Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à France Info le 3 novembre 2021, sur le Contrat d'Engagement Jeune et le Service national universel.

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Sarah El HAIRY.

SARAH EL HAIRY
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Un mot d'abord sur la campagne de communication du Conseil de l'Europe, on y présente le hidjab comme un choix et un droit humain, une liberté pour les femmes, est-ce que vous êtes choquée, est-ce que c'est même pour vous la promotion du voile islamique ?

SARAH EL HAIRY
Cette campagne, elle est choquante, elle est ahurissante et c'est pour ça qu'elle est condamnable. Elle est condamnable parce que c'est une chance de défendre la liberté de convictions, la liberté de religion et évidemment ça a été et ça sera toujours la position de la France. Par contre cette campagne elle prône le port du voile comme en réalité un élément identitaire et donc elle fait la promotion du hidjab. En ça ce sont des positions opposées, ce n'est pas du tout ce que défend la France et c'est pour ça que nous avons évidemment fait savoir, la France a fait savoir sa vive, son malaise, sa volonté de retrait et surtout…

ALIX BOUILHAGUET
Vous allez être écouté là-dessus ?

SARAH EL HAIRY
D'ailleurs la campagne a déjà été retirée dès hier. Dès hier parce que on a interpellé évidemment le Conseil parce que cette campagne ne prônait pas les valeurs de la France.

ALIX BOUILHAGUET
Est-ce que vous savez si d'autres pays ont réagi comme vous ? D'autres pays ont été aussi choqués par cette campagne ?

SARAH EL HAIRY
Je n'ai pas cette information, ce que je peux vous dire c'est qu'évidemment nos réseaux diplomatiques ont été saisis immédiatement dès la diffusion de cette campagne, d'où le retrait quasi immédiat après les alertes et les remontées de la position française.

ALIX BOUILHAGUET
Donc ça veut dire qu'on la verra plus.

SARAH EL HAIRY
Non.

ALIX BOUILHAGUET
Ni en affiche, ni en séquence c'est fini.

SARAH EL HAIRY
Elle a été retirée dès hier.

ALIX BOUILHAGUET
Hier Emmanuel MACRON a annoncé, on l'attendait depuis la mi-juillet ce fameux contrat d'engagement, au départ c'était un revenu, c'est aujourd'hui devenu un contrat, pour les jeunes, concrètement tous les jeunes de moins de 26 ans sans formation, sans emploi recevront un revenu de 500 euros s'ils suivent une formation. On a quand même le sentiment que c'est plus une refonte de tous les systèmes existants et ce n'est pas tant la révolution mais plutôt une extension finalement de la garantie jeunes qui existait déjà.

SARAH EL HAIRY
Le contrat d'engagement, le contrat d'engagement jeune vient de l'ADN de la garantie jeunes bien sûr, mais fondamentalement, il va chercher ce qui fonctionne le mieux dans la garantie jeune. Ça veut dire quoi ? C'est du donnant-donnant. Le jeune s'il est prêt à l'effort, s'il est prêt à s'engager, à suivre une formation, s'il est prêt finalement à se lever tous les matins, alors oui l'Etat, les entreprises, les associations s'engagent pour lui, s'engagent pour lui humainement d'abord, économiquement ensuite. Humainement parce que l'accompagnement, il est très intensif de 15 à 20 heures par semaine et de l'autre côté évidemment le versement d'une aide financière quand il en a besoin de 500 euros par mois. Et pour la première fois Madame BOUILHAGUET, pour la première fois on va aller chercher ces jeunes qui en ont besoin parce que aujourd'hui dans notre pays il y a des emplois, il y plus de 300 000 emplois non pourvus, mais ces jeunes-là pour certains ils n'y croient plus.

ALIX BOUILHAGUET
Justement…

SARAH EL HAIRY
Et pour d'autres ils ont besoin de…

ALIX BOUILHAGUET
Justement vous dites aujourd'hui il y a 300 000 emplois non pourvus, il y a des secteurs qui sont en tension, un chômage qui recule, est-ce que ce n'est pas un étrange signal ?

