Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 22 octobre 2021, sur l'indemnité de 100 euros (chèque énergie) et la hausse du prix des carburants, la politique budgétaire et le Covid-19.

Texte intégral

JEFF WITTENBERG
Bonjour à tous, bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
On aura beaucoup de questions à vous poser ce matin, des précisions que finalement on n'a pas toujours entendu dans la bouche du Premier ministre hier soir, ainsi, par exemple, il a annoncé que 38 millions de Français allaient percevoir cette fameuse indemnité de 100 euros, il a parlé des salariés du privé, des fonctionnaires, des retraités, des indépendants, une catégorie qui semble avoir été oubliée c'est les étudiants, est-ce que, eux aussi vont percevoir cette prime ?

GABRIEL ATTAL
Oui, les étudiants seront accompagnés par l'indemnité inflation, conformément à notre ligne depuis le début de cette crise qui a été évidemment d'accompagner les jeunes, et notamment les étudiants, dans les difficultés financières.

JEFF WITTENBERG
Il y aura des conditions ?

GABRIEL ATTAL
L'inflation aujourd'hui elle peut aussi concerner les étudiants, parce qu'il y a d'autres prix que le carburant qui augmentent, il y a des étudiants qui utilisent une voiture, mais il y a d'autres prix que le carburant qui augmentent, et on sait que pour un certain nombre d'étudiants c'est difficile de boucler ses fins de mois, et donc c'est les étudiants boursiers et les étudiants qui sont autonomes fiscalement de leurs parents, qui seront concernés par l'indemnité inflation, je crois que ça fait autour des deux tiers des étudiants français qui sont donc concernés.

JEFF WITTENBERG
Autre question pratique, est-ce que ces 100 euros seront fiscalisés, est-ce qu'ils rendront certaines personnes imposables dès lors qu'ils rentreront dans les revenus, ou ne le seront-ils pas ?

GABRIEL ATTAL
Non, ces 100 euros ne seront pas fiscalisés, ça veut dire pas d'impôt sur le revenu sur cette indemnité de 100 euros, pas de charge non plus sur cette indemnité.

JEFF WITTENBERG
Alors, il y a une question de philosophie finalement, que vous avez tranchée au gouvernement, pourquoi vous avez choisi cette solution et non ce à quoi certains s'attendaient, une baisse des taxes, une baisse de la TVA par exemple, qui n'aurait pas forcément coûté plus cher, vous allez nous le dire, aux finances de l'État et qui aurait profité à tout le monde, et non juste à une partie de la population ?

GABRIEL ATTAL
J'avais eu l'occasion de le dire, on cherchait une solution qui était simple, lisible et efficace. Il y a plusieurs pistes qui existaient, c'est pour ça que pendant quelques jours on les a regardées chacune. Vous parlez de la baisse des taxes, si on avait emprunté cette voie rien ne nous disait que ça allait améliorer le quotidien, ou le pouvoir d'achat, des Français, pourquoi ?

JEFF WITTENBERG
La baisse à la pompe tout de même.

GABRIEL ATTAL
D'abord parce que quand vous baissez les taxes vous n'avez pas la garantie que ça va être répercuté sur le prix, contrairement à l'électricité, au gaz, le prix du carburant n'est pas réglementé, donc il y a des intermédiaires qui auraient pu dire "on ne va pas répercuter"…

JEFF WITTENBERG
Les supermarchés par exemple, les grandes surfaces, ont toujours dit qu'elles allaient jouer le jeu et que la balle était dans le camp de l'État.

