Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Info le 12 janvier 2022, sur les contaminations au Covid-19 et la situation sanitaire en France.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
La courbe des contaminations ne retombe toujours pas en France ? 370 000 cas uniquement pour la journée d'hier ? Est-ce que on est en train de perdre le contrôle de cette épidémie ?

OLIVIER VERAN
Pour que les auditeurs comprennent bien où nous en sommes effectivement vous avez dit le chiffre de 370 000 cas sur une journée, donc le virus circule énormément dans notre pays, circule énormément dans le monde, dans l'Europe, tous les pays sont logés à peu près à la même enseigne. Il manque peut-être moins vite ces derniers jours que ce qu'il a augmenté mais en même temps il a atteint un tel niveau de circulation qu'il aurait eu du mal à circuler plus vite encore. Ce qui compte c'est, qu'est-ce qui va se passer dans les prochains jours ? est-ce qu'on va avoir une diminution du nombre de contaminations, ce qu'on a pu constater en Angleterre, vous savez qu'on a un écart de quelques jours avec les Anglais, donc c'est l'hypothèse que nous suivons ou est-ce que on s'installe sur une forme de plateau à niveau plus ou moins élevé comme nous l'avions connu pendant un moment avec le delta. Le delta lui semble clairement diminué maintenant, ce qui est une bonne nouvelle parce que le variant Delta on en parlait beaucoup moins, parce qu'il faisait moins de contaminations mais enfin c'est lui qui envoie les patients en réanimation dans nos hôpitaux et qui fait les cas les plus graves. Omicron lui je le rappelle provoque des formes respiratoires plus hautes, c'est-à-dire qu'il l'encombrement et les poumons, il provoque moins de détresse respiratoire, moins de réanimation, par contre il peut provoquer des formes symptomatiques avec une forte fièvre, une toux, il peut conduire à des hospitalisations plus courtes, en moyenne 3, 4 jours. Il peut toucher d'ailleurs des gens plus jeunes dans les hôpitaux, il y a beaucoup de trentenaires, de quadragénaires qui ont des besoins en oxygène pendant quelques jours, mais il fait moins de moins de cas graves. Donc on suit de très près évidemment ces deux variant qui cocirculent…

MARC FAUVELLE
Mais a priori le pic est encore devant nous, quelle que soit la suite plateau ou baisse.

OLIVIER VERAN
Marc FAUVELLE, on teste énormément dans notre pays, ça ne vous aura pas échappé, donc on dépiste énormément aussi et donc il faut un peu plus de temps par rapport au variant précédent que nous avions connu pour pouvoir dire si nous sommes ou non au pic. Ce qui est certain c'est qu'il a déjà beaucoup circulé ce variant Omicron et que si on suit les courbes constatées dans certains pays qui nous précèdent en termes d'épidémie a au variant Omicron on pourrait s'attendre à être bientôt à une sorte de pic. Mais est-ce que c'est un pic encore une fois ou est-ce que c'est un plateau, ça je ne peux pas vous le dire aujourd'hui.

SALHIA BRAKHLIA
On ne sait pas encore. Vous savez combien de Français ont déjà été contaminés au Covid en 2 ans tout variant confondus ?

OLIVIER VERAN
Il est compliqué de l'estimer de façon précise, c'est plusieurs millions de Français ça c'est certain, rien qu'avec le variant Omicron quand on fait 370 000 diagnostics un jour donné on peut considérer qu'il y a peut-être pas loin d'un million en réalité, peut-être un peu moins quand même parce qu'on teste énormément de Français qui le contractent.

MARC FAUVELLE
Il y a peut-être un million de personnes qui l'ont chaque jour, les asymptomatique et …

OLIVIER VERAN
Certains scientifiques le disent, en tout cas entre 500 000 et en tout cas probablement plus de 500 000 déjà par jour, ce qui veut dire que…

SALHIA BRAKHLIA
C‘est énorme.

OLIVIER VERAN
Mais pourquoi, parce que quand vous dites est-ce qu'on laisse circuler ce variant ? D'abord on ne laisse pas circuler le variant et on a du télétravail obligatoire, on a des mesures de limitation de rassemblement, mais c'est vrai que…

MARC FAUVELLE
Il y a pas de confinement, il n'y a pas de couvre-feu. On allège les mesures d'isolement, à l'école on allège aussi un peu le protocole, est-ce que vous n'êtes pas en train dire, peut-être d'ailleurs sans l'expliquer aux Français finalement on le laisse un peu filer ce virus parce qu'on n'a pas beaucoup le choix, c'est ça ou le confinement et on laisse circuler le virus en surveillant l'hôpital pour voir si ça tient le coup, c'est ce qui se passe aujourd'hui en France ou pas ?

