Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Info le 3 novembre 2021, sur le déroulement de la 26ème session de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC – COP 26).

Texte intégral

MARIE BERNARDEAU
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

MARIE BERNARDEAU
Vous rentrez tout juste de la COP26, de Glasgow en Ecosse, qu'attendez-vous, Barbara POMPILI, vraiment de ce sommet, de cette nouvelle, voire énième conférence des Nations-Unies sur le climat ?

BARBARA POMPILI
Moi ce que j'attends c'est que tout le monde se rappelle que nous avons une urgence à agir. Cette COP, en fait, c'est une COP importante parce que nous sommes cinq ans, six ans, après l'accord de Paris, et ce que doivent faire nos dirigeants, et notamment les plus gros émetteurs, c'est de dire "oui oui, on est toujours engagés pour que la température ne s'élève pas à plus de 1,5 degré d'ici la fin du siècle, parce qu'au-delà on ne sait pas trop ce qui va se passer."

BARBARA POMPILI
Et on n'y est pas, aujourd'hui ?

BARBARA POMPILI
Aujourd'hui on n'y est pas, on n'y est pas. Maintenant je crois qu'il faut, sur ces COP, parce que moi j'entends beaucoup de choses, la dernière chance, etc., moi je suis, quelque part, d'un enthousiasme lucide. Enthousiasme lucide, pourquoi ? Parce que ce que je vois c'est qu'on a déjà eu des engagements qui ont été pris, parce que ces grands raouts internationaux…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Même Emmanuel MACRON s'est dit inquiet, Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Oui…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Inquiet, il n'est pas enthousiaste lucide, il est inquiet.

BARBARA POMPILI
Oui, sauf que, il a raison de le dire, mais ce qu'il faut qu'on voit c'est ce qui se passe. On a des raouts internationaux comme ça qui créent une forme de mobilisation, qui permettent des annonces. On a eu des annonces qui ont été faites qui étaient, mais franchement, au printemps impensables, on a les pays du G7, on a la Chine, qui se sont engagés pour ne plus financer de centrales à charbon à l'extérieur de leur pays, c'est un pas énorme, on est sur des millions de tonnes de CO2 évitées, et ça a été annoncé parce qu'il y a la COP26 qui arrive. Hier on a eu des engagements sur le méthane qui ont été pris, on a eu des engagements sur la forêt, sur la fin de la déforestation, des pays historiquement…

MARIE BERNARDEAU
Mais encore faut-il les suivre.

BARBARA POMPILI
Historiquement déforestateurs, se sont engagés, je peux dire…

MARIE BERNARDEAU
Il y a l'engagement, mais il y a l'action derrière…

BARBARA POMPILI
Oui, mais écoutez ce que disait BOLSONARO il y a encore quelques mois, "arrêtez d'emmerder les Brésiliens", enfin c'était un peu ça, là maintenant ça bouge. Donc, il faut être enthousiaste, il faut être lucide aussi, on n'y est pas, les grands émetteurs maintenant doivent nous dire comment ils vont faire, s'ils ne le font pas on aura un problème d'échec de cette COP.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Barbara POMPILI, vous refusez de parler de sommet de la dernière chance, vous parlez des grands émetteurs, si vous prenez les plus gros pollueurs de la planète en émissions de CO2, la Chine number one, numéro 1, la Russie numéro 4, deux pays absents, le président des États-Unis, Jœ BIDEN, les a même tancés.

JOE BIDEN, PRESIDENT DES ETATS-UNIS
Le fait que la Chine, qui essaie d'affirmer, de manière compréhensible, un nouveau rôle dans le monde en tant que leader mondial, ne vienne pas, allons donc ! La chose la plus importante qui a attiré l'attention du monde est le climat, partout, de l'Islande à l'Australie c'est un problème gigantesque, et ils se sont défilés, comment pouvez-vous faire ça et prétendre à un quelconque rôle de leader ? C'est la même chose avec POUTINE et la Russie.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
J'ai envie de vous dire comme Jœ BIDEN, "come on Barbara POMPILI", vous parlez des plus gros émetteurs, la Chine absente, comment voulez-vous que ça fonctionne ces grands raouts, comme vous dites, si le principal pollueur émetteur de CO2, sans parler du méthane, la Chine, est absente, comment ça marche ?

