Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 16 décembre 2021, sur les performances du système scolaire Français, l'autonomie des directeurs d'école à Marseille et le pass sanitaire pour les activités périscolaires.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

MARC FAUVELLE
J'ai blessé des gens, mais j'ai appris, c'est la formule qu'a répétée plusieurs fois Emmanuel MACRON hier soir sur TF1 au sujet des paroles qui ont pu en blesser certains, notamment au début du quinquennat, dire ça à 4 mois de la présidentielle, est-ce que ce n'est pas un peu tard ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est surtout très authentique, je pense d'ailleurs qu'à certains moments, il l'a dit aussi dans le passé, et en réalité, cette phrase, elle vaudrait pour nous tous dans la vie, je crois…

MARC FAUVELLE
Vous, vous avez blessé qui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, vous blessez parfois sans vous en rendre compte, tout simplement, et…

MARC FAUVELLE
Il vous est arrivé de blesser les enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas, je n'ai pas cherché à le faire, c'est certain, j'ai toujours dit depuis le premier jour que j'étais en soutien des professeurs, j'ai souvent dit que j'étais le ministre des professeurs, en même temps que le ministre des élèves évidemment, et d'ailleurs, quand on est ministre des professeurs, on est ipso facto le ministre des élèves, parce que, être en soutien de ses troupes, si j'ose dire, en soutien de ses professeurs, c'est évidemment faire en sorte que ça se passe au mieux tous les jours pour les élèves, donc je n'ai jamais cherché à blesser, après, ai-je blessé sans le faire exprès, c'est tout à fait possible.

MARC FAUVELLE
J'ai l'impossible d'être Mireille DUMAS, moi, ce matin.

SALHIA BRAKHLIA
Vous disiez que c'était authentique ce qu'a dit le président de la République hier soir, le dire à 4 mois de la présidentielle, il n'y a pas une petite odeur de manoeuvre politique justement à l'approche de l'élection ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je pense que c'est aussi la fin d'une année civile, et que c'est un petit peu la période où on fait ce genre de choses, c'est-à-dire, on se retourne sur ce qui a été fait, on commence à avoir aussi des perspectives pour l'année qui vient, il y a cette dimension dans l'exercice de sa fonction, ça me paraît assez normal. Vous savez, s'il ne dit rien, on s'étonne, en disant : il est froid, et s'il dit quelque chose, on dit que c'est calculé, en réalité, je crois qu'il a dit tout simplement ce qu'il pensait, après, à chacun de se faire son opinion.

MARC FAUVELLE
La situation sanitaire à l'école, Jean-Michel BLANQUER, en ce moment dans le primaire, 1 élève 100 a le Covid, le virus circule deux fois plus à l'école que dans le reste de la population, est-ce que vous êtes le ministre du plus grand cluster de France ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, bien sûr que non, d'abord, parce que je l'ai toujours dit, le milieu scolaire n'est pas un milieu de contamination particulière, c'est vrai que les enfants peuvent se contaminer, plus actuellement ceux qui ont moins de 12 ans, parce qu'ils sont justement les seuls qui ne sont pas…

MARC FAUVELLE
Deux fois plus qu'ailleurs…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que ce sont les seuls qui ne sont pas vaccinés. Donc c'est normal, c'est ce qu'on constate dans tous les pays, mais le milieu scolaire n'est pas un milieu de contamination particulière, je dirais même plus, c'est à l'école qu'on apprend plus les gestes barrières, plus que dans certaines parties de la vie sociale, donc cela reste vrai ; bon, fort heureusement, les enfants sont très peu symptomatiques, vous le savez bien, donc ceci…

