords ?

BARBARA POMPILI
Mais ils ne sont pas en cours ces accords, ils sont en discussion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils sont en discussion, oui, mais on pourrait suspendre les discussions ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, écoutez, je ne vais pas prendre la décision moi-même, mais clairement, ils sont réinterrogés, est-ce qu'on peut le dire comme ça, ils sont réinterrogés, après, attention il faut aussi que nous soyons responsables. Moi, j'ai un gros dossier, que je suis en train de gérer avec tout le monde, c'est le dossier du changement climatique, on a des échéances internationales avec la COP26 à Glasgow, qui est très COP très importante, à la suite de la COP21, où on doit tous avancer sur notre dépendance au pétrole, au charbon, etc. Evidemment, moi, je continue les négociations, parce que le sujet est trop grave pour qu'on puisse se permettre d'arrêter les discussions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons de l'énergie, en deux mots ensuite nous parlerons de la chasse, l'énergie, accord effectivement, accord, enfin accord, discussions à Glasgow la COP 26, c'est en novembre, je crois, Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les énergies fossiles, la Norvège qui préparerait la fin de toute exploitation pétrolière avec un changement politique en Norvège, vous imaginez. Est-ce qu'on est-ce que vous demandez à TOTAL de mettre fin à toute exploitation pétrolière ou même à toute exploration pétrolière ?

BARBARA POMPILI
Oui alors les choses évoluent là-dessus et c'est très bien. Vous savez l'ennemi public numéro, d'abord c'est le charbon, il faut le faire dans l'ordre. C'est la moitié de nos émissions de gaz à effet de serre mondiales, donc le charbon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les Allemands entre autres.

BARBARA POMPILI
On se bat là-dessus. On a réussi à obtenir du G7 que tous les pays du G7 y compris le Japon qui était très financeur de centrales à charbon arrête de financer des centrales à charbon. Maintenant il faut qu'on passe à l'étape d'après avec la Chine notamment et avec d'autres pays comme l'Australie par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Allemagne.

BARBARA POMPILI
Non l'Allemagne a décidé de baisser ses consommations de charbon et ils sont aussi et ils arrêtent évidemment toutes les garanties export sur le charbon. Donc l'Europe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que TOTAL, bon le charbon c'est une chose mais maintenant je voudrais parler du pétrole et de ce qui a sous terre aussi, le pétrole, le gaz, est-ce que TOTAL doit mettre fin à toute exploration pétrolière ?

BARBARA POMPILI
On a une déclaration du président de la République qui était intéressante à Marseille où il a parlé notamment de l'Arctique puisque vous savez qu'il y a beaucoup d'enjeux sur l'Arctique puisque malheureusement il y a la glace qui laisse la place à la mer, donc on peut aller forer beaucoup plus là-bas. Il a dit très clairement que sur l'Arctique il allait falloir maintenant qu'on se mette autour de la table pour arrêter toute prospection qui pourrait être dangereuse pour l'environnement, qui pourrait porter atteinte à la biodiversité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc TOTAL va pouvoir continuer à prospecter dans le monde.

BARBARA POMPILI
TOTAL a décidé de se réorienter, je ne sais pas vous si vous avez vu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça j'ai vu.

BARBARA POMPILI
Ils deviennent TotalEnergies, c'est très bien, ça veut dire qu'ils ont compris qu'il n'y avait pas d'avenir dans le pétrole et dans le gaz et donc ils se tournent vers les renouvelables, ce qui est une très bonne chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors renouvelable, l'avenir, le nucléaire peut être l'avenir, est-ce que la France va construire 6 nouveaux EPR de petite taille ?

BARBARA POMPILI
Alors là-dessus on doit avoir ce fameux débat qui sort des postures. Je sais, vous avez vu que sur ces sujets fleurissent les opinions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais j'entends ça depuis des mois, on doit avoir ce débat mais alors quand ce débat sur ces EPR ?

BARBARA POMPILI
Pour avoir ce débat il faut se baser sur des faits et plus sur des postures. Je n'en peux plus des postures. Moi mon rôle en tant que ministre de la Transition écologique, c'est deux choses, baisser nos émissions de gaz à effet de serre et faire en sorte qu'on ait un approvisionnement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça on a compris mais je vous pose une question.

