Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France 2 le 18 octobre 2021, sur la hausse des prix des carburants, l'énergie nucléaire et le déploiement des éoliennes.

Texte intégral

THOMAS SOTTO
Bonjour et bienvenue à vous Barbara POMPILI, évidemment, l'obsession numéro un des Français aujourd'hui, c'est la station-service, et quand ils vont faire le plein, ils se rendent compte que tout ça augmente. Ma question est simple : l'État va-t-il intervenir pour faire baisser les prix à la pompe ?

BARBARA POMPILI
Oui, et dès que possible.

THOMAS SOTTO
C'est quand dès que possible ?

BARBARA POMPILI
Dès que possible, d'abord, moi je me réjouis que l'appel que j'ai lancé la semaine dernière pour dire tout le monde doit s'y mettre, tout le monde doit mettre la main à la pâte, ait été entendu, puisque Michel-Edouard LECLERC a annoncé hier qu'il allait couper ses marges sur le carburant, donc à partir d'aujourd'hui…

THOMAS SOTTO
C'est la demande que vous aviez faite la semaine dernière à l'Assemblée.

BARBARA POMPILI
C'était une demande que j'avais faite, parce que là, on doit avoir un effort de tous, et nous, on est en train de travailler pour trouver la solution la plus efficace pour aider ceux qui en ont vraiment besoin.

THOMAS SOTTO
Ça sera cette semaine ou pas ?

BARBARA POMPILI
J'espère, mais encore une fois…

THOMAS SOTTO
Ce n'est pas tranché ?

BARBARA POMPILI
Ce que je veux, moi, c'est que, on trouve la solution la plus efficace, si on trouve une solution, qu'on envoie vite, mais qui ne cible pas les personnes qui en ont besoin, moi, ce que je veux, c'est aider les personnes qui de toute façon sont obligées de faire leur plein.

THOMAS SOTTO
Ça veut dire, attendez, ça veut dire que ça ne sera pas une baisse globale pour tout le monde, ça va être ciblé, ça va être un chèque carburant, c'est ça la piste ?

BARBARA POMPILI
La piste, c'est plutôt ça, c'est plutôt ça, après, sous quelle forme, je ne sais pas encore, parce qu'on essaie de trouver le moyen qui nous permet de toucher les bonnes personnes, on n'a pas aujourd'hui comme pour le chèque énergie une base de données de toutes les personnes qui pourraient en avoir besoin, on n'a pas une base de données des gens qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler par exemple ; donc on est en train de trouver, ce n'est pas si simple, de trouver le meilleur véhicule, mais parce que ce qu'on veut, c'est que l'argent qu'on met, il aille, je ne sais pas, à l'infirmière qui a besoin, pour faire sa tournée, de faire son plein.

THOMAS SOTTO
Donc vous avez défini le principe, maintenant, il vous reste à réussir à cibler les bonnes personnes, c'est ça ?

BARBARA POMPILI
C'est ça.

THOMAS SOTTO
C'est ça ce qui se joue en ce moment ?

BARBARA POMPILI
Oui, exactement.

THOMAS SOTTO
On parle d'annonce mardi ou mercredi, ça vous paraît crédible ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, dès qu'on peut, dès qu'on peut ! L'idée, c'est d'avancer le plus vite possible, sachant que là, les personnes sont en train de commencer à faire des pleins qui sont plus chers, et donc il faut faire en sorte de pouvoir répondre à ce problème qui est un problème qui, je l'espère, ne durera pas trop longtemps, mais pour que, ils puissent subir cette hausse sans dégâts, et donc qu'on puisse justement compenser cette hausse.

THOMAS SOTTO
C'est-à-dire que la baisse de la TVA, la baisse de la TCIPE, c'est exclu pour l'instant ?