MARC FAUVELLE
Mais ils peuvent ramener le virus aux enseignants qui sont face à eux, et à la maison, le Premier ministre, votre patron, en sait quelque chose, c'est sa fille de 11 ans qui lui a transmis le Covid…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait, mais vous savez, des personnes et des enfants se sont contaminés hors milieu scolaire dans bien des cas, par exemple, pendant les vacances, ont contaminé leurs parents, c'est la triste réalité du Covid, tous ceux qui veulent en déduire rapidement qu'il faut fermer les écoles au moindre problème vont beaucoup trop vite en besogne lorsqu'ils disent ça, et vous savez que c'est la position que j'ai défendue depuis le début. On a, nous, un fonctionnement de l'école aujourd'hui qui est le meilleur possible, ça n'est évidemment pas facile, je pense notamment justement aux acteurs du quotidien, par exemple, aux responsables des écoles primaires, aux directeurs et directrices ou aux professeurs, tout simplement, puisque c'est toute une gestion qui est fatigante, qui peut être aussi fatigante pour les parents, j'en ai complètement conscience. Mais nous sommes allés vers les solutions les meilleures possibles, les choses étant ce qu'elles sont, aujourd'hui…

SALHIA BRAKHLIA
Aujourd'hui, on en est à combien de classes fermées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On est à 3.150 classes fermées…

SALHIA BRAKHLIA
Un chiffre…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est un chiffre en stagnation, je dirais, depuis une semaine, il a baissé depuis que nous avons pris les nouvelles mesures, rappelons que, avec les nouvelles mesures que nous avons prises pour l'école primaire, il y a quelques semaines, on a considérablement multiplié les tests pour les enfants, c'est-à-dire qu'on est passé au fait que les enfants étaient trois fois moins testés que les parents, que les adultes, pardon, au fait que, maintenant, ils sont trois fois plus testés que les adultes.

SALHIA BRAKHLIA
Parce qu'on teste dès qu'un cas positif apparaît dans la classe, on teste toute la classe ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait.

MARC FAUVELLE
On va revenir sur la question, si vous voulez bien, du dépistage dans un instant, parce que, ce que vous faites dans les écoles n'est pas ce que préconise le Conseil scientifique, mais vous savez qu'aujourd'hui, il y a pas mal de parents qui retirent, avec quelques jours d'avance, puisque les vacances scolaires, c'est demain soir, qui retirent leurs enfants pour éviter qu'ils ne se contaminent et qu'ils ne contaminent les autres pendant les fêtes de Noël. Qu'est-ce que vous leur dites à ces parents-là, est-ce qu'ils ont raison de le faire par précaution ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, de façon générale, on ne retire pas les enfants de l'école, si on a fait l'instruction obligatoire à 3 ans, si on parle d'instruction obligatoire, c'est que l'école n'est pas une option, l'école est fondamentale pour les enfants, donc que ce soit au titre du Covid ou pour d'autres raisons, enlever les enfants à un moment donné de l'école, moins faire l'école aux enfants est toujours une mauvaise formule.

MARC FAUVELLE
Il y aura des sanctions, normalement, c'est 135 euros d'amende si on retire sans raison son enfant de l'école…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pourquoi pas, ça se…

MARC FAUVELLE
Pourquoi pas…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je veux dire, on n'est pas tellement dans ces logiques répressives actuellement, on est surtout sur le sens des responsabilités, mais c'est important qu'un enfant aille à l'école, tout simplement, et je crois que c'est un message qui est quand même passé très clairement ; vous savez, par rapport à tous ces débats, ceux qui nous écoutent peuvent peut-être avoir l'impression d'une forme de répétition, puisque ça fait quand même maintenant un an et demi que je dois répondre à ce type de questions, j'aimerais quand même qu'on regarde rétrospectivement tout ce qui s'est passé depuis mars 2020, et qu'on fasse confiance à l'école, regardez tout ce qui s'est passé, on est le pays qui a maintenu ses écoles ouvertes, dans des proportions, mais beaucoup plus fortes que d'autres, aux Etats-Unis, la moitié des enfants ne sont pas allés à l'école pendant un an ; ce sont de véritables catastrophes. Aujourd'hui on réussit à ce que dans l'enseignement secondaire, l'immense majorité des classes soit ouverte, et qu'il n'y ait qu'un petit pourcentage de classes fermées à l'école primaire ; ce sont des performances du système scolaire français, et donc c'est normal de se poser des questions. Mais prenons l'acquis quand même de toute l'expérience accumulée, et faisons confiance à l'école.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Michel BLANQUER, tout à l'heure, vous mettiez en avant le dépistage qui est fait à l'école, le dépistage auprès des élèves, sauf que le conseil scientifique signale une faiblesse dans le dépistage, il vous demande de généraliser les tests une fois par semaine à l'école, ce qui n'est pas fait aujourd'hui, pourquoi vous ne le faites pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, on a lancé deux expérimentations, une qui va dans le sens que vous venez d'indiquer, une autre que nous avions commencée début octobre, et qui correspond à ce que nous avons maintenant généralisé, c'est-à-dire le fait…

