Déclaration de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, sur les priorités de la présidence française du Conseil de l'Union européenne en matière d'égalité entre les femmes et les hommes, le 25 janvier 2022.

Texte intégral

Monsieur le Président,

Je tiens à vous féliciter pour votre élection ce matin.

J'ai eu plaisir à travailler avec votre prédécesseure et je me réjouis de nos futurs échanges fructueux.

Mesdames et messieurs les députés européens,

C'est un grand plaisir d'être aujourd'hui avec vous pour vous présenter les priorités de la présidence française du Conseil de l'Union européenne en matière d'égalité entre les femmes et les hommes.

Nos échanges et nos travaux – que je souhaite riches et constructifs – contribueront à l'édification d'une Europe plus inclusive et plus égalitaire. C'est la clé pour une Europe plus forte, plus unie et plus humaine.

Nous vivons une période sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

Et pour reprendre les mots du président Sassoli : « La pandémie Covid-19 a non seulement consolidé les injustices et les inégalités, mais risque d'effacer des décennies de conquêtes de batailles des femmes européennes ».

Le président Sassoli était un Européen résolument engagé pour l'égalité et il nous a quittés trop tôt.

Je souhaite lui rendre hommage à l'occasion de cette audition devant votre commission.

Je sais la trace indélébile qu'il laissera au sein de cette institution.

Au cours des dernières années, l'Union européenne a fait face à de nombreux défis.

Des défis que la pandémie que nous traversons encore aujourd'hui a amplifiés.

La crise de la Covid-19 nous a en effet montré combien une réponse commune des États membres était essentielle.

Pendant ce semestre, la Présidence française, mais plus largement le trio qu'elle partage avec la République tchèque et la Suède, aura à coeur de poursuivre les efforts initiés depuis plusieurs mois dans l'objectif de la sortie de crise.

Car nous devons à tout prix tirer les enseignements de la pandémie et de tout ce qu'elle nous a révélé.

Ainsi, nous souhaitons que la relance soit marquée par l'émergence d'un nouveau modèle de croissance. Un modèle beaucoup plus inclusif.

Un modèle qui remet l'humain, la citoyenne et le citoyen européens, au coeur de nos préoccupations.

À cet égard, les conclusions de la conférence sur l'avenir de l'Europe qui seront rendues en mai seront précieuses.

Elles devront guider nos travaux à venir.

Un accent tout particulier sera mis sur les jeunes car, comme vous le savez, 2022 est l'Année européenne de la jeunesse.

Et lorsque vous interrogez les jeunes Européens aujourd'hui, l'enjeu de la lutte contre les inégalités arrivent parmi leurs 1ères priorités avec les questions environnementales.

C'est un signal fort et ô combien positif qui traduit notre volonté commune d'une Europe résolument tournée vers l'avenir.

Au sein de cet agenda, l'égalité entre les femmes et les hommes sera un objectif majeur.

Les femmes représentent 52 % de la population européenne.

Et il est donc impératif que nous nous assurions que leurs droits soient protégés et renforcés.

Un objectif qui guidera de manière transversale l'ensemble des actions que nous mènerons car l'égalité est un impératif qui doit se traduire dans tous les aspects des politiques publiques et à tous les niveaux de nos sociétés, comme cela est prévu dans la stratégie 2020-2025 de la Commission européenne.

Je salue à cette occasion l'action très volontariste de la Commissaire Helena Dalli en faveur de l'égalité.

La présidence française conduira ainsi de nombreux travaux législatifs et non-législatifs, dans plusieurs enceintes du Conseil, en particulier au sein de la filière EPSCO.

Dans la continuité du Sommet social de Porto et dans l'objectif de mettre en oeuvre le Socle européen des droits sociaux, nous travaillerons à faire aboutir plusieurs textes majeurs ; notamment en ce qui concerne l'égalité entre les femmes et les hommes.

La participation des femmes au marché du travail et la garantie qu'elles y bénéficient d'opportunités égales à celles des hommes sera au coeur de notre action.

C'est un élément essentiel pour l'autonomisation des femmes car, pour paraphraser la féministe française Gisèle Halimi, c'est la clef de leur émancipation.

Au-delà d'une question de justice sociale, Il s'agit également d'un moteur de croissance économique ainsi que d'un vecteur de prospérité et de compétitivité pour l'ensemble de la société.

Ainsi, nous nous réjouissons des discussions qui débuteront d'ici quelques semaines entre le Conseil et le Parlement sur la directive en faveur de la transparence salariale.

C'est un élément fondamental pour garantir une égalité de traitement entre les femmes et les hommes sur le marché du travail.

Cela permettra un meilleur niveau d'information des employés et de leurs représentants et sera un outil précieux pour lutter contre les écarts salariaux.

Dès que les conditions seront réunies, nous sommes par ailleurs déterminés à faire aboutir les discussions au sein du Conseil sur l'égalité de représentation dans les conseils d'administration des sociétés cotées.

Ce texte est également une étape essentielle sur le chemin de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Il garantit à des femmes de talent, des femmes compétentes, d'avoir la possibilité, non seulement de réaliser leur plein potentiel mais aussi d'atteindre des postes à hautes responsabilités, des postes qu'elles méritent.

Et enfin, d'exploser les plafonds de verre qui les empêchent encore trop souvent de s'accomplir professionnellement.

Espérons, ce faisant, qu'il encouragera aussi des filles et des femmes qui trop souvent ont tendance à se sous-estimer et à manquer de confiance en elles, à croire en elles et à faire de leurs rêves et de leurs ambitions une réalité.

Une plus grande diversité dans les conseils d'administration ne peut être que bénéfique pour tous.

Sur ce sujet, la Présidence française est à la disposition des États membres pour les échanges sur leurs bonnes pratiques en la matière.

Et bien sûr, cette diversité ne doit pas s'arrêter à une diversité de sexe, mais à toutes les formes de diversité.

Je pense ici aux :

- Personnes issues de milieux sociaux-économiques défavorisés ;
- Aux personnes LGBT+ ;
- Aux personnes en situation de handicap ;
- Aux personnes issues de l'immigration ;
- Et à toutes les personnes qui, aujourd'hui, peuvent faire face à des discriminations dans le monde du travail.

Tous ces efforts ont pour objectif l'autonomisation des femmes, condition sine qua non de leur indépendance.

Afin de réfléchir avec l'ensemble des États membres aux stratégies permettant d'oeuvrer à cette autonomisation, je présiderai une conférence ministérielle le 31 janvier sur cette thématique.

Une attention particulière sera notamment portée à un meilleur équilibre entre les vies professionnelle et personnelle des femmes et à une meilleure répartition des responsabilités domestiques entre les hommes et les femmes.

Nous travaillerons aussi à l'identification de leviers d'actions pour soutenir les femmes dans leurs démarches entrepreneuriales.

Car oui, l'entrepreneuriat des femmes constitue aussi un levier important pour leur émancipation.

Or, force est de constater que même dans ce domaine, elles subissent des obstacles et des discriminations injustifiées.

Au cours du semestre, des travaux auront également lieu sur la question des violences faites aux femmes. Car sans éradication de ce fléau, l'égalité entre les femmes et les hommes ne saurait advenir.

Ces violences touchent les filles et les femmes à tous les stades de leur vie, dès leur enfance et tout au long de leur vie d'adulte.

Elles se déclinent de surcroît à tous les niveaux :

- Chez elles ;
- Dans l'espace public ;
- Dans les transports ;
- Au travail ;
- Ou sur les réseaux sociaux.

La filière EPSCO abordera ce sujet dans le cadre du suivi de la plateforme d'action de Pékin, adoptée en 1995.

Des conclusions du Conseil, fondées sur un rapport de l'Institut européen pour l'égalité de genre, seront proposées à l'adoption.

Par ailleurs, la future proposition de la Commission européenne pour prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes et les violences domestiques sera de nature à doter l'Union européenne des outils nécessaires pour :

- Prévenir ces violences ;
- Protéger les victimes ;
- Et sanctionner efficacement les auteurs.

La Présidence française aura à coeur d'initier les échanges de vue sur cette proposition en filière JAI au Conseil.

En un mot, pendant sa présidence, la France travaillera à la construction d'une Europe plus égalitaire.

Une Europe où chacun trouve une place digne, où chacun est reconnu à sa juste valeur.

Une Europe qui donne à tous les mêmes opportunités, les mêmes chances de réussir.

Une Europe qui protège chacun de ses citoyens et citoyennes.

En d'autres termes, une Europe d'appartenance.

Car comme l'affirma Simone Veil : « Les chances, pour les femmes, procèdent trop du hasard, et pas assez de la loi ou plus généralement de la règle du jeu ».

Or, des sociétés meilleures pour les femmes sont des sociétés meilleures pour tous.

Pour cela, sur ces enjeux, la collaboration étroite entre le Parlement et le Conseil est absolument essentielle. Et j'aurai à coeur d'assurer une relation étroite et transparente entre nos institutions.


Je vous remercie et je me réjouis de répondre à vos questions.


Source https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr, le 27 janvier 2022