BARBARA POMPILI
Je vous réponds Jean-Jacques BOURDIN, mais si vous voulez que je vous réponde et que je sorte un petit peu des postures simplissimes, donc je dois vous répondre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

BARBARA POMPILI
On doit baisser nos émissions de gaz à effet de serre et on doit assurer pour l'avenir tout simplement d'avoir assez d'électricité pour pourvoir à nos besoins. Pour baisser nos émissions de gaz à effet de serre, on est en train de décarboner, on transforme les moteurs essence en des moteurs électriques. On rénove les maisons, le chauffage, on le fait passer à l'électrique. Donc on est en train d'avoir de plus en plus d'usages électriques, donc ça augmente notre besoin d'électricité et même si on fait des économies, RTE qui est des gens très au sérieux estime qu'on va augmenter de 20% notre demande d'électricité d'ici 15 ans. D'ici 15 ans évidemment on n'aura pas eu le temps de construire 20 centrales nucléaires, donc d'ici 15 ans, il faut pour faire face à la demande augmenter de manière très forte nos énergies renouvelables. Donc on a besoin de développer les énergies renouvelables quelles quel soit. Mais ça c'est très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Barbara POMPILI, on l'a compris, mais moi je vous pose une question précise.

BARBARA POMPILI
Ah bon ? Demandez à Xavier BERTRAND, est-ce qu'il a compris qu'il fallait développer les renouvelables, je ne suis pas sûre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon alors est-ce que la France va construire 6 nouveaux EPR ?

BARBARA POMPILI
Alors là c'est pareil, on a donc pour faire face à tout ce que je vous ai dit, RTE va déposer des scénarios, il va y avoir des scénarios jusqu'à 2050 qui seront des scénarios avec plus ou moins de nucléaire, où enfin monsieur BOURDIN, on va avoir la vérité des prix, combien ça coûte de faire du nouveau nucléaire, combien ça coûte de faire que du renouvelable, quels sont les avantages, les inconvénients de chaque scénario. On aura 6 scénarios et ces scénarios, moi je propose qu'ils servent de base de débat et enfin on n'arrêtera de débattre sur le sexe des anges ou pour savoir si oui ou non on aime ou pas le nucléaire, ce n'est pas mon problème.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Barbara POMPILI, vous ne m'avez pas répondu sur ces EPR donc la décision n'est pas prise.

BARBARA POMPILI
Parce que la décision doit être prise sur des fondements, Monsieur BOURDIN, qui vont sortir d'ici un mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça fait des mois et des années qu'on parle de cette décision que personne ne prend…

BARBARA POMPILI
Eh bien justement avant de prendre une décision, il y en avait parlé en l'air, maintenant on va parler sur des faits, c'est une grosse différence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moratoire sur, je ne sais pas moi, sur certaines installations d'éoliennes en mer ou pas, non ?

BARBARA POMPILI
Pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne sais pas comme ça parce qu'il y a des contestations partout notamment en Baie de Saint-Brieuc.

BARBARA POMPILI
Il y a des contestations et on doit y répondre en répondant sur des faits. Moi j'ai entendu des contestations avec des inquiétudes légitimes sur la biodiversité. On a fait faire des études au CNRS notamment sur la question du bruit et sur la question du bruit le CNRS a sorti des études qui montrent que la fameuse coquille Saint-Jacques de Saint-Brieuc n'est pas mise en danger par le bruit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je termine avec les chasseurs, est-ce que vous allez autoriser provisoirement, pour un an, la chasse aux alouettes, aux grives, aux merles, aux vanneaux huppés, aux pluviers dorés ?

BARBARA POMPILI
Dis donc vous avez une grande connaissance des oiseaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trois chasses traditionnelles, chasse à alouettes, alors les pentes, vous connaissez cette chasse ?

BARBARA POMPILI
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La matole, vous connaissez cette chasse et la Tenderie qui a été une chasse où on accroche l'oiseau avec un lacet, enfin bon vous l'autorisez ces chasses ?