BARBARA POMPILI
Jœ BIDEN a raison, on ne peut plus détourner le regard de ce qui se passe au niveau de notre climat et des conséquences que ça va avoir pour tout le monde, a fortiori quand on est gros émetteur comme la Chine ou comme la Russie. Après…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Immenses émetteurs !

BARBARA POMPILI
Oui, les plus gros émetteurs. Enfin je rappelle quand même…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
La Chine.

BARBARA POMPILI
N'oublions que la Chine c'est notre usine à tous, c'est-à-dire que ce qui se passe en Chine c'est aussi la conséquence…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Personne ne dit le contraire.

BARBARA POMPILI
Des délocalisations que nous avons faites, de nos usines, etc.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Si des décisions sont prises dans ces sommets, à quoi ça sert si…

BARBARA POMPILI
Maintenant la Chine est présente à la COP26, attention, la Chine est présente, les négociateurs chinois sont là, les ministres sont là ou vont être présents, c'est pareil pour les Russes, etc., donc tout le monde est là.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ce n'est pas ce que dit le président des États-Unis.

BARBARA POMPILI
Non, on a juste le président JINPING, le président POUTINE, qui ne sont pas là…

MARIE BERNARDEAU
Mais symboliquement c'est important.

BARBARA POMPILI
En termes de signal, symboliquement ce n'est pas un bon signal, et tout le monde l'a vu, maintenant Jœ BIDEN est là, moi je suis heureuse que les États-Unis soient revenus dans l'accord de Paris, c'est très important justement de remobiliser tout le monde, maintenant nous attendons aussi des États-Unis qu'ils fassent des annonces, notamment sur les financements, qui soient à la hauteur de leurs engagements.

MARIE BERNARDEAU
Mais les annonces on les fait, on les faits à chaque COP, et ces annonces, ces engagements, la plupart des pays ne les tiennent pas.

BARBARA POMPILI
Alors d'abord je crois qu'il faut vraiment relativiser. Les annonces qui ont été faites à la COP21 elles ont permis énormément d'évolutions, là ce qu'on doit faire à cette COP c'est la feuille de route, c'est-à-dire comment on arrive, en 2030, à ces annonces. L'Union européenne s'est engagée sur une baisse de -55% de ses émissions de gaz à effet de serre, c'est un engagement très lourd, qui est doublé derrière de plans de relance, de plans de relance dont on voit les déclinaisons dans tous les pays de l'Union européenne, dont la France, la France qui s'est engagée sur 100 milliards…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc bonne élève l'Union européenne, mais la Chine…

BARBARA POMPILI
Oui, mais c'est important, en termes d'effet d'entraînement c'est très important.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, mais c'est mondial. La Chine a augmenté de plus d'1 million, pendant ce temps, de tonnes, sa production quotidienne de charbon, donc pendant que nous nous faisons des efforts, d'autres continuent de polluer finalement, d'émettre du CO2, ou du CH4, du méthane.

BARBARA POMPILI
Oui, mais justement, la Chine ne peut pas continuer à s'isoler longtemps comme ça, et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'elle a annoncé qu'elle ne financerait plus de centrales à charbon, qu'elle a annoncé qu'elle atteindrait la neutralité carbone en 2060, que sous la pression elle est en train de dire Ok, on va essayer de baisser le moment où on va y arriver, cette pression internationale c'est le moyen pour faire évoluer les pays grands émetteurs, comment vous voulez faire sinon ?

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
2060 pour la Chine, 2070 pour l'Inde, vous pensez, Barbara POMPILI, que le réchauffement climatique, qui est en exponentiel, va attendre quasiment un demi-siècle ?

