Déclaration de Mme Annick Girardin, ministre de la mer, sur la féminisation de la profession des gens de mer, Brest, 10 février 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : Sommet international sur l’Océan (One Ocean Summit) forum "Women, voices of the Ocean", Brest, 9 -11 février 2022

Prononcé le

Texte intégral

Madame la Présidente de WISTA International,
Madame la Présidente de WISTA France,
Mesdames les représentantes et ambassadrices du monde de la mer,
Mesdames et messieurs,


C'est un immense honneur de clôturer un évènement international dédié à la valorisation du rôle des femmes dans cet univers maritime, un univers encore très masculin.

Je m'exprime ici en tant que Ministre de la mer française, mais également en tant que fille de marin pêcheur, et femme de mer avant tout.

Je viens d'un archipel de marins – Saint-Pierre-et-Miquelon - dans l'Atlantique Nord, où le rôle des femmes a longtemps été lié au travail du poisson. Je salue donc tout particulièrement Margaret NAKATO, directrice exécutive du Forum mondial des pêcheurs et des travailleurs de la pêche (WFF). Madame NAKATO s'engage inlassablement à promouvoir la pleine réalisation du droit humain dans le cadre de la souveraineté alimentaire. Sa présence ici est très précieuse.

Je voudrais à mon tour compléter les propos de ce matin en citant l'exemple de deux femmes dont l'engagement et l'action illustrent parfaitement votre message.

Jeanne BARRET tout d'abord, exploratrice et botaniste française, première femme à effectuer un tour du monde. Pour embarquer dans l'expédition de Bougainville, en 1767, elle se travestie en homme : cheveux coupés à la garçonne, poitrine bandée, pantalon, elle se fait appeler "Jean". N'oublions pas que les femmes sont alors interdites sur les navires du Roi depuis 1689.

C'est en son honneur que j'ai décidé de renommer "Jeanne Barret" le futur patrouilleur Manche des Affaires Maritimes.

Autre femme d'exception, Anita CONTI, pionnière de l'océanographie. Elle fut la première femme à embarquer -officiellement donc - sur un navire scientifique. Elle a consacré sa vie à observer le travail des marins et les espèces sous-marines. Écologiste avant l'heure, elle a été en 1930 une des premières lanceuses d'alerte sur la surexploitation des espèces. Par son engagement et son investissement sur le terrain, qui l'ont fait vivre de très longs mois au milieu des marins, dans la dureté des embarquements à la grande pêche sur les bancs de Terre Neuve, elle est un véritable modèle pour toutes les femmes engagées pour un océan plus durable.

A travers ces deux témoignages historiques, une vérité s'impose : bâtir l'avenir de l'océan ne pourra pas se faire sans les femmes, sans leur regard particulier, sans leur expérience si complémentaire de celles des hommes. Sans opposer les genres, sans imposer, ni contraindre ou forcer. Mais il y a un travail important à mener, pour rappeler inlassablement que l'on ne peut se priver de la moitié de l'humanité !

La navigation a longtemps été un monde fermé aux femmes, principalement du fait de l'éloignement et de la dureté des conditions de travail et de vie à bord – et je ne parle même pas des superstitions "femme à bord" qui ont eu la vie dure.

Oui, les progrès à faire sont très importants. Mais me réjouis de voir le dynamisme qui émane d'une rencontre comme celle d'aujourd'hui.

Je félicite l'association WISTA international, d'avoir su fédérer un réseau de femmes du maritime représentant un très grand nombre de domaines, dans près de 50 pays. Nous avons besoin de donner plus de visibilité à votre engagement.

Et n'ignorons pas que cette impérieuse féminisation met en lumière plusieurs enjeux sociétaux :

- la mixité professionnelle,
- la discrimination à l'embauche et dans l'évolution de carrière,
- les inégalités salariales,
- la pénibilité et les conditions de travail,
- le harcèlement et la violence parfois.

Les Gouvernements et les responsables économiques doivent poursuivre leur lutte contre ces dérives qui freinent la féminisation du secteur et nuisent à son développement.

L'appel à agir que vous lancez est en résonance directe avec les combats que j'ai toujours menés, en tant que ministre et en tant que femme. J'ai porté les couleurs du développement durable lors de la COP 21 de Paris. Ces 17 Objectifs de développement durable sont notre feuille de route.

Si le One Ocean Summit est le sommet de l'ODD 14, vous rappelez à juste titre qu'il ne saurait être atteint sans accorder une place plus importante aux femmes protectrices de l'océan, aux femmes conquérantes aussi. L'objectif 5 – l'égalité entre les sexes – est le ciment nécessaire sur lequel nous pourrons construire un monde maritime plus prospère et plus durable, j'en suis persuadée.

Pour y parvenir, la seule méthode efficace est la preuve par l'exemple. Vous êtes donc des ambassadrices incontournables de la cause que vous défendez, autant par votre implication au sein d'associations ou de réseaux, que par votre action quotidienne, engagée, au service de l'écologie, de l'industrie, du monde de la pêche, de l'éducation ou encore des institutions.

Je me joins aujourd'hui à tous les hommes et les femmes déterminés à faire raisonner ces voix féminines en faveur de l'océan. Et cela dans la plus grande humilité, face aux enjeux climatiques et écologiques qui sont devant nous, et face aussi à la force et à la beauté de cet océan qui nous nourrit, nous protège et nous fait rêver. Je vous remercie.


Source https://mer.gouv.fr, le 18 février 2022