BARBARA POMPILI
On préfère éviter cela, pourquoi, parce que ce sont des baisses qui sont générales et qui sont des baisses qui du coup vont toucher tout le monde, donc indifféremment, vous savez, un ménage qui est modeste, l'énergie, c'est 10%, 10% de ses dépenses, alors qu'un ménage qui est plus aisé, c'est 3% de ses dépenses, donc nous, on veut vraiment toucher ceux qui, parce que, ils vont devoir faire leur plein d'essence, ne pourront pas faire d'autres achats, parce que ça va vraiment comprimer leur pouvoir d'achat, et ceux-là, eh bien, ils ne sont pas dans une base de données pour l'instant.

THOMAS SOTTO
Et en tout cas, vous ne vous opposerez pas, vous, en tant que ministre de la Transition écologique, à ce qui sera quand même une subvention d'une énergie fossile, vous ne vous y opposerez pas ?

BARBARA POMPILI
C'est pour ça que les baisses des taxes, c'est aussi moins bien, parce que les taxes sur les énergies fossiles, ce serait donner un mauvais signal que de faire croire qu'on pourrait les faire baisser longtemps, puisque, c'est anti-écologique, mais la transition écologique, elle est, et elle doit être solidaire pour que ça marche, donc il faut qu'on emmène tout le monde, bien sûr que, à long terme, à moyen et long termes, moi, je fais un travail énorme pour qu'on puisse isoler les logements, pour que les gens puissent justement changer de voiture, pour ne plus être dépendants du pétrole, pour qu'ils puissent s'acheter des voitures électriques, on a mis en place des aides qui fonctionnent plutôt très bien, les primes à la conversion, les bonus, on est sur 900.000 personnes aujourd'hui qui ont touché des primes à la conversion ; donc vous voyez, ça marche, mais ça prend du temps, et en attendant, dans l'urgence, ceux qui sont coincés, on doit être là à leurs côtés.

THOMAS SOTTO
Et donc vous y êtes favorable à ce chèque carburant ?

BARBARA POMPILI
Bien sûr, mais encore une fois, on ne sait pas encore exactement sous quelle forme, mais la forme la plus efficace pour toucher les personnes qui en ont vraiment besoin.

THOMAS SOTTO
Emmanuel MACRON a présenté le plan France 2030 la semaine dernière, et il voit dans le nucléaire une technologie d'avenir, il veut favoriser le développement des mini-centrales, ce qu'il appelle les petits réacteurs nucléaires, y êtes-vous favorable, Barbara POMPILI ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, c'est un plan qui veut permettre à la France d'être là pour être prête pour la transition écologique, donc, si on a besoin de nouveaux nucléaires, plus tard, puisque vous savez que la solution maintenant, justement pour faire face aux besoins, là, de véhicules électriques, etc., je rappelle juste un chiffre, dans les 10, 15 ans qui viennent, on va avoir besoin de 20% d'électricité en plus, même si on fait des économies d'énergie, ça, ce sont des chiffres que l'on connaît, et donc qui font qu'on va être obligé de produire plus d'électricité…

THOMAS SOTTO
Il y a plusieurs moyens pour la produire cette électricité…

BARBARA POMPILI
Voilà, il y a plusieurs moyens, les centrales nucléaires ou des petits réacteurs, ça, ce ne sera pas avant une quinzaine d'années, le problème, c'est que l'électricité en plus…

THOMAS SOTTO
Ça veut dire qu'on investit dans l'avenir pour des petits réacteurs supplémentaires, est-ce que vous, je vous repose ma question, est-ce que vous êtes favorable à ces petits réacteurs nucléaires, oui ou non ?

BARBARA POMPILI
Moi, à ce je suis favorable, c'est qu'on ouvre toutes les possibilités, ce qu'on va faire en lançant France 2030, c'est ouvrir la recherche sur d'autres types de nucléaire que des EPR, les SMR, donc les petits réacteurs, mais aussi toute la recherche sur les déchets, sur la fermeture du cycle du combustible, ça va nous permettre d'ici quelques années de pouvoir avoir un éventail de possibilités, et ça, c'est important, si jamais on doit relancer le nucléaire, eh bien, au moins, on ne sera pas coincé par une technologie, on en aura plusieurs ; je crois que c'est bien de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, mais d'ici là, et c'est important, on n'a pas le temps de construire des centrales nucléaires maintenant pour faire face aux besoins, pour ne plus être dépendant des hausses du pétrole, du gaz, etc., donc maintenant, pour couvrir ce besoin en électricité en plus, il faut faire du renouvelable, beaucoup, et c'est pour ça que je me bats pour qu'on développe les renouvelables, ce n'est pas comme ça une envie, ce n'est pas une lubie…

