Conseil des ministres du 20 janvier 2022. Un an de la stratégie nationale quantique.

Texte intégral

La ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a présenté une communication relative au premier anniversaire de la stratégie nationale quantique.

Aujourd'hui, la France possède les principaux atouts pour s'imposer comme un compétiteur scientifique et industriel majeur dans les technologies quantiques. Ces atouts reposent sur un positionnement historique de sa recherche sur différentes briques technologiques clefs allant du composant à l'usage, mais aussi de ses industriels précurseurs, grands groupes comme start-ups. Compte-tenu des délais de maturation de ces technologies vers les marchés ou pour la formation des talents, la stratégie nationale pour le quantique, annoncée par le Président de la République le 21 janvier 2021, constitue un élan puissant pour bâtir une filière industrielle compétitive des technologies quantiques, qui fera assurément partie des filières fortes de la France de 2030.

Cette stratégie nationale pour les technologies quantiques vise à enrichir et à affirmer la capacité de la France sur le plan scientifique et technologique, mais aussi dans les chaînes de valeur industrielles et le développement du capital humain. Elle doit permettre de garantir et pérenniser notre indépendance dans ce domaine technologique qui façonnera le futur. La stratégie est dotée d'un financement d'1,8 milliards d'euros public-privé sur 5 ans, dont 1 milliard accordé par l'État.

Elle vise la création de 16 000 emplois directs à l'horizon 2030, en faveur d'une activité qui représentera à terme entre 1 et 2% des exportations françaises. Dans le domaine de la formation, elle vise la formation de 5 000 nouveaux talents aux technologies quantiques : techniciens, ingénieurs et docteurs. S'agissant des docteurs, l'objectif est de près de 1 700 jeunes chercheurs, avec un doublement du nombre de thèses par an : 200 nouvelles thèses et 200 post-doctorats par an d'ici 2025.

Afin de répondre à ces objectifs, la stratégie vise :

- le développement de filières industrielles avec une chaîne de valeur sécurisée et des formations dédiées propres à fournir la main d'œuvre qualifiée ;
- la mise à disposition d'outils de simulation pour nos entreprises et nos organismes de recherche, l'optimisation de calcul et d'intelligence artificielle aux performances surpassant très largement celles de l'existant ;
- la mise en place de filières industrielles dans le domaine des technologies habilitantes et des capteurs ;
- la sécurisation des réseaux de communication, de stockage et de calcul distribué.

Depuis l'annonce de la stratégie par le Président de la République le 21 janvier 2021, des actions structurantes ont été lancées : un programme et des équipements prioritaires de recherche (PEPR), des actions de formation, de maturation et de standardisation, ainsi qu'une plateforme nationale de calcul quantique hybride. Plus globalement, l'écosystème de recherche, de start-ups, d'industriels et d'investisseurs accélèrent sa croissance. L'écosystème français de start-ups quantiques est notamment très dynamique, en particulier dans le calcul quantique. Les start-ups bénéficieront de cette stratégie quantique pour accélérer, notamment via les cofinancements pour le développement de briques technologiques ou les commandes publiques d'équipements.

Lancé en septembre 2021, le PEPR quantique, doté de 150 millions d'euros, et piloté par le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), le Centre national de la recherche scientifique et l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA), est en phase de déploiement. Après l'avis du comité d'évaluation scientifique, l'État a validé l'ensemble du programme de travail du PEPR et neuf premiers projets ciblés sont en cours de contractualisation. Les premiers appels à projets ouverts seront eux publiés dans les prochaines semaines. Par ailleurs, en octobre 2021, ont été contractualisés les deux premiers équipements structurants de ce PEPR, le premier avec l'université de Strasbourg et le second avec l'Ecole normale supérieure Paris Saclay. En complément, un appel à manifestation d'intérêt de 15 millions d'euros relatif à la maturation et la prématuration des technologies de calcul et de capteurs quantiques (rentrée 2022) a été publié fin décembre 2021, pour accélérer la transformation des découvertes issues de la recherche en projets concrets. Enfin, les coopérations à l'international ont également été développées, avec notamment les Pays-Bas pour la montée en échelle des calculateurs, les États-Unis sur divers programmes et l'Allemagne sur le calcul hybride, pour ne mentionner que les plus avancées.

Sur le volet formation, un appel à manifestation d'intérêt de 60 millions d'euros (rentrée 2022) a été lancé. Dès la rentrée 2021, le programme d'investissements d'avenir (PIA) a financé une expérimentation pilote de 3 millions d'euros (ingénierie de formation, thèses et bourses de master) sur les sites de Paris, Saclay et Grenoble. Les moyens de France 2030 permettront de prendre le relai sur ces enjeux.

Sur le volet standardisation, l'État a confié au laboratoire national d'essais (LNE) la mission de coordonner le volet "standardisation" de la stratégie quantique pour un budget de 13 millions d'euros.

Par ailleurs, une action de grande ampleur a été lancée le 4 janvier 2022 afin de réaliser le premier super-calculateur hybride au monde : une plateforme accessible en ligne intégrant un accélérateur quantique dans un supercalculateur classique. L'action réalisera l'intégration matérielle mais aussi la mise en place des algorithmes dédiés et le développement et l'accompagnement des cas d'usage. L'État a confié la mission de mettre en place cette plateforme à la société GENCI, au CEA et à l'INRIA.

Enfin, la souveraineté sur les technologies quantiques passe également par la sécurisation des approvisionnements en isotopes stables. Pour ce faire, l'État a confié au CEA, la mission de sécuriser, pour un budget de 26 millions d'euros du PIA, les approvisionnements français en isotopes stables, ressources critiques soumises aux aléas géopolitiques.

La priorité opérationnelle des prochains mois sera de lancer l'appel à projets cryptographie post-quantique, conjointement avec la stratégie Cyber pour 15 millions d'euros, ainsi que le Grand Défi LSQ "Large Scale Fault Tolerant Quantum Computing" pour 120 millions d'euros afin de développer le premier ordinateur quantique européen qui passe à l'échelle. Des partenariats d'innovation sur les technologies de cryogénie et des lasers de refroidissement dotés respectivement de 39 millions d'euros et de 15 millions d'euros seront également mis en place. La poursuite d'un soutien massif aux start-ups et acteurs émergents du domaine fera également partie des priorités d'actions de France 2030.