MARC FAUVELLE
Les résultats n'ont jamais été rendus publics…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, si…

MARC FAUVELLE
L'expérimentation dans les dix départements…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Au début du mois de décembre, si, si, là, l'expérimentation est publique depuis décembre.

MARC FAUVELLE
Ah bon ? Bon, alors, on a mal entendu les syndicats.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ses résultats sont intéressants, puisque cela nous permet de voir tout simplement une efficacité qu'on constate aujourd'hui, puisque ce système donc qui consiste à demander aux parents de tester l'enfant pour qu'il puisse revenir à l'école, lorsqu'il est négatif, est un système qui fonctionne actuellement, je l'ai vu encore hier dans un cas…

SALHIA BRAKHLIA
Oui, mais la deuxième expérimentation, justement, c'est de tester les enfants une fois par semaine…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, la deuxième expérimentation, nous en aurons les résultats début janvier, mais il y a des problèmes pragmatiques, pratiques pour ce genre d'expérimentation, il faut bien voir que jusqu'à aujourd'hui, et encore aujourd'hui, nous faisons, en plus de ce que je viens de mentionner, c'est-à-dire le fait que les parents font tester les enfants, nous proposons 400.000 tests salivaires chaque semaine à l'école primaire, ça, c'est à l'école, eh bien, nous n'en faisons que 200.000 sur les 400.000, parce que nous avons seulement 50 % d'acceptation de la part des parents. Donc le type d'expérimentation proposé où c'est à l'école que les choses se passent, se heurte forcément à un pourcentage non négligeable de parents qui ne veulent pas qu'on le fasse à l'école.

SALHIA BRAKHLIA
Et il est impossible d'imposer aux parents la faisabilité du test pour accepter l'enfant à l'école ?

MARC FAUVELLE
Ces tests salivaires qui sont…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, la seule chose, là où nous avons pu aller le plus loin, c'est ce que nous avons fait, c'est-à-dire, dire : si vous n'avez pas un test négatif, vous ne revenez pas à l'école, mais c'est le maximum de ce que vous pouvez faire, a fortiori, avec un enfant.

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des sports, Jean-Michel BLANQUER. Plusieurs de nos voisins très proches en Europe, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique ont décidé de jouer sur la date des vacances scolaires pour tenter justement de freiner l'épidémie. Certains les ont avancées, ces vacances de Noël, d'autres vont les repousser quelques jours plus loin en janvier, est-ce que vous envisagez de le faire, pour les avancer, c'est raté, on est jeudi, les vacances, c'est demain soir, mais pour les repousser de quelques jours en janvier, est-ce que c'est une hypothèse ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai toujours dit qu'aucune hypothèse n'était écartée, souvenez-vous, nous l'avons fait pendant les vacances de printemps, donc ça reste un outil possible, mais a priori, ce n'est pas aujourd'hui une hypothèse privilégiée, on doit continuer à regarder l'évolution de l'épidémie au cours des 2 semaines qui viennent, mais je le répète, la fermeture de l'école, en soi, n'est pas une solution miracle, et le président de la République ainsi que le Premier ministre l'ont dit à plusieurs reprises, et c'est un marqueur de la politique menée, l'école est la dernière chose à fermer dans une société, ça n'a par exemple pas de sens de fermer l'école quand vous ne fermez pas le reste, les confinement d'écoles lorsqu'ils ont un impact, c'est en général, parce qu'ils stoppent la vie sociale, ils obligent les gens à rester chez eux. Mais ce n'est pas…

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que la dernière chose qu'on refermerait en France aujourd'hui si l'épidémie, ce que personne ne souhaite évidemment, devait s'envoler encore plus haut, ce sont les écoles, c'est la dernière chose à laquelle on toucherait ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait, nous l'avons affirmé à plusieurs reprises, et ça reste un marqueur. Les enfants dans une famille comme dans un pays sont la priorité, et la priorité, c'est qu'ils puissent aller à l'école, tout montre, pas seulement en France, dans le monde entier, que l'école n'est pas quelque chose de marginal, que c'est fondamental pour la santé des enfants, la société française de pédiatrie le réaffirme en permanence, et donc nous sommes complètement au diapason là-dessus.

