Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Inter le 28 décembre 2021, sur le renforcement du protocole sanitaire dans les écoles.

Texte intégral

CHRISTELLE REBIERE
Yaël GOOSZ, votre invité ce matin est le ministre de l'Education nationale.

YAËL GOOSZ
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Yaël GOOSZ.

YAËL GOOSZ
Ministre de l'Education nationale, des sports et de la Jeunesse, là je parle de la jeunesse étudiante, totalement absente hier soir des annonces qui ont suivi le Conseil de défense sanitaire. Primaire et secondaire, on a compris, ça reste ouvert, on rentre le 3 janvier comme prévu, est-ce que ce sera la même chose dans les facs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, Frédérique VIDAL aura l'occasion de s'exprimer sur ce point, mais je peux vous dire qu'on a aussi débattu de la question, notamment la question des examens, qui se pose beaucoup au mois de janvier, et ça a donc été tranché dans un sens de présence physique. Mais tous les détails seront donnés sur ce point comme sur d'autres.

YAËL GOOSZ
Pas de jauge dans les amphis ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas, à ma connaissance non, mais c'est à Frédérique VIDAL de le dire, ce n'est pas à moi de faire les annonces sur l'enseignement supérieur. En tout état de cause, vous le savez, ça suppose aussi des dialogues avec les présidents d'université, et donc ça va s'affiner au fil des jours.

YAËL GOOSZ
Est-ce qu'il y a une difficulté pour le Gouvernement à s'adresser à cette classe d'âge ? On parle depuis 2020 de génération sacrifiée, à qui on a promis que le vaccin allait les libérer, et 2 ans après, qu'est-ce qu'on a ? Des discothèques fermées pour le réveillon, les concerts debout c'est fini, la position verticale dans les bars [est] interdite, même un sandwich dans le TGV ça va devenir compliqué. Il n'y a pas d'autre voie possible disait Jean CASTEX hier soir, est-ce que les jeunes et plus largement les Français vont adhérer à cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bon, d'abord, la condition de la jeunesse heureusement ne se résume pas aux points que vous venez de dire…

YAËL GOOSZ
Bien sûr, bien sûr.

JEAN-MICHEL BLANQUER
… et à l'instant on vient d'entendre ce qui se passe sur l'apprentissage, ce qui ce qui se passe au titre de la priorité jeunesse, qui est clairement affichée par le Gouvernement, c'est-à-dire les enfants, les adolescents et les jeunes, qui sont notre priorité, dans des circonstances qui c'est vrai sont difficiles. Donc ça suppose des politiques publiques, comme celles qui ont été menées par exemple pour les étudiants, avec le Resto U à 1 € par exemple, ce type de mesures qui sont faites pour accompagner. Donc je crois que vis-à-vis de la jeunesse on a deux devoirs, le premier c'est reconnaître la difficulté de l'époque, le dire et afficher de ce fait une priorité dans toutes nos décisions, on le voit encore hier avec le Conseil de défense, ils sont la priorité. Et deuxièmement, dresser des perspectives optimistes, ça dépend d'ailleurs de chacun d'entre nous, pas seulement du Gouvernement, c'est-à-dire qu'on ne doit pas baigner la jeunesse de discours toujours gris, toujours nihilistes ou inquiets, on doit dresser des perspectives, c'est-ce qu'on fait avec différentes mesures, notamment sur l'emploi des jeunes, mais aussi en matière…

YAËL GOOSZ
Moi je parlais des restrictions de liberté qui commencent à poindre depuis hier soir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors, les restrictions de libertés ne sont pas, fort heureusement, dirigées spécifiquement vers la jeunesse.

YAËL GOOSZ
Non non, bien sûr.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à l'heure j'entendais Simon LE BARON ironiser un peu sur certaines mesures, mais vous savez, au cinéma, c'est vrai que si vous enlevez votre masque, c'est beaucoup plus contaminant que si vous le gardez. Donc ça justifie les pop-corn par exemple. Donc, il n'y a pas de petites mesures, il n'y a pas de mesures ridicules, il y a un ensemble de choses, il n'y a jamais non plus la mesure magique, il y a un ensemble de choses à faire et c'est vrai qu'au titre des loisirs, tous les Français et donc les jeunes aussi, ont un impact. Mais enfin, d'un côté, on ne peut pas nous dire qu'on ne va pas assez loin et ensuite reprocher ceci. Ce que nous cherchons à faire derrière le président de la République, c'est la proportion, c'est vraiment une des idées clef, vous le savez bien, c'est de proportionner les décisions aux réalités sanitaires.

