Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à RMC le 15 décembre 2021, sur les revendications salariales à la SNCF et le contrôle du passe sanitaire à bord des trains.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous trois.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes ministre des Transports et c'est presque devenu, malheureusement, un marronnier. À l'approche des vacances, il y a aussi une menace de grève. Appel à la grève à la SNCF dont des TGV sud-est et sud-ouest notamment pour ce premier week-end de vacances de Noël. Est-ce qu'un accord pourrait être trouvé ? Est-ce qu'il est encore temps d'échapper à cette grève ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a des discussions nourries sur les salaires et rémunérations d'ailleurs depuis plusieurs semaines mais il y a notamment des discussions depuis hier qui vont se poursuivre ce matin. J'ai eu l'occasion d'en parler hier soir avec la direction de la SNCF. J'ai eu un des leaders syndicaux qui a dit espérer une sortie de conflit en fin de matinée. C'est en tout cas le souhait que j'ai. Ce sujet du jour porte sur la prime Covid due à la moindre activité de la SNCF. Jean-Pierre FARANDOU, le patron de la SNCF, a fait des propositions depuis de nombreuses semaines maintenant sur le sujet. Il a pris d'ores et déjà des actes. Moi j'espère qu'on va vers une sortie de conflit d'ici à la fin de journée.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un souhait réaliste ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un souhait réaliste et, honnêtement, c'est une nécessité. Je le dis avec beaucoup d'affection pour la SNCF, les cheminots et les cheminotes. Mais ce serait quand même un sacré cadeau fait à un opérateur étranger qui arrive en concurrence sur le Paris-Lyon en TGV ce week-end que de faire une grève au moment où les Français qui sont fatigués ont envie de retrouver les leurs, de se projeter dans leur voyage en toute sérénité.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas un peu du chantage que vous êtes en train de leur faire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, non. C'est de la responsabilité, c'est un appel à la responsabilité. Vous savez, l'Etat depuis 2017 il a repris 35 milliards de dette à la SNCF. Il a investi comme jamais dans le réseau ferroviaire. On a relancé les petites lignes. On a lancé des lignes de train de nuit. Encore avant-hier nous y étions. Donc l'Etat a vraiment fait ce travail, y compris social d'ailleurs, pour construire un cadre de branche qui soit favorable aux cheminots, qui leur garantisse régimes de retraite, rémunérations.

APOLLINE DE MALHERBE
Eux de leur côté, pardon, ils disent quand même que les salaires n'ont pas bougé depuis huit ans, qu'ils continuent à être gelés alors que dans le même temps – vous parliez à l'instant de la question de l'ouverture à la concurrence - leur statut, le fameux statut des cheminots qui, jusqu'à présent, était l'avantage qui compensait le fait de ne pas forcément gagner des mille et des cents, à ce statut est en train de disparaître. Donc ils ont l'impression quand même d'être un peu les dindons de la farce.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, alors deux choses. D'abord sur les salaires, et j'étais tout à fait en accord avec cela, Jean-Pierre FARANDOU quand il est arrivé a fait un effort notamment sur les petits salaires de la SNCF. Et il a raison : on avait un vrai sujet dans les ateliers de maintenance, en petite couronne, de personnes, d'agents qui étaient un peu des smicards du ferroviaire. Il fallait faire ce travail-là et Jean-Pierre FARANDOU et les équipes ont nourri un dialogue social continu. Nous l'avons fait nous aussi au niveau de la branche pour construire ce cadre social qui, je le dis, est favorable aux cheminots. Encore dans l'accord de branche récent qui a été signé, la concurrence qui s'exerce dans le ferroviaire, on l'a vu notamment en région sud, c'est 75% de trains en plus autour de Marseille et c'est deux fois plus de trains entre Marseille et Nice. Donc la concurrence qui va s'exercer là, à compter de l'an prochain, elle est favorable non seulement aux usagers - on aura plus de trains - et donc favorable aux cheminots. Et encore une fois, on a construit patiemment avec eux par la loi, par le dialogue social, un cadre social qui soit favorable aux cheminots.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, je vous repose la question de manière un peu concrète pour les gens qui nous écoutent. Est-ce que oui ou non vous considérez qu'on peut échapper à la grève ? Est-ce que oui ou non vous dites : ? Il y aura des trains pour partir en vacances ? ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, il y aura des trains pour partir en vacances. Le sujet, c'est de savoir combien. On saura exactement en fin de journée ce qu'il en sera. En tout cas, c'est plus que ce qui a été annoncé par le représentant de la CGT sur votre antenne.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire quoi ‘plus' ? Ça veut dire qu'on peut compter quoi ? Sur au moins un train sur deux ? Sur au moins deux trains sur trois ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Autour de ça mais je ne peux pas préempter…

APOLLINE DE MALHERBE
Autour de quoi ? De deux trains sur trois ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Plus d'un train sur deux, plus d'un train sur deux.

APOLLINE DE MALHERBE
D'accord.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, ce n'est pas un sur cinq mais en tout cas, moi je veux donner la chance…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire qu'il n'y aura pas 100% des trains.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais croyez-moi, je comprends le sujet et je crois que les Français comprennent le sujet et l'appréhendent avec un peu d'anxiété, et donc c'est la raison pour laquelle moi je veux donner toute sa chance au dialogue social. Les syndicats sont responsables, ils savent très bien que c'est week-end important pour les Français, que les Français sont fatigués d'une année Covid, de deux années Covid quasiment, et qu'ils comptent sur la SNCF pour répondre présent.