THOMAS SOTTO
Alors justement, les renouvelables, regardez, vous avez vu la Une du Parisien, "Vent de fronde contre les éoliennes " ce matin, on ne comprend pas bien la position du gouvernement sur les éoliennes, est-ce que vous êtes pour ou contre, est-ce que vous allez les développer oui ou non, on est un peu dans un "en même temps ", un peu flou, là ?

BARBARA POMPILI
Alors, c'est très, très clair, les éoliennes font partie des énergies renouvelables, on a besoin de toutes les énergies renouvelables, et donc, on va développer toutes les énergies renouvelables…

THOMAS SOTTO
Donc il n'est pas question de reculer sur les éoliennes ?

BARBARA POMPILI
Evidemment, non…

THOMAS SOTTO
Ni sur les éoliennes offshores en mer ?

BARBARA POMPILI
Evidemment non, au contraire, il faut qu'on les développe, après, il faut le faire intelligemment, il faut éviter de refaire des erreurs qui ont pu être faites dans le passé, c'est pourquoi, moi, j'ai mis en place un grand plan pour l'acceptabilité des éoliennes, donc pour faire en sorte que les procédures se passent mieux, qu'on consulte mieux les gens, qu'on évite de mettre des éoliennes dans des endroits où il y en a déjà trop, ou alors où il y a des monuments remarquables, par exemple…

THOMAS SOTTO
Mais les éoliennes, on a l'impression que c'est un peu comme les prisons, tout le monde en veut plus, mais pas chez soi.

BARBARA POMPILI
Ça peut être comme ça, mais ce n'est pas tout à fait vrai, on a des études qui montrent que, par exemple, dans les Hauts-de-France, les gens sont plus favorables aux éoliennes qu'ailleurs alors qu'ils en ont plus qu'ailleurs, ce qui prouve d'ailleurs qu'il y a une certaine sagesse chez nos concitoyens, on ne peut pas avoir ce besoin d'électricité en plus, ce besoin d'indépendance vis-à-vis du pétrole, vis-à-vis du gaz, aujourd'hui, on le voit, on est trop dépendant vis-à-vis du pétrole et du gaz, donc on doit électrifier nos usages, et évidemment faire des économies d'énergies, mais ça n'empêchera pas le besoin d'électricité en plus.

THOMAS SOTTO
Aujourd'hui, il y a 8.700 éoliennes à peu près en France, l'objectif, c'est combien pour dans 1 an, pour dans 5 ans ?

BARBARA POMPILI
L'objectif, c'est de doubler à peu près le nombre d'éoliennes sur terre, mais on a aussi…

THOMAS SOTTO
D'ici quand, d'ici quelle date ?

BARBARA POMPILI
D'ici 2030, et après, on a des objectifs jusqu'à 2035, 2040, mais d'ici 2030, il faut qu'on les augmente beaucoup, d'une manière générale, il faut qu'on arrive à 40% d'énergies renouvelables en 2030 ; aujourd'hui, on est à 20%, vous voyez qu'on est loin, et toutes les énergies, encore une fois, pas seulement les éoliennes, et on fait ça parce qu'on a besoin d'être plus indépendant, on ne peut plus dépendre d'autres pays qui nous imposent les hausses de carburant qu'on voit aujourd'hui, qui nous imposent les hausses d'électricité, de gaz que subissent aussi nos concitoyens, qui font qu'on est obligé de réagir vite, mais on ne peut pas faire de la réaction dans l'urgence tout le temps, on doit faire un travail à long terme.

THOMAS SOTTO
Vous avez cité l'EPR, tout à l'heure, est-ce que vous avez des nouvelles de l'EPR de Flamanville, Barbara POMPILI ? Plus de 11 ans de retard.

