Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Info le 8 février 2022, notamment sur le rachat par EDF de l'activité nucléaire de General Electric et la relance de la filière nucléaire.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Le conseil d'administration d'EDF a donné hier soir son feu vert au rachat de l'activité nucléaire de GENERAL ELECTRIC, en clair les turbines qui équipent aujourd'hui les centrales nucléaires vont repasser sous pavillon français, est-ce que c'est une bonne nouvelle ?

BARBARA POMPILI
Oui, c'est une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle parce que ça veut dire qu'on récupère, donc sous le pavillon français, les compétences nucléaires sur tout le cycle, et notamment sur ces turbines qui sont des merveilles, on peut dire, technologiques, et qui sont absolument nécessaire pour pouvoir tout simplement fabriquer des centrales nucléaires.

MARC FAUVELLE
Pourtant ces merveilles, comme vous dites, c'est Emmanuel MACRON, en 2015, lorsqu'il était ministre de l'Economie, qui les avait vendues à l'américain GENERAL ELECTRIC, pourquoi ?

BARBARA POMPILI
En fait on n'était pas du tout dans la même séquence en 2014…

MARC FAUVELLE
C'est les mêmes turbines !

BARBARA POMPILI
C'était les mêmes turbines…

MARC FAUVELLE
Ça, ça n'a pas changé.

BARBARA POMPILI
Ça n'a pas changé, simplement on avait deux situations qui se cumulaient. D'abord on n'avait pas encore fait les Accords de Paris, je vous rappelle, puisque les Accords de Paris sont arrivés après, on ne s'était pas engagé dans une accélération très forte de la décarbonation de notre économie, qui change un peu la donne sur le nucléaire, premièrement. Deuxièmement, à l'époque, ALSTOM était – parce que ça appartenait à ALSTOM – était…

MARC FAUVELLE
Ça a été vendu à GENERAL ELECTRIC.

BARBARA POMPILI
Tout à fait – était en difficulté, notamment sur cette partie nucléaire, et ça risquait d'entraîner tout le groupe, et notamment la partie transports d'ALSTOM, et donc la décision qui a été prise a été une décision qui a permis pour ALSTOM de se recentrer sur les transports, et maintenant on voit que ça se passe très bien. Et puis GENERAL ELECTRIC a permis aussi de maintenir la compétence sur ces turbines. Maintenant que chez ALSTOM ça se passe bien et qu'on a besoin de décarboner plus vite notre économie, c'est logique de faire revenir ces turbines dans le giron d'EDF.

SALHIA BRAKHLIA
Pourtant Barbara POMPILI, à l'époque il y avait un autre discours qui était tenu par le ministre de l'Industrie, qui était à ce moment-là Arnaud MONTEBOURG, il y avait un bras de fer entre Emmanuel MACRON et Arnaud MONTEBOURG, Emmanuel MACRON lui avait répondu une phrase restée célèbre, "on n'est pas au Venezuela", parce qu'il proposait de les nationaliser, de nationaliser cette branche nucléaire.

BARBARA POMPILI
Oui, mais encore une fois on n'était pas du tout dans le même contexte et ces débats…

MARC FAUVELLE
Mais le Venezuela a gagné.

BARBARA POMPILI
Je ne pense pas du tout qu'on soit toujours au Venezuela.

SALHIA BRAKHLIA
C'est juste une histoire de conviction, parce que le Emmanuel MACRON d'il y a six ans n'est pas le même Emmanuel MACRON d'aujourd'hui ?

BARBARA POMPILI
Non, mais là on avait un Arnaud MONTEBOURG qui était dans je veux nationaliser tout, tout de suite, maintenant, la nationalisation ça peut être une très bonne chose, ce n'est pas le sujet, mais on voit bien…

MARC FAUVELLE
C'est ce qui va se passer de fait pour ces turbines !

BARBARA POMPILI
On voit bien que c'était parti, qu'ils étaient dans une discussion qui était une discussion qui était sur des sujets de l'époque, qui sont décorrélés de ce qui se passe maintenant.