YAËL GOOSZ
Alors, est-ce que c'est proportionnel pour l'école ? Rentrée normale lundi, alors que l'incidence chez les 5/11 ans a été multipliée par 12 en l'espace d'un mois. Est-ce que ça c'est proportionné ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ou, c'est proportionné parce que d'abord c'est un point fixe, si vous voulez, nous l'avons dit pratiquement dès le début de la crise, et en tout cas c'est une doctrine française qui depuis d'ailleurs, je l'observe, a été adoptée par de nombreux pays ultérieurement…

YAËL GOOSZ
C'est même votre slogan, maintenant, vous en faites un livre « L'école ouverte ».

JEAN-MICHEL BLANQUER
On peut le dire, oui, tout à fait, école ouverte, et je vais répétant aussi, l'école c'est bon pour les enfants, parce que ce n'est pas une petite chose, l'école c'est extrêmement important. Le communiqué de la Société française de pédiatrie, que le Premier ministre a cité hier, dit tout sur ce point, aussi bien sur la vaccination que sur l'intérêt d'avoir les enfants à l'école.

YAËL GOOSZ
Vous avez aussi des soignants, 50 soignants et pédiatres, dans Le JDD qui disent que vous ouvrez l'école au prix d'une circulation maintenant massive du virus.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le communiqué de la Société française de pédiatrie, fait aussi un sort au document dont vous parlez, qui ressemble fichtrement à un document qu'il y avait aussi fin août, qui nous prédisait le pire pour le pour le mois de septembre, avec des signataires comparables. Donc moi je me réfère à des autorités comme le Conseil scientifique, la Haute autorité de santé publique et la Société française de pédiatrie. Et nous avons une doctrine, on peut toujours la critiquer, mais au moins elle est là, devant tout le monde, de manière claire, c'est : l'école doit être ouverte parce que les enfants en ont besoin, pas à n'importe quel prix…

YAËL GOOSZ
Et les Pays-Bas, la Belgique, les Portugais, sont moins intelligents que les Français ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais parfois ils peuvent avoir…

YAËL GOOSZ
Parce qu'ils rallongent leurs vacances, eux.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ils peuvent avoir d'autres priorités d'autres critères, libre à eux, mais vous savez, quand je parle avec des interlocuteurs internationaux, il y a plutôt de l'envie qu'autre chose, par rapport à ce que nous avons pu faire en matière d'école ouverte, dans la difficulté, au prix d'efforts énormes des acteurs, et je salue tous ceux qui à l'école, au collège et au lycée sont acteurs de cette politique de l'école ouverte, mais c'est évidemment vital, et donc c'est une priorité affichée. Ça ne veut pas dire à n'importe quel prix, nous allons encore durcir certaines conditions…

YAËL GOOSZ
Alors, c'est ça qu'on voudrait avoir. Le protocole sanitaire scolaire, est révisé disait Olivier VERAN hier soir, qu'est-ce qui va changer lundi 3 janvier ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, nous allons encore affiner, en dialogue justement avec le Conseil scientifique et la Haute autorité de santé, les choses sont vous le savez très différentes dans le 1er degré dans le dans le 2nd degré. Dans le 1er degré c'est forcément du côté des tests que nous avons un levier pour aller plus loin que ce que nous faisons…

YAËL GOOSZ
200 000 par semaine, l'objectif c'était un million.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, nous en faisons maintenant beaucoup plus que ça, parce que là le chiffre auquel vous faites référence, est le chiffre des tests que nous réussissons à faire en milieu scolaire, c'est-à-dire nous en proposons plus de 400 000, et comme il y a 50 % d'adhésion de la part des parents, ça fait à peu près autour de 220 000 par semaine. On peut encore augmenter, mais on se heurte à un taux d'adhésion qui reste…

YAËL GOOSZ
Quel objectif, quel objectif vous avez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Notre objectif il est déjà atteint par les mesures qu'on a prises il y a un mois, c'est-à-dire le fait que désormais quand il y a un cas positif dans une école primaire, les enfants ne reviennent à l'école qu'avec un test négatif, et donc les parents font les tests, et c'est cela qui nous a permis de dépasser même le million de tests au cours du mois de décembre. Donc ce nouveau protocole fonctionne, la question c'est qu'aujourd'hui on en fait faire un test et probablement nous allons aller vers 2 ou 3 tests, et c'est la précision de cela qui va se faire en dialogue avec le Conseil scientifique.