BARBARA POMPILI
Non, bien sûr, c'est pour ça que les pays grands émetteurs doivent absolument améliorer leur feuille de route si vous voulez, et c'est à cette aune-là qu'on verra si a COP26 est un succès oui ou non. Maintenant, encore une fois, on ne peut pas lâcher, le combat écologique est un combat où on ne peut pas se permettre de baisser les bras. Les évolutions que nous avons eues sur le charbon, nous avons eu des évolutions notamment… parce que l'argent c'est bien, il y a des annonces sur les financements qui sont en train d'être faits, c'est très important de le faire, mais le plus important c'est de redonner confiance aussi pour les pays qui sont en train de subir le plus les effets du changement climatique, qui sont les pays en développement, en Afrique par exemple, eh bien pour ces pays-là nous avons besoin de montrer comment on va faire. On a eu un accord très important qui a été signé hier avec l'Afrique du Sud ; l'Afrique du Sud, là on n'est pas dans de la philosophie, 90% de leur électricité elle est due au charbon…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc il faut faire du cas par cas finalement, de la haute couture.

BARBARA POMPILI
Non, il faut montrer par l'exemple comment on fait pays par pays, oui, parce que tous les pays n'ont pas les mêmes enjeux, mais quand vous avez un pays où 90% de l'électricité c'est du charbon, ça veut dire quoi ? C'est des territoires entiers où les gens sont dépendants du charbon dans leur économie, sur leurs territoires…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc les pays riches doivent y aller aux 100 milliards de dollars par an, ce qui n'est pas encore le cas finalement…

BARBARA POMPILI
On est pas loin, on va y arriver en 2023, mais là l'annonce pour…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'était 2020 à l'origine.

BARBARA POMPILI
Je sais, et la France notamment, elle, est au-delà de ce qu'elle devait faire, la France est à 6 milliards d'euros par an, qui est au-delà de ce qu'elle devrait faire vous, vous savez "le fair share", ce qu'on appelle le "fair share", c'est-à-dire sa juste part, elle est au-delà de sa juste part la France, donc là-dessus nous on est au rendez-vous, mais être au rendez-vous c'est montrer comment on va faire, comment on va aider, l'Afrique du Sud par exemple, à pouvoir aider les travailleurs qui sont dans les centrales à charbon, dans les mines de charbon, à pouvoir se reconvertir, pour pouvoir développer d'autres filières sur les renouvelables, sur les véhicules électriques, sur l'hydrogène, bref, relancer une économie, pour que le fait qu'on abandonne les centrales à charbon, ça ne soit pas non plus synonyme de pauvreté ou de déclin pour ces pays, mais au contraire de redressement économique.

MARIE BERNARDEAU
Et on va parler très concret en France, on parle photovoltaïques et panneaux solaires ensemble dans une minute, Barbara POMPILI, le temps du Fil info à 8h40, Laurence MERIDE.

(…)

MARIE BERNARDEAU
Barbara POMPILI vous annoncez ce matin un plan pour accélérer le développement du photovoltaïque, du solaire, chez nous en France, pourquoi, parce qu'on est très en retard, il consiste en quoi ce plan ?

BARBARA POMPILI
En fait ce plan c'est de déployer au maximum le photovoltaïque parce qu'on a besoin d'un grand plan plus général de développement des renouvelables. Je vous rappelle qu'on a deux objectifs, quand on est ministre de l'énergie comme moi, c'est baisser nos émissions de gaz à effet de serre et assurer la sécurité énergétique de notre pays, c'est-à-dire que chacun puisse avoir accès quand même à l'électricité.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
2021, Barbara POMPILI, le photovoltaïque ça existe depuis si longtemps, pourquoi là maintenant ?

BARBARA POMPILI
Parce que pendant trop longtemps on a sous-investit dans les renouvelables en général, pour des questions qui étaient des questions d'opportunités ou de choix, mais qui ne tenaient pas compte en fait de la réalité de ce dont nous avons besoin. Aujourd'hui je rappelle que…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Elle est tardive quand même, non, c'est parce que l'éolien ça ne marche plus, ce n'est plus populaire, donc on revient aux panneaux solaires ?

BARBARA POMPILI
Ah mais attendez, il faut développer tout, il faut développer tous les renouvelables.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, nous sommes en fin de quinquennat.

BARBARA POMPILI
Il faut développer tous les renouvelables, et depuis le début du quinquennat on met 6 milliards par an pour tous les renouvelables, donc on n'a pas commencé maintenant, et d'ailleurs les professionnels le disent, ça a évolué…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais pourquoi un plan photovoltaïque à la fin du quinquennat ?

