Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Info le 22 octobre 2021, sur les mesures annoncées par le gouvernement face à l'envolée des prix de l'énergie.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Il aura fallu 8 jours, mais c'est fait, Jean CASTEX a mis fin au suspense hier soir en annonçant la réponse du gouvernement à l'envolée de certains prix et notamment ceux des carburants. Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Ministre de la Transition écologique. Quelque part dans les bouchons ce matin ?

BARBARA POMPILI
Oui, on a quelques petits problèmes ce matin, mais je suis contente d'être avec vous.

MARC FAUVELLE
Eh bien on va vous accueillir avec plaisir. La principale annonce, c'est donc la mise en place d'une indemnité exceptionnelle de 100 €, dont vont bénéficier de 38 millions de Français. Elle sera liée aux revenus, puisqu'il faut toucher moins de 2 000 € net par mois pour y avoir droit. 100 €, c'est deux pleins Barbara POMPILI. Il y a sans doute pas mal de Français qui se disent ce matin : "Tout ça pour ça".

BARBARA POMPILI
Non, 100 €, il ne faut pas le compter comme ça, il faut le compter comme la compensation du surcoût des hausses des prix de l'énergie, que vivent nos concitoyens aujourd'hui. Il faut se mettre en tête que quelqu'un qui doit prendre sa voiture 5 jours par semaine et faire 80 km par jour, par exemple une infirmière libérale qui fait sa tournée, aurait dû subir un surcoût de 90 € par an à cause de la hausse du carburant. Et donc ce chèque, il vient compenser ce surcoût.

MARC FAUVELLE
Et là aujourd'hui vous versez la même somme, justement par exemple à l'infirmière qui prend sa voiture tous les jours pour faire 150 km et à la famille plus aisée, qui reste dans les critères, c'est-à-dire 2 000 €, mais qui ne prend la voiture que pour le week-end.

BARBARA POMPILI
Oui, vous savez, on a réfléchi face à cette hausse des coûts, voir quelle était là meilleure aide pour que nos concitoyens puissent passer ce cap. On a réfléchi, on a réfléchi à plusieurs options, à des options plus ciblées, sur un certain nombre de catégories, mais on s'est dit que c'était un système qui allait devenir compliqué à mettre en place, et qui risquait de prendre du temps, et on s'est dit que là, ce qu'il fallait c'est qu'on réponde rapidement aux besoins de nos concitoyens, en faisant quelque chose de simple, qui ne leur demande pas de démarches, et qui va arriver directement sur leur feuille de paie par exemple. Et donc on a préféré si vous voulez avoir un système un petit peu plus large, mais où il n'y a pas de trous dans la raquette, plutôt qu'un système trop complexe qui finalement aurait laissé un certain nombre de personnes sur le côté.

MARC FAUVELLE
Cette prime, elle sera individuelle, ça veut dire que dans un couple par exemple, l'un pour pourra la toucher et l'autre non. Mais que se passe-t-il pour ceux dont les revenus varient, les indépendants par exemple ? On fera la moyenne annuelle, on regardera le dernier mois ?

BARBARA POMPILI
On va regarder en fait là la fiche de paie, on va pointer en moyenne combien va gagner telle ou telle personne, mais l'idée c'est vraiment que toute personne qui gagne en moyenne 2 000 € par mois net, aura, enfin moins de 2 000 €, aura droit à ce chèque.

MARC FAUVELLE
Vous confirmez qu'elle ne sera pas fiscalisée, cette prime Castex, on ne paiera pas d'impôt dessus.

BARBARA POMPILI
Oui, je vous le confirme.

MARC FAUVELLE
Les étudiants, on se pose la question depuis ce matin, il y a un flou sur ce point Barbara POMPILI, les étudiants pourront-ils la toucher, notamment ceux qui sont boursiers ?

BARBARA POMPILI
Oui, tout à fait, les étudiants seront aussi concernés. Les étudiants boursiers, les apprentis et les étudiants qui sont fiscalement autonomes. Ça représente à peu près 1,7 million d'étudiants sur les 2,7 millions qui sont en France aujourd'hui. Donc oui, bien sûr ils seront concernés, ils le toucheront… (Microcoupure son)…

MARC FAUVELLE
Oui, vous nous l'annoncez ce matin, les apprentis, les étudiants boursiers, et tous ceux qui sont indépendants fiscalement de leurs parents. Le calendrier, Barbara POMPILI, cette prime sera versée directement par les employeurs, dans le privé ce sera en décembre, pour les fonctionnaires en janvier, pour les retraités en février, donc dans 3 mois et demi. Vous ne pensez pas que d'ici là il y a un risque qu'elle soit déjà engloutie cette prime par d'autres augmentations ?

BARBARA POMPILI
Non, vous savez, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, on a fait des estimations sur la hausse que représentait pour nos concitoyens cette inflation. Cette prime inflation…

MARC FAUVELLE
Sur la hausse passée, c'est ce qu'a dit Jean CASTEX, là on compense les 9 centimes de hausse des carburants de ces dernières semaines, pas les futures évidemment.