SALHIA BRAKHLIA
Et entre temps il y a eu des milliers de suppressions d'emplois.

BARBARA POMPILI
D'abord les emplois, à Belfort, grâce à ça, vont être pérennisés, vont être assurés, là-bas à Belfort, et d'ailleurs le président de la République, a priori, a décidé de s'y rendre, ça va être aussi un moment où les salariés vont pouvoir nous dire qu'ils sont, j'imagine, assez contents que la production reste en France et que ce soit une production qui soit assurée pour un certain temps.

MARC FAUVELLE
Vous dites a priori, on n'est pas entièrement sûr qu'Emmanuel MACRON se rend après-demain à Belfort pour annoncer justement une relance de toute la filière nucléaire ?

BARBARA POMPILI
En tout cas je crois que c'est qui est prévu.

MARC FAUVELLE
C'est le bon moment, à un peu moins de deux mois de la fin du quinquennat, pour lancer un chantier aussi colossal que celui-là ?

BARBARA POMPILI
Je ne vois pourquoi on s'arrêterait de travailler maintenant alors qu'on est dans une période charnière pour transition écologique.

MARC FAUVELLE
Pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt dans le quinquennat ?

BARBARA POMPILI
D'abord parce que nous avons un certain nombre d'échéances qui arrivent, et qui sont en train d'être préparées, vous savez que nous avons ce qu'on appelle une programmation pluriannuelle de l'énergie, qui va être renouvelée à partir de l'année prochaine, et il y aura une loi, mais aussi parce qu'il y a des décisions qui ont été prises, pendant ce quinquennat, qui ont des conséquences, notamment en 2019 il a été décidé que la France devait atteindre la neutralité carbone en 2050, ce n'était pas le cas avant, on a cet objectif qui est un objectif très lourd. Nous avons maintenant l'Europe qui a lancé le "Green Deal", qui dit que nous devons baisser nos émissions de gaz à effet de serre de 55% d'ici huit ans, d'ici 2030, donc on doit accélérer. Et face à ça, comment doit réagir la France ? la France, si elle veut baisser ses émissions de gaz à effet de serre, elle doit baisser sa dépendance aux énergies fossiles, or aujourd'hui deux tiers de l'énergie, que nous dépensons, est issue d'une énergie fossile, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, deux tiers de l'énergie que nous utilisons c'est de l'énergie fossile, pour mettre du carburant dans nos voitures, pour chauffer, par exemple au gaz, nos maisons, et donc pour baisser cette dépendance il faut qu'on baisse cette consommation d'énergies fossiles, et pour cela on va avoir besoin de plus d'électricité, parce qu'on va passer par exemple aux voitures électriques, au chauffage électrique, il faut qu'on fasse des économies d'énergie, tout ça ce sont des politiques d'envergure, qui nécessitent des investissements lourds, pour les économies d'énergie, pour développer les renouvelables, parce que nous allons avoir besoin de beaucoup plus d'électricité très vite, dans les 10 ans là, 10, 15 ans, on va avoir besoin de 15% d'électricité en plus, ce n'est pas moi qui le dit, c'est RTE qui le dit, c'est 15% d'électricité en plus dans les 10 ans, on ne peut pas les faire avec des nouvelles centrales nucléaires, on doit les faire avec des énergies renouvelables.

SALHIA BRAKHLIA
Barbara POMPILI, ce que va annoncer normalement cette semaine le président de la République c'est de nouveaux EPR, donc il veut miser largement sur le nucléaire, personnellement, en tant qu'ancienne militante écologiste, vous êtes à l'aise avec ça, avec la construction de nouveaux EPR ?

BARBARA POMPILI
La militante écologiste, que je suis toujours, veut absolument atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, pas parce que c'est un gadget, mais parce qu'on en a besoin pour assurer l'avenir de nos enfants. Pour assurer l'avenir de nos enfants il faut qu'on baisse nos émissions de gaz à effet de serre, pour cela, tout ce que je vous ai expliqué, doit être mis en place, et donc ça veut dire qu'on doit faire des économies d'énergie, on doit développer massivement les renouvelables, on n'a pas le choix, tous les scénarios qui sont proposés par tous les spécialistes le montrent…

MARC FAUVELLE
Et massivement le nucléaire.