OLIVIER VERAN
La certitude c'est que le variant Omicron, il est amené à circuler et à traverser la planète.

MARC FAUVELLE
Donc oui on le laisse filer.

OLIVIER VERAN
Attendez, c'est-à-dire que les pays qui aujourd'hui ont mis en place un confinement, il y en a quelques-uns en Europe quand ils vont déconfiner, ils vont être traversé par Omicron, il est trop contagieux.

SALHIA BRAKHLIA
Donc là on subit la situation.

OLIVIER VERAN
Donc ce qui est aussi certains, c'est ce que j'ai dit d'ailleurs avec le Premier ministre en conférence de presse à plusieurs reprises, c'est que les mesures traditionnelles, réduire d'un tiers les jauges dans les bars, les restos, etc, n'ont pas véritablement d'impact sur un variant aussi contagieux que celui-ci. Là où je vous suis c'est que, parce qu'on ne cherche pas à, laisser circuler ce variant, on appelle les gens à respecter les gestes barrières.

MARC FAUVELLE
On l'empêche moins qu'avant.

OLIVIER VERAN
On teste justement dans les écoles pour empêcher une circulation trop active de ce virus. Donc on le freine et d'ailleurs on le freine avec une efficacité, les scientifiques, les modèles nous montrent qu'on a un impact puisque le facteur de reproduction du virus il est en dessous de 1,5 à (...) que spontanément écrit à 4 ou 5. C'est-à-dire qu'on arrive à le freiner quand même de façon globale. Maintenant il est tellement contagieux que oui il circule et là où je vous rejoins, c'est que l'indicateur clé que nous surveillons c'est la montée des hospitalisations. Or…

MARC FAUVELLE
25 000 en ce moment.

OLIVIER VERAN
La charge hospitalière monte, je l'ai dit c'est une durée d'hospitalisation qui est plus courte, on développe, j'ai été amené à le dire la prise en charge à domicile par oxygène parce qu'on est capable de prendre plusieurs milliers de malades en charge à la maison, quand ils ne nécessitent pas l'hôpital mais qu'ils ont besoin d'un peu de support par oxygène pendant quelques jours en attendant que les symptômes passent, pour pouvoir soulager l'hôpital. on surveille cette situation comme le lait sur le feu et sur des animations et sur les hospitalisations, pour l'instant, pour l'instant il semble que la courbe des hospitalisations soit moins élevée que ce qu'elle aurait pu être suivant le modèle par exemple de nos voisins anglais, probablement parce que nous avons une meilleure couverture en primo-vaccination que les Anglais, probablement aussi parce que nous avons vacciné d'emblée avec les vaccins en ARN messager qui sont plus efficaces que les autres sur l'ensemble des variant. Maintenant je ne fais pas encore une fois, vraiment nous surveillons cela, je peux vous dire quasiment heure par heure pour voir s'il y a quelque chose qui se crée un mouvement d'hospitalisation plus important. Mais 25 000 malades à l'hôpital c'est beaucoup, Marc FAUVELLE, ce n'est pas, c'est loin d'être négligeable, la charge pour nous soignants elle est importante et donc nous surveillons cela.

SALHIA BRAKHLIA
Vous avez dit, on teste beaucoup, près de 10 millions de tests sont effectués par semaine en ce moment, est-ce qu'il faut mettre en place.

OLIVIER VERAN
Pas loin de 12.

SALHIA BRAKHLIA
Pas loin de 12, est-ce qu'il faut mettre en place 2 files d'attente différentes devant les labos, devant les pharmacies, exemple une file d'attente pour les vaccinés, une autre pour les non vaccinés qui eux risquent beaucoup plus d'aller à l'hôpital ?