SALHIA BRAKHLIA
Retour en classe, c'est sûr, le 3 janvier pour tous les écoliers, mais est-ce que ce sera le même protocole sanitaire, on est au niveau 3, là, est-ce qu'il va être revu à la hausse à la rentrée en fonction de l'épidémie, pendant les vacances ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça reste toujours possible, je ne le pense pas, très honnêtement, mais personne ne peut être affirmatif sur un sujet comme celui-ci, avec deux semaines et demie d'avance. Donc on doit laisser toutes les hypothèses ouvertes, mais néanmoins, je reste assez serein sur le fait que nous pouvons avec ce protocole renforcé, que nous avons maintenant, continuer, et évidemment en restant très pragmatique en fonction de l'évolution de l'épidémie.

MARC FAUVELLE
La vaccination des enfants, Jean-Michel BLANQUER, elle pourrait être autorisée, ouverte à l'ensemble des enfants, peut-être dès le mois prochain, dès le mois de janvier, ça pourrait coïncider, nous dit-on, justement avec la rentrée scolaire, si c'est le cas, si tous les enfants de 5 à 11 ans sont appelés à se faire vacciner, est-ce que ça se fera aussi à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, en tout cas, on pourra le proposer au travers de l'école, comme nous l'avons fait pour le collège et le lycée, rappelons qu'en septembre et octobre, nous avons pu vacciner, soit dans les collèges et lycées, soit aux abords, soit au travers de différentes initiatives prises par les familles, près de 80 % des élèves du second degré, c'est un des records européens, et on doit, là aussi, s'en féliciter, rappelez-vous les débats qui ont eu lieu fin juillet quand j'ai annoncé le fait qu'on ne fermerait pas de classes dans l'enseignement secondaire, mais que, simplement, les élèves non vaccinés devraient rester chez une semaine, on m'a beaucoup critiqué, néanmoins, ça a permis d'avoir beaucoup plus de vaccinations dans cette classe d'âge, et aujourd'hui, on voit que les collèges et les lycées fonctionnent à peu près normalement, ce qui est une bonne chose. C'est un peu la même chose avec le nouveau protocole de l'école primaire, c'est quelque chose qui incite à tester les enfants, et c'est ainsi qu'on a développé les tests pour les enfants dans le pays.

SALHIA BRAKHLIA
Sur la vaccination des enfants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur la vaccination des enfants, c'est évidemment un sujet que l'on prend avec tout le recul nécessaire, vous avez vu qu'on avait…

SALHIA BRAKHLIA
Une nécessité dit Jean CASTEX, c'est souhaitable dit le président de la République hier, vous, vous dites quoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La même chose évidemment, puisque nous avons attendu d'avoir tous les résultats de toutes les autorités de santé nationales et internationales pour être certain que c'était une bonne chose pour les enfants…

SALHIA BRAKHLIA
Donc il faut le faire, c'est ce que vous dites aux parents aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, mais néanmoins, c'est quelque chose de facultatif, bien entendu, mais c'est quelque chose d'important, et donc c'est aussi un des outils qui nous permettra d'avoir une école primaire plus ouverte.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous souhaitez que les maîtresses et les maîtres, puisqu'on parle des enfants petits, les 5-11 ans, fassent la promotion du vaccin, qu'il y ait des cours là-dessus pour expliquer aux enfants qu'il est utile ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est très important d'expliquer les virus et les vaccins à nos élèves, ça fait partie des…

MARC FAUVELLE
Oui mais celui-là en particulier…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Même indépendamment… non, mais, bien sûr, oui, évidemment, puisque les enfants…

