Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à BFMTV le 14 octobre 2021, sur la commémoration de l'assassinat de Samuel Paty, le laboratoire de la République et le pouvoir d'achat des enseignants.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER est notre invité ce matin, bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de l'Education nationale. Le 16 octobre 2020, il y aura un an dans deux jours, Samuel PATY, 47 ans, professeur d'Histoire-Géographie à Conflans-Sainte-Honorine au collège, était assassiné, hommage lui sera rendu, évidemment, la famille de Samuel PATY rencontrera le Premier ministre, puis le président de la République, samedi, et samedi matin une plaque sera dévoilée à votre ministère, c'est bien cela Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est cela, dans l'entrée même du ministère, une plaque qui pour toujours rendra hommage à Samuel PATY sera inaugurée, le Premier ministre viendra, ainsi que d'autres membres du gouvernement, avec moi, dans le ministère pour inaugurer cette plaque, avec les parents et la famille de Samuel PATY.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et minute de silence demain dans tous les établissements scolaires, à quelle heure, comment ça va se passer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est en fin d'après-midi, nous laissons les établissements, les écoles, s'organiser de manière adaptée, et aussi en pouvant choisir les modalités, c'est-à-dire c'est la minute de silence, mais ça peut être aussi une heure de discussion dans le cadre de l'éducation morale et civique d'ailleurs, sur finalement ce qu'il y a derrière cet événement tragique et ce que nous devons apprendre de cette leçon très grave, et donc il sera question de liberté, il sera question du rôle du professeur dans la société, et bien sûr les professeurs auront beaucoup de liberté justement pour aborder cela et nous avons publié des ressources pédagogiques pour qu'ils le fassent comme il leur semble utile, évidemment tout ça dépend beaucoup des âges des élèves, ce qui sera fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si perturbations, parce que les perturbations sont possibles, il y aura sanctions, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est d'ailleurs ce qui s'est passé l'année dernière, je vous rappelle que l'année dernière nous avions donné une consigne en la matière, c'est-à-dire de signaler les problèmes, des problèmes il y en a eu, mais au moins ils sont signalés, ils sont circonscrits aussi, ce n'était pas… quand on pense aux dizaines de milliers de lieux où cela a été fait, c'est évidemment un pourcentage très faible, mais là où c'est fait c'est signalé et ensuite c'est sanctionné, bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, une heure de cours, une heure d'échanges parfois, une minute de silence pour certains, des cours, des échanges, à partir de quelle classe peut-on commencer ces échanges, au collège, au lycée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est notamment au collège et au lycée, mais à l'école primaire il peut y avoir une minute de silence, les enfants peuvent comprendre cela, et de la même façon le travail sur l'éducation morale et civique se fait évidemment dès l'école primaire. Vous savez, ceux qui savent le mieux c'est les professeurs eux-mêmes, ils connaissent leurs élèves, ils savent comment faire, c'est vrai que c'est plutôt à l'âge du collège et du lycée qu'on peut approfondir ces questions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vont faire les enseignants, inciter à réfléchir sur la liberté d'expression, insister sur la liberté d'expression ? Certains craignent la contestation, et même craignent pour leur sécurité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Insister sur la liberté d'expression c'est insister aussi sur la connaissance et le savoir. Dans les textes que j'ai adressés aux professeurs au travers des recteurs, nous insistons beaucoup sur cela, c'est-à-dire le but est notamment d'insister sur la place du professeur, le respect du professeur, le savoir, le savoir dans notre société. Vous savez, savoir et liberté c'est quasiment synonyme, plus on apprend, plus on se rend libre, c'est bien le sens de l'école, et il est bon que de temps en temps, à cette occasion comme d'ailleurs à d'autres occasions, cette vérité première soit rappelée aux élèves.