Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à BFMTV le 26 janvier 2022, sur l'appel à la grève nationale, l'allègement du protocole sanitaire et la situation de l'enseignement en France.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions ce matin sur BFM TV et RMC. Vous êtes bien sûr le ministre de l'Education. Beaucoup de questions à voir avec vous ce matin, mais d'abord, une très urgente, puisqu'il y a encore un appel à la grève demain, est-ce que vous redoutez qu'elle soit très suivie, à quoi est-ce qu'il faut s'attendre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, il ne faut jamais faire de prévisions en la matière, on verra bien, simplement, ce que je veux dire sur un tel sujet, c'est qu'on est en posture d'ouverture du dialogue social très fortement, tout particulièrement dans la période actuelle, où on a vu d'ailleurs sur les questions de gestion de la crise sanitaire, pour lesquelles on a pu justement, par le dialogue, avec les organisations syndicales, avancer, arriver à de nouveaux éléments intéressants, comme par exemple, en ce moment, l'arrivée des masques chirurgicaux et FFP2.

APOLLINE DE MALHERBE
Où en est où ? Est-ce que ça y est…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça y est, c'est justement en train d'arriver, une bonne partie, 90 % des masques FFP2 sont sur le terrain, actuellement, donc c'était 5 millions de masques…

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qui bloque pour les dix autres pourcent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est en train d'arriver, tout simplement, c'est logistique, et pour l'instant, c'est surtout vers l'école primaire, parce que c'est là que le besoin était le plus fort, les masques chirurgicaux arrivent aussi, et donc c'est un exemple de ces choses qui s'améliorent. Je sais que les revendications demain sont au-delà de l'Education nationale, elles sont…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a un appel à la grève nationale, mais c'est parti de l'Education nationale, c'est clairement parti de l'Education nationale.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça, oui, je ne sais pas, mais ce que je sais, c'est que, aujourd'hui, l'ouverture du gouvernement au dialogue social, que ce soit au travers du ministère du Travail ou des autres ministères, elle est – ou du ministère de la Fonction publique – est…

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites aujourd'hui, quand vous dites : tout particulièrement dans la période actuelle, est-ce que c'est aussi quand même parce qu'on est juste avant les élections ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est parce qu'on est dans une période où l'unité nationale est fondamentale, et c'est une période où justement, il y a suffisamment d'acteurs qui cherchent les conflits, les fragmentations, pour que nous ne soyons pas, nous, le gouvernement et la majorité, en situation…, au contraire, de rassembler, parce que c'est notre rôle, on est au pouvoir, nous devons rassembler, et je crois que nous le faisons, parce qu'il y a du dialogue social, et c'est vrai aussi au ministère de l'Education nationale, y compris au plus près du terrain, parce qu'il faut être pragmatique dans la période actuelle. L'objectif d'écoles ouvertes, je crois que c'est un objectif qui est désormais assez admis par tous, c'est plutôt les modalités qui se discutent, et je suis toujours prêt à le faire.

APOLLINE DE MALHERBE
Les modalités, c'est ce fameux mot de protocole, alors, c'est vrai qu'il y en a eu beaucoup, c'est ça qui a quand même mis le feu aux poudres, clairement…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais c'est le corolaire inévitable…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous n'êtes pas tellement aidé, parce que, il faut dire que vous êtes un peu lâché quand même, y compris à un moment, c'est Jean CASTEX qui a repris la main, là, il y a eu, hier, cette déclaration de…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça, c'est votre interprétation…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas du tout le cas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas du tout, non, le travail collectif suppose de l'interministérialité, en l'occurrence, il fallait travailler Education, Santé, et d'ailleurs, d'autres ministères, et le Premier ministre est dans son rôle en faisant ce qu'il a fait, par exemple, vous le savez, le fameux passage à un autotest, c'est moi qui le lui avais suggéré, donc. Je sais que...