MARC FAUVELLE
Il y aura un temps peut-être alloué à l'école pour en parler ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous avons déjà donné des ressources aux professeurs pour expliquer cela, et je sais qu'ils le font, on pourrait le systématiser davantage, mais ça me paraît très important, vous savez, l'école, c'est l'école des Lumières, et l'école des Lumières, ça signifie qu'on apprend les sciences en particulier, et apprendre les sciences, c'est apprendre ce que sont les maladies, ce que sont les médicaments, ce que sont…

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas peur que les enseignants aient les parents Antivax sur le dos le soir la sortie de l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a déjà malheureusement des débats de ce type, mais c'est fait aussi pour parler avec les parents, ce genre de chose, c'est-à-dire, vous savez, il y a des sujets sur lesquels, ce n'est pas 50-50, il y a des choses qui sont démontrées sur le plan scientifique, et le rôle de l'école, depuis toujours, depuis qu'il y a une école en France, c'est de transmettre les savoirs, pas de transmettre des opinions.

SALHIA BRAKHLIA
Et donc de faire la promotion du vaccin contre le Covid ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et donc d'expliquer comment ça fonctionne un vaccin et pourquoi le vaccin, c'est quelque chose de rationnel face à un virus, oui. Et d'ailleurs, en quoi auriez-vous pu être choqué par une phrase pareille si on avait parlé de la rougeole il y a 3 ans, sur un tel sujet, si vous voulez, ou d'autres choses. On ne doit pas reculer face à tout ce qui aujourd'hui sont des espèces de coups de bélier contre la rationalité. Notre civilisation, notre pays ont connu des grands progrès pendant des décennies, et même des siècles, à la faveur des progrès des sciences, des technologies, des techniques, nous savons que ce n'est pas forcément synonyme d'ailleurs de bonheur de l'humanité, il faut être très attentif aux effets pervers des sciences et des technologies, mais néanmoins, on doit apprendre des sciences et des technologies, et apprendre la déontologie qui va avec, c'est vrai par exemple aussi pour le numérique, et donc l'école moderne, celle du 21ème siècle, elle doit faire cela en toute sérénité, et si ça doit déboucher sur du dialogue avec les parents, c'est bien aussi, parce qu'il doit y avoir une convergence entre les parents et l'école autour de l'enfant.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il est envisagé à un moment ou à un autre, Jean-Michel BLANQUER, qu'il y ait un pass sanitaire pour les enfants, quel que soit leur âge, pour certaines activités, qu'elles soient scolaires ou extras-scolaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, pour tout ce qui est scolaire, non, depuis le début, ce que nous disons, c'est que l'école est le lieu qui, par définition, est ouvert à tous, il ne saurait y avoir un quelconque facteur qui fasse qu'on dise à un enfant durablement…

MARC FAUVELLE
Jamais on interdira par exemple un cours de sport à un enfant pas vacciné à l'intérieur ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, pour les activités périscolaires, ce n'est pas inimaginable, mais pour tout ce qui a trait au temps scolaire, ça n'est pas du tout la doctrine que nous avons eue jusqu'à présent tout simplement parce que c'est toujours la même idée, c'est l'idée de l'école ouverte, une école qui permet à tous les enfants d'être scolarisés, même si vos parents sont antivaccins…

SALHIA BRAKHLIA
Un pass sanitaire pour aller au club de judo, le mercredi après-midi, ça, c'est envisageable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne dis pas que c'est ce que nous allons faire, mais c'est moins impensable.

MARC FAUVELLE
Ou pour une sortie, qu'est-ce qu'on peut imaginer d'autres ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Même chose, vous savez, jusqu'à présent, on a déjà des règles du jeu sur les sorties scolaires, notamment, le fait qu'à parti du moment où c'est un créneau dédié pour les élèves, il n'y a pas de…

MARC FAUVELLE
Pas besoin pour l'instant…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il n'y en a pas besoin. Mais par contre, lorsque ça correspond à des lieux où il y a d'autres personnes, il est normal qu'il y ait des règles du jeu différentes.