MARC FAUVELLE
D'abord nous répondons à toute la demande de test, j'entends monter dans la presse en ce début de semaine est-ce que la France reste trop ? Attendez, il y a 2 ans nous avions une stratégie, souvenez-vous, nous testions les cas graves, les cas suspects et douteux, les soignants et les patients particulièrement fragiles et qu'est-ce qu'on nous disait à l'époque, non on veut savoir si on a le Covid quand on a des symptômes et on veut notre preuve biologique. Alors à l'heure du pass sanitaire, bientôt du pass vaccinal cette demande elle est encore plus légitime. Les Français quand ils ont des symptômes ou quand ils sont cas contact, ils ont envie de savoir de façon formelle sils ont contracté le virus.

SALHIA BRAKHLIA
Oui mais là est-ce que c'est vraiment efficace avec ce qui se passe aujourd'hui ?

OLIVIER VERAN
Attendez, si nous arrêtions de tester les Français comme nous le faisons aujourd'hui avec 12 millions de tests et on disait, allez c'est terminé on redescend en nombre de tests, vous avez des millions de Français qui diraient et en mon sens de façon légitime, nous voulons accéder aux moyens diagnostics et avoir la certitude que nous avons eu le Covid.

MARC FAUVELLE
Vous avez vu les files d'attente Olivier VERAN, devant certaines pharmacies, je repose la question de Salhia, est-ce qu'il faut deux files distinctes et ensuite on parlera des critères dans chaque file ?

OLIVIER VERAN
Non il ne faut pas deux files distinctes forcément devant les pharmacies ou devant les laboratoires. D'abord je les remercie parce que je vais vous dire en toute franchise on avait fait des simulations il y a quelques semaines, à combien de tests on pouvait monter dans notre pays. On était plutôt aux alentours de 8, 9 grand maximum. Ils nous ont montré qu'on avait tort, et ils ont été encore plus fort que ce qu'on pensait parce que rien qu'en antigénique et en PCR, c'est plus de 12 millions de tests sur une semaine, donc vraiment leur mobilisation est exemplaire. Donc là actuellement ils sont face à un rush, on est à la demande la plus forte jamais enregistrée dans notre pays…

SALHIA BRAKHLIA
Donc on ne priorise pas.

OLIVIER VERAN
Qui ensuite diminuera, ils continuent d'arriver à prendre en charge tous les patients, ensuite ils sont libres d'organiser la file d'attente comme ils le souhaitent. Certains par exemple organisent files d'attente destinées aux enfants lorsqu'ils doivent être testés ou en tout cas avec l'ancien système.

MARC FAUVELLE
Mais faire passer en premier comme le fait Israël les non vaccinés en disant ce sont eux aujourd'hui qui risquent de terminer en réa, ce sont eux qui ont le plus besoin d'être testés, on ne le fera pas chez nous.

OLIVIER VERAN
En vous apportant des éléments de réponse en réponse formellement à votre question, je pense vous avoir répondu, ce n'est pas aujourd'hui dans les objectifs, peut-être que nous reverrons ça avec les scientifiques mais ça ne fait pas partie des pistes privilégiées.

MARC FAUVELLE
Un mot, Olivier VERAN sur un concept qu'on a tous appris à découvrir, enfin nous de ce côté-ci de la table en tout cas avec l'épidémie, c'est celui d'immunité collective, est-ce que les vaccins et l'avancée d'Omicron vont nous protéger des futures vagues et est-ce que pour reprendre les mots que vous aviez, l'hypothèse que vous aviez émise il y a quelques jours, c'est peut-être la dernière vague ?

OLIVIER VERAN
Ce qui est sûr c'est que le niveau d'immunité conféré par la vaccination et par les contaminations il est extrêmement élevé dans notre pays. Un exemple, nous estimons qu'il y a 4 millions de Français, c'est une estimation, on l'affinera, qui relevaient de la 3e injection et qui parce qu'ils ont été contaminés avec des formes pas graves d'ailleurs par le variant Omicron de fait ont acquis l'immunité et qui leur permet de donner validation pour le pass vaccinal.

MARC FAUVELLE
Qui du coup n'ont pas besoin de dose de rappel.

OLIVIER VERAN
Du coup n'aurons pas besoin de dose de rappel, d'‘ailleurs on le voit, il y a pas mal d'annulation au quotidien dans les centres de vaccination, des gens qui étaient programmés, n'y vont pas.

MARC FAUVELLE
Ça vaut une dose de rappel d'être contaminé, Omicron c'est la même immunité ?

