Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France Inter le 29 novembre 2021, sur la cessation d'activité du sous-traitant automobile SAM et l'attitude du groupe Renault.

Texte intégral

CLEMENCE FULLEDA
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Clémence FULLEDA.

CLEMENCE FULLEDA
Merci d'être avec nous ce matin, votre ministre de tutelle Bruno LE MAIRE a reconnu ce week-end à notre micro un échec dans le dossier de la SAM, à qui la faute ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez cette décision du tribunal c'est un choc pour nous tous, les salariés, les élus du territoire, je pense notamment à Carole DELGA et Arnaud VIALLA qui se sont battus, l'un pour la région, l'autre pour le département à nos côtés pour trouver une solution et ça fait deux ans que nous travaillons d'arrache-pied pour trouver ce repreneur qui aurait permis de sauver la SAM.

CLEMENCE FULLEDA
Est-ce que vous ne l'avez pas abandonné le seul repreneur potentiel qui avait justement pourtant l'appui de la région mais aussi de l'Etat ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors en l'occurrence il y a eu d'autres repreneurs dont un qui avait remis une solution ferme en mai…

CLEMENCE FULLEDA
L'espagnol…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui tout à fait mais peu importe, ce qui s'est passé, c'est qu'on a aussi un changement assez drastique des conditions de marché, vous savez que la voiture électrique est en train de prendre une place de plus en plus importante dans les achats des consommateurs. Une voiture électrique, c'est pour fabriquer un moteur, dix fois moins d'heures de travail et tout cela a malheureusement des conséquences et trouver un repreneur aujourd'hui ça devient beaucoup plus difficile et nous n'y sommes pas parvenus, donc aujourd'hui il faut se projeter dans le futur, il faut trouver des solutions pour les salariés.

CLEMENCE FULLEDA
Justement vous avez promis des aides pour les salariés de la SAM, 15000 euros pour la formation, création d'entreprise, 5000 pour les mobilités au sein du groupe, est-ce que ce sera vraiment suffisant Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je crois d'abord qu'il faut que RENAULT prenne toutes ses responsabilités.

CLEMENCE FULLEDA
C'est-à-dire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
RENAULT a une responsabilité vis-à-vis des salariés de la SAM. Ils ont une responsabilité en termes d'accompagnement financier, ils ont une responsabilité en termes d'accompagnement professionnel. Le président de RENAULT indiquait qu'il assumerait toutes ses responsabilités et qu'il chercherait notamment des solutions d'intégration de propositions d'emplois dans le groupe, des solutions d'accompagnement et à cela au niveau de l'Etat nous allons également prendre nos responsabilités, c'est-à-dire utiliser le fonds que nous avons mis sur pied en mai dernier qui est le fonds fonderie qui est doté de 50 millions d'euros qui s'ajoutent à tous les dispositifs existants d'accompagnement des salariés…

CLEMENCE FULLEDA
Et combien pour la Sam sur ces 50 millions Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sera du cousu main individuel pour chaque salarié en fonction de son projet professionnel. Les salariés peuvent avoir par exemple des projets de création d'entreprise, pour ceux-là c'est 15000 euros qui leur permettra de se lancer dans une création d'entreprise.

CLEMENCE FULLEDA
Vous dites Agnès PANNIER-RUNACHER que RENAULT doit accompagner chaque salarié, ça veut dire que vous demandez ce matin à RENAULT de prendre des engagements ou sinon quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je demande à RENAULT effectivement de prendre des engagements sur la manière dont les salariés seront accompagnés. Je veux dire aussi aux salariés que leur savoir-faire et la qualité de leur travail n'est pas en cause et c'est pour cela que d'une certaine manière je suis confiante dans leur reclassement parce qu'ils ont des compétences qui sont aujourd'hui recherchées, on sait que partout en France on recherche des compétences dans l'industrie et notre travail c'est maintenant de mettre en face ces propositions d'emploi, en face de chaque salarié et de faire en sorte qu'ils puissent rebondir le plus rapidement possible sur un nouvel emploi.

CLEMENCE FULLEDA
Justement Agnès PANNIER-RUNACHER, justement Carole DELGA, la présidente de la région Occitanie dit avoir parlé à Guillaume FAURY qui est le PDG d'AIRBUS en lui demandant d'être solidaire, est-ce que vous ce matin vous demandez à Guillaume FAURY d'embaucher par exemple des salariés de la SAM ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je crois que c'est aussi aux salariés de faire leur choix, Guillaume FAURY a des sites qui sont à Toulouse, peut-être que certains salariés voudront aller jusque-là, mais peut-être pas, et notre enjeu c'est aussi d'accompagner le territoire, c'est à Decazeville que nous devons mettre le paquet, c'est dans le département de l'Aveyron, c'est ce que nous avons fait en lançant un dispositif chaque industriel où nous sommes en train d'appeler chaque entreprise industrielle du territoire pour voir comment on peut accélérer leur projet de manière à ce qu'ils puissent plus rapidement se développer et plus rapidement ouvrir des postes qui pourront notamment bénéficier aux salariés de la SAM. C'est comme ça qu'il faut travailler.