SARAH EL HAIRY
Bien au contraire parce que ces jeunes-là, ces 400 000 jeunes sur lesquels on se concentrer et sur lesquels on concentre toute notre énergie, ils ont besoin, vous savez qu'on les écoute, qu'on les aide pour débloquer certains freins. Vous savez vous et moi on a eu la chance de trouver notre voie, ce n'est pas simple pour tout le monde, alors même que notre pays repart, il serait plus que malheureux eh bien de ne pas les aider à trouver ce chemin-là. En fait notre philosophie, elle est simple, c'est le travail, c'est l'emploi qui en réalité permet de lutter contre la précarité et de donner, qui fait gagner cette liberté. Alors notre job, notre mission, c'est que chacun d'entre eux trouve son chemin.

ALIX BOUILHAGUET
Qu'est-ce que vous dites à la droite qui est parle d'assistanat, qui dit que c'est clairement le RSA jeunes souhaité par la gauche ?

SARAH EL HAÏRY
C'est absolument minable, je crois que c'est de la « punch line » de période de propositions et de campagnes. Il n'y a rien du RSA. Pourquoi ? Parce que c'est donnant-donnant, parce que c'est un engagement, parce que ces jeunes-là c'est un investissement qu'on fait pour eux, parce que quand on investit dans notre jeunesse, alors ils deviennent finalement demain des contributeurs, des acteurs de notre pays. Et nous on ne croit pas, on ne croit pas que se lever le matin, suivre une formation, suivre un apprentissage ou même, en réalité être dans cette démarche de l'effort, eh bien ce soit de l'assistanat. Moi, ce que je vois, c'est malheureusement une droite qui se perd et qui ne défend même plus la valeur travail.

ALIX BOUILHAGUET
Emmanuel MACRON, lui, parle d'assiduité.

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr.

ALIX BOUILHAGUET
Ça n'est donc pas couplé à une obligation de réussite ?

SARAH EL HAÏRY
Notre obligation de réussite, c'est nous qui l'apportons, ce sont les adultes qui entourent ces jeunes entre 16 et 25 ans. 12 mois, où un accompagnement individuel, un seul référent, le jeune il n'est plus ballotté d'une période de formation à une période d'engagement…

ALIX BOUILHAGUET
C'est ça la différence, c'est qu'il y a un suivi qui est plus long, c'est ça, par rapport à la Garantie jeunes ?

SARAH EL HAÏRY
Exactement. Le suivi est plus long et plus intense. La Garantie jeunes c'était six semaines intensives, là on parle d'un an intensif, avec le même référent, mais surtout madame BOUILHAGUET, c'est quoi le projet ? C'est que ces 400 000 jeunes ils ont évidemment leur place dans notre pays. Les aider à trouver leur job, leur emploi, c'est leur donner la liberté, c'est leur permettre de reconnaître le travail, l'effort, et leur capacité à faire partie de notre pays, c'est ça notre projet. Et où ils peuvent, alors je vais en profiter peut-être une seconde, que les parents ou les grands-parents qui entendent parler de ce contrat d'engagement, moi je les invite à en parler à leurs enfants, à leurs petits-enfants, parce que peut-être qu'ils ne nous écoutent pas ces jeunes, mais dans le fond c'est fait pour eux, parce que chacun a sa place et personne n'est condamné à subir.

ALIX BOUILHAGUET
Le message est lancé pour ce contrat d'engagement. L'an prochain, 50 000 jeunes feront leur Service national universel, ça monte en puissance, mais alors on est encore loin des 700 000 jeunes, fixé par Emmanuel MACRON. Est-ce que c'est la pandémie qui a changé les choses ou est-ce que vous vous heurtez quand même à des difficultés ?

SARAH EL HAÏRY
Le Service national universel, c'est quoi la promesse ? C'est faire rencontrer des jeunes qui ne se croisent plus du tout, qui ne font rien ensemble, qui ne se connaissent pas, voir qui finalement laisse notre pays se fragmenter encore un peu plus, parce qu'ils ne construisent rien en commun. Le Service national universel, cette année c'est 50 000 jeunes, c'est une amplitude, c'est une sorte de, comment dire, d'exercice général avant la généralisation du projet. Le cap est le même.