OLIVIER VERAN
Une injection correspond à une infection, une infection correspond à une injection dans le pass. est que c'est une immunité contre tous les variant, certainement pas et d'ailleurs on l'a vu parce que Omicron est à variant qui est suffisamment différent dans sa constitution pour déjouer l'immunité acquise par les Français contre les précédents variant. Par contre il fait beaucoup moins de forme grave parce que nous avons quand même un système immunitaire qui est capable une fois que l'infection de lutter plus efficacement contre la maladie. Donc ça c'est l'immunité contre la forme grave, oui, l'immunité contre l'infection ça dépend des éventuelles variant qui pourraient apparaître.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire quoi, ça veut dire qu'on est quand même condamné à faire des doses tous les 3 mois d'un vaccin qui pour certains en fait est devenu un véritable traitement parce qu'il ne protège pas tout-à-fait, parce qu'il diminue pas, qui n'interdit pas en tout cas les contaminations ?

OLIVIER VERAN
Ça veut dire d'abord que le vaccin est une chance extraordinaire pour la planète qui nous permet d'éviter un nombre de morts incommensurables avec des variantes qui circulent de plus en plus vite et qui du coup se voient affaiblis dans leur capacité à nous rendre malade et très malade.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous entendez le ras-le-bol quand même de certains Français qui disent, on en a marre de se vacciner tous les 3 mois.

OLIVIER VERAN
J'entends parfaitement, personne n'a dit qu'il y aurait une vaccination tous les 3 mois, il y a eu une dose de rappel, nous n'avons pas encore de données pour ce qui consisterait à faire une 4e dose. Israël a commencé pour les personnes fragiles, on verra ce que ça donne, donc il ne faut pas, il faut aussi garder l'espoir. Quand je dis peut-être la dernière vague, rien de nous dit aujourd'hui qu'il y aurait un nouveau variant capable de déjouer les défenses immunitaires acquises. Vous allez me répondre rien ne dit non plus qu'il n'apparaîtra pas. De fait un virus et des mutations d'un virus c'est un phénomène naturel qui nous échappe à vous comme à moi.

MARC FAUVELLE
S'il n'y a pas de variant on s'en sort, c'est la dernière.

OLIVIER VERAN
. Et qui peut apparaître quelque part sur la planète en Afrique du Sud, au Burundi ou vous voulez et peut tout à coup provoquer des vagues.

MARC FAUVELLE
Olivier VERAN, s'il n'y a pas de variant, c'est la dernière a priori.

OLIVIER VERAN
S'il n'y a pas de variant, peut-être qu'il y aura une resucée l'année prochaine à la faveur de l'hiver mais qui ne donnera pas une vague épidémique comme celle que nous avons connue jusqu'à présent. L'immunité que nous avons aujourd'hui, elle est quand même forte, maintenant elle s'affaiblit avec le temps et le principe de la vaccination de rappel, c'est le cas avec la grippe, je vous rappelle on est vacciné tous les ans contre la grippe, c'est de conforter la défense immunitaire au moment où la période de circulation du virus apparaît.

MARC FAUVELLE
Le pass vaccinal doit entrer en vigueur dans quelques jours, il est toujours encore en cours d'examen au Sénat, question toute bête d'abord combien de Français vont voir leur pass sanitaire désactivé le 15 janvier, c'est la prochaine borne parce qu'ils n'ont pas eu la dose de rappel nécessaire, vous avez ce chiffre ou pas ?

OLIVIER VERAN
J'ai une estimation, une fourchette, on est à peu près entre 500 et 700 000 qui il y a 2 jours n'avaient pas encore reçu leurs rappels mais parmi ces 500 à 700 000 il y en a un nombre conséquent qui en fait ont présenté une infection et qui n'ont pas encore mis la preuve de leur affection dans leur système Tous Anti-Covid. Donc la même chose, regardez en décembre, à la mi-décembre les gens étaient inquiets, combien… en fait vous n'allez pas entendu parler de pass qui saute. J'ai des chiffres à vous donner pour les personnes de plus de 65 ans qui sont à 7 mois, c'était le délai maximal à l'époque de leur appel, on est presque à 100 %, on est à 98 % de taux de rappel et donc d'acceptabilité du rappel par les gens déjà vaccinés qui est énorme et c'est une bonne nouvelle. Et si on regarde pour les plus de 65 ans qui sont à 3 mois de leur dernière injection, donc qui correspondent aux futurs critères on est à près de 90 %. Donc ça veut dire que…

SALHIA BRAKHLIA
Le rappel est suivi.