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que beaucoup d'enseignants ne se sentent pas protégés, ne se sentent pas soutenus parfois par leur hiérarchie, ça existe, vous le savez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je sais que ça existe, ça vient de loin, néanmoins, vous le savez, depuis 2017 je ne cesse de dire et d'agir en sens contraire, c'est-à-dire j'ai dit dès le début que nous n'étions pas dans la philosophie du « pas de vague », je l'ai dit à votre micro, je crois, dès la première fois où vous m'avez invité, et nous avons mis sur pied des dispositifs très concrets. Vous avez aujourd'hui, dans chaque rectorat de France, ce qu'on appelle le « carré régalien », c'est-à-dire quatre équipes capables d'intervenir auprès des professeurs, auprès des établissements, chaque fois qu'on appelle « au secours », chaque fois qu'on se sent seul face à un problème qu'on n'arrive pas à résoudre, en matière de laïcité, en matière de radicalisation, en matière de violences tout simplement, ou en matière de harcèlement, sur tous ces sujets qui nécessitent une approche spécifique la consigne est très claire, les choses doivent être signalées, une aide à l'intérieur de l'établissement doit être apportée, un travail collectif doit être fait, et quand on se sent un peu dépassé, ça peut arriver, alors l'institution arrive, mais personne ne doit se sentir seul. Je sais bien que parfois ce sentiment continue à exister, je ne l'ignore pas, néanmoins je pense que c'est en diminution, précisément parce que de plus en plus de professeurs, de personnels de l'Education nationale, voient que la doctrine s'est affermie et que nous nous sommes donnés les moyens de venir en soutien, mais le message est très clair, c'est soutien à chaque professeur, à chaque personnel, dans les situations anormales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que les enseignants sont confrontés à des situations totalement anormales, on a vu cette vidéo de cette enseignante bousculée, l'auteur de la bousculade a été condamné à 5 mois de prison avec un sursis probatoire pendant 2 ans, obligation de travail d'intérêt général, 140 heures, il y a aussi obligation de soins pour sa consommation de cannabis, mais, on parle beaucoup de lui, de celui qui a bousculé l'enseignante, mais je voudrais prendre des nouvelles de l'enseignante, comment va-t-elle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'enseignante a été exemplaire dans cette affaire, elle a évidemment tout mon soutien. Je voudrais signaler, Jean-Jacques BOURDIN, que la chaîne de réactions, de sanctions que vous venez de dire, elles se sont enclenchées immédiatement, avant même qu'il y ait médiatisation, je tiens à le souligner, parce que la médiatisation a eu lieu en fin de journée, de ce jour-là, et c'est à la mi-journée que la professeure fait tout ce qu'il y a à faire dans ce genre de circonstances, elle signale au proviseur, le proviseur fait lui aussi ce qu'il y a à faire, c'est-à-dire que l'élève est convoqué, les premières mesures conservatoires sont prises, la professeure évidemment fait l'objet d'une protection fonctionnelle, soutien de l'institution, et ensuite on porte plainte, et ceci, encore une fois, n'a pas attendu que la vidéo soit diffusée sur les réseaux sociaux. C'est vous dire que, les procédures dont je vous parlais juste avant, de soutien, fonctionnent dans un cas comme celui-là, et ensuite, évidemment, suivis à la fois judiciaire et disciplinaire. Le suivi judiciaire… a été extrêmement rapide, puisqu'il est allé en comparution immédiate et que vous venez de faire part de la peine qui a été subie, et puis maintenant il y a la suite disciplinaire, c'est-à-dire ce qu'il va lui arriver dans le cadre de l'Education nationale, j'ai demandé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il va réintégrer le lycée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, j'ai demandé au recteur de l'académie, mais dans le cadre d'une commission disciplinaire, on respecte les règles de droit, mais que, évidemment, cet élève ne retourne pas dans son établissement, et vous savez nous avons développé des institutions spéciales de scolarisation, des dispositifs relais, parfois même des internats relais, pour les élèves très perturbateurs, c'est le cas de ce garçon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, comment se terminer son cursus scolaire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par ailleurs, ce qui est souhaitable, c'est qu'il retrouve le droit chemin, et donc retrouver le droit chemin c'est par des processus particuliers quand on s'est écarté à ce point-là, et donc c'est évidemment ce qu'on peut souhaiter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'enseignante, je vous repose la question, comment va-t-elle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Aux dernières nouvelles elle va assez bien, encore une fois je voudrais souligner le caractère remarquable de sa réaction, et évidemment elle a droit à tout le soutien de l'institution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu des réactions politiques, des uns et des autres, Valérie PECRESSE par exemple, qui propose de supprimer les allocations des familles d'élèves violents, parents défaillants d'élèves perturbateurs, c'est une solution ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Dans la campagne présidentielle il va y avoir beaucoup d'idées autour de ces… ce n'est pas exactement le sujet dans cette affaire. J'ai toujours pensé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin c'est un élève violent et perturbateur, pardon !