BARBARA POMPILI
Ça a évolué beaucoup depuis le début du quinquennat, mais là, si vous voulez, on a mis en place, et j'ai demandé, le gouvernement a demandé à RTE de nous faire des scénarios pour justement nous projeter dans l'avenir et savoir ce dont on a besoin. RTE nous dit deux choses, si on veut baisser nos émissions de gaz à effet de serre, je vous rappelle que c'est depuis 2019 qu'on a un objectif de neutralité carbone en 2050 pour respecter les accords de Paris, pour baisser nos émissions de gaz à effet de serre il faut d'abord qu'on fasse des économies d'énergie, et c'est là-dessus qu'on a beaucoup travaillé par le biais de MaPrimeRénov' pour rénover les logements, etc., mais on a aussi besoin d'augmenter notre part d'électricité. Pourquoi ? Parce que je rappelle que les deux tiers des énergies qui sont consommées en France, c'est des fossiles, du gaz et du pétrole…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Personne n'ira vous contredire là-dessus Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Donc il faut qu'on passe à l'électrique…

MARIE BERNARDEAU
Et comment on développe alors ?

BARBARA POMPILI
Et on va avoir besoin de plus d'électrique…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc acheter les panneaux aux Allemands et aux Chinois, parce que nous nous n'en produisons plus, quasiment plus.

BARBARA POMPILI
On n'en produit quasiment pas, pour, encore une fois, des raisons historiques sur lesquelles je ne m'étendrai pas, mais moi ce que je voulais, moi ce que je voulais et que je veux, c'est qu'on développe le photovoltaïque. Aujourd'hui on est à 12 gigawatts, On a besoin d'ici 2028 de multiplier par trois les installations, et d'ici 2050 de multiplier par au moins sept nos installations photovoltaïques, donc c'est beaucoup, pour cela…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il n'est jamais trop tard, c'est ça l'idée en fait !

BARBARA POMPILI
Pour cela on a déjà commencé, dans la loi climat résilience notamment, à obliger, quand il y a des nouveaux bâtiments, des hangars, des bâtiments industriels, à mettre du photovoltaïque sur les toits dès lors qu'ils dépassent une certaine surface, on va le faire aussi maintenant sur les friches, et ça c'est ce que je vais annoncer notamment cet après-midi, on a un potentiel de 8 gigawatts sur des friches qui aujourd'hui ne servent à rien, sur lesquelles on peut mettre du panneau solaire…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et sur des aires d'autoroutes, Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Oui, alors on a un potentiel en fait sur toutes les zones qui sont gérées par du public ou des collectivités locales, on est en train d'exploiter et on estime qu'on peut avoir 1000 projets d'ici 2025, c'est un petit clin d'œil, un petit symbole, mais c'est vraiment pour dire qu'on va accélérer ; ce qu'on veut c'est déployer tous les espaces où on peut mettre du photovoltaïque, tout en faisant attention de ne pas faire de l'artificialisation des terres, donc c'est tout un travail qui est un travail de couture, presque, mais on va aussi mettre en place des conseillers pour aider les collectivités à pouvoir le faire.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais de production ?

BARBARA POMPILI
Pardon ?

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pas de production de panneaux photovoltaïques en France, pas de retour de la production de panneaux en France, nous allons les acheter à l'étranger ?

BARBARA POMPILI
Mais nous avons déjà en France, j'ai en tête aux moins six sites industriels où on fabrique des panneaux photovoltaïques, notamment d'ailleurs des sites qui sont très innovants, par exemple un site à Châtellerault qui fait des tuiles, des tuiles solaires, donc qui ressemblent à des vraies tuiles, et pour lequel on a apporté des aides pour fabriquer ça.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Barbara POMPILI, il reste trois fabricants en France, dont PHOTOWATT, qui est une filiale d'EDF, la maison mère, qui n'a pas réussi à trouver un repreneur, qui est en train de fermer également, donc il faudrait relancer la production, en réalité il n'y a plus de production de panneaux photovoltaïques en France.