GABRIEL ATTAL
Je pense que parfois dans un premier temps certains disent qu'ils vont jouer le jeu, et ce n'est pas le cas ensuite, donc voilà, c'est la première chose. La deuxième chose, Jeff WITTENBERG, c'est que, pourquoi le prix du carburant augmente ? Il augmente parce que la demande augmente très fortement partout dans le monde, qu'il n'y a pas l'offre qui correspond, et donc le prix du baril de pétrole augmente. Vous pouvez baisser la fiscalité et dire que ça va baisser au début, 10 centimes au litre, ou 20 centimes au litre, mais si le baril continue à augmenter, de 5 centimes sur une semaine, de 5 centimes sur… etc., au bout de quelques jours ou quelques semaines la baisse de la fiscalité elle est compensée par la hausse du prix du pétrole, et donc, à la fin, le français qui va faire son plein il ne voit plus la baisse de fiscalité et en tout cas ça ne change rien à ce qu'il paye ensuite à la pompe. Et donc nous on a cherché une solution plus efficace, et c'est celle qui a été annoncée par le Premier ministre.

JEFF WITTENBERG
Mais aujourd'hui c'est bien le budget carburant qui fait le plus mal au portefeuille, vous, vous avez annoncé que c'était une prime pour l'inflation en général, est-ce qu'il est juste, dans le cas de figure par exemple suivant, qu'un célibataire qui gagne un peu plus de 2100 euros soit exclu de ce chèque, alors qu'un célibataire avec des enfants, soit exclu de ce chèque, alors qu'une personne seule qui va gagner 1950, l'aura, pourquoi n'avez-vous pas tenu compte par exemple des considérations familiales ?

GABRIEL ATTAL
D'abord c'est toujours les questions qu'on pose, et je l'entends, quand il y a des seuils qui sont décidés, c'est la première chose, ensuite, la deuxième chose c'est que ce seuil qui a été décidé, de 2 000 euros par personne, je précise, ce n'est pas sur le foyer fiscal, il permet de couvrir plus de la moitié des Français qui travaillent, 70% des retraités qui vont être concernés, donc c'est très large. Est-ce que ça veut dire que les Français qui sont au-dessus de ce seuil n'ont pas de difficultés ? Evidemment non, mais à un moment vous devez faire des choix. Je rappelle aussi que toutes les mesures que nous avons prises depuis début de ce quinquennat, notamment pour les Français qui travaillent, baisse ou exonération des cotisations sociales, des décisions que nous avons prises aussi sur la taxe d'habitation qui est supprimée pour 80% des Français, elles bénéficient aussi à des Français qui sont au-dessus de 2 000 euros.

JEFF WITTENBERG
Mais sur cette mesure spécifique, si on a une voiture et qu'on gagne plus de 2 000 euros, on ne touche rien, si on n'a pas de voiture, et qu'on gagne un peu moins de 2 000 euros, pour que les choses soient très claires, on va toucher 100 euros, or c'est bien le carburant qui coûte aujourd'hui, est-ce que, il n'y a pas une injustice ?

GABRIEL ATTAL
Mais, il y a des hausses qui ne concernent pas que le carburant, et d'ailleurs…

JEFF WITTENBERG
Mais c'est quand même celle qui est la plus douloureuse actuellement.

GABRIEL ATTAL
Dans les prochaines semaines et prochains mois on peut s'attendre à ce qu'il y ait potentiellement des hausses sur d'autres produits, si la question que vous posez c'est, est-ce qu'il aurait fallu mettre en place une aide liée au fait d'avoir une voiture, pour le coup, là-dessus le Premier ministre a été très clair, ça aurait été une usine à gaz, qu'est-ce qu'on aurait dit aux Français, présentez votre carte grise, on va regarder si on… machin, et puis on va vous demander combien de kilomètres vous roulez chaque jour, il y a des régions qui avaient tenté de mettre en place un dispositif comme celui-là, je crois notamment la région hauts-de-France il y a quelques années, 1% des salariés qui en ont bénéficié à la fin…

JEFF WITTENBERG
De Xavier BERTRAND.

GABRIEL ATTAL
Parce qu'à la fin on met tellement de critères, on demande tellement de paperasseries, pour vérifier que vous avez une voiture et autre, qu'il n'y a personne qui en bénéficie.