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut de toute façon avoir une vision éducative complète, j'ai déjà fait part de propositions que je peux avoir en la matière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais revenir sur ce que vous avez fondé, enfin, fondé, oui, créé hier soir, ce Think tank, c'est-à-dire un cercle de réflexion, d'échange, autour de, quoi, du wokisme, de… ? Vous défendez la laïcité, vous défendez la République, c'est un laboratoire de la République, dites-vous.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le nom que nous lui avons donné, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le laboratoire de la République, pour défendre quoi précisément, qu'est-ce qui est danger ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, c'est quelque chose qui est fait pour, avant d'être fait contre quoi que ce soit, c'est le laboratoire de la République, c'est donc pour la République. Vous savez, on dit toujours, à la fin de nos discours, et on a bien raison, « Vive la République », et derrière ce mot qu'y-a-t-il ? Très souvent, notamment les jeunes générations, pensent que c'est une incantation un peu creuse, mon idée c'est qu'aujourd'hui il faut montrer que la République c'est quelque chose de très concret, c'est le socle fondamental de la démocratie, c'est d'abord et avant tout notre liberté, c'est les valeurs de la République, liberté, égalité, fraternité, mais aussi laïcité, et on doit déduire de la République des choses très concrètes pour les Français, en termes de politique économique et sociale, en termes de politique culturelle, etc., et donc ce cercle de réflexion sert à cela, d'abord et avant tout. Il est aussi très directement tourné vers la jeunesse, parce que parfois, quand on fait des enquêtes, on se rend compte que la jeunesse a une perception différente de ce qu'on peut mettre derrière les valeurs de la République, par rapport aux préoccupations de la jeunesse, je pense à l'environnement en particulier, je pense au féminisme, eh bien il y a une vision républicaine de ces sujets, qui part notamment du sujet de l'égalité tout simplement, l'égalité des droits entre les êtres humains, et qui s'intéresse moins aux identités des gens, aux origines des gens, que tout simplement au fait que nous sommes entre êtres humains si je puis dire. Nous avons besoin d'une société de fraternité, d'une société de paix, et pour cela il faut les principes républicains, et de ce point de vue-là il me semble que la tradition française, la trajectoire française, de définition de la République, est le cadre adéquat, alors que parfois on nous propose d'autres modèles venus d'ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce qui menace la République aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, il y a beaucoup de choses, beaucoup de forces de fragmentation, je les appelle ainsi parce qu'on voit des gens qui cherchent à diviser…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais concrètement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On pourrait dire, pour être simple, l'extrême gauche à l'extrême droite, dans les deux cas il y a des modèles qui parfois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ressemblent et qui s'assemblent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Qui parfois ont des ponts, bien sûr, sur le sujet notamment de vouloir s'intéresser tant que ça à la race, de s'intéresser tant que ça aux identités morcelées, à opposer les gens en fonction de ça, c'est évidemment ce que nous rejetons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour vous l'extrême droite et ceux que l'on appelle les islamo-gauchiste finalement, sont dans une même réflexion, dans une même idéologie ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce serait trop simple… je ne veux pas à mon tour être dans le simplisme, je pense que le reproche que l'on peut faire à l'extrême gauche et à l'extrême droite c'est justement le schématisme, le simplisme, et un des buts du laboratoire de la République c'est précisément d'apporter dans le débat public du calme, de la nuance, de la complexité, et c'est justement ce que nous sommes en train de faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai lu votre livre, et vous écrivez « les islamo-gauchistes sont des complices des courants se voulant avant-gardistes », c'est bien cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les islamo-gauchistes, je ne sais pas, c'est Médiapart, c'est Jean-Luc MELENCHON, c'est qui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous lisez le livre vous le verrez. Je ne cherche pas, mon but n'est pas de créer des polémiques autour de ça, mon but c'est de montrer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s'agit pas de créer des polémiques, il s'agit de dire les choses.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors ça on ne peut pas me faire le reproche de ne pas dire les choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Simplement je n'ai pas besoin de répéter les choses, sans arrêt, faire une boucle de polémique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous le pensez.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce que je pense c'est que nos sociétés, et pas seulement la France, regardez les Etats-Unis, regardez l'Angleterre, regardez un grand nombre de pays occidentaux en particulier, sont travaillés parfois par des forces de fragmentation, oui, et que la République c'est ce qui unit, c'est ce qui rassemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qu'on appelle le wokisme, la « cancel culture. »