BARBARA POMPILI
Et sur le nucléaire nous avons…

MARC FAUVELLE
Six EPR, c'est qu'Emmanuel MACRON doit annoncer.

BARBARA POMPILI
Nous avons 70% de nucléaire aujourd'hui dans notre mix-électrique, donc c'est un pilier de notre politique aujourd'hui…

MARC FAUVELLE
Vous êtes une écologiste convertie au nucléaire ?

BARBARA POMPILI
Non, absolument pas…

MARC FAUVELLE
Bah si !

BARBARA POMPILI
Simplement je suis pragmatique, aujourd'hui quand on a 70% de notre électricité au nucléaire, on ne peut pas passer à zéro comme ça, on sait que d'ici 2050, de toute façon, y compris la filière ne peut pas aller au-delà de 50%...

MARC FAUVELLE
Mais là il ne s'agit pas d'éteindre progressivement les centrales, il s'agit d'en lancer des nouvelles.

BARBARA POMPILI
Vous avez vu, aujourd'hui, que nous avons un parc qui est vieillissant, un parc qui est vieillissant, vous savez c'est comme une voiture qui vieillit, au fur et à mesure plus ça vieillit, plus on doit faire des réparations, plus ça coûte cher, etc.

MARC FAUVELLE
Mais on a le choix, une voiture, de la remplacer par une voiture électrique ou de remettre un moteur thermique, vous vous remettez un moteur nucléaire dans la voiture.

BARBARA POMPILI
On a fait des projections, et ce n'est pas moi qui les ai faites, c'est RTE, etc., ces projections disent que si on veut se passer complètement de nucléaire c'est une option qui est risquée à plusieurs niveaux, d'abord parce que ça fait un pari technologique, qu'on n'a pas forcément, il faut qu'on ait notamment du stockage de carbone, des méthodes qui aujourd'hui ne sont pas expérimentées, ça demande de faire baisser, très très fort, la demande d'électricité, ça veut dire des changements massifs de mode de vie, on peut avoir un débat là-dessus, et puis ça demande aussi qu'on poursuive très longtemps nos centrales nucléaires qui vieillissent, c'est-à-dire qu'on fait des paris de les pousser très loin. Aujourd'hui moi je ne fais pas ce pari là parce que je considère qu'on n'est pas à l'abri d'avoir un problème sur des centrales qui vieillissent trop, et donc qu'avoir…

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que le patron des écologistes, Julien BAYOU, dit "tout l'argent que vous mettez sur le nucléaire aujourd'hui, qui sont des milliards et des milliards d'euros, en fait vous pourriez les mettre dans les énergies renouvelables."

BARBARA POMPILI
Vous savez, on met 6 milliards par an sur les énergies renouvelables, en ce moment, et on va continuer, on va accélérer.

SALHIA BRAKHLIA
Mais combien sur le nucléaire ?

MARC FAUVELLE
C'est deux fois moins, ou trois moins, que la facture de Flamanville.

BARBARA POMPILI
La facture de Flamanville, oui, c'est depuis le début, ça fait longtemps, effectivement on a beaucoup investi sur les EPR, et je pense, et d'ailleurs le président de la République le pense aussi, que peut-être qu'il faut diversifier les recherches qu'on fait sur le nucléaire, pas seulement sur les EPR, mais aussi sur d'autres modèles de réacteurs. Mais, encore une fois, moi ce que je veux c'est qu'on ait la solution qui soit la moins risquée et qui nous permette d'avoir le plus de marges de manœuvre, aujourd'hui ce qui donne le plus de marges de manœuvre, avec la base que nous avons aujourd'hui, c'est de conserver une part de nucléaire et de développer les renouvelables.