BARBARA POMPILI
Vous savez, sur ces hausses, on est dans une situation où nous sommes complètement dépendants des prix du pétrole, nous sommes complètement dépendants des prix du gaz, et donc nous faisons deux choses : nous prenons des mesures, là, pour faire passer le cap à nos concitoyens qui en ont le plus besoin, donc les concitoyens les plus fragiles. Et puis là, sur le carburant et sur l'inflation, une grande partie de nos concitoyens, parce que là ça représente 38 millions de personnes qui vont être aidées aujourd'hui, mais après il faut aussi des mesures de long terme, et des mesures de long terme qui permettront à la France et aux Français de ne plus subir ces hausses perpétuelles. Donc c'est des mesures qu'on met en place depuis un certain nombre de temps, on finance le passage à la voiture électrique pour qu'un plein ne coûte plus 80 € mais 10 €, on finance les bornes de recharge, une aire sur deux aujourd'hui en France sont équipées, on a 40 000 bornes de charge rapide qui sont déjà installés, et puis je vous confirme aussi, un point important, la prime à la conversion et le bonus écologique seront maintenus au même niveau en janvier prochain. Donc la prime à la conversion est jusqu'à 5 000 €, et le bonus écologique, 6 000 €. Donc, pour dire que non seulement il faut que nous puissions faire face au court terme, mais il faut aussi que nous fassions évoluer nos habitudes, pour ne plus dépendre de ces hausses malheureusement immaîtrisables pour nous, du pétrole et du gaz.

MARC FAUVELLE
D'un mot Barbara POMPILI, si certaines hausses se poursuivent dans les semaines qui viennent, est-ce que le gouvernement se réserve la possibilité de faire d'autres coups de pouce ?

BARBARA POMPILI
Nous, ce qu'on veut, c'est être pragmatique. Ce qu'on veut, c'est que nos concitoyens puissent passer le cap quand il y a une période difficile. La période que nous vivons, pour le carburant, est une période de carburant cher, mais ce qui était le plus frappant ces dernières semaines, c'est la hausse des prix du gaz qui ont entraîné une hausse très forte des factures etc. Donc on s'est concentré sur les prix du gaz tout de suite, parce que là il y avait une possibilité d'explosion des factures. Sur le carburant, on espère que ça ne va plus trop monter, mais ça peut rester haut, c'est pour ça que là on fait ce Chèque inflation, qui permet aussi de faire face au coût de la vie qui augmente pour nos concitoyens qui n'ont pas forcément de voiture, mais on l'assume, on assume complètement.

MARC FAUVELLE
Encore un mot si vous voulez bien…

BARBARA POMPILI
Mais derrière… oui, je vous en prie…

MARC FAUVELLE
Pardon, encore un mot si vous voulez bien Barbara POMPILI, sur un autre sujet mais après des mois et des mois de débats, un accord a été trouvé hier entre les députés et les sénateurs au sujet de la loi contre la maltraitance des animaux, ça veut dire qu'il sera interdit à terme de vendre des chiots, des chatons dans les animaleries, c'est aussi la fin annoncée des dauphins dans les parcs aquatiques, des lions, des éléphants dans les cirques. Est-ce que vous vous en félicitez ?

BARBARA POMPILI
Oui. C'est un grand jour pour tous ceux qui défendent bien-être animal, parce que l'évolution de notre société nécessite aussi qu'on revoie des habitudes que nous avions auparavant. On revoit notre manière de voir l'animal, sur les cirques. Les cirques évidemment vont continuer à vivre et vont continuer à pouvoir participer, nous émerveiller, mais…

MARC FAUVELLE
Certains cirques, Barbara POMPILI, disent : "C'est la fin de notre métier". Vous avez peut-être entendu les propos du patron du cirque PINDER, qui dit : "Vous êtes en train de détruire un art populaire. Ça permettait parfois d'éduquer les enfants à la nature et à son respect".

BARBARA POMPILI
Vous savez, on travaille beaucoup avec les circassiens, depuis que je fais mes annonces sur ce sujet l'année dernière. Ce qu'on veut, c'est nous les accompagner, parce que souvent effectivement les circassiens où les gens qui travaillent avec les animaux, adorent leurs animaux, et s'occupent bien d'eux, simplement les modes de vie de ces animaux, quand ils doivent vivre et être en itinérance, ce qu'on appelle passer d'une ville à l'autre, dans des petits espaces, ce n'est pas compatible en fait avec une vie correcte pour ces animaux. Mais évidemment on va aider les circassiens à passer le cap, on va les accompagner pour soi qu'ils accompagnent leurs animaux, qu'ils continuent à s'occuper d'eux, soit qu'ils continuent à faire du cirque, mais à faire du cirque sans animaux sauvages. Vous savez, des cirques sans animaux sauvages, il en existe aujourd'hui, il en existe beaucoup, qui plaisent et qui continuent à émerveiller nos concitoyens. Moi, ce que je veux, c'est aussi apaiser les choses. On sent qu'il y a des tensions qui peuvent se générer avec le monde du cirque, et on est dans un moment où tout le monde doit évoluer, et eux aussi, mais c'est dur, et donc on est avec eux, on est à leurs côtés. Là, les décrets vont sortir pour pouvoir leur fournir les aides dont ils ont besoin.

MARC FAUVELLE
Merci beaucoup Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2021