JEFF WITTENBERG
Mais vous pouvez comprendre la colère ou la frustration d'automobilistes qui sont juste au-dessus du seuil, Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Moi j'entends que les Français ils veulent que les prix baissent, ils veulent pouvoir vivre de leur travail, et tout ce qu'on fait depuis le début de ce quinquennat vise à ce que les Français puissent vivre de leur travail. Encore une fois, on a augmenté la prime d'activité, on a baissé les charges, on a supprimé la taxe d'habitation pour 80% des Français, baissé l'impôt sur le revenu.

JEFF WITTENBERG
Et vous dites que le pouvoir d'achat, Jean Castex l'a dit hier soir, va augmenter en 2021, vous pensez vraiment qu'une majorité de Français a ce ressenti à la fin de l'année 2021, que son pouvoir d'achat a augmenté ?

GABRIEL ATTAL
C'est toujours la différence entre évidemment ce que vous disent les économistes, les experts, au niveau national, et puis ce que les Français ressentent au quotidien…

JEFF WITTENBERG
Mais quelle est la réalité Monsieur ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Moi je suis élu, je parle avec des Français, et donc je vois, mais la réalité c'est, encore une fois, les mesures qu'on prend depuis le début de ce quinquennat. Si vous êtes un salarié au SMIC, vous bénéficiez d'un 13e et d'un quasi 14e mois, depuis le début de ce quinquennat, grâce aux mesures qui ont été prises pour accompagner les Français qui travaillent, on a baissé les impôts depuis le début de ce quinquennat.

JEFF WITTENBERG
Alors si les Français répondent que leur pouvoir d'achat a baissé, c'est qu'ils sont de mauvaise foi ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne dis pas ça évidemment, encore une fois…

JEFF WITTENBERG
Si la réalité est que, en fait il a augmenté ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois vous êtes dans un contexte où vous avez des prix qui augmentent, moi je peux comprendre la lassitude des Français vis-à-vis de ça, c'est une situation qui n'est pas liée à la crise, mais à la sortie de crise, on sort d'une crise économique historique, il y a une demande mondiale sur les matières premières, sur l'énergie, par définition il y a une offre qui n'est pas extensible, et donc il y a les prix qui augmentent. Ce que nous disent quand même la plupart des experts c'est que c'est temporaire, c'est lié à la sortie de la crise économique, à la reprise très forte, il va y avoir un retour à la normale, dans l'intervalle on accompagne les Français qui en ont le plus besoin.

JEFF WITTENBERG
Ce chèque il va coûter 3,8 milliards au budget, le Premier ministre a parlé d'1 milliard qui serait gagné grâce à la hausse de la TVA, enfin disons la TVA perçue sur les carburants précisément, les 2,8 milliards restants d'où vont-ils venir, le budget général, a dit le Premier ministre, sans plus de précision, est-ce que vous pouvez nous dire quels ministères vont devoir se serrer la ceinture ?

GABRIEL ATTAL
D'abord moi ce que je veux dire c'est que, si on peut faire ce choix-là, c'est précisément parce qu'on a été sérieux dans les finances publiques et qu'on a remis de l'ordre dans les comptes depuis le début du quinquennat, c'est aussi pour ça qu'on a pu faire le…

JEFF WITTENBERG
Mais comment vous allez faire maintenant, pour ces 2,8 milliards ?

GABRIEL ATTAL
C'est aussi pour ça qu'on a fait le "quoi qu'il en coûte" ; non mais je l'explique parce que j'entends parfois certains qui disent "ils ne font pas attention", etc. Quand Emmanuel MACRON a été élu en 2017 la France était, à Bruxelles, dans une procédure, pour déficit excessif, on a sorti la France de la procédure pour déficit excessif, on est repassé sous les 3%…

JEFF WITTENBERG
Et maintenant, cet argent, est-ce que vous allez "cramer la caisse" comme a dit Valérie PECRESSE ?

GABRIEL ATTAL
Non, parce que c'est parce qu'on a été rigoureux qu'on peut être généreux, c'est parce qu'on a remis de l'ordre dans nos comptes, depuis le début du quinquennat, que dans le cadre de la crise on a fait le "quoi qu'il en coûte", et que la sortie de crise et les difficultés de pouvoir d'achat, on peut prendre cette mesure.

JEFF WITTENBERG
Mais précisément…

GABRIEL ATTAL
Pour répondre à votre question, le Premier ministre l'a dit, il y a un excédent fiscal lié à la hausse des prix, 1 milliard, il est répercuté, et puis ensuite vous avez un niveau de croissance qui va être supérieur en 2021 à ce qui avait été anticipé, puisque c'est 6,25% et non 6, et avant on pensait même que ça serait 5%, et donc vous avez un surplus de recettes fiscales. Ensuite, s'il y a des marges à dégager pour financer, évidemment que ça sera fait, ça sera fait avec le Parlement dans le cadre de la discussion budgétaire.

JEFF WITTENBERG
Donc il y a des arbitrages et des ministères qui vont nécessairement pâtir de cette mesure.

GABRIEL ATTAL
Il y a une discussion budgétaire qui est en cours, mais, encore une fois, on est assez cohérent dans nos mesures, on ne veut pas augmenter les impôts, donc les impôts n'augmenteront pas, pour financer cette aide.

JEFF WITTENBERG
Deux questions sur le Covid pour terminer cet entretien. Vous avez dit, il y a quelques jours, à la sortie du Conseil des ministres, que l'épidémie, vous avez constaté, augmentait à nouveau, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas notamment, est-ce qu'elle augmente aussi en France à l'heure où nous parlons, est-ce que du coup la levée du pass sanitaire, qui avait été envisagée le 15 novembre, n'est plus d'actualité ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une reprise de l'épidémie, un peu partout en Europe, qui est notamment liée aux conditions hivernales, on est plus en intérieur, etc., il y a des pays d'ailleurs, en Europe, qui ont dû reconfiner, je pense à la Lettonie récemment, qui a dû prendre cette décision très difficile. Ce qu'on constate en France c'est qu'il y a un très léger rebond de l'épidémie. Ça veut dire quoi ? ça veut dire que le taux d'incidence a augmenté de 10%, que les hospitalisations ont augmenté de 11% et que, en réanimation ça s'est stabilisé, c'est-à-dire que ça ne baisse plus. Donc ça montre qu'il faut continuer à être prudent. Ça valide le fait, Jeff WITTENBERG, qu'on ait décidé de rester prudent ces dernières semaines. On entendait beaucoup de gens nous dire "mais attendez, regardez, ça s'est amélioré, levez toutes les mesures, annulez le pass sanitaire", eh bien on a eu raison de ne pas le faire.

JEFF WITTENBERG
Précisément, question simple, réponse simple, le pass sanitaire peut-il être levé le 15 novembre comme le gouvernement l'avait envisagé en cas d'accalmie de l'épidémie, est-ce le cas ?

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui il semble très peu probable que ça puisse être levé ou adapté au 15 novembre, on communiquera d'ici là évidemment. Vous savez que le Parlement discute d'un texte de loi qui prévoit de prolonger au-delà du 15 novembre la possibilité d'avoir recours au pass sanitaire…

JEFF WITTENBERG
Jusqu'au 31 juillet 2022.

GABRIEL ATTAL
Mais aujourd'hui on voit bien que partout autour de nous l'épidémie repart, plus ou moins fortement, en France c'est léger, c'est plutôt des petits pas qu'un grand galop, mais il faut rester prudent encore une fois. Et dernier mot, puisqu'on parle de prudence, j'appelle vraiment les téléspectateurs qui nous regardent, qui ont plus de 65 ans, à faire leur rappel vaccinal, c'est très important, parce qu'au bout de six mois après la deuxième injection des experts estiment que la protection conférée par le vaccin peut diminuer, donc allez faire votre rappel vaccinal quand vous avez plus de 65 ans, que vous êtes fragile…

JEFF WITTENBERG
On entend votre appel.

GABRIEL ATTAL
Vous pouvez le faire en même temps que votre vaccin contre la grippe, c'est très important de rester protégé contre le virus.

JEFF WITTENBERG
Merci Gabriel ATTAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2021