SALHIA BRAKHLIA


BARBARA POMPILI
Non, encore une fois, c'est se garder une marge de sécurité, on a besoin d'avoir une marge de sécurité sur le nucléaire, la seule manière de l'avoir ce n'est pas de se fier uniquement sur des centrales qui vieillissent et qui vont avoir de plus en plus de problèmes, c'est de se garder un levier de nouveaux réacteurs qui permettent d'assurer cette marge de manœuvre, mais ce que je peux vous confirmer c'est qu'on ne sera plus au niveau, à la part du nucléaire que nous avons aujourd'hui, qui est trop importante, qui nous ne permet pas justement de pouvoir mixer différents types d'énergie quand on en a besoin.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec la ministre de la Transition écologique Barbara POMPILI. La Commission européenne vient d'accepter de qualifier le nucléaire d'énergie de transition durable, qu'est-ce que ça va changer ?

BARBARA POMPILI
Pas grand-chose en fait…

MARC FAUVELLE
Ça valait le coup de se battre avec les Allemands pendant des mois !

BARBARA POMPILI
Non. Cette taxonomie elle est nécessaire parce qu'on a besoin de pouvoir garantir un certain nombre d'investissements pour la transition écologique, et donc en fait ce sont des labels et des critères pour que les investissements puissent être faits et puissent obtenir un certain nombre d'aides ou de facilités, donc le fait de mettre le nucléaire dit simplement que le nucléaire est décarboné et que ça peut aider pour une baisse d'émissions de gaz à effet.

MARC FAUVELLE
Ce qui est étonnant c'est que le gaz va rentrer dans la même catégorie, et vous avez entendu les arguments des écologistes, dont certains sont d'anciens amis à vous, ils vous reprochent d'avoir fait du donnant-donnant avec l'Allemagne en disant "Nous on accepte que le gaz rentre dans cette catégorie, et vous, Allemands, vous acceptez que le nucléaire soit classé comme une énergie d'avenir également." Est-ce que vous avez fait un troc sur le dos de la planète ?

BARBARA POMPILI
Non, c'est ça qui fait la différence entre les Verts et les écologistes comme moi, c'est que, moi ce que je veux c'est vraiment baisser les émissions de gaz à effet de serre et pas faire des effets d'annonce. Quand j'entends, notamment Yannick JADOT, qui dit que nous avons fait, je ne sais plus, des deals avec la Pologne, cette horrible Pologne, non, la Pologne aujourd'hui est dépendante à 80% du charbon, donc on peut dire que d'un claquement de doigts on va passer du charbon aux énergies renouvelables, c'est faux, si on veut que la Pologne par exemple, parce qu'il y a d'autres pays qui sont dépendants, baisse vite ses émissions de gaz à effet de serre, il va falloir un temps de transition où elle pourra passer par du gaz, le gaz est beaucoup moins émetteur de gaz à effet de serre que le charbon, et donc si on veut aller vite il faut utiliser tous les outils, mais après il faut les encadrer, et c'est ça l'important, c'est de prendre cette mesure pour qu'on puisse passer par le gaz en transition pour baisser ces émissions, mais avec un encadrement strict, et c'est sur quoi on s'est battu, il faut être réaliste à un moment.

MARC FAUVELLE
Alors vous nous dites, si je suis bien, tout sauf le charbon, et pourtant votre gouvernement…

BARBARA POMPILI
Le charbon c'est l'ennemi numéro 1 du climat.

MARC FAUVELLE
Et pourtant la France vient d'autoriser ses dernières centrales à charbon à produire un peu plus, et même assez nettement plus, en janvier et février, alors que c'est l'ennemi numéro 1. Expliquez-nous.

BARBARA POMPILI
Oui, à produire un peu plus…

MARC FAUVELLE
A produire en deux mois tout ce qui était prévu sur l'année.

BARBARA POMPILI
Quand on est arrivé, vous savez, en 2017, il y avait encore des dizaines de centrales au fuel et à charbon en France, dont quatre centrales à charbon, sur les quatre centrales à charbon il y en a trois qui, il y en a déjà deux qui sont fermées, la troisième qui va fermer au printemps, et Cordemais qui va fermer une fois que l'EPR sera, l'EPR de Flamanville, sera mis en service, donc nous nous serons ceux qui auront fermé les dernières centrales à charbon.