OLIVIER VERAN
Ça veut dire que le rappel est la règle et que le non rappel est l'exception.

MARC FAUVELLE
Il y a eu un effet de la petite phrase d'Emmanuel MACRON sur emmerder les non vaccinés, sur les primo-injections ou pas ?

OLIVIER VERAN
Il y a de toute façon à chaque fois que nous changeons…

MARC FAUVELLE
Un effet sur les piqûres, pas dans l'opinion.

OLIVIER VERAN
À chaque fois que nous changeons les règles, ce n'est pas pour autant que nous le faisons, mais on voit un impact, à chaque fois que nous changeons les règles, il a suffi de parler du pass vaccinal pour qu'il ait déjà un impact. Nous sommes passés d'environ 20 000 primo-injections adultes par jour à plus de 40 000, hier c'était 48 000 mais en incluant les enfants, mais encore à nouveau plus de 40 000 adultes se font primo-vacciner par jour, comme il nous reste environ 4 millions, 4 millions et demi Français à vacciner, à ce rythme-là dans 3 mois tout le monde serait vacciné. Donc il y a clairement un effet depuis 2 semaines maintenant sur les primo-injections et c'est tant mieux parce qu'un Français qui décide de se faire vacciner, c'est un Français qui se protège et c'est un Français qui ne prend pas le risque d'avoir une forme grave. C'est un lit de réanimation occupé en moins et ce sont des Français qui n'ont pas le Covid mais qui ont besoin de soins qui ne voient pas leurs soins déprogrammés.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, sur le pass vaccinal, est-ce qu'il sera oui ou non limité dans le temps ?

OLIVIER VERAN
Il sera de toute façon limité dans le temps, d'ailleurs, la loi nous nous y oblige, puisque le pass vaccinal va de pair avec la notion d'urgence sanitaire, c'est-à-dire que lorsque l'urgence sanitaire ne sera plus une évidence, eh bien, ou le politique ou le système judiciaire sera amené à dire : maintenant, on peut suspendre le pass vaccinal…

MARC FAUVELLE
Le Sénat voudrait qu'il y ait un chiffre, que ce soit en dessous de 10.000 hospitalisations, j'ai rappelé tout à l'heure qu'on en était à 25.000, qu'en dessous de 10.000, le pass soit automatiquement désactivé, ça a été ajouté lors de l'examen au Sénat, vous êtes prêt à reprendre cette proposition ou pas ?

OLIVIER VERAN
Je comprends l'esprit, mais je vous dis juste que ça nous met pieds et poings liés face à des situations imprévues qui pourraient apparaître, et Omicron nous l'a montré. Imaginez qu'on ait 9.000 patients à l'hôpital et qu'on ait un variant qui arrive et qui circule à une vitesse flamboyante ou fulgurante ou je ne sais pas quel terme, on serait en incapacité de remettre le pass. Donc je demanderai aux sénateurs de le retirer ce critère d'hospitalisation, sachant que, encore une fois, la loi, de toute façon, nous contraints, et c'est bien notre intention, c'est pour ça que nous l'avions mis dans la loi, à suspendre tous ces dispositifs dès lors que l'urgence sanitaire n'est plus une évidence.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, une question sur les écoles, demain, les trois quarts des enseignants ont prévu de se mettre en grève, le protocole sanitaire à l'école, il a changé 3 fois en une semaine. Pourquoi on ne revient pas à l'ancien protocole qui contente l'Education nationale, qui contente les enseignants, c'est-à-dire, un cas positif, une fermeture de classe ?

OLIVIER VERAN
Parce que nous voulons maintenir l'école ouverte, parce que la circulation du virus en ce moment chez les petits est extrêmement forte, comme elle est extrêmement forte chez les adultes, alors fort heureusement, ils font de façon absolument exceptionnelle des cas symptomatiques ou des cas graves, mais enfin, ils peuvent transmettre le virus autour d'eux, donc il est hors de question de laisser circuler le virus comme ça chez les enfants. Donc nous voulons le freiner, mais nous ne voulons pas freiner l'éducation plus que nécessaire.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous voyez la pagaille que ça provoque, le protocole sanitaire…

OLIVIER VERAN
Mais j'ai moi-même des enfants, j'ai beaucoup d'amis qui ont des enfants qui sont scolarisés et qui m'appellent de temps en temps pour me dire : voilà… vous savez, avec le nombre, l'affluence des patients dans les laboratoires et dans les pharmacies la semaine dernière, et malgré encore une fois la mobilisation incroyable de ces gens-là, des pharmaciens, des labos, il y a eu des files d'attente, et ces files d'attente n'étaient pas compatibles avec le maintien de l'activité professionnelle pour les parents, avec le maintien de la scolarisation pour les enfants, de manière pragmatique, et, oui, j'en suis désolé, parce que je me rends compte que pour les parents, ce soit compliqué, mais il a fallu de façon pragmatique réévaluer notre capacité à la fois de protéger l'école, de protéger les familles, de protéger les enfants, et je salue la mobilisation des personnels enseignants, des parents d'élèves, et encore une fois, de tous les acteurs qui nous permettent de réaliser cela ; je pense, j'en suis même convaincu, que le dispositif avec 3 autotests distribués gratuitement dans les pharmacies, pour les familles, est un dispositif qui va nous permettre de maintenir la scolarisation des enfants et de freiner le virus…

SALHIA BRAKHLIA
Il y a un doute sur la fiabilité, il y a un doute sur la fiabilité des autotests…

OLIVIER VERAN
Mais vous savez, un test antigénique n'a pas une sensibilité de 100 %, ce qui compte, c'est de savoir, est-ce que l'enfant est contagieux ou pas, bon, est-ce que l'enfant peut envoyer du virus, propulser du virus dans toute la classe et contaminer les autres, nous considérons, et les scientifiques considèrent qu'un autotest est suffisamment sensible pour que si l'enfant est manifestement contagieux, il le détecte.
MARC FAUVELLE

Avant-hier encore, Jean-Michel BLANQUER, le matin disait : on ne changera pas le protocole, le soir, Jean CASTEX vient au 20h, il dit : finalement, on va changer le protocole, la gauche, depuis hier, réclame la démission du ministre de l'Education, votre collègue. Est-ce que vous comprenez… comment dire… la difficulté dans laquelle il est aujourd'hui, et le fait qu'on a quand même le sentiment que le dossier de l'école n'est plus tout à fait géré par son ministère ?

OLIVIER VERAN
D'abord, c'est un travail d'équipe, et moi, je salue l'action de Jean-Michel BLANQUER, parce que ça fait 2 ans, vous savez, qu'on bosse au quotidien ensemble, parce que qui dit Covid dit école, qui dit école dit Covid…

MARC FAUVELLE
Avec parfois des désaccords entre vous ?

OLIVIER VERAN
Mais pas forcément des désaccords, des temporalités qui peuvent être différentes dans certaines propositions, etc, et puis, on n'a pas le même le même travail, moi, je dois mettre en oeuvre les choses pour que les protocoles qui sont déterminés avec les scientifiques puissent se dérouler dans de bonnes conditions. Moi, je vous le dis, je ne ferai pas de… je ne crois pas qu'il faille s'inscrire le fait de chercher une responsabilité, on peut quand même tous se dire collectivement que face à un variant aussi contagieux, aussi nouveau, qui provoquait des fermetures de classes en pagaille auparavant avec l'ancien dispositif dont vous parlez, avec plein d'enfants qui ne pouvaient plus aller à l'école, il fallait nous adapter, donc qu'on ait besoin de quelques jours, qu'on ait besoin parfois de tâtonner, ça m'est arrivé, ça nous est arrivé depuis 2 ans de gestion de crise. Je crois que, honnêtement, les gens peuvent le comprendre.

MARC FAUVELLE
C'est un peu le cas ces derniers jours, on tâtonne un peu à l'école ?
OLIVIER VERAN

Mais ce n'est pas qu'on a tâtonné, c'est que c'est le principe de réalité, si vous aviez 3 millions d'adultes qui voulaient se faire tester, les pharmacies et les laboratoires auraient testé les enfants sans aucun délai et sans file d'attente, quand vous êtes au pic d'une épidémie avec 300.000 contaminations par jour, il y a un tel afflux que de toute façon, ça emporte des conséquences, on simplifie, je crois que, vraiment, encore une fois, le travail que nous avons fait en commun, collectif, est de nature à apaiser les choses.

MARC FAUVELLE
Toujours avec Olivier VERAN. Vous savez quand on pourra enlever le masque en extérieur ?

OLIVIER VERAN
On pourra l'enlever quand la menace épidémie sera moins prégnante. En fait, on peut le maintenir à l'extérieur tant qu'on est en circulation très active. Voilà.

MARC FAUVELLE
Donc il n'y a pas de date fixée pour l'instant, il n'y a pas une prochaine échéance.

OLIVIER VERAN
Le virus ne m'a pas passé de coup de téléphone, non mais ça va arriver…

MARC FAUVELLE
Vous voyez que cette règle, elle n'est pas comprise par beaucoup de Français.

OLIVIER VERAN
Elle a été validée hier par le Conseil d'Etat, c'est important comme décision, le Conseil d'Etat.

MARC FAUVELLE
Qui dit : il faudrait mieux délimiter, mais pour des raisons pratiques on laisse le soin aux préfets de dire, allez, parfois c'est tout le département qui y passe.

OLIVIER VERAN
Vous vous souvenez des cartographies léopard des villes…

MARC FAUVELLE
Oui.

OLIVIER VERAN
… où la ruelle machin nécessitait le port du masque, et la ruelle d'à côté non, mais celle d'après oui. Bon, on évite ça, voilà. Donc on a une règle qui est globale, on le contrôle avec discernement. Encore une fois, quelqu'un qui est tout seul sur une plage, on ne va pas lui coller une amende, par contre…

MARC FAUVELLE
Eh bien si. S'il est dans un périmètre ou dans un département où le masque est obligatoire, on va lui coller une amende.

SALHIA BRAKHLIA
Vous faites appel au bon jugement des policiers.

OLIVIER VERAN
Marc FAUVELLE, ce n'est pas comme ça que ça marche.

MARC FAUVELLE
La loi, toute la loi, rien que la loi.

OLIVIER VERAN
Oui, d'accord.

MARC FAUVELLE
Salhia, pardon.

SALHIA BRAKHLIA
Allons-y. Une femme sur 10 est touchée d'endométriose en France, Olivier VERAN, c'est la 1ère cause d'infertilité. Ça se traduit par des douleurs qui peuvent aller jusqu'à l'évanouissement, et certaines femmes ne savent même pas qu'elles sont atteintes d'endométriose, comment vous pouvez faire pour les aider ?

OLIVIER VERAN
D'abord, vraiment je salue l'action du président de la République, qui a pris ce dossier à bras-le-corps, qui en avait parlé déjà dans sa campagne en 2017. C'est un sujet qui est un sujet qui fait partie de ces sujets sanitaires « émergents », sauf pour celles qui en souffrent, 10 % des femmes, première cause d'infertilité dans notre pays, une des premières causes de douleurs. C'est cette petite ado qui ne peut pas suivre la classe parce qu'elle a mal au ventre, qui va l'infirmerie. C'est cette jeune femme qui a des douleurs de règles épouvantables, et qui se voit entendre répondre en général « c'est normal, c'est les règles ». Ce sont des douleurs qui sont absolument disproportionnées avec les douleurs normales des règles, et c'est une maladie silencieuse, c'est pour ça qu'on l'appelle silencieuse, mais enfin qui s'exprime de façon régulière par des douleurs, et du handicap pour les personnes qui en sont atteintes, qui peut s'étendre à d'autres organes, et donner des formes encore plus symptomatiques. Donc le président de la République souhaite un grand plan national. Il y a une mission qui a été réalisée, que j'avais confiée à Chrysoula ZACHAROPOULOU, qui est une députée européenne, et qui est gynécologue experte de la question, qui a remis des recommandations. On a travaillé avec des associations, pour faire mieux connaître cette maladie, pour que personne ne souffre en silence sans savoir ce qui lui arrive.

SALHIA BRAKHLIA
Parce qu'il y a un problème de dépistage.

OLIVIER VERAN
Il y a un problème, alors, mieux connaître par la société…

SALHIA BRAKHLIA
On met plusieurs années avant de dépister cette maladie.