MARC FAUVELLE
Ça, c'est sur la table du Conseil de défense sanitaire demain par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non.

MARC FAUVELLE
Non, bon, d'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, rassurez-vous sur ce point, non, mais encore une fois, dès qu'o parle…

SALHIA BRAKHLIA
C'est en réflexion…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Dès qu'on parle d'un avenir de plus de deux semaines s'agissant de cette crise, et même de plus d'une semaine, quand il s'agit de cette crise sanitaire, on ne saurait dire des choses absolues, puisque nous sommes obligés de nous adapter à la situation, mais je suis serein, vous savez, sur toutes ces questions, il n'y a pas de raison de remettre en cause fondamentalement ce qui nous a servi de boussole jusqu'à présent, et qui, je le rappelle, a quand même plutôt bien fonctionné. Faites de la comparaison européenne, de la comparaison internationale, et faites confiance à l'école, et moi, je veux remercier, et puis, ça correspond un peu à votre question, votre première question, mais je veux remercier les professeurs et tous les personnels engagés…

MARC FAUVELLE
Ce n'était pas ma question…

JEAN-MICHEL BLANQUER
… Visiblement…

MARC FAUVELLE
Je vous ai demandé si vous aussi, vous aviez appris, si vous vous étiez trompé…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, je leur dis…

MARC FAUVELLE
Vous remerciez les enseignants, mais la parole est libre, ne me mettez pas là-dedans, ce n'est pas ma question, je sais que je suis Mireille DUMAS aujourd'hui…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Très bien…

MARC FAUVELLE
Mais je ne peux pas tout prendre sur le dos.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je vous l'accorde. Mais en tout cas, je veux les remercier tout simplement, parce qu'ils font un grand travail, et je sais que ce n'est pas facile en ce moment.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale. Par précaution, la faculté d'Aix-Marseille a décidé de revenir au distanciel à la rentrée de janvier. Est-ce que vous considérez que c'est une bonne idée pour anticiper cette épidémie, cette augmentation de l'épidémie qui pourrait avoir lieu pendant les fêtes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bon, alors, s'agissant d'une université, elle n'est pas dans mon champ, puisque je suis ministre de l'Education nationale et pas de l'Enseignement supérieur, et par ailleurs, vous le savez, les universités ont une forte autonomie de décision sur ces sujets, ils peuvent tenir compte de circonstances locales. De façon générale, je crois que tout le monde l'a compris, je ne suis pas très favorable à la fermeture trop systématique et qu'il ne faut pas abuser du principe de précaution qui peut se retourner contre nous, puisque… parce que c'est aussi bon pour la santé psychologique et pour les connaissances des étudiants que d'avoir un enseignement qui se déroule en présence. Donc je pense qu'il faut… la fermeture d'un établissement, c'est quelque chose qu'il ne faut pas dégainer trop facilement.

MARC FAUVELLE
Toujours à Marseille, Emmanuel MACRON lors de sa visite sur place, il y a quelques mois, avait annoncé qu'une cinquantaine d'écoles allaient pouvoir tester plus d'autonomie, que les directeurs de ces écoles pourraient notamment recruter directement du personnel, il se trouve qu'hier, à votre, place, Jean-Michel BLANQUER, c'est le maire de Marseille qui était là, il se trouve qu'on lui a posé la question sur : est-ce que ça va se faire en septembre, il se trouve que voici sa réponse.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que ça va se faire ?

BENOIT PAYAN, MAIRE PS DE MARSEILLE
Non, ça a été abandonné, et ce n'est pas dans le plan de Marseille, d'abord, les enseignants dans ces endroits-là, dans ces écoles-là, ils travaillent de manière absolument extraordinaire, tout le personnel dans ces endroits-là est ultra mobilisé. Donc la question n'est pas de savoir si on va faire des expérimentations sur la manière dont sont recrutés les enseignants. Et puis, je crois savoir qu'en France, il y a quelque chose qui s'appelle un code de l'Education, il se trouve qu'il faut le respecter, parce que c'est la loi, et dans le code de l'Education, je crois que cette disposition est interdite, et sauf à changer la loi, ce qui n'a pas été fait, mais peut-être que le ministre vous l'annoncera demain matin, sauf à changer la loi, je crois qu'on ne va pas le faire.