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous voulez, ce que le président de la République a réussi, avec le dépassement du clivage gauche-droite en particulier, et la posture de rassemblement qui est la sienne, c'est exactement ce qu'on doit travailler dans le monde des idées, dans la société, c'est-à-dire le fait que nous devons d'abord ne pas aller vers le simplisme, on doit se rendre compte que le monde suppose de la nuance, on doit accepter le point de vue des autres, on doit se respecter, et ceci c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est… contre l'intolérance quoi !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, bien sûr, l'éternelle lutte pour la liberté tout simplement. Si on va à l'épure de tout ça, ce qui est à défendre, de nos jours, c'est la liberté, et la liberté dans le monde, la liberté en France aussi, bien sûr, parce que ce n'est pas tellement l'Etat aujourd'hui qui menace nos libertés, c'est toute une série de pressions, d'éléments de vie quotidienne, de fragmentation de la société, auxquelles il faut prendre garde, donc tout ceci suppose une réflexion sur la société, qui ne relève pas forcément seulement des partis politiques, mais qui suppose que des gens venus d'horizons divers puissent réfléchir, et c'est aussi ça qui nourrit la démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mettez sur le fronton de toutes les écoles…

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'éducation, évidemment, est au centre de ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les textes de John LOCKE, le philosophe qui a écrit un formidable Traité sur la tolérance. « Ces chapelles », je redis ce qu'a dit le président de la République hier, ça a été rapporté partout, donc si ça a été rapporté partout c'est bien que l'Elysée a voulu que ce soit rapporté partout, « ces chapelles, le narcissisme des petites différences sont inutiles et funestes, s'agissant des membres du gouvernement » a dit hier Emmanuel MACRON. Alors, sont visés, peut-être, je ne sais pas moi, Territoires de progrès, rassemblement de ministres issus de la gauche, et puis peut-être votre Think tank, qui… non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, si vous voulez les…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne sais pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, quelque chose qu'il ne faut pas perdre, c'est qu'un Conseil des ministres c'est secret, je suis toujours surpris de voir dans la presse ce qu'on peut dire en « Co » mais parfois même en Conseil de défense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
…n'ont pas été démentis par l'Elysée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
S'il y a bien une chose que le président de la République nous dit à chaque fois c'est qu'on ne parle pas de ce qui se passe en Conseil des ministres et donc je vais évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous êtes ministre c'est parce que les Français ont cru au dépassement politique et au rassemblement » a dit Emmanuel MACRON, il a bien dit cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça lui est arrivé souvent de le dire et il a bien raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a bien raison, oui d'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais ne comptez pas sur moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, certainement pas, vous savez, je parle fréquemment avec le président de la République, mais ne comptez pas sur moi pour rompre le secret du conseil des ministres, apparemment des gens aiment bien faire ça, mais ce n'est pas mon cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER, je voulais parler des enseignants. Je pense aux enseignants et aux enseignants qui ont de la route à faire tous les jours, et qui prennent leur voiture, et que se passe-t-il ? Eh bien ils voient le prix de l'essence augmenter, sans cesse augmenter. Vous vous occupez, est-ce que l'Etat s'occupe de ces Français qui sont confrontés tous les jours à une augmentation du prix des carburants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est évidemment un problème très concret, peut-être même le problème principal actuel depuis quelques semaines, du fait de la hausse de l'énergie qui est un phénomène mondial. Le Premier ministre, avec le président de la République, a pris à bras-le-corps ce sujet, vous savez, avec le chèque énergie, les mesures qui ont été prises pour compenser le pouvoir d'achat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, le chèque énergie c'est une chose, c'est pour le gaz ou l'électricité, mais ça n'a rien à voir avec les carburants, ni avec le fuel d'ailleurs.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est vrai, et c'est pour ça d'ailleurs que nous continuons à observer la situation, encore une fois le Premier ministre, le ministre de l'Economie, sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des mesures vont être prises et annoncées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est bien entendu pas à moi de le dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je ne dis pas quelles mesures, mais vous êtes au courant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, nous sommes en vigilance extrême…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous en avez parlé au Conseil des ministres.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, c'est le genre de choses dont nous pouvons parler, beaucoup plus intéressant que le point précédent, ça fait partie des sujets les plus importants des Français en ce moment, nous sommes au travail sur ce point, notamment, comme vous le savez, tout bénéfice fiscal lié à cela est reversé au service du pouvoir d'achat des Français en matière d'énergie. Cela signifie concrètement que l'Etat ne va pas gagner d'argent avec la hausse de l'énergie, bien entendu, ça il faut bien le comprendre, et au contraire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant il gagne de l'argent avec la TVA.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, tout est reversé automatiquement justement pour diminuer le prix de l'énergie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça sera reversé automatiquement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Les mesures qui sont prises sont faites pour venir en aide aux plus démunis en matière de prix de l'énergie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même les gains effectués sur la hausse de TVA sur les carburants, ce sera reversé aux Français ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, c'est un sujet du ministre de l'Economie, je n'ai pas à faire des annonces là-dessus….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce sera reversé aux Français ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, la philosophie exprimée très clairement par le président de la République et le Premier ministre c'est qu'il n'y a pas de fiscalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, mais en tout cas nous sommes extrêmement attentifs à ce point, vous avez cité l'exemple des professeurs qui prennent leur voiture, et c'est évidemment un sujet sur lequel nous n'avons pas été inertes et nous ne le serons pas. Sur le plan plus structurel, à long terme, cela nous permet d'insister aussi sur évidemment l'évolution énergétique de notre pays et la nécessité de décarboner nos modes de vie et notre économie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. J'ai une autre question et je vais en venir à l'épidémie de Covid. Est-ce que les masques achetés par l'Education nationale sont français ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Certains masques sont français bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas tous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas tous. Vous savez, au début, on était bien content de se fournir là où on pouvait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors que les fabricants de masques français, qu'on a encouragés, sont au bord de la faillite.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, les fabricants de masques français nous les regardons en priorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup sont au bord de la faillite.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, il y a des règles d'achat que nous devons respectées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que l'Education nationale n'achète que des masques français ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous n'achetons pas que des masques français, au début nous les avons d'ailleurs achetés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'est-ce pas dommage ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, la consigne c'est évidemment d'acheter au maximum des masques français, dans le respect des règles des marchés publics. Ensuite, au début de l'épidémie, nous avons fait un travail énorme pour aller chercher les masques, c'était notamment en Asie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au début, oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'était d'ailleurs des masques en tissu, parce que là, s'agissant de l'Education nationale, on parle pour l'essentiel de masques en tissu, et donc il reste évidemment quelque chose de ces démarches initiales, mais il est évident qu'il faut encourager la production de masques en France, c'est toute notre volonté dans la lignée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ne dites vous pas, au lieu d'encourager, oui nous allons acheter français, tous nos masques seront français ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce qu'il y a, en matière d'achat public, des règles à respecter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Allemagne achète tous ses marques en Allemagne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, encore une fois, nous tendons vers cela, je ne vais pas rentrer dans la complexité de ce qu'est un marché de masques, mais là aussi évitons le simplisme, il va de soi qu'il faut encourager l'industrie en France et que notre volonté c'est d'acheter la plupart de nos masques en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