ALIX BOUILHAGUET
Justement, vous y allez quand à cette généralisation ? Quand est-ce que… quelle et l'échéance que vous vous fixez ?

SARAH EL HAÏRY
Elle arrive évidemment, elle arrivera après un débat parlementaire, devant le l'Assemblée nationale et le Sénat, parce que c'est une généralisation pour toute une classe d'âge, 700 000, mais plus que jamais on est à la veille de cette généralisation. Quand le Service national universel va toucher tout le pays, tous les départements ou non, 50 000 jeunes, des jeunes filles et des jeunes garçons, plusieurs dates, 3 séances, 3 séquences de Service national universel cette année, dès février d'ailleurs, l'ouverture des inscriptions commence le 8 novembre. D'ailleurs j'invite tous ceux que ça intéresse, évidemment à aller regarder, mais la généralisation on en est à la porte, nous sommes en train de faire une sorte d'exercice général.

ALIX BOUILHAGUET
Donc, grosso modo, la porte, ça veut dire que ce sera de toute façon après, bien après la présidentielle, c'est-à-dire que c'est quoi, deux, trois mois, quatre ans, combien il faut de temps pour cette généralisation ?

SARAH EL HAÏRY
Evidemment, elle sera au lendemain de l'élection présidentielle, pour une raison toute simple, ça ne vous a pas échappé, notre pays a vécu plus de 18 mois d'une crise sanitaire, qui a évidemment ralenti. Nous n'avons pas pu faire le séjour de 2020. Sauf que, ce que je vois, c'est que le Service national universel, aujourd'hui répond à des besoins qui sont absolument essentiels dans notre temps. Ça veut dire quoi ? Faire ensemble, porter les valeurs de la République, aider aussi des jeunes qui ne s'en sortent plus, parce qu'illustrissime, parce que problèmes de santé, parce que problèmes d'orientation, parce qu'ouvrir le champ des possibles pour ces jeunesses, eh bien c'est finalement construire cette force d'une autre manière.

ALIX BOUILHAGUET
Ouvrir le champ des possibles, l'idée du CNU c'était cette fameuse mixité sociale, territoriale…

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr.

ALIX BOUILHAGUET
Mais est-ce qu'en 15 jours, finalement, ce n'est pas illusoire de se dire qu'on va créer du lien et qu'on va sortir certains jeunes d'une difficulté ?

SARAH EL HAÏRY
Le Service national universel, c'est trois phases. La première, vous avez raison madame BOUILHAGUET, c'est 15 jours de séjour de cohésion, mais il y a ensuite 15 jours d'engagement dans une association, dans une collectivité, et ensuite un engagement long, ce qu'on appelle la phase 3, qui peut durer, qui est à plus de 3 mois.

ALIX BOUILHAGUET
Mais est-ce que c'est assez ? Est-ce que c'est assez, le service militaire c'était un an, bon là on imaginait le brassage.

SARAH EL HAÏRY
Oui, moi j'ai vu ces jeunes se transformer au bout d'un mois de Service national universel, à quel moment aujourd'hui un jeune du 16e rencontre un jeune d'Aurillac où un jeune de Trappes va rencontrer un jeune Nantais ? Madame BOUILHAGUET, il n'y a plus ces moments-là il n'y a plus ces moments de mixité que l'on vit. C'est la République que l'on vit, ces valeurs elles sont transmises, mais surtout elles sont partagées. Et, oui, un mois ça transforme, ça transforme un jeune, et d'ailleurs j'invite les parents et les jeunes qui ont participé à tous ses séjours, eh bien de témoigner, de raconter, il paraît que le Service national universel il ne se raconte pas, il se vit. Donc moi j'invite les jeunes à le vive.

ALIX BOUILHAGUET
Très bien. Donc on entend votre rappel aujourd'hui au Contrat d'engagement, au Service national universel. Merci Sarah El HAÏRY d'avoir été avec tout ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 novembre 2021