APOLLINE DE MALHERBE
Et pourquoi ce n'est pas vous qui l'avez annoncé alors ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, parce qu'il est normal que le Premier ministre annonce des choses qui relèvent de plusieurs ministères à la fois. Donc je sais qu'il y a des interprétations journalistiques de ce genre, mais ce n'est pas vrai, ce n'est pas la réalité.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce protocole sanitaire, d'abord, je le disais, Jean-François DELFRAISSY hier dit : il y a eu beaucoup de changements de protocoles sanitaires à l'école pour faire face au Covid, à un moment donné, il faut arrêter de changer parce que les familles sont totalement perdues. Et c'est ce que je disais, c'est que vous n'êtes pas tellement aidé, mais fondamentalement, j'ai envie de vous demander, est-ce qu'il va encore changer justement et quand ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, le fait qu'il change fréquemment, c'est le corollaire inévitable du sens de l'adaptation que nous devons avoir, c'est pénible pour tout le monde, je suis le premier à en convenir, mais chacun doit comprendre que c'est comme ça qu'on a réussi par exemple tout au long de l'année 2020-21 à avoir l'école ouverte, ce qui est quand même fondamental. L'Unesco a sorti hier des chiffres qui montrent qu'on est dans le groupe de 10 % des pays qui ont le plus ouvert l'école, et en même temps, l'Unesco a dit à quel point c'était un des dégâts monstrueux pour les pays qui ont trop fermé, et donc on doit être fier aujourd'hui d'avoir réalisé ça, et bien sûr qu'il y a des inconvénients au quotidien, bien sûr que c'est imparfait, tout le monde peut l'admettre, mais n'oublions jamais les raisons pour lesquelles on fait les choses. Par ailleurs, quand on dit qu'il change souvent, souvent, la base souvent reste la même, même dans la situation actuelle, le premier test, c'est quelque chose que nous avons établi dès la fin du mois de novembre, et on a rajouté finalement maintenant deux autotests, et désormais, c'est trois autotests, c'est ça les vrais changements qui ont eu lieu. Aujourd'hui, on sait déjà que jusqu'aux vacances de février, il ne devrait pas y avoir de grands changements…

APOLLINE DE MALHERBE
Au sortir des vacances de février, vous l'allégerez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'espère, oui, c'est l'objectif, mais…

APOLLINE DE MALHERBE
Et c'est quand la fin des vacances de février, puisqu'en fait, il y a trois zones…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, ça dépend des zones, vous le savez…

APOLLINE DE MALHERBE
Alors…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, justement, là encore, pragmatisme, c'est-à-dire, les zones, elles peuvent aussi correspondre à des contaminations différentes, donc on est obligé de parler non pas au futur simple, mais au conditionnel, et donc…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est le prof qui parle…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais, et aussi le pragmatique, si vous voulez, et donc là, évidemment que nous espérons tous alléger le protocole, comme vous le savez, j'ai toujours été très enclin à faire peser le moins de contraintes possibles sur les enfants, puisque les enfants doivent être notre priorité, et c'est donc ce que l'on va faire, mais avec réalisme en fonction de la situation sanitaire…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, vous nous confirmez quand même que ce que vous espérez, c'est de pouvoir alléger le protocole au sortir des vacances de février, et vous tiendrez compte des zones, à la fois des zones, parce que, tout simplement, les vacances, elles sont par zone, mais aussi des zones géographiques par rapport aux taux d'incidence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça pourrait être le cas, puisque, là, en l'occurrence, il y a des zones de vacances, donc il faut regarder ce qui se passe zone par zone, mais j'espère aussi qu'on pourra avoir…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça va être simple…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais c'est pour ça, j'espère qu'on aura des mesures nationales, mais encore une fois, je suis obligé d'être humble par rapport à la réalité sanitaire de demain.