OLIVIER VERAN
Vous avez raison, mieux connaître par la société, pour que les femmes s'interrogent quand elles ont des douleurs. Mieux connaître par les médecins, pour qu'ils aient le réflexe endométriose, et que l'on améliore les pratiques diagnostics, il y a des techniques d'échographie, des techniques d'IRM dans certaines situations. Qu'on améliore la prise en charge médicale et chirurgicale, parce que parfois il faut en arriver à de la chirurgie. Qu'on accompagne mieux les risques de parcours d'infertilité, et qu'on développe la recherche, parce que c'est une maladie pour laquelle nous n'avons pas encore toutes les réponses, loin s'en faut, et il faut par contre que nous puissions nous appuyer davantage sur l'excellent réseau de médecins, de chercheurs, de scientifiques, dont nous disposons dans ce pays. Donc c'est une maladie que nous voulons vraiment accompagner dans sa globalité, en lui donnant une focale particulière, encore une fois de par sa fréquence, de par la cruauté des symptômes et de la façon dont les femmes peuvent vivre leur maladie au quotidien.

SALHIA BRAKHLIA
Il va y avoir des centres spéciaux dans les régions pour accueillir les femmes ?

OLIVIER VERAN
Il y a déjà des centres qui existent, de prise en charge, notamment des spécialistes gynécologues chirurgiens, qui sont spécialisés là-dedans, des techniques de diagnostic, qui sont des techniques de pointe qui nécessitent une grande expertise. Il faut qu'on en forme davantage. Il faut que l'on structure, il faut qu'on apporte une réponse à toutes les femmes, et qu'on renforce encore la prise en charge par la Sécurité sociale, avec différentes modalités qui peuvent être examinées, pour qu'aucune femme ne puisse être bloquée dans les soins qu'elle doit recevoir pour des raisons financières.

MARC FAUVELLE
Encore un mot Olivier VERAN, au sujet du don du sang. A partir du 16 mars prochain, pour la 1ère fois les homosexuels pourront enfin donner leur sang en France. Pourquoi ça a été si long ?

MARC FAUVELLE
Moi, c'est un engagement de plus de 10 ans. J'avais fait un rapport parlementaire en 2013 et je m'étais posé la question de pourquoi est-ce que les gens, on parle d'hommes qui ont eu un rapport sexuel, ou plusieurs, avec un homme dans leur vie. Donc à l'époque, même, quelqu'un qui avait 60 ans, qui était marié depuis 30 ans, ne pouvait pas donner son sang s'il avait eu un rapport sexuel avec un homme. J'avais trouvé ça incongru. Il y avait eu alors une 1ère modification, avec un délai d'un an avant de pouvoir donner son sang, et ensuite un délai de 4 mois. Et moi j'ai souhaité, et les parlementaires ont souhaité également que nous allions plus loin, nous avons travaillé avec Elisabeth MORENO, avec d'autres collègues, pour que nous puissions établir les mêmes critères … du don de sang, parce que nous estimons que les calculs de risques aujourd'hui, avec les données dont nous disposons, sont les mêmes que pour les couples hétérosexuels…

MARC FAUVELLE
Ça de toute façon, il n'y aura plus de question, il n'y aura plus de questionnaire, enfin, il n'y aura plus la question sur l'orientation sexuelle dans le questionnaire, avant de donner son sang ?

OLIVIER VERAN
Ça veut dire que j'ai fixé au 16 mars, des règles claires, qui fait qu'on ne s'intéresse plus à la sexualité des personnes qui viennent donner leur sang, on s'intéresse plutôt au comportement, c'est-à-dire est-ce que vous eu un rapport non protégé dans les semaines ou les mois qui viennent de s'écouler. Si c'est le cas, eh bien vous pouvez être à risque, vous avez un entretien, éventuellement on vous dira « vous ne donnez pas votre sang », mais que vous ayez eu un rapport non protégé avec une femme ou un homme. On tient compte du calcul de risque et plus… Donc c'est la fin d'une discrimination qui était vécue comme telle d'ailleurs par de nombreux Français, et donc moi je salue l'action des associations qui se sont mobilisées, et aussi des services de ministère qui ont permis d'arriver enfin à faire cesser cette discrimination, et je le redis, c'est un combat de plus de 9 ans.

MARC FAUVELLE
Merci Olivier VERAN…

OLIVIER VERAN
Juste une dernière info, parce que je sais qu'il y a beaucoup de femmes qui veulent savoir comment participer à ce plan sur l'endométriose, le 14 février je réunirai le 1er Comité de pilotage interministériel, qui va mobiliser énormément la société civile, parce que comme on dit que c'est une maladie qu'on doit faire connaître, et qu'on a des associations très engagées, moi je veux que nous puissions nous appuyer sur les femmes de ce pays.

MARC FAUVELLE
Merci Olivier VERAN et bonne journée.

OLIVIER VERAN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 janvier 2022