BARBARA POMPILI
Absolument, et c'est pour ça que dans le plan de relance, et dans le plan France 2030 on accélère la possibilité de faire des industries autour des renouvelables, enfin qu'on construise nos panneaux en France. Aujourd'hui on les assemble et on a, encore une fois, beaucoup d'innovations qui sont arrivées ; moi j'incite beaucoup ; on a mis un tarif avantageux pour installer sur nos toits des panneaux qui ressemblent à des tuiles, tout simplement parce que ça permet de garder aussi le paysage préservé, paysage auquel nous tenons tous.

MARIE BERNARDEAU
Et ce photovoltaïque, ce développement-là, il vise à alimenter qui, quoi, dans quelle proportion exactement, et à quel terme ?

BARBARA POMPILI
Il vise à alimenter tout le monde, évidemment. On a besoin d'augmenter notre taux d'énergies renouvelables dans notre pays, on a RTE qui nous a fait des scénarios et qui explique que d'ici 2050, au minimum, la moitié de notre électricité sera produite par des renouvelables, au minimum la moitié de notre électricité, et il y a même des scénarios qui vont jusqu'à 100% de renouvelables, ça demande une augmentation très forte de nos capacités de production, encore une fois pas seulement en solaire, mais le solaire on met le paquet parce qu'on est en retard sur ce sujet.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Barbara POMPILI, vous mettez le paquet sur le solaire, c'est très bien, Emmanuel MACRON, lui, veut mettre le paquet sur le nucléaire nouvelle génération, il a été question de mini-centrales a dit le chef de l'État, vous êtes pro-nucléaire Barbara POMPILI ?

BARBARA POMPILI
Je suis heureuse que, enfin, sur ces sujets-là, on puisse avoir un débat de qualité, et dans cette campagne présidentielle qui arrive je suis heureuse qu'on puisse enfin, sur la base des scénarios dont je vous ai parlé, de RTE, qui sont des feuilles de route, on a six scénarios, avec ou sans nucléaire, etc., mais qui sont enfin fondés sur des faits, de quoi on a besoin, combien, combien ça va coûter, quels sont les avantages et les inconvénients…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc oui au nucléaire ?

BARBARA POMPILI
Non, pardon, justement, pardon Jean-François ACHILLI, mais moi je veux qu'on sorte de ces débats qui n'existent pas, pour ou contre le nucléaire, pour ou contre les renouvelables…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Non, mais le développement du nucléaire.

BARBARA POMPILI
L'objectif est d'augmenter notre part de renouvelables parce que nous sommes obligés d'augmenter notre part de renouvelables, l'objectif c'est de baisser nos consommations d'énergie, et à travers ça nous avons ensuite des scénarios sur lesquels nous pouvons aller et sur lesquels nous allons discuter.

MARIE BERNARDEAU
C'est une énergie de transition ou c'est une énergie d'avenir le nucléaire ?

BARBARA POMPILI
On ne peut pas faire la transition en France, ou dans d'autres pays, avec le nucléaire, la transition ça veut dire baisser très vite nos consommations de gaz à effet de serre d'ici 2030. Personne ne dit sérieusement qu'on peut construire une centrale nucléaire en France en moins de 10, 15 ans, or là c'est dans les 10 prochaines années que nous devons baisser nos émissions de gaz à effet de serre et donc pour cela nous avons besoin de construire des renouvelables, donc l'énergie de transition ce sont les renouvelables bien évidemment. Ensuite, d'ici à 2050, est-ce qu'il faut du nucléaire, pas de nucléaire, en France la question est un peu réglée j'ai envie de vous dire, on est à 70% de nucléaire dans notre mix-électrique, quoi qu'il advienne dans les 20 prochaines années, 30 prochaines années, le nucléaire prendra encore une part très importante.

MARIE BERNARDEAU
On continue à en discuter dans une minute, 8h50, Laurence MERIDE pour le Fil info.