YAËL GOOSZ
Dans la même classe, de manière itérative, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est-à-dire que pour revenir à l'école, il ne faudra pas seulement avoir présenté une fois un test, mais au moins 2 fois, à plusieurs jours d'intervalle, et cet intervalle nous sommes en train de le travailler, encore une fois en dialogue avec les autorités scientifiques.

YAËL GOOSZ
Les capteurs de CO2 c'est un gros sujet, les syndicats vous demandent d'en faire plus, il y a une école sur cinq, équipée, un collège sur trois, un lycée sur deux en France. Qu'est-ce que vous proposez, qu'est-ce que vous annoncez là-dessus ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, d'abord la politique d'aération c'est fondamental, et donc rien ne remplacera, je le redis tout le monde le sait, mais c'est vrai d'ailleurs en milieu scolaire comme dans n'importe quel lieu, est-ce que vous avez d'ailleurs un capteur de CO2 dans cette pièce, je ne sais pas, mais en tout cas il faut très régulièrement…

YAËL GOOSZ
Joker !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut très régulièrement ouvrir les fenêtres, chaque fois que possible, et la règle c'est environ 10 minutes toutes les heures. C'est vital.

YAËL GOOSZ
Est-ce que vous allez investir dans ces capteurs de CO2 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, nous avons débloqué déjà 20 millions d'euros en soutien des collectivités locales. Je le rappelle, c'est une compétence des collectivités, mais nous sommes en soutien des collectivités, quand elles ont des difficultés pour les acheter, et donc on a une croissance de ces achats. Avec le Premier ministre nous adressons une circulaire aux préfets et aux recteurs cette semaine, pour leur demander d'amplifier l'action auprès des collectivités locales. Je ne doute pas qu'on va aller vers l'équipement de tous, mais c'est encore une fois une compétence des collectivités et c'est important de respecter cela. Néanmoins nous débloquons de l'argent en soutien des collectivités pour ces capteurs.

YAËL GOOSZ
Le Conseil scientifique s'inquiète, un tiers d'enseignants en janvier qui seraient touchés directement et indirectement par l‘Omicron ou le Delta. Vous on en êtes où dans l'embauche des contractuels ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ce sujet-là est un des plus importants en effet, et vaut pour l'Education nationale comme pour tous les secteurs, et vu la contagiosité de ce variant, il y a effectivement un risque d'absentéisme accru. Donc nous débloquons tous les moyens pour essayer de faire face à cette éventualité, notamment en moyens de remplacement, en capacité de recrutement de contractuels et de vacataires, en mobilisation par exemple de jeunes retraités de l'Education nationale. Bref, tous les moyens sont en ce moment déployés pour faire face à cela, bien entendu lorsque ça atteint un certain pourcentage d'absentéisme, notre continuité pédagogique en souffre, mais néanmoins…

YAËL GOOSZ
Est-ce que vous pouvez garantir que jusqu'aux vacances de février, il y aura une continuité présentielle et sans fermeture de classe ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est évidemment le but, normalement chaque établissement à un protocole de continuité pédagogique, qui même lorsqu'il y a de l'absentéisme, doit se traduire par de l'enseignement à distance. Je sais très bien que la situation est imparfaite, qu'il y a des endroits où c'est mieux fait que d'autres, mais avec le temps qui passe, on est en appui des établissements pour les aider à faire toujours mieux, et donc notre objectif c'est en tout cas de garantir cette continuité pédagogique.

YAËL GOOSZ
D'un mot, niveau 3, niveau 4 pour le protocole scolaire. On reste au niveau 3 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non je ne vais pas vous faire d'annonce sur cela. Vous savez on est déjà au niveau 3 pour l'école primaire, on est au niveau 2 pour l'enseignement secondaire, on ne se dirige pas vers une hybridation des classes, mais par contre vers des mesures renforcées qui pourraient relever du niveau 3, mais c'est quelque chose qui, encore une fois, nous préférons d'ici à la fin de la semaine avoir affiné ces points avec le Conseil scientifique.

YAËL GOOSZ
Merci Jean-Michel BLANQUER, bonne journée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que ça s'inscrit dans une vision globale de tout ce qui se passe dans la société aussi.

YAËL GOOSZ
A bientôt, merci.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 décembre 2021