Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, sur le spatial européen, à Toulouse le 16 février 2022.

Intervenant(s) :

  • Bruno Le Maire - Ministre de l'économie, des finances et de la relance

Circonstance : Conférence de presse à l'issue du Conseil compétitivité informel des ministres européens chargés de l'Espace

Prononcé le

Texte intégral

Bonjour à tous.


Merci d'être présents. Nous venons donc de terminer nos travaux sur l'espace dans un format qui montre la détermination européenne à écrire une nouvelle page de l'aventure spatiale européenne. Nous avons travaillé avec les 27 Etats membres, avec la Commission européenne, et je remercie le commissaire européen Thierry Breton, de sa présence et de son leadership sur le sujet. Nous avons travaillé aussi avec l'Agence spatiale européenne, et je remercie Josef Aschbacher de sa présence et aussi de sa mobilisation totale sur le sujet.

Nous avons d'abord fait un tour d'horizon de la situation et des défis spatiaux à travers la planète en observant à quel point les autres grandes puissances, États-Unis et Chine en tête, avaient réaffirmé leurs ambitions spatiales au cours des dernières années, et notamment technologiquement, avec les lanceurs réutilisables et avec les constellations. Il y a donc une nouvelle ambition spatiale qui s'est affirmée au cours des dernières années de la part des deux grandes puissances États-Unis et Chine.

Nous avons voulu aujourd'hui réaffirmer l'ambition spatiale européenne avec un cap qui a été fixé par la présidence en exercice et par le président de la République lors de son intervention sur la souveraineté spatiale européenne.

Qu'est-ce que cela veut dire la souveraineté spatiale européenne ? Cela veut dire une chose très simple : nous ne voulons pas dépendre des autres puissances pour la maîtrise de l'espace et pour l'utilisation de l'espace. Nous voulons d'abord avoir nos propres lanceurs et nous avons réaffirmé notre confiance dans Ariane 6, notre volonté d'en faire un succès commercial et notre détermination à continuer à travailler sur d'autres lanceurs, micro-lanceurs, mini-lanceurs, lanceurs réutilisables, avec aussi des motorisations de pointe, comme les moteurs à hydrogène. C'est une condition indispensable de la souveraineté ; pas d'espace sans lanceur. Et je rappelle que nous avons conclu avec l'Italie, l'Allemagne et la France un accord sur ce sujet il y a quelques mois.

Deuxième élément la souveraineté, deuxième pilier de la souveraineté, c'est la constellation. Et c'est probablement l'avancée la plus importante de notre réunion d'aujourd'hui. Les 27 Etats membres sont tombés d'accord sur la nécessité d'avoir une constellation européenne autonome garantissant l'accès Internet à haut débit partout dans le monde. C'est la véritable avancée de ces réunions. Pour la première fois, les 27 Etats membres disent " il existe déjà des constellations, très bien, mais nous ne voulons pas dépendre de ces constellations, nous voulons notre propre constellation, parce que cette constellation va délivrer des signaux qui vont permettre, par exemple, de faire circuler les voitures de manière autonome, sans pilote ". Nous ne voulons pas que les voitures autonomes dépendent de signaux qui seraient étrangers ; nous voulons qu'elles dépendent d'un réseau de communication par satellite qui soit européen. Nous ne voulons pas que l'Internet à haut débit qui va être dans les trains, dans les avions, dans les bateaux, dans les zones reculées dépendent d'un signal américain ou chinois. Nous voulons un signal européen, autonome, indépendant, souverain. C'est la première fois que l'Europe affirme aussi clairement cette ambition.

Troisième pilier de la souveraineté, ce sont les règles. Quand vous avez un nouvel espace qui s'ouvre comme celui que nous avons ouvert aujourd'hui, il faut savoir si vous voulez le réguler, ne pas le réguler, le laisser totalement libre. Nous avons tous unanimement réaffirmé la volonté de définir des règles d'usage de l'espace. Et nous nous sommes donnés comme calendrier 2024 pour commencer à définir ces règles européennes d'usage de l'espace. Je rappelle juste quelques chiffres. D'abord, les attaques sur les satellites sont désormais des réalités. Cela suppose là aussi une réglementation qui soit claire et ensuite quand vous regardez les satellites qui sont aujourd'hui déployés, vous en avez 10 000.

Vous en aurez 20 000 supplémentaires d'ici 2030. Et dans ces 10 000, vous en avez 4 000 en activité, 6 000 qui ne sont plus en activité et dont personne ne sait comment est-ce qu'il faut les gérer. Ce sont des débris qui circulent dans l'espace.

L'espace n'est ni un Far West ni une poubelle. Ni un Far West parce que nous n'acceptons pas les attaques contre les satellites, ni une poubelle parce qu'il faut bien gérer la question des déchets à partir de règles que nous devons définir en commun.

Enfin quatrième élément de la souveraineté, nous voulons que l'espace reste un lieu de conquête, un lieu de rêve, un lieu d'exploration. La Chine a commencé à définir sa stratégie. Les Etats-Unis ont défini leur stratégie, avec notamment la possibilité d'avoir un nouveau vol habité vers la Lune d'ici 2035. L'Europe n'a pas encore défini sa stratégie et il est trop tôt pour le faire. Nous voulons qu'il y ait une méthode. La méthode que nous retenons, c'est celle d'un groupe d'experts à haut niveau dont nous définirons la composition dans les semaines à venir, qui aura vocation à répondre à un certain nombre de questions que nous avons listées pendant les réunions de cet après-midi.

Est-ce que nous voulons explorer l'espace seul ou en partenariat avec d'autres grandes puissances ? Est-ce que nous voulons explorer l'espace avec des vols habités ou est-ce que nous voulons explorer l'espace avec des robots comme Philae ? Avec quel calendrier ? Avec quels financements ? Voilà toutes les questions qui sont posées et sur lesquelles nous allons demander à un groupe d'experts de se pencher pour nous apporter des premières réponses, avant que nous puissions lancer des orientations.

Nous avons, je le rappelle, une prochaine conférence à la fin de l'année, une conférence ministérielle de l'ESA qui doit permettre de dégager les financements et de faire des choix. Nous avons donc quelques mois pour travailler, mais nous voulons travailler sur des éléments précis, des éléments scientifiques, des éléments documentés. C'est le rôle qu'aura ce groupe d'experts.

Enfin, petit mot plus personnel pour terminer, c'était la première fois que je présidais une réunion de ce type, dans les fonctions qui sont désormais les miennes sur l'espace, je veux vraiment saluer la qualité des échanges que nous avons eus, la sérénité des débats, et puis surtout la volonté qui se dégageait de tous les Etats membres nous voulons que l'espace reste un lieu de conquête, un lieu d'exploration, un lieu de réussite technologique et de savoir-faire pour l'Europe. Je crois qu'il est satisfaisant de voir ici à Toulouse que l'espace est bien une ambition européenne.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 21 février 2022