Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à RFI le 9 novembre 2021, sur les relations entre la France et le continent africain suite à sa visite à Dakar, puis au Cap Vert.

Texte intégral

ARNAUD PONTUS
Elle plaide pour l'écriture d'une page nouvelle entre l'Afrique et la France, Elisabeth MORENO, ministre française chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances, vient d'achever une visite à Dakar, au Sénégal, et sa visite en Afrique se poursuit ce mardi au Cap Vert ; alors que le sentiment anti-Français gagne du terrain sur le continent, notamment auprès des jeunes. Elle est notre invitée ce matin au micro de Charlotte IDRAC.

CHARLOTTE IDRAC
Bonjour Elisabeth MORENO.

ELISABETH MORENO
Bonjour Charlotte IDRAC.

CHARLOTTE IDRAC
Lors de ces visites à Dakar et Praia, vous avez souhaité encore une fois, rencontré des membres de la société civile qui ont été mis en avant lors du sommet de Montpellier, mais ce n'est pas la société civile qui prend les décisions politiques, est-ce que ces forces vives sont vraiment, sont concrètement à même selon vous de faire évoluer la relation entre la France et les pays du continent ?

ELISABETH MORENO
Les relations avec les institutions, avec les Etats entre la France et le continent africain sont extrêmement bonnes aujourd'hui, il ne s'agit pas de remplacer une relation par une autre, il s'agit d'ajouter, de complémentariser des discussions que nous avons avec le continent.

CHARLOTTE IDRAC
Alors il y a eu des critiques de ce sommet de Montpellier ici à Dakar, dans la presse, on a lu par exemple : le président MACRON n'a rien annoncé, un sommet pour rien, je cite, un sommet de cinéma, qu'est-ce que vous répondez ?

ELISABETH MORENO
Moi, ce que je réponds, c'est que, un sommet où on dialogue, comme on ne l'a jamais fait auparavant, un sommet où on parle de sport, de culture, d'entreprenariat, un sommet où on se dit les choses sans tabou, sans filtre, je ne parlerai pas d'un sommet pour rien, en revanche, ce qui rendra cette rencontre fructueuse, c'est ce que nous allons en faire par la suite ; des idées ont été proposées, maintenant, il s'agit de mettre en oeuvre ces initiatives et ces propositions, et il faut continuer.

CHARLOTTE IDRAC
Oui, mais pour certains, ici, les personnalités qui ont été invitées à Montpellier n'étaient pas représentatives, et de fait, ce ne sont pas les jeunes en colère qu'on a vu manifester ici au mois de mars au Sénégal qui ont été sélectionnés, qu'est-ce que la France a à dire à ces jeunes-là ?

ELISABETH MORENO
Les 11 jeunes qui étaient en discussion avec le président MACRON sont des jeunes qui font partie d'un panel de 4.500 personnes qui ont été interviewées par Achille MBEMBE et son équipe pendant plusieurs mois, ils ont manifesté leurs doutes, ils ont manifesté leurs inquiétudes, donc si nous continuons cette discussion, si nous continuons ce dialogue, je suis intimement convaincue que nous pouvons écrire une nouvelle histoire qui est attendue par beaucoup entre la France et le continent africain.

CHARLOTTE IDRAC
Il y a sur le continent africain des mouvements qui se font les porte-voix d'un sentiment antifrançais qui dénoncent par exemple la persistance du franc CFA ou la présence des bases militaires, est-ce que vous les entendez ces voix, Elisabeth MORENO ?

ELISABETH MORENO
Evidemment que je les entends, vous savez, avant de rejoindre le gouvernement français, j'étais patronne du groupe HEWLETT PACKARD pour tout le continent, je n'ai pas attendu de prendre cette responsabilité pour me rendre compte qu'il y avait un sentiment de malaise, cette jeunesse, c'est une jeunesse qui n'a pas connu cette partie de l'histoire qu'elle reproche, quand je vois le président de la République faire ce travail de mémoire avec l'Algérie, avec le Rwanda, quand je le vois rendre les oeuvres d'art au Bénin, quand je le vois se battre pour que les dettes de l'Afrique, surtout après cette période de crise extrêmement importante, puissent être prises en considération différemment, eh bien, moi, j'ai envie de croire que cette jeunesse peut entendre ce que le président Emmanuel MACRON a envie de mettre en oeuvre, et je veux dire à cette jeunesse qu'elle a sa partie à jouer, et que nous sommes prêts à l'entendre et à co-construire de nouveaux partenariats sur une relation gagnant-gagnant, qui nous permettra dans quelques années de se rendre compte que la confiance peut se rétablir.

CHARLOTTE IDRAC
Vous avez évoqué l'Algérie, il y a des tensions, on peut parler évidemment aussi de la relation avec l'Etat malien, difficile, est-ce que ce message de la France est audible aujourd'hui sur le continent ?

ELISABETH MORENO
Nous avons une histoire commune, nous avons un destin commun, nous ne pouvons pas dévier nos histoires, donc, d'une manière ou d'une autre…

CHARLOTTE IDRAC
Mais certains le souhaiteraient, en tout cas, expriment ce souhait…

ELISABETH MORENO
Mais en tout cas, la France ne le souhaite pas, et nous, nous faisons notre part, et nous tendons la main à tous ceux qui veulent travailler avec nous.

CHARLOTTE IDRAC
Vous assistez ce mardi à l'investiture du nouveau président du Cap-Vert, votre pays natal, donc José Maria NEVES, le Cap-Vert, réputé pour sa stabilité, est-ce que ce pays que vous connaissez bien peut être une source d'inspiration pour les autres démocraties africaines ?

ELISABETH MORENO
Mais il l'est déjà, d'abord, je veux féliciter le président NEVES, c'est quelqu'un qui connaît bien les relations internationales, c'est quelqu'un qui connaît bien la diaspora, parce que je ne dirai jamais combien les diasporas africaines sont un atout, à la fois pour la France, mais également pour le pays de leurs parents ; je pense que c'est un trait d'union entre les deux rives de la Méditerranée, vous savez, je vais vous raconter une anecdote que je n'ai pas beaucoup racontée, le jour où Jean CASTEX m'a contactée pour rejoindre le gouvernement, c'était le jour de la fête de l'indépendance du Cap-Vert, moi, je suis extrêmement fière de ma double culture, je suis extrêmement heureuse aujourd'hui d'être ministre en France, parce que notre pays est pluriel, mais je garde aussi des attaches très fortes avec le Cap-Vert. Et je veux juste dire à cette jeunesse qui doute, qui se questionne, qu'elle n'a pas à choisir entre l'un et l'autre, on ne choisit pas entre son père et sa mère, il y a suffisamment de place dans nos coeurs, dans nos histoires et dans nos vies pour que nous soyons multiples, pour que nous soyons divers, et je les encourage à cultiver toute leur identité.

CHARLOTTE IDRAC
Merci Elisabeth MORENO.

ARNAUD PONTUS
La ministre française chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, la diversité et l'égalité des chances. Elisabeth MORENO avec Charlotte IDRAC.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 novembre 2021