MARC FAUVELLE
C'est mort et enterré ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas du tout. D'ailleurs, c'est un peu étonnant parce qu'on s'est vu avant-hier avec le maire de Marseille, et que cette question n'a pas du tout été abordée. Pour le coup, elle est dans mon champ de compétences et pas dans celui du maire de Marseille…

MARC FAUVELLE
Ce qu'il nous a bien rappelé, mais il nous a dit : ça ne se fera pas à la rentrée…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, mais, de toute façon, j'irai avec lui, je parlerai code de l'Education avec lui, et droit à l'expérimentation aussi qui est bel et bien inscrit dans le code, mais bon, ne faisons pas de polémique sur cela, puisque lundi, ça s'est très bien passé à Marseille. Le maire a salué…

MARC FAUVELLE
Il y aura bien une exception marseillaise à la rentrée des écoles qui pourront recruter directement leurs enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, je peux même vous donner le chiffre exact, c'est 58 écoles pour lesquelles il y a une expérimentation…

MARC FAUVELLE
Toutes volontaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Toutes volontaires, bien sûr, correspondant à des projets éducatifs, on a beaucoup parlé du recrutement par les directeurs, c'est la mesure qui frappe le plus, mais il y a aussi tout ce qui a trait… tout ça, ce n'est pas fait pour le plaisir, si je puis dire, c'est fait pour aller vers un projet éducatif, qui va de pair avec des investissements importants qui sont faits, notamment pour le bâti scolaire, mais aussi pour un beau projet éducatif, différencié dans chacune de ces 58 écoles…

SALHIA BRAKHLIA
Donc ça va se faire, c'est ce que vous dites ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, et de façon intéressante pour tout le monde, puisque l'idée, c'est d'avoir 58 projets éducatifs extrêmement motivants, extrêmement intéressants, et avoir des professeurs qui ont envie d'être là, alors, il y a beaucoup de professeurs qui sont déjà, qui vont tout simplement rester…

SALHIA BRAKHLIA
Oui, parce qu'en fait, la plupart restent en fait…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais je sais qu'il y a par exemple beaucoup de candidats aujourd'hui qui ont envie de rejoindre ces projets-là, et c'est bien et c'est sain, c'est bon pour tout le monde et c'est bon pour Marseille. Donc je pense que ce n'est pas la peine de cultiver une polémique, là, j'en reparlerai avec le maire de Marseille, mais en tout cas, ce que j'ai noté dans son intervention, c'est surtout qu'il s'est félicité de ce qu'on a pu faire avec le Premier Ministre lundi, à la suite des déclarations du chef de l'Etat. Et donc on est en train d'avancer. Donc soyons sur ce chemin de progrès et soyons chacun sur notre terrain de compétence.

MARC FAUVELLE
La Cour des comptes vient de rendre son dernier rapport sur l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, avec un mot, dans ce rapport de la Cour des comptes, que vous avez, je suppose, lu avec beaucoup d'attention, elle dit que les performances de l'école française sont médiocres, vous êtes à la tête d'écoles médiocres ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je regrette cet adjectif, puisque c'est très souvent ce qu'on voit aussi dans les articles de presse, c'est-à-dire cette espèce de goût pour des mots excessifs, et par exemple, cette phrase-là, sauf erreur de ma part, elle vient à l'appui d'un chiffre, qui lui-même date de 2016. Donc si vous voulez…

MARC FAUVELLE
C'est celui qui dit que les élèves en queue de peloton dans les classes…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est ça…

MARC FAUVELLE
A augmenté…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça fait référence à une étude de 2016, et si vous voulez, moi, je suis un peu las de voir qu'on oppose, par exemple PISA 2018, qui a trait à des élèves de 15 ans, testés en 2018, ou une étude de 2016 pour dire : ah, le système ne bouge pas, il est toujours aussi médiocre, c'est complètement absurde, d'abord, ce mot de médiocre est très excessif, et ensuite, moi, je suis dans la situation…