527200 classes en France, combien de classes encore fermées aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Aujourd'hui on est près de 1000 classes, donc ça ne cesse de… près de 1000 classes donc ça ne cesse de descendre. Rappelez-vous qu'on était monté jusqu'à 3500, donc la tendance reste bonne et je m'en réjouis. Nous restons très vigilants. Vous le savez nous sommes maintenant à 79 départements qui sont passés, qui passeront lundi en protocole 1, ça signifie que notamment que les enfants des écoles primaires ne porteront pas le masque à partir de lundi dans ses 79 départements. C'est surtout finalement, même la Seine-et-Marne en région parisienne passe ainsi. Nous sommes très attentifs à ne pas aller trop vite, à faire les choses posément parce que parfois il peut y avoir un retour au protocole de… c'est le cas en Lozère, la Lozère est dans cette situation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les masques, les enfants vont reporter un masque en Lozère.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Absolument à partir de lundi et de même nous recommandons de le faire dès aujourd'hui autant que possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le seul département.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le seul département, ça s'explique aussi par le fait que, il y a un petit nombre d'habitants, donc il a rapidement des effets de proportions très forts dès qu'il y a quelques cas, mais en tout cas cela nous montre que on ne doit pas baisser la garde et que certes il est bon de pouvoir alléger le protocole quand on le peut et vous le savez nous faisons évoluer le curseur de manière fine en fonction de la situation, mais il ne faut pas aller trop vite et c'est ce que nous faisons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une dernière question, est-ce que le phénomène Squid Game vous inquiète ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De façon générale les jeux dangereux m'inquiètent évidemment. Tous les phénomènes si vous voulez qui sont des dangers pour nos enfants et notre jeunesse m'inquiètent, souvent sur Internet et sur les réseaux sociaux. Donc là il s'agit d'une une série, une série Coréenne où les perdants des jeux sont tués, ça provoque parfois des imitations de ça dans les cours de récréation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les cours, les lycées…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est évidemment, alors le phénomène à ce stade n'a pas pris une ampleur trop grande mais il existe quand même, donc on est très attentif, de même que j'ai eu à intervenir sur le phénomène du harcèlement des enfants entrant en 6e qui était lui, qui avait lui aussi pris naissance avant même les réseaux sociaux sur les jeux, sur les sites de jeux sur Internet. Tout cela nécessite une vigilance de tous, je m'adresse aux parents en particulier, il faut être très attentif, d'abord un les enfants doivent pas abuser des écrans, je permets de profiter de votre micro pour le dire, ne laissez pas vos enfants trop longtemps devant les écrans et faites attention à ce qu'ils regardent. L'Education nationale publie sur ces sites toute une série de recommandations sur ce qu'il faut faire notamment sur le contrôle parental et par ailleurs dans les établissements on a maintenant un programme qui s'appelle le programme Phare, qui est un programme anti-harcèlement et puis qui plus globalement est fait pour empêcher tout simplement que les enfants se fassent du mal entre eux, souvent inspirés par des choses qu'ils voient sur internet. Donc on doit être d'une extrême vigilance, ce sujet fait partie des sujets les plus importants qui soient, c'est-à-dire comment dans cette civilisation dans laquelle on est entré ultra technologique où nos enfants sont très tôt devant les écrans, eh bien on peut éviter les influences néfastes et au contraire avoir une éducation positive. Ça suppose que nous les humains, si je puis dire et les parents, eh bien nous soyons en attention plus forte que nous le sommes vis-à-vis des enfants, que nous leur consacrions le temps nécessaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Michel BLANQUER. Je rappelle le titre de votre livre « Ecole ouverte » chez Gallimard, merci beaucoup.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 octobre 2021