(…)

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Barbara POMPILI, des élus bretilliens, donc des habitants de l'Ille-et-Vilaine, de cinq communes en Bretagne, donc, vous ont écrit pour réclamer des mesures pour sécuriser – il est question de la chasse – les battues, après cet accident survenu samedi dernier à Laillé, c'est ce qu'a rapporté hier France Bleu Armorique. Ces élus, dans ce courrier, vous demandent une sorte de gestion urgente, accessoirement efficace, de régler la surpopulation des sangliers et plus généralement ils veulent une table ronde nationale pour, au fond réguler la pratique de la chasse. Qu'est-ce que vous leur répondez ce matin ?

BARBARA POMPILI
Tout d'abord, j'ai juste une pensée pour des personnes qui ont été victimes d'accidents de chasse, comme ça a été le cas ces derniers jours. Il faut d'abord penser à ces personnes-là, parce qu'elles ont été touchées directement par ce sujet, qui n'est pas du tout philosophique pour elles. Ensuite, sur la chasse, la majorité n'a pas de volonté d'interdire la chasse, d'une manière ou d'une autre, par contre elle doit être régulée. Par contre, bien évidemment quand il y a des personnes qui ne respectent pas les règles, eh bien elles doivent subir la loi, c'est-à-dire des procédures judiciaires si elles sont nécessaires. Et je rappelle que nous avons instauré notamment dans la loi qui a créé l'Office français pour la biodiversité il y a quelques années, la nécessité de renforcer des mesures de sécurité pour la chasse, et donc les fédérations de chasse sont chargées de travailler là-dessus.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça ne suffit pas peut-être.

BARBARA POMPILI
Et d'ailleurs, mes services vont revenir vers eux pour voir si toutes les mesures qui étaient prévues dans la loi, ont bien été appliquées. Ensuite, on peut suspendre, on peut suspendre les permis de chasse, quand il y a une personne qui a fait des…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça, c'est ce qui existe déjà.

BARBARA POMPILI
Alors, oui, mais ça vient d'être voté, et d'ailleurs, juste pour information, puisque j'ai fait vérifier par mes services, là, depuis le début de l'année on a 8 permis de chasse qui ont été suspendus, parce que des personnes ne respectaient pas les règles.

MARIE BERNARDEAU
Est-ce qu'on peut interdire la chasse le week-end ?

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Comme l'a proposé…

BARBARA POMPILI
Comme le demande Yannick JADOT.

BARBARA POMPILI
Ça, ça fait partie des débats qui existent depuis longtemps, sur la question du partage de l'espace.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est une bonne idée ?

BARBARA POMPILI
C'est une idée qui est portée par les écologistes depuis au moins une vingtaine d'années, si ce n'est plus…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ah, vous êtes prudente.

BARBARA POMPILI
…donc ce n'est pas une idée nouvelle…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc vous l'avez portée vous-même jadis.

BARBARA POMPILI
Ce n'est pas une idée nouvelle, c'est une idée qui à un moment se pose, et sur laquelle on doit avoir un débat. Mais mon rôle en tant que ministre en charge de la chasse, c'est de faire en sorte que la chasse respecte un certain nombre de règles. Ces règles-là, d'abord, sont des règles de préservation de la biodiversité, et quand on a des espèces qui sont en risque au niveau de la biodiversité, eh bien on arrête la chasse. Ça a été le cas pour la chasse à la glu, c'est le cas cette année pour le Grand Tétras qui est en danger, c'est le cas pour la Tourterelle des bois, c'est le cas pour le Courlis cendré, la Barge à queue noire, donc on le fait.

MARIE BERNARDEAU
Mais là, le danger est pour l'être humain.

BARBARA POMPILI
Le danger, non mais encore une fois soyons très clairs, il y a des règles. Si des personnes font des tirs qui ne respectent pas les règles, non seulement ils peuvent être poursuivis par la justice, ils encourent une peine de prison, jusqu'à 3 ans de prison, 45 000 € d'amende. Si c'est dans le cadre de la chasse, c'est-à-dire non-respect de règles de chasse, il y a des mesures supplémentaires qui sont prises, c'est un fait aggravant, et d'ores et déjà on peut suspendre les permis quand on constate, avant même les procédures judiciaires. Donc il y a des règles aujourd'hui, mais encore une fois nous allons vérifier avec les fédérations de chasse, que notamment tout ce qui est mesures de prévention, de sécurité, qui sont prévues dans la loi, sont bien appliquées comme elles doivent être.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous dites "il y a des règles", mais il y a aussi des victimes, vous l'avez rappelé. Il y a une statistique, malheureusement, c'est sinistre, mais 158 accidents en moyenne chaque année, il y a eu 20 accidents mortels, 9 victimes sur 10 ce sont des chasseurs [qui sont en cause].

BARBARA POMPILI
Tout à fait.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ces élus qui vous écrivent, proposent, accessoirement, pourquoi pas d'une idée de demi-journée, j'essaie de comprendre, c'est-à-dire le matin le chasseur et l'après-midi les familles qui se promènent sans les chasseurs. Il y a des formules que vous pourriez étudier avec les fédérations, avec les élus concernés ? Ça peut exister ?

BARBARA POMPILI
Vous savez, tout peut être fait, et puis chaque situation, je pense qu'il faut aussi regarder territoire par territoire, on a des fédérations qui ont déjà pris d'ailleurs un certain nombre de mesures, notamment de concertation avec les autres usagers de la nature, pour trouver des solutions. Après, s'il faut un encadrement au niveau national, encore une fois il y a des débats aujourd'hui, moi je n'ai pas peur du débat politique, que le débat s'engage et qu'on puisse voir jusqu'où on peut aller. La chasse aujourd'hui, on a besoin notamment de chasse régulatoire, il faut le dire, ou alors on utilise d'autres moyens, mais aujourd'hui la chasse est utile pour faire des battues, notamment quand on a trop de sanglier. Donc essayons de faire en sorte que cette chasse soit régulée le mieux possible, et surtout qu'on réinstaure le dialogue entre tout le monde. Moi je crois que les oppositions entre les uns et les autres, ne permettent pas d'avancer.

MARIE BERNARDEAU
Barbara POMPILI, quelques mots encore de l'élection présidentielle qui s'annonce. Est-ce que vous êtes en ordre de marche pour le futur candidat Emmanuel MACRON ? Est-ce que comme d'autres dans votre camp, vous êtes impatiente, vous vous dites : il faut qu'il se présente maintenant, sinon ça va être trop tard ?

BARBARA POMPILI
Franchement, ces questions-là ne relèvent pas de moi. Moi, ce que je dois…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
La chasse, aux électeurs.

BARBARA POMPILI
Ce que je fais et ce qui m'a été demandé en tant que membre du gouvernement, c'est de continuer à travailler et à réformer. Comme vous l'avez vu…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais c'est la campagne, aussi, non ?

BARBARA POMPILI
Comme vous l'avez vu, j'ai un certain nombre de sujets, notamment les sujets d'énergie, notamment les sujets de climat, qui m'occupent beaucoup en ce moment…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Sujets de campagne présidentielle, y compris la chasse.

BARBARA POMPILI
… qui sont des sujets sur lesquels je travaille et sur lesquels j'ai toujours travaillé, et sur lesquels, à côté de ça, nous avons des groupes de travail, moi j'ai lancé un groupe de travail avec Pascal CANFIN sur les questions écologiques, pour déjà mettre sur le papier un certain nombre d'idées, avec d'autres membres de la majorité présidentielle, qui pourraient être utilisés en cas de campagne présidentielle.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc Barbara POMPILI n'est pas en campagne présidentielle, elle travaille mais elle n'est pas en campagne.

BARBARA POMPILI
Barbara POMPILI travaille, Barbara POMPILI comme d'habitude essaie d'apporter des idées qui pourraient être utilisées pour une campagne, mais je crois que chaque chose en son temps. Encore une fois, moi là je reviens de la COP26, j'y retourne, on a des énormes enjeux pour aider nos concitoyens à faire la transition écologique. Moi, ce que je veux, c'est que tout le monde puisse participer à la transition écologique, notamment aussi en France, et j'ai énormément de travail pour le faire, je ne m'ennuie pas, monsieur ACHILLI.

MARIE BERNARDEAU
Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique, merci d'avoir été l'invitée du 8 :30 France Info ce matin. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 novembre 2021

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