MARC FAUVELLE
Très excessif simplement…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, non, enfin, il est surtout inapproprié, et puis, en réalité, ça ne veut rien dire de dire ça, par contre, ce qui est important, c'est de noter les rebonds qui ont lieu actuellement, regardez les dernières évaluations nationales qui sont incontestées, qui d'ailleurs nous ont été très utiles pour traverser la crise sanitaire, elles nous montrent des élèves de CP et de CE1 et de CM2, qui progressent, les chiffres de l'entrée en 6ème sont encore des chiffes qu'on doit améliorer, bien sûr, mais ils sont en amélioration. Donc, moi, je suis dans la situation, si vous voulez, d'avoir opéré un premier rebond, notamment grâce à cette priorité à l'école primaire que nous avons eue, et de continuer à entendre les mêmes adjectifs, comme si… qui se réfèrent à des…

SALHIA BRAKHLIA
Donc le niveau n'a pas baissé contrairement à ce que dit la Cour des comptes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas du tout, le niveau n'a absolument pas baissé ces dernières années, à l'école primaire, et je l'affirme, preuves à l'appui, le niveau est en train de monter. Pour la première fois très longtemps. Donc c'est quelque chose…

SALHIA BRAKHLIA
Ça pèche du côté du collège et du lycée alors ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, après, vous savez, ces sujets-là nécessitent du temps, et donc il y a toute une génération qui monte, qui va représenter cette hausse de niveau, j'étais dans une école du 18ème arrondissement, de la Goutte d'Or, il n'y a pas très longtemps, extrêmement emblématique de choses que j'ai vues aussi dans l'Académie d'Amiens, par exemple, très récemment, c'est-à-dire ces classes dédoublées, où des enfants ont des réussites en matière de lecture, écriture, calculs, comparables aux élèves d'arrondissements plus favorisés. C'est une performance totalement nouvelle de l'école française. Et donc si nous réussissons à ce que les 20 % les plus en difficulté arrivent vers le même niveau que les autres, nous avons déjà les trois quarts de la solution. C'est ce qui est en train de se passer, et interrogez les professeurs à l'école primaire, nous avons aussi amélioré le taux d'encadrement, département par département, en France, depuis 2017, les méthodes pédagogiques ne cessent d'évoluer, il y a un plan français et un plan mathématiques. Donc moi, ma réponse à ça, c'est faisons confiance à l'école, c'est comme pour la crise sanitaire…

MARC FAUVELLE
Il y a plusieurs propositions aussi dans le rapport de la Cour des comptes, elle souhaite qu'on annualise le temps de travail des enseignants, elle dit aussi : il faudrait éventuellement rendre les remplacements entre collègues obligatoires, il y a un ministre, je crois, qui avait tenté de faire ça, c'était il y a une quinzaine d'années, c'était François FILLON, il avait vite remballé le projet, rendre les remplacements entre collègues obligatoires, pour éviter…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais nous avons…

MARC FAUVELLE
Est-ce que c'est une bonne idée ou pas, est-ce que vous allez le reprendre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a plusieurs idées dans le rapport de la Cour des comptes…

MARC FAUVELLE
Les remplacements obligatoires…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Certaines, je les ai déjà faites…

MARC FAUVELLE
Les remplacements obligatoires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais, ça, j'ai commencé, vous savez, il y a ce qu'on appelle la deuxième heure supplémentaire obligatoire, je l'ai fait en 2019, ça s'applique, c'est une des mesures à prendre, et on a commencé à la prendre. Vous savez, il y a beaucoup de choses qui ne se voient pas forcément, mais qui représentent des progrès, évidemment, la crise sanitaire cache aussi un certain nombre de choses, mais les préconisations de la Cour des comptes, je les prends évidemment au sérieux, et certaines d'entre elles sont déjà mises en oeuvre. Faisons-nous confiance. Faisons confiance à l'école. C'est ce dont notre pays a besoin, et il y a matière, aujourd'hui, ce n'est pas juste une phrase, ça s'appuie sur des premiers progrès qui sont vraiment importants.

MARC FAUVELLE
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Et bonne journée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 décembre 2021