MARC FAUVELLE
Mais en attendant elles tournent à plein.

BARBARA POMPILI
On a remonté un petit peu le quota de charbon qu'on peut utiliser, un petit peu parce qu'on a besoin de marges de manœuvre aujourd'hui, à cause de réacteurs nucléaires qui sont arrêtés alors qu'ils n'auraient pas dû l'être, mais je rappelle quand même, juste pour qu'on garde un petit peu la mesure de ce que c'est, c'est 2 à 3% de notre production d'électricité, c'est 0,2% de nos émissions de gaz à effet de serre aujourd'hui en France. Donc, oui, on les utilise un peu plus parce qu'on a besoin de marges de manœuvre, mais on est sur des proportions qui sont très très petites.

SALHIA BRAKHLIA
Cette décision elle n'a pas été prise parce qu'il y avait un risque de black-out, on est en plein hiver ?

BARBARA POMPILI
Non, non, je rassure tout le monde, il n'y a pas de risque de black-out en France, parce que nous avons mis en place un certain nombre de mécanismes pour éviter cela, donc il n'y aura pas de black-out généralisé en France d'ici la fin de l'hiver.

MARC FAUVELLE
Alors pourquoi on les fait tourner davantage ces centrales à charbon, s'il n'y avait pas de risque ?

BARBARA POMPILI
Parce qu'on a besoin d'avoir des marges et de récupérer un certain nombre de marges. Aujourd'hui nous avons trop de réacteurs nucléaires qui sont arrêtés, pour un certain nombre de raisons dues à des décalages de maintenance, et dues à certains problèmes dus au vieillissement, j'ai demandé un audit à EDF, parce que nous avons un problème sur ce trop grand nombre de réacteurs arrêtés, et EDF doit me rendre un premier rapport en mars, là-dessus.

MARC FAUVELLE
Vous avez sans doute vu, Barbara POMPILI, ces images de dizaines et dizaines de milliers de poissons retrouvés morts au large de La Rochelle, vous pouvez nous expliquer ce qui s'est passé ?

BARBARA POMPILI
Il y a une enquête est en cours, qu'Annick GIRARDIN, ma collègue ministre de la Mer, a diligentée. On ne sait pas bien ce qui s'est passé, l'enquête va le déterminer, de ce que je comprends ce serait un chalut qui aurait cassé pendant la remontée de poissons, mais vous savez la pêche c'est une activité qui est très encadrée, on va savoir ce qui s'est passé, si des règles n'ont pas été respectées il y aura des conséquences, mais là pour l'instant on va laisser l'enquête…

MARC FAUVELLE
Ce serait donc involontaire de la part de ce chalutier qui est l'un des plus grands, si ce n'est d'ailleurs peut-être même le plus grand de la planète, c'est un bateau qui fait 140 mètres de long, des filets de pêche, 600 mètres sur 200 mètres…

BARBARA POMPILI
C'est un très gros bateau, oui, c'est un très gros bateau, et, encore une fois, il y a des règles, si le bateau n'a pas respecté les règles, eh bien il y aura des sanctions, et c'est tout à fait normal, après je pense que c'est involontaire parce que je ne pense pas que des pêcheurs relâcheraient tout le poisson qu'ils pêchent, je vois pas trop l'intérêt…

MARC FAUVELLE
Ce que disent les ONG c'est que c'est une possibilité.

SALHIA BRAKHLIA
Ce n'est pas rentable.

BARBARA POMPILI
Ecoutez, on verra, on verra, ce n'est pas à moi de préjuger des résultats de l'enquête.

SALHIA BRAKHLIA
Ce qui est étrange c'est que l'Australie a décidé de l'interdire dans ses eaux ce chalutier, pourquoi nous on l'autorise en Europe ?

