Déclaration de Mme Annick Girardin, ministre de la mer, sur les enjeux du sommet de Brest sur la protection des océans, Paris, 28 janvier 2022.

Texte intégral

Le sommet de Brest est une opportunité historique de porter les enjeux qui s'attachent aux Océans au niveau international, et au plus haut niveau puisque c'est celui des chefs d'État et de gouvernement.

J'ai dans le passé, en tant que secrétaire d'État au développement et à la francophonie, été très active dans la diplomatie du développement durable et de l'environnement, notamment lors de la COP 21 avec l'Accord de Paris sur le climat en 2015. Mais je dois dire que c'est la première fois que nous assistons à une telle mobilisation autour des défis liés aux Océans.

Ces enjeux, qui n'étaient qu'un sous-chapitre des négociations climat ou biodiversité, se voient enfin reconnaître toute l'importance qui devrait leur revenir dans les discussions internationales.

La France – permettez-moi de le souligner – a été pionnière au sujet de la gouvernance des océans, en recréant un ministère de la Mer, que j'ai l'honneur de diriger et dont la mission est aussi de mieux porter à l'international ces enjeux. Nous ne sommes pas si nombreux en Europe à avoir fait ce choix.

Le Portugal a aussi un ministère de la Mer et c'est Lisbonne qui a été choisie pour héberger au mois de juin la conférence des Nations unies sur les océans.

J'appelle à constituer une Europe de la mer : avec mon collègue portugais Serrão SANTOS et  dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l'Union Européenne, je suis persuadée que nous parviendrons à donner l'envie à d'autres États européens de s'inspirer de notre expérience pour créer à leur tour des ministères de la mer. Ministères qui porteront haut les intérêts des océans et de ceux qui en vivent dans les instances européennes et internationales.

Le ministre vient de rappeler les défis auxquels il nous faut répondre. Parmi ces défis je souhaiterais en souligner quatre, sur lesquels je suis particulièrement mobilisée pour préparer le sommet :

1) Il nous faut déjà parachever l'édification d'un cadre international à la fois protecteur pour les marins et pour nos ressources halieutiques.

Et que l'on ne me dise pas que les deux s'opposeraient ! Au contraire ! Ils se complètent. En développant des normes plus ambitieuses pour la sécurité des navires, dans l'intérêt de la protection des pêcheurs du monde entier, dont le métier est déjà l'un des plus exposé au monde, on contribue par exemple à lutter contre la pêche illégale.

Chacun sait que les pêches illégales sont souvent le fait de navires qui ne sont pas aux normes : lutter pour la sécurité des pêcheurs, c'est lutter pour l'amélioration des conditions de travail et pour la protection de la ressource ! C'est tout le sens de la mobilisation en cours pour faire enfin aboutir la Convention de Torremolinos et pour ratifier l'Accord du Cap.

Si ces instruments ne sont pas ratifiés d'ici la fin de l'année 2022, 10 ans après leur signature, alors ils ne pourront plus entrer en vigueur. Nous sommes actuellement dans une phase critique où, si encore une fois le nombre de ratifications est insuffisant, l'Accord du Cap fêtera un bien triste anniversaire : celui de son échec ! Il nous revient donc de faire en sorte que les pays participants au sommet s'engagent pour faire de cet anniversaire un succès. Le travail est en cours.

2) Second défi : accélérer les efforts de verdissement du transport maritime.

La Commission européenne nous y incite avec le paquet "ajustement à l'objectif 55", un ensemble de réglementations sur la décarbonation, dans tous les domaines dont le maritime, et qui a pour ambition la réduction d'au moins 55% d'émission de gaz à effet de serre en 2030.

Nous espérons pouvoir entraîner à Brest de grands armateurs européens (dont l'impact est mondial en réalité), mais aussi de grands constructeurs et de grands ports européens dans des démarches vertueuses de labellisation.

Au plan national, le Fontenoy du maritime a ouvert une voie en augmentant l'aide fiscale pour les propulsions décarbonées et en élargissant les possibilités d'octroi de garanties publiques. Grace à ces mesures, le navire à voile de l'entreprise TOWT par exemple sera prochainement mis sur cale !

Mais le sommet de Brest est l'occasion d'entraîner, au-delà de nos frontières européennes, d'autres pays : c'est par exemple maintenir la dynamique autour d'un transport moins polluant en Méditerranée. C'est la finalité du Plan d'action pour une Méditerranée exemplaire en 2030, avec une action résolue sur le respect de la biodiversité et la création des Zones maritimes particulièrement vulnérables.  La France, avec l'Italie et l'Espagne notamment, a su entraîner d'autres pays des deux rives de la Méditerranée dans cette dynamique.

3) Troisième défi : on souligne souvent à juste titre que l'on connaît moins nos océans et leurs fonds que la surface de la lune ou de Mars ! C'est souligner le défi de connaissance qui nous est posé par les océans.

A Brest, avec ma collègue Frédérique Vidal et avec la Commission européenne (Pascal Lamy sera présent), j'entends contribuer à faire avancer nos investissements dans le domaine de l'océanographie opérationnelle. Cette application pratique de la science est encore mal connue de nos concitoyens. Elle est pourtant de plus en plus stratégique pour aider les puissances publiques et les acteurs privés à affronter les défis des océans. Et je le rajoute, l'océanographie est de surcroît un domaine où la France excelle.

Je pense notamment à Mercator Océan, dont le siège est à Toulouse. Y coopèrent l'Italie, l'Espagne, la Norvège et la Grande-Bretagne. Mercator Océan est un acteur majeur du programme Copernicus de l'Union européenne. Nous partageons une envie commune de renforcer l'Europe dans ce domaine et, à cette fin, de renforcer le rôle et la mission de Mercator Océans, là aussi le travail est en cours.

4) Enfin, 4ème défi qui m'importe aussi plus particulièrement : comment pouvons-nous, en Europe même, préserver notre vivier d'emploi maritime, et améliorer progressivement les normes sociales dans ce domaine ? Tous les jours, nous commandons des produits acheminés par bateau. Comment ne pas chercher en permanence à garantir la sécurité et le bien-être de ces milliers d'hommes et de femmes qui assurent nos approvisionnements ?

Il y a beaucoup à faire dans ce domaine, comme dans celui de la formation des marins. Encore une fois, ces sujets sociaux ne sont pas séparés des enjeux environnementaux ! Pour moi cela a toujours été une ligne directrice d'adopter une approche, inspirée de l'ODD14, centrée sur le développement durable de la mer.

C'est pourquoi j'organiserai à La Rochelle, dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l'Union Européenne et juste avant le Sommet de Brest, un Colloque de haut niveau, auquel plusieurs ministres européens m'ont fait l'honneur de vouloir participer.

Nous y  qui traiterons des enjeux d'emploi et de formation dans le domaine maritime. Des jeunes ambassadeurs européens du secteur maritime et des jeunes professionnels accompagnés par l'ONG Surfrider et mon ministère, témoigneront de leurs expériences et de leurs attentes. La mer offre une multitude de carrières et d'opportunités, il faut le faire savoir !  

Je me réjouis que deux d'entre eux aient pu être avec nous aujourd'hui. Ils pourront s'exprimer sur leurs attentes vis-à-vis du sommet de Brest et je les encourage à la plus grande franchise car nous avons besoin de la parole des jeunes pour avancer !

Source https://mer.gouv.fr, le 7 février 2022 

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