BARBARA POMPILI
Alors sur les chasses, il y a encore eu des manifestations, il y a encore eu des gens qui se sont exprimés très fort. Moi ce que j'aimerai c'est sortir par le haut de toutes ces affaires-là. Moi, je ne suis pas une ministre qui doit être pour ou contre la chasse, la chasse, c'est une activité légale. A partir du moment où elle est légale, moi, mon seul prisme, c'est de vérifier si elle ne porte pas atteinte à la biodiversité. Quand c'est le cas, quand il y a des chasses qui ne sont pas sélectives comme la chasse à la glu par exemple, je l'interdis. Quand il y a des problèmes de reproduction, et là, je vous fais une annonce Monsieur BOURDIN, on va interdire pour cette année, on va suspendre pour cette année la chasse au grand tétras, qui est une espèce qui est en danger et qui s'est très peu, pas assez reproduite cette année. En ce qui concerne les chasses traditionnelles, le conseil d'État a décidé, a dit qu'il n'y avait pas suffisamment d'arguments juridiques pour que cette chasse soit autorisée, donc nous avons décidé, puisque c'est un sujet qui revient tous les ans, vous savez que ce sont des arrêtés que l'on fait tous les ans, nous avons décidé, j'ai décidé de redéposer tous les arrêtés concernant toutes les chasses que vous avez mentionnées, une par une, pour que le Conseil d'État puisse s'exprimer sur le fond sur chaque chasse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas avant la présidentielle…

BARBARA POMPILI
Ah mais si…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que la chasse est autorisée en année présidentielle ?

BARBARA POMPILI
Non, il est fort probable, Monsieur BOURDIN, que les arrêtés soient attaqués par les associations de protection de la nature, s'ils sont attaqués en référé, ce qu'on appelle le référé, le Conseil d'État va dire tout de suite, là, pas avant les présidentielles, pas du tout, maintenant, si c'est suspendu ou pas, ça, c'est la première chose…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si le Conseil d'État renouvelle son interdiction, les chasses seront interdites ?

BARBARA POMPILI
Cette année, oui, et après, il y aura, enfin, enfin, sur le fond, une décision très claire qui fera que ce sera clair d'un point de vue juridique pour tout le monde, pour les chasseurs, pour les associations de protection de la nature…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que le vanneau huppé, c'est une espèce menacée, on le sait, c'est une espèce menacée, le vanneau huppé.

BARBARA POMPILI
Eh bien, on verra si les chasses auront lieu ou pas, mais une fois de plus, il faut sortir par le haut de tout cela, il faut que les choses soient claires pour tout le monde. Est-ce que juridiquement, ces chasses contreviennent ou pas au droit européen, puisque c'est une directive, une directive Oiseaux. Est-ce que, oui ou non, le Conseil d‘État va le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a déjà la réponse sur le droit européen…

BARBARA POMPILI
Non, le Conseil d'État, non, non, le Conseil d'État ne s'est pas exprimé sur le fond…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne parle pas du Conseil d'État…

BARBARA POMPILI
Il a juste dit qu'il fallait plus d'arguments juridiques, on les a mis sur la table, et encore une fois, les choses seront plus claires l'année prochaine, mon successeur l'année prochaine n'aura plus cette question-là à gérer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire…

BARBARA POMPILI
Ce sera clair, ce sera oui ou non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien ce que je disais, Barbara POMPILI, c'est vrai que l'année prochaine, ce sera plus clair, en attendant, on chassera…

BARBARA POMPILI
Ce sera oui ou non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On chassera en année présidentielle.

BARBARA POMPILI
On verra ce que donne le référé, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allain BOUGRAIN-DUBOURG dit : la biodiversité est réduite à une monnaie d'échange électoraliste. Non ?

BARBARA POMPILI
La biodiversité n'est surtout pas réduite à une monnaie d'échange, sur ces sujets, il y a débat, je rappelle que ces chasses sont des chasses qui sont des chasses justement avec des filets, avec des cages sur des animaux qui sont déjà chassés au fusil par ailleurs, donc là, on ne parle pas de la chasse au fusil, on parle de la chasse avec ces outils-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, traditionnelle.

BARBARA POMPILI
Mais quand il y a un vrai risque pour la biodiversité, comme je vous l'ai dit pour le grand tétras, comme je vous l'ai dit, je ne vous l'ai pas dit, mais on a aussi suspendu la tourterelle des bois, on a évidemment arrêté la chasse à la glu. Quand il y a un risque sûr, on arrête. On arrête et on suspend la chasse, et c'est ce qu'on est en train de faire cette année sur ces chasses-là, il y a débat, il y a débat juridique, le débat juridique sera tranché par le Conseil d'État très vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Barbara POMPILI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2021