BARBARA POMPILI
Encore une fois, c'est. L'enquête qui va décider, qui va dire ce qu'il en est. Je ne saurai vous répéter autre chose que ça, puisque, comme l'a dit Annick GIRARDIN, il y a des règles, si les règles sont respectées, parce que je vous rappelle que ce sont des règles françaises, et européennes, parce qu'il y a des quotas à respecter, justement pour protéger la biodiversité, soit les règles sont respectées et ça va, soit elles ne sont pas respectées et ça ne va pas, mais, oui, quand on pêche au chalut on pêche beaucoup de poissons, je confirme.

MARC FAUVELLE
Le tribunal administratif de Paris, Barbara POMPILI, a demandé au ministère de l'Intérieur de redéfinir les missions de la cellule Déméter, c'est une cellule de la Gendarmerie qui a été créée pour lutter contre les actes de vols et les dégradations dans le monde agricole, mais aussi pour prévenir des actions de nature idéologique. D'abord, est-ce que la ministre de la Transition se félicite de cette remise à plat des missions de cette cellule Déméter qui était très critiquée par les associations de défense de l'environnement ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, sur cette décision, elle était fondée, je crois, vraiment sur des questions de droit. Sur ce sur quoi je plaide, moi je plaide pour un apaisement, en fait, entre les différents protagonistes sur ces territoires. Je ne crois pas que c'est en montant en épingle des oppositions entre les uns et les autres qu'on va s'en sortir. On a besoin des agriculteurs pour faire la transition écologique, on ne produira pas de produits bio, ou on ne produira pas de produits qui sont bons pour la planète, mais qui vont aussi nous nourrir, sans nos agriculteurs, donc on a besoin de les emmener. C'est difficile, on est sur 400 000 familles qui ne vivent pas forcément très bien du produit de leur travail, on leur demande des défis qui sont énormes, moi je suis plutôt là pour les aider à passer ce cap plutôt qu'à rentrer dans la bagarre… certains essayent de me faire rentrer dans cette bagarre-là.

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça veut dire quoi, ça veut dire que certaines associations, certaines ONG, elles vont trop loin, elles demandent trop aux agriculteurs, aux producteurs ?

BARBARA POMPILI
Moi je pense que de tous les côtés il y en a qui poussent aux oppositions parce que quelque part ça alimente leur fonds de commerce, moi ce que je veux c'est qu'on travaille ensemble pour y arriver. Encore une fois, le défi climatique, le défi planétaire, ça va nous tomber dessus, sur tout le monde, donc soit on s'y met tous ensemble, soit on continue à alimenter les bagarres, encore une fois parce que pour certains ça leur permet aussi de faire un peu de politique.

MARC FAUVELLE
Mais vous souhaitez qu'elle continue ou pas cette cellule du coup ?

BARBARA POMPILI
Moi je souhaiterais qu'elle n'ait pas de raison d'exister…

MARC FAUVELLE
Elle existe aujourd'hui.

BARBARA POMPILI
Et si on peut faire en sorte que maintenant on trouve d'autres manières de gérer les conflits, ce serait peut-être une bonne idée.

MARC FAUVELLE
Toujours avec la ministre de la Transition écologique Barbara POMPILI. "Il n'y a pas un Français qui pense qu'Emmanuel MACRON n'a pas été un bon président de la République", vous savez qui a dit ça ?

BARBARA POMPILI
Oui, oui, j'ai entendu ça hier, c'est Gérald DARMANIN je crois.

MARC FAUVELLE
Il n'est pas un tout petit peu en train de prendre le melon en ce moment ?

BARBARA POMPILI
Je pense qu'il est un tout petit peu trop enthousiaste Gérald, je crois qu'il y a des Français qui ne sont pas forcément de cet avis-là, et j'espère qu'une majorité de Français le pensent évidemment.

MARC FAUVELLE
Oui, il est allé un peu loin dans la géographie présidentielle ?

BARBARA POMPILI
Je pense que sa langue a fourché.

MARC FAUVELLE
Ah, vous croyez vraiment ?

BARBARA POMPILI
Oui.