APOLLINE DE MALHERBE
A l'instant où on se parle, combien de classes fermées, est-ce que vous en avez une idée, et combien de professeurs absents surtout ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous avez environ 4 % des classes qui sont fermées à l'école primaire, donc c'est évidemment un chiffre assez important, mais enfin, ça signifie 96 % des classes ouvertes, j'entendais sur votre antenne certains intervenir pour dire que certaines classes sont ouvertes mais avec beaucoup d'élèves, d'enfants absents, ça arrive, en effet, donc vous avez une réalité très hétérogène, n'oublions pas que grâce à ce que nous faisons, tous les jours, il y a des enfants qui vont à l'école à peu près normalement, et que c'est fondamental. J'étais, vous voyez, lundi, j'étais à Tourcoing, dans un REP+, dans un quartier assez défavorisé, eh bien, quand on voit à la fois les difficultés rencontrées mais aussi le fait qu'on a des élèves qui, que ce soit à l'école primaire, au collège ou au lycée, tout simplement, traversent la période d'une manière à peu près normale, malgré toutes les difficultés, quand on compare à ce qui se passe dans d'autres pays, on se dit : bon sang, collectivement, on a réussi quelque chose d'exceptionnel, on s'en rendra compte a posteriori, mais vous savez, cette histoire de Covid, c'est une catastrophe éducative mondiale, et j'alerte sur ce point, je le fais d'ailleurs à l'échelle européenne comme à l'échelle mondiale, avec les autres ministre de l'Education, puisque, ce qui se passe dans d'autres pays a été gravissime, en France, nous nous sommes épargnés cette catastrophe, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des inconvénients ou qu'il n'y aura pas des difficultés ou certains retards, mais infiniment moindres que ce que ça aurait pu être ou que ce que c'est dans d'autres pays…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a une question sur les épreuves, ce qu'on appelle les épreuves spécialisées du bac, parce qu'elles, elles sont prévues en mars, on ne les bouge pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, c'est le grand débat actuel, la concertation justement avec, à la fois, les organisations syndicales…

APOLLINE DE MALHERBE
Si j'ai bien compris quand même, les profs préféreraient qu'on les décale, et les élèves, eux, disent : attendez, ça suffit on les garde en mars.

JEAN-MICHEL BLANQUER
En résumé, c'est ça, mais c'est évidemment un peu plus compliqué, mais vous avez plutôt…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez privilégier les profs ou les élèves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, les élèves sont toujours ma boussole, par définition, mon rôle, c'est d'être le ministre des élèves, c'est ce que j'essaie d'être au quotidien, ce qui signifie être aussi le ministre des professeurs, le ministre des parents d'élèves, le ministre des Français, c'est ce que j'essaie de faire, donc évidemment que c'est l'intérêt des élèves, la boussole, mais les professeurs disent des choses évidemment qu'il faut entendre, eux aussi, ils cherchent l'intérêt des élèves. Et donc le la question maintenant, c'est d'arbitrer entre mars mai et juin.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez couper la poire en deux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, alors, non, ça nous mettrait en avril, je pense, dans ce cas-là…

APOLLINE DE MALHERBE
Eh bien, disons fin avril, si je calcule bien…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais non, ce n'est pas comme ça que ça se présente, vous savez, les avantages, les inconvénients, si on le dit vite : c'est mars, d'abord, c'est ce qui était prévu, donc c'est quand même toujours mieux de faire ce qui est prévu, et puis, ensuite, mars, ça permet aux élèves d'avoir dans leurs deux points forts, c'est-à-dire les deux enseignements de spécialité qu'ils ont choisis, une note à ce moment de l'année, et cette note va donc ensuite compter dans Parcoursup, ça fait partie des sujets de revalorisation du baccalauréat, et les élèves le savent, parce que ça veut dire que là où ils ont beaucoup préparé, beaucoup travaillé, ils peuvent avoir des notes qui vont compter pour la suite. Et donc ça valorise le diplôme aussi. Ils ont envie aussi, les élèves…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ce que j'entends, c'est que c'est mars, on garde mars…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, non, non, parce que ceux qui disent mai ou juin ont aussi des arguments forts, ils disent : la crise sanitaire a créé des retards chez les élèves, il est bon de leur laisser du temps, c'est surtout cet argument-là, et il faut savoir entendre cela, peut-être faudra-t-il faire aussi des aménagements autour de l'épreuve telle qu'elle sera, mais mon objectif, c'est la qualité, autrement dit, une certaine forme d'exigence, et nous l'avons déjà avec des programmes qui sont assez approfondis, parfois, on me le reproche, mais ils sont approfondis parce que c'est justement des domaines de passion des élèves, ils ont choisi ces enