Déclaration de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, sur les avancées réalisées dans la lutte contre les déchets plastiques et les perspectives de l'économie circulaire, Catus, 22 février 2022.

Texte intégral

Monsieur le Maire de Crayssac [Christian CAZABONNE],
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président REQUIER [des RDSE], Chère Huguette,
Mesdames et Messieurs les représentants du conseil régional et départemental,
Monsieur le Président du SYDED [Stéphane MAGOT],
Monsieur le Préfet,
Cher Gérard Miquel,

Avant de commencer, j'ai une pensée pour M. le maire de Catus [Olivier LIARD], qui est, je le sais, retenu ce matin et ne peut être parmi nous.

Je suis si heureuse d'être parmi vous aujourd'hui.
Si heureuse à plus d'un titre.

Evidemment parce que c'est l'occasion pour moi d'inaugurer ce centre de tri ultra moderne.
Ensuite parce que les éléments m'ont par deux fois fait décaler la date de cette visite.
Enfin, et surtout, parce que c'est l'occasion pour moi de venir dans ce très beau département.

Après avoir traversé une partie de cette immense et très belle région.

Pour rencontrer des élus engagés en faveur de la bonne gestion des déchets, des collectivités qui ont à cœur de moderniser leurs techniques de tri, un ancien sénateur et président de ce beau département, fin connaisseur du monde des déchets et la présidente du groupe d'étude économie circulaire à l'Assemblée nationale. Certainement le territoire de la République qui concentre le plus d'experts du sujet au m2 !

L'économie circulaire est l'horizon possible pour l'humanité.

Ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, vous qui êtes en bout de chaîne et qui gérez chaque année des milliers de tonnes de déchets. Quiconque a déjà visité un centre de stockage ou un centre de tri sait bien que notre mode de vie n'est pas soutenable.

Et ceux qui suivent les questions de déchets depuis longtemps savent à quel point les plastiques se sont multipliés, à l'infini, amenant quasiment chaque semaine dans nos poubelles de nouvelles résines, de nouvelles formes, de nouvelles couleurs…

Dans un rapport récent, le WWF estimait que la production de plastiques pourrait doubler d'ici 2040, et que le déversement annuel de déchets plastiques dans les océans pourrait être multiplié par 3...

Nous ne pouvons simplement pas laisser cette sombre prédiction se réaliser.

Et pour cela, nous devons agir sur tous les maillons de la chaîne. C'est le sens de l'action que nous avons engagé depuis 2017.

Première priorité : la réduction à la source à travers, la sortie progressive des emballages en plastique jetable, d'ici 2040.

Nous avons réalisé des pas décisifs dans la bonne direction.

Aujourd'hui, pour les pailles, les gobelets, les assiettes jetables et les couverts par exemple, ou encore les boîtes en polystyrène expansé, ces fameuses boîtes "kebabs" qui une fois dans la nature mettent environ mille ans à se dégrader.

Et je veux dénoncer ici le cynisme de certains industriels du plastique qui ont immédiatement remplacé ces boites par du polystyrène extrudé. Elles ont exactement le même aspect et les mêmes propriétés… C'est simplement irresponsable. J'y apporterai les réponses appropriées très prochainement.

Depuis le 1er janvier, ce sont aussi les emballages plastiques des fruits et des légumes qui ont disparu, sauf exceptions pour les plus fragiles d'entre eux.

Et dans un an, les fast-foods utiliseront de la vaisselle réutilisable pour la consommation sur place.

Pour 2025, nous avons fixé dans le décret dit «3R", publié en avril dernier, un objectif de diminution de 20% en masse des emballages plastiques à usage unique.

Cela représente 450 000 tonnes d'emballages plastiques à usage unique de moins chaque année. Et nous sommes en train de mener une consultation sur une stratégie 3R pour planifier les moyens de mettre en œuvre concrètement cet objectif. L'État invite les filières à s'approprier cette stratégie et à élaborer leur propre feuille de route sectorielle, auxquelles il apportera son soutien financier dans le cadre du plan de France Relance.

Enfin, en 2030, 20% des produits vendus dans les supermarchés devront l'être en vrac.

Autant de pas importants faits en seulement quelques années !

Deuxième priorité : valoriser toujours plus de plastique à travers le recyclage

La France a développé des filières de recyclage de qualité. Elles permettent chaque année d'éviter l'émission de 23 millions de tonnes de CO2. C'est l'équivalent des émissions d'un pays comme le Sri Lanka qui compte 20 millions d'habitants. C'est dire l'apport décisif de ces filières dans le bilan environnemental du pays.

Mais aujourd'hui, nous ne recyclons même pas le tiers des déchets plastiques que nous produisons.

Bien sûr les réalités sont très différentes en fonction des différentes filières. Pour celle qui nous préoccupe aujourd'hui : les emballages, les performances progressent mais sont encore insuffisantes.

Il faut d'abord renforcer la recyclabilité des plastiques qui sont mis sur le marché. C'est pour cela que nous avons renforcé en 2021 les bonus pour les emballages qui incorporent du plastique recyclé.

C'est aussi pour cela qu'une révision du cahier des charges de la filière REP des emballages ménagers est en cours. Cette révision, en massifiant autour des éco-organismes les flux de plastiques non recyclés à date, va permettre à de nouvelles technologies de recyclage de se déployer pour recycler ces déchets plastiques que nous recyclons mal ou que nous ne recyclons pas du tout aujourd'hui. [Nota : Le centre de tri du SYDED à Catus est déjà organisé pour confier le flux de plastiques difficiles à recycler à CITEO].

Nous devons ensuite accueillir et trier plus d'emballages, c'est le sens de l'extension des consignes de tri.

Cette généralisation de l'extension des consignes de tri, elle va permettre de simplifier le geste de tri pour les Français et de recycler plus de produits, notamment les emballages en plastique comme les pots de yaourt, les barquettes et les films (protection de journal, pack d'eau ou de lait...).

L'extension des consignes de tri pourrait ainsi permettre de doubler les tonnages de plastiques recyclés d'ici 2030 par rapport à la situation actuelle.

Cette extension, elle implique d'accélérer la modernisation des centres de tri.

Aujourd'hui, 62% des Français peuvent trier l'ensemble de leurs emballages ; d'ici fin 2022, on doit être à 100%.

Le plan de relance a déjà permis de soutenir la modernisation de 13 centres de tri en France, pour 41 M€. Et une quinzaine d'autres projets seront soutenus en 2022.

Le centre de tri du SYDED à Catus, a fait l'objet d'une modernisation en 2020, pour un investissement de 11 M€, soutenu par l'ADEME à hauteur de 1,6 M€.

Et ici, dans le Lot, l'extension des consignes de tri est en place dans tout le département du Lot depuis 2014. Chaque département peut s'inspirer de ce territoire pionnier !

Troisième priorité : limiter les quantités de déchets ménagers et assimilés envoyées en décharge à 10% des quantités produites.

Pour cela, depuis le 1er janvier dernier, les bennes de déchets issus d'activités économiques et de centres de tri contenant plus de 30% de métal, ou de plastique, de verre, de bois, ou de minéraux inertes, ne sont plus acceptées dans les décharges.

Et à partir de 2025, les bennes d'ordures ménagères résiduelles (poubelles grises) comportant plus de 65% de biodéchets et de produits soumis à une filière REP ne seront plus acceptées en décharges.

J'ai conscience qu'à court terme ces évolutions peuvent perturber l'action des collectivités locales. Mais à moyen long terme, elles seront indiscutablement vertueuses.


Mesdames et messieurs,

Accélérer cette transition vers l'économie circulaire est une priorité forte pour le gouvernement, comme en témoignent les soutiens financiers publics sans précédent qui ont été apportés à ce secteur d'une part, et les importantes avancées réglementaires de ces deux dernières années.

Nous avons mobilisé pas moins de 500 millions d'euros dans le plan de relance.

Nous mobilisons par exemple 100 millions d'euros, pour soutenir les collectivités et les entreprises dans les investissements nécessaires au déploiement de la collecte, du tri et de la valorisation des biodéchets.

Aujourd'hui, seul un tiers de la population française à accès à un dispositif de tri à la source des biodéchets alors qu'ils représentent un tiers de notre poubelle d'ordures ménagères, la poubelle grise, et ils sont souvent incinérés bêtement alors qu'ils constituent une ressource précieuse. Dans deux ans, ce devra être 100%.

Nous investissons également pour renforcer les capacités de recyclage des plastiques, en soutenant d'une part la modernisation des centres de tri, comme celui du SYDED que nous inaugurons aujourd'hui

Pour accueillir davantage, trier plus et mieux les emballages (84 M€), et d'autre part la création de nouvelles unités de production de matières plastiques recyclées et leur réincorporation dans de nouveaux produits (140 M€).

Et cela fonctionne car depuis le lancement du plan de relance, c'est plus d'un millier de projets que nous avons soutenus en matière d'économie circulaire, et nous en ferons autant en 2022.

Et l'engagement financier de l'État pour l'économie circulaire ne s'arrête pas là.

Ce sont aussi 370 millions d'euros du programme d'investissement d'avenir que j'ai annoncés en septembre dernier, pour soutenir l'innovation dans le domaine du recyclage : pour collecter plus et plus efficacement les déchets, pour mieux les trier et produire plus de matières premières recyclées et de meilleure qualité car c'est essentiel pour assurer leurs débouchés, et pour développer des matériaux et des produits plus facilement recyclables et qui intègrent davantage de matières recyclées.

Et enfin, le plan France 2030, annoncé par le Président de la République, va consacrer 500 millions d'euros supplémentaires au développement industriel de matériaux plus durables, et au recyclage des plastiques.

Des appels à projets ont été lancés en janvier par l'ADEME sur ces thématiques, un premier relevé sera fait en avril prochain.

Des investissements industriels conséquents en France (plus d'1 Md€, plusieurs centaines d'emplois) ont d'ailleurs été annoncés en début d'année par Eastman et Suez-Loop pour des solutions industrielles qui permettront de recycler des plastiques qu'on ne sait par recycler aujourd'hui et qui sont incinérés ou mis en décharge.

Ces efforts financiers sans précédent vont nous permettre de progresser pour remplacer les plastiques par des matériaux plus durables et pour progresser dans leur recyclage.

Enfin, je voudrais rappeler que mieux prévenir et gérer nos déchets, c'est aussi un atout pour notre économie. Par exemple, le réemploi, le tri et le recyclage des déchets créent 10 fois plus d'emplois que leur mise en décharge.

On estime à 800 000 le nombre d'emplois dans l'économie circulaire au sens large, dont 200 000 dans la réparation. Et surtout, ce sont des emplois locaux, pérennes et non délocalisables.

L'économie circulaire, c'est aussi réduire la dépendance vis-à-vis de l'étranger pour notre approvisionnement en matières critiques.

Voilà donc, Mesdames, Messieurs, comment l'économie circulaire progresse, très concrètement, sur nos territoires, et je m'en réjouis.

Je vous remercie pour votre attention, et vous souhaite une bonne journée.

Source https://www.ecologie.gouv.fr, le 23 février 2022