Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur l'enseignement de l'histoire de la Shoah à l'occasion du 30e Prix Annie et Charles Gorrin, le 27 janvier 2022.

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Circonstance : 30e Prix Annie et Charles Gorrin, 27 janvier 2022 au lycée Louis Le Grand à Paris

Prononcé le

Texte intégral

« Je reviens de Strasbourg où en parallèle de la réunion avec les ministres de l'éducation et des parlementaires, nous célébrions le 77e anniversaire de la libération d'Auschwitz, sous l'égide du Conseil de l'Europe, avec un message du Président de la République pour bien marquer que c'était aussi à l'échelle européenne et donc au sens le plus large que nous devions, toujours, toujours et encore, et pour toujours, nous souvenir mais aussi transmettre et enseigner ! C'est plus qu'un symbole de se retrouver ce soir à Louis-Le-Grand pour le même message essentiel, celui de ce Prix Annie et Charles Corrin qui le porte depuis les origines.

On doit toujours rappeler, comme vous l'avez fait cher Ariel Goldmann, que le principal des défis, et il n'y en pas qu'un seul, c'est celui de la transmission historique de la Shoah. Rappeler aussi que l'étude de l'histoire du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale figure dans les programmes d'enseignement depuis la fin des années 80, au Collège en classe Troisième, puis au Lycée en classe de Première ou de Terminale. Et puis cette étude a été élargie à l'école élémentaire, au CM2, à partir de 2002, et aujourd'hui, j'y veille attentivement, y compris dans les ressources pédagogiques à laquelle elle s'adosse. C'est donc bien dans les grandes 3 étapes de la scolarité de l’élève que l'enseignement de la Shoah a lieu (…) Les élèves sont aussi invités à s'engager dans des actions éducatives qui sont des vecteurs de transmission mémorielle, visant à développer chez eux un sens civique. évidemment, le Prix Annie et Charles Corrin s'inscrit totalement dans cette logique.

Au ministère de l'éducation nationale, et vous avez eu raison M. le Président Goldmann de rappeler toute l'antériorité de ce partenariat, nous sommes très attachés à ce Prix Corrin qui a été parrainé par les ministres de l'éducation nationale successifs et vous imaginez que c'est avec une certaine attention que j'ai souhaité me situer dans cette continuité dont je ne doute pas qu'elle continuera pour des décennies. Je suis fier de pouvoir saluer la famille Corrin, la ténacité, la continuité dont vous faites preuve, accompagnés par nous tous, puisque ce Prix aujourd'hui est une institution ! Il est très important pour les équipes éducatives de prendre le relais des Témoins qui malheureusement disparaissent un à un et à mon tour, je voudrais rendre hommage à Raphaél Esrail (z'l), comme je l'ai fait tout à l'heure dans l'hémicycle de Strasbourg, qui était le président de l'Union des Déportés d'Auschwitz, que j'ai croisé tant de fois, et dont j'admirai non seulement la mission de transmettre et de témoigner, mais également le caractère, la générosité avec lesquels il accomplissait cette tâche si essentielle aujourd'hui.

Tout à l'heure à Strasbourg, nous avons regardé le discours de Simone Veil au Parlement Européen sur cet enjeu de la transmission (oct. 2002, ndlr).

Ce discours dit tout, et on doit toujours y faire référence, parce que S. Veil dit les étapes dans cet enjeu de la transmission : celle qui suit la mort du dernier des Témoins, puis celle de la disparition des « témoins des témoins », et que c'est dans les livres, les archives, dans les témoignages enregistrés que se trouve à présent l'essentiel de cette Mémoire. (…)

Parfois, il y a des doutes sur la transmission de l'histoire de la Shoah ; et on peut citer des sondages qui peuvent effectivement inquiéter (…), il faut d'ailleurs s'en inquiéter quand ça se passe en France plus qu'ailleurs, mais être vigilants sur cet Ailleurs aussi.

Cette transmission ne serait d'ailleurs pas possible sans les professeurs ! Face à cette légitime inquiétude et vigilance, depuis que je suis ministre et même avant dans l'éducation nationale, j'ai toujours vu cette une mobilisation extraordinaire des enseignants, de ces avant-gardes aussi de la transmission, comme celles et ceux qui mènent les élèves à postuler à ce Prix. Des exemples sont multiples, tels le Concours National de la Résistance et de la Déportation, auquel je tiens tout particulièrement, des actions éducatives comme le Prix de la Maison d'Izieu, ou le projet européen Convoi 77…

Ayons à l'esprit dans cette dynamique pédagogique qui, à l'instar du Prix Corrin, cherche à donner une chair à la mémoire, qu'il ne suffit pas de connaître les chiffres effroyables de la Shoah ; il faut aussi comprendre que derrière eux se trouvent des personnes, des femmes, des enfants, des hommes dont la vie a été brisée et arrachée au seul motif qu'ils étaient Juifs !

Ces travaux mettent les élèves en situation de chercheurs, d'historiens, … ils les font côtoyer au plus prés ces destins tragiques et leur apprend combien la République est un rempart contre la haine et l'exclusion (…), que rien ne nous ne prémunit contre d'autres contextes, qui ne sont jamais rigoureusement les mêmes, mais peuvent avoir les mêmes ingrédients de haine et aboutir au pire.

Je veux également rendre hommage aux membres du Jury Corrin, dont chacun connaît l'engagement pour l'enseignement de l'histoire de la Shoah, tel Rachid Azzouz, inspecteur général qui fait partie des personnes auxquelles je pense quand je parlais tout à l'heure d'un dynamisme ancien du corps professoral sur ce sujet, à l'image de tant de ses collègues, à Alain Sekzig, inspecteur de l'éducation nationale, si actif en tant que Secrétaire Général du Conseil des Sages de la Lai?cité, ou encore à Iannis Roder, (professeur d'Histoire-Géographie et responsable des formations au Mémorial de la Shoah, ndlr) qui incarne la nouvelle génération et je veux l'en féliciter ; personnes d'ailleurs très actives sur les questions de la lai?cité, des valeurs de la République dans le quotidien de nos élèves.

Depuis 2017, vous le savez, qu'il s'agisse des valeurs de la République ou de l'enseignement de la Shoah, j'ai tenu à rappeler à quel point ces questions n'étaient pas théoriques, désincarnées, ou simples objets de discours, mais devaient pleinement se vivre de bien des manières, en sachant monter à chaque fois que la République est la plus forte, que la force est du côté du droit, que la République a notamment comme fondement la réalité scientifique, et vis-à-vis de l'Histoire la même approche. (…)

Je voudrais enfin saluer de nombreux partenaires, dont les représentants sont presque tous présents dans la salle, avec qui nous faisons tant de choses : la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, le Mémorial de la Shoah, le Camp des Milles à Aix-en-Provence, le Mémorial des Enfants Juifs exterminés d'Izieu, le camp de Natzweiler-Struthof et bien d'autres… Chaque année, nous consacrons 500 000 € au soutien de ces partenaires et au-delà du soutien financier, c'est la mise en activité de l'ensemble de notre Maison, la participation de tant de femmes et d'hommes de l'éducation nationale qui est constitue le soutien essentiel.

évidemment, il nous reste beaucoup à faire dans un contexte où l'antisémitisme parfois progresse, dans un environnement géopolitique où cet antisémitisme qui s'incarne dans des pouvoirs politiques, révèle un antihumanisme (…) L'antisémitisme doit être combattu de bien des façons, par la mémoire, par la connaissance de l'Histoire, les valeurs de la République ; la République : outil, référence, qui en naissant en France, en grandissant dés l'école primaire, nous permet de vivre comme des citoyens égaux, d'éviter les discriminations, à travers la Liberté, l'égalité, la Fraternité, la laïcité : cadre précieux, construit par les Hommes et l'Histoire. Il est décisif que nous soyons conscients, à ce titre, des devoirs que cela nous confère pour la conserver, la rendre toujours plus forte et plus belle !

Chers élèves, en célébrant les enjeux qui sont derrière ce Prix, en montrant votre dynamisme pour qu'il y ait transmission de la mémoire et histoire de la Shoah, c'est donc un devoir républicain, loin d’être formel mais vivace, dont vos travaux primés rendent compte. »


source https://www.noepourlajeunesse.org, le 1er mars 2022