BARBARA POMPILI
Oui, tout à fait, tout à fait, l'EPR de Flamanville il est en cours…

THOMAS SOTTO
Oui, d'accord, mais enfin, ça, on le sait…

BARBARA POMPILI
En cours de fabrication…

THOMAS SOTTO
Quand ?

BARBARA POMPILI
Il y a eu des problèmes sur des soudures qui sont en train d'être traités, quelques autres problèmes sur les piquages, on doit tirer un retour d'expérience de cette situation de l'EPR…

THOMAS SOTTO
Mais surtout… ça va se terminer quand, quand est-ce qu'elle sera inaugurée cette station ?

BARBARA POMPILI
Alors, normalement, d'ici fin 2022.

THOMAS SOTTO
Vous y croyez ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, on verra…

THOMAS SOTTO
Je vous vois un petit peu sourire quand même sur la question…

BARBARA POMPILI
Non, non, ça ne me fait pas sourire, ça ne me fait pas sourire, parce que, on a perdu beaucoup de temps à cause des retards dus à l'EPR, il y a eu des erreurs qui ont été faites, il faut qu'on en tire des leçons, parce que tout notre programme justement de développement, de notre capacité électrique, eh bien, a été chamboulé parce que l'EPR n'est pas au rendez-vous ; aujourd'hui, si on est encore obligé d'utiliser un tout petit peu de charbon en Bretagne, c'est parce que l'EPR, et d'ailleurs les éoliennes offshores ont pris du retard pour des raisons complètement différentes, donc on en a besoin d'avoir un peu de prévisibilité, et donc j'espère, et je suis confiante sur le fait que, on va enfin mettre en route cet EPR.

THOMAS SOTTO
Barbara POMPILI, en avril, vous voterez pour qui, au premier tour de la présidentielle ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, si le président se présente, je voterai pour lui.

THOMAS SOTTO
Sans aucun doute ?

BARBARA POMPILI
Sans aucun doute.

THOMAS SOTTO
Pourquoi pas JADOT ?

BARBARA POMPILI
Parce que, moi, quand j'entends Yannick JADOT, on partage évidemment beaucoup d'analyses, mais sur les solutions, il faut être réaliste, il faut être pragmatique, quand j'entends justement sur la question du nucléaire, qu'on pourrait sortir comme ça du nucléaire en 20 ans, ou, j'ai même entendu Jean-Luc MELENCHON qui, lui, dit qu'il faut arrêter la moitié du parc nucléaire en cinq ans…

THOMAS SOTTO
JADOT n'est pas du tout là-dessus…

BARBARA POMPILI
Mais même en 20 ans, même en 20 ans, ça veut dire qu'il ne tient pas compte de cet élément que tous les experts vous disent, qui est que, on va avoir besoin de plus d'électricité dans les années qui viennent, même si on fait beaucoup d'économies d'énergies, et nous en faisons, nous faisons notamment tout ce qu'on fait sur le bâtiment, par exemple, pour mieux l'isoler, on aura besoin de plus d'électricité…

THOMAS SOTTO
Et c'est donc pour ça que vous soutenez les mini-centrales… les mini-réacteurs nucléaires d'Emmanuel MACRON ?

BARBARA POMPILI
Non, moi, je soutiens d'abord l'urgence de développer les renouvelables…

THOMAS SOTTO
Vous avez du mal à le dire…

BARBARA POMPILI
Non, mais je soutiens l'urgence de développer les renouvelables, mais après, il y aura un choix qui sera fait sur des bases, on a RTE qui va faire un rapport avec des scénarios, sur la base de ces scénarios, on décidera ce qu'on fera. Et moi, ce que j'aimerais bien, c'est que Yannick JADOT soit avec moi pour défendre le développement des renouvelables, qu'on soit ensemble pour essayer de faire en sorte que ça se passe bien, parce qu'on en a besoin tout de suite ça, au-delà des polémiques…

THOMAS SOTTO
Donc vous n'irez pas à JADOT, vous ne seriez pas contre le fait que JADOT vienne à vous. Merci beaucoup Barbara POMPILI d'être venue dans "Télématin ".


source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2021