APOLLINE DE MALHERBE
Je voudrais que… Oui, allez-y.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour le reste, on a une direction de la SNCF qui est totalement engagée jour et nuit pour trouver…

APOLLINE DE MALHERBE
Et qui joue le jeu en tout cas de ce dialogue. Vous nous dites qu'il y aura encore cette réunion. Un mot avec Thierry qui nous appelle au 32 16 parce que vous êtes nombreux à vouloir réagir sur cette question des grèves. Thierry, je vous écoute. Vous êtes à La Rochelle. Le ministre aussi vous écoute. Je crois que vous êtes plutôt de son côté si je comprends bien : vous trouvez que les cheminots se plaignent trop, c'est ça ?

THIERRY, AUDITEUR DE LA ROCHELLE
Oui. Je suis un ancien fils d'agent SNCF, chef de gare pour être précis. Effectivement, excusez-moi je vais employer un terme : c'est des nantis. Ils ont encore pas mal d'avantages sociaux. Prenez n'importe quelle entreprise privée qui a 35 milliards de déficit, mais on la ferme ! On la ferme, on ne les laisse plus travailler. Et moi le truc qui m'exaspère, on parle de service public : il n'y a plus de service public, ils font grève. Les infirmiers quand ils veulent faire grève dans les hôpitaux, qu'est-ce que vous faites ? Vous les réquisitionnez. Pourquoi on ne réquisitionne pas à la SNCF ? Je vais vous dire, ça met en danger. Parce que moi normalement, ma belle-fille allait prendre le train le 24 à midi pour rejoindre son papa et nous rejoindre en Franche-Comté à huit heures de route de voiture. Puisqu'il y a grève, on n'a plus de train. On va partir le 24 à trois heures de l'après-midi pour être à 11 heures aux fêtes de Noël ensemble donc on va prendre des risques sur la route.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il y a une mise en danger. Thierry, je voudrais que le ministre puisse vous répondre directement. ‘Ce sont des nantis' nous dit Thierry qui est lui-même fils de cheminot et qui demande pourquoi ils ne sont pas réquisitionnés. Réponse ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ce ne sont pas des nantis. Il y a un droit de grève qui… Les cheminots font un travail, un travail d'ailleurs parfois dur.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il évoque la question des urgentistes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et sur la réquisition, il n'y a pas de réquisition. En revanche, il y a une loi qui encadre le droit de grève et typiquement les cheminots doivent se déclarer grévistes 48 heures à l'avance. C'est la raison pour laquelle à compter de ce soir on sera en mesure d'avoir une idée du plan de transport précis à compter de samedi matin.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, un mot sur la question du Covid. On le voit bien, les indicateurs sont clairement au rouge. Vous annoncez plus de contrôles du pass sanitaire, ça va se passer comment ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors d'abord, on a un protocole sanitaire parmi les plus stricts d'Europe. Je le redis ici parce qu'il faut toujours le rappeler. Le port du masque obligatoire depuis le début du Covid et ça n'a pas varié, tout est nettoyé, désinfecté, et on a été un des premiers pays d'Europe à mettre en place le pass sanitaire sur les trains longue distance. Ç'a été très critiqué à l'époque. Beaucoup de pays européens nous ont imité depuis, et on contrôle environ entre 300 et 400 000 passagers par semaine.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui contrôle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Qui contrôle ? Les agents de la SNCF. Il y a des brigades d'abord notamment de la police ferroviaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, je n'ai toujours pas compris cette histoire. Pourquoi est-ce qu'ils ne contrôlent pas et le billet et le pass sanitaire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'y reviens à chaque fois.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, je vous repose la question parce que, pardon, vous ne m'avez pas convaincue. Je ne comprends pas. Quitte à vérifier, sur le téléphone en plus maintenant la plupart du temps le billet, le titre de transport, je ne comprends pas pourquoi. Il suffit d'un clic pour voir que le pass sanitaire est associé. Je n'ai toujours pas compris.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a deux sujets. La question c'est pourquoi on ne contrôle pas tout le monde, et je le redis, il y a cinq millions de voyageurs qui prennent le train par jour. Il y a d'ailleurs très, très peu de pays, quasiment aucun pays au monde…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce n'est pas ma question. Ma question c'est pourquoi est-ce que ceux qui contrôlent les billets ne contrôlent pas en même temps le pass sanitaire, ce qui est simple comme bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et ensuite, c'est aussi une question de loi, de - comment dirais-je - d'éligibilité à contrôler des titres ou d'autres, et la loi est ainsi faite qu'elle est compliquée, mais…

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'elle est compliquée et qu'elle rajoute une deuxième personne qui doit contrôler.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, non. Mais depuis le début de l'application du pass sanitaire, depuis le 9 août dernier, on a 99% - et ceci je n'ai jamais été démenti - de conformité au pass sanitaire. Donc ça veut dire que le dispositif, il marche…

APOLLINE DE MALHERBE
En fait vous répondez à tout sauf à ma question. Ça veut dire qu'un contrôleur, c'est fait pour contrôler en fait.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais du coup, on veut quoi ? On veut que les gens se pointent dans leur train avec un pass sanitaire. Je crois que c'est ça qu'on veut et c'est ce qu'ils font.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là vous êtes obligé de payer des agents qui viennent en plus uniquement pour vérifier le pass sanitaire, alors que vous avez des agents qui peuvent contrôler les billets.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Madame de MALHERBE, vous voulez mettre des contrôles en plus pour quelque chose qui marche très bien. Moi je vous dis avec les contrôles en amont des quais, ça marche très bien et on a 99% des…

APOLLINE DE MALHERBE
Moi je vous réponds ‘Vive la France !'

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et vous aurez bien raison parce que ‘Vive la France !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 décembre 2021