SALHIA BRAKHLIA
La phrase était claire, mais est-ce que c'est plutôt du déni ?

BARBARA POMPILI
Franchement, ça c'est des questions qu'il faut poser à Gérald DARMANIN. On est, nous, dans l'action, on travaille beaucoup au service des Français, et c'est à quelque part le sentiment qu'on a d'avoir fait le maximum et d'avoir un président qui nous entraîne dans une direction vers laquelle on veut aller, pousse peut-être l'enthousiasme, mais bon, tant mieux, moi je préfère avoir des gens enthousiastes autour de moi que des gens déprimés et qui sont résignés.

MARC FAUVELLE
Vous vous résignez pour 5 ans de plus ou vous mettez la pression pour qu'il verdisse un peu son projet ?

BARBARA POMPILI
Moi je soutiens la candidature d'Emmanuel MACRON s'il la présente, évidemment, et je fais partie de ceux qui travaillent, notamment avec un certain nombre de collègues, notamment avec Pascal CANFIN, pour verdir le projet quinquennat, s'il souhaite s'engager pour un prochain quinquennat.

MARC FAUVELLE
Par exemple, quelle mesure pourrait figurer dans un deuxième quinquennat d'Emmanuel MACRON ?

BARBARA POMPILI
Si vous voulez, ce que nous avons fait, là dans ce quinquennat, c'est poser un certain nombre de bases pour accélérer la transition écologique. Vous savez, on dit souvent que la transition écologique c'est un petit peu comme Internet, on avait le modem, là on est passé à l'ADSL, et maintenant il faut passer au très haut débit…

MARC FAUVELLE
J'ai cru que vous alliez me dire c'est la 5G maintenant, ce qui aurait fait plaisir aux écologistes…

BARBARA POMPILI
Non, je reste sur le très haut débit, et ce très haut débit de la transition il nécessite qu'on passe un certain nombre de cap, notamment d'un point de vue industriel…

MARC FAUVELLE
Une mesure par exemple, une mesure qui pourrait être mise en œuvre dans un deuxième quinquennat.

BARBARA POMPILI
Alors, il y a des mesures qu'on propose qui sont plus larges, qui sont des contrats de filières très larges, parce qu'on a besoin de mettre en place des écosystèmes. vous savez, si on développe… par exemple, on était à Dunkerque avec le Premier ministre, on va avoir les hauts fourneaux de Dunkerque qui vont passer à l'hydrogène, bien évidemment, pour que ça marche, il faut qu'à côté il y ait de la production d'hydrogène, donc il faut que tout le monde se mette d'accord pour ce territoire, pour qu'il y ait de l'hydrogène, qu'il y ait des tuyaux pour l'amener, qu'il y ait des formations, tout ça ça demande à ce qu'on construise ce genre d'écosystème, donc c'est des mesures qui ne sont pas forcément une mesure particulière, qui sont plutôt l'idée de passer un contrat entre tout le monde sur les territoires pour qu'on y arrive. Après il y a des mesures que je porte avec En Commun ! qui est le parti politique que je porte, qui est notamment une idée d'un compte personnalisé de transition écologique qui permettrait d'avoir sur sa feuille d'impôt, après avoir fait un certain nombre de déclarations, la possibilité d'avoir une somme qui se cumule tous les ans, qui serait une somme qui permettrait de s'équiper, en vélo électrique par exemple, ou en voiture…

MARC FAUVELLE
Et on la gagnerait comment cette somme ?

BARBARA POMPILI
Cette somme ce serait simplement vu par les services des impôts, en fonction de vos revenus, et en fonction aussi, certainement, de par exemple votre capacité à avoir accès ou pas à des transports en commun. Cette somme vous pourriez l'avoir à la fin de l'année et elle se cumulerait pendant cinq ans, on pourrait aller jusqu'à 5000 euros, et au bout de cinq ans on devrait la dépenser sinon on la perdrait.

SALHIA BRAKHLIA
Mais on la dépense forcément…

BARBARA POMPILI
Elle serait fléchée sur des investissements, je vous dis, un vélo électrique, ou un frigo vertueux par exemple, mais pour permettre à tous ceux, notamment qui ont le moins de moyens, de pouvoir aussi participer à cette transition en s'équipant avec ce qu'il faut, et y compris des voitures électriques, parce qu'avec cette somme, et les aides qui existent à côté, il pourrait se payer une voiture électrique.

SALHIA BRAKHLIA
Et ça vous en avez parlé au président de la République ?

BARBARA POMPILI
Ça fait partie des pools de propositions qui sont travaillées par toutes les composantes de la majorité, et qu'on met sur la table, et qu'on propose ensuite au président, et après le président, s'il souhaite se présenter encore une fois, fera un tri parmi toutes les propositions qui viennent et puis aura certainement les siennes, à lui, qu'il souhaitera porter, mais l'idée c'est qu'on alimente le débat.

MARC FAUVELLE
Vous avez été très longtemps membre d'Europe Ecologie-Les Verts, est-ce que vous diriez qu'aujourd'hui Yannick JADOT fait une bonne campagne ?

BARBARA POMPILI
Je pense que Yannick JADOT, comme toujours, est dans une campagne qui est une campagne de déclarations, une campagne de grands principes, et sur lesquels on peut se retrouver d'ailleurs, lutter contre le changement, accélérer la transition écologique, je crois qu'on est tous d'accord là-dessus…

MARC FAUVELLE
Lui il veut aller plus vite que vous.

BARBARA POMPILI
Oui, mais moi je pose toujours la question du comment, si vous voulez, parce que quand je vois par exemple qu'il dit qu'il faut plus de travaux pour les isolations des logements, qui sont très nécessaires, quand je vois que nous on a déjà fait 800.000 PrimeRénov' cette année…

MARC FAUVELLE
L'ISF climatique notamment.

BARBARA POMPILI
Oui, mais l'ISF climatique, moi ce qui m'intéresse…

MARC FAUVELLE
L'interdiction des vols quand il y a une alternative en train.

BARBARA POMPILI
Oui, eh bien ça c'est ce qu'on a fait, on a été les premiers au monde à le faire…

MARC FAUVELLE
Lui il va plus loin que vous.

BARBARA POMPILI
Oui, il va plus loin, mais la question c'est comment ? Je vous parlais de cette question des travaux, sur les travaux comment fait-il alors qu'aujourd'hui nous avons une filière qui n'est pas prête ? je ne l'ai pas entendu dire un mot sur comment il travaille avec les artisans, avec toute la profession du BTP, pour pouvoir avoir suffisamment de formations, pour qu'on ait plus de gens, plus de visibilité, comment on fait pour développer les filières éco, des écoproduits, par exemple notamment du bois, qui n'est pas suffisamment développée en France aujourd'hui pour pouvoir justement avoir des armatures bois, faire des isolations avec du bois, du lin, tout ce que vous voulez, tout ça ce n'est pas suffisant développé.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous dites quoi, il est trop idéaliste ?

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas un désaccord de fond.

BARBARA POMPILI
Bien sûr que non, je n'ai pas de désaccord de fond avec Yannick JADOT, notamment sur l'analyse des enjeux, en revanche, ce qui pèche cruellement chez les Verts, et depuis très longtemps, c'est la question du comment, comment on travaille avec les entreprises, comment on fait les formations qui vont bien, comment on harmonise aussi au niveau européen, bref, la mise en œuvre, la mise en œuvre c'est ça qui fait toute la différence entre des écologistes comme Yannick JADOT et des écologistes comme moi.

SALHIA BRAKHLIA
Du coup une dernière question. Entre Yannick JADOT et Emmanuel MACRON au second tour, vous, votre vote il irait pour ?

BARBARA POMPILI
Ah pour Emmanuel MACRON.

SALHIA BRAKHLIA
Sans hésitation ?

BARBARA POMPILI
Sans hésitation.

MARC FAUVELLE
Merci Barbara POMPILI, bonne journée à vous.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 février 2022