CLEMENCE FULLEDA
Je reviens sur RENAULT, est-ce que vous parlez avec le patron de RENAULT, qu'est-ce qu'il vous répond sur la SAM ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que RENAULT a été … a parlé publiquement ; Jean-Dominique SENARD a publiquement indiqué qu'il comptait être, je le cite, « extraordinairement responsable ».

CLEMENCE FULLEDA
Donc vous ne dialoguez pas, vous, avec RENAULT directement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous imaginez bien que nous sommes directement branchés avec les dirigeants de RENAULT, que ce soit le ministre Bruno LE MAIRE, que ce soit le Premier ministre même.

CLEMENCE FULLEDA
Est-ce que vous nous confirmez du coup qu'Emmanuel MACRON reçoit RENAULT aujourd'hui pour annoncer de nouvelles aides publiques notamment sur l'électrique ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, s'agissant de cela, nous ne sommes pas encore dans une annonce ; nous sommes dans une discussion. Nous travaillons sur un plan automobile qui est plus large, je rappelle que c'est une filière qui traverse – et on le voit avec l'exemple de la SAM – une transformation massive. Notre enjeu, c'est d'accompagner les sous-traitants ; notre enjeu, c'est de faire en sorte que les sous-traitants puissent se transformer. Nous avons sur le sujet de la fonderie déjà accompagné 24 fonderies en France pour leur permettre de se moderniser et de se diversifier. C'est les 400 000 emplois de cette filière que nous accompagnons aujourd'hui et c'est pour ça que nous parlons à RENAULT comme nous parlons à STELLANTIS, comme nous parlons à TOYOTA parce que ce sont eux qui fabriquent des …de la filière ….

CLEMENCE FULLEDA
Mais est-ce que vous allez leur demander des contreparties parce qu'on a l'impression avec l'exemple de la SAM, que vous êtes actionnaire à 15% mais que vous avez, par exemple, fait un prêt garanti de 5 milliards et que finalement vous n'avez rien en retour ? Qu'est-ce que vous répondez à ça et à cette colère aussi qui vient des salariés de la SAM ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, j'entends cette colère. Je réponds que les circonstances du prêt qui a été fait par des banques, c'est un prêt bancaire qui est garanti par l'Etat, ce n'est pas l'Etat qui donne 5 milliards d'euros comme on l'entend parfois, nous n'avons sorti aucun euro de notre poche pour RENAULT sur ce prêt. Simplement, la situation de RENAULT à l'époque risquait d'effondrer l'ensemble de la filière, c'est-à-dire que si le principal constructeur en France de voitures rentre dans une situation de grande difficulté financière, c'est l'ensemble de la filière qui s'effondre.

CLEMENCE FULLEDA
Et donc il fallait les aider.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et notre responsabilité, c'est de faire en sorte que chaque entreprise de la filière automobile, chaque emploi de cette filière puisse être pris en compte et qu'on les accompagne dans cette transformation, que chacun appelle de ses voeux.

CLEMENCE FULLEDA
Agnès PANNIER-RUNACHER, excusez-moi, je vous coupe …

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est-à-dire la transformation qui vise à lutter contre le défi climatique …

CLEMENCE FULLEDA
Juste une dernière question pardon parce que vous avez parlé de l'avenir effectivement de tout l'Aveyron finalement et l'autre dossier compliqué dans cette région aussi, c'est la BOSCH, 750 suppressions de postes sur 1 250 d'ici 4 ans. Comment éviter un autre échec industriel avec la BOSCH ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors déjà avec la BOSCH, je crois que nous sommes parvenus à éviter le scénario du pire. Le scénario du pire, c'était la fermeture de BOSCH et nous sommes restés extrêmement vigilants et exigeants ; nous avons exigé avec les salariés et les élus qu'il n'y ait aucun départ contraint. Cet objectif est atteint.

CLEMENCE FULLEDA
Sauf qu'eux, ils vont devoir être obligés d'accepter des baisses de salaire !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et nous avons exigé que le groupe BOSCH propose un projet industriel d'avenir crédible pour ce site et la date de projection, c'est une date qui nous ramène au-delà de 2025.

CLEMENCE FULLEDA
Donc la BOSCH ne fermera pas, on est d'accord ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est maintenant … c'est ce que je vous indique, c'est l'accord qui est aujourd'hui sur la table et il appartient aux salariés maintenant, et c'est dans leurs mains, et c'est à eux de décider, je crois qu'il ne faut pas se substituer aux salariés s'ils valident ou pas cet accord.

CLEMENCE FULLEDA
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée à l'Industrie, d'avoir été avec nous ce matin en exclusivité sur France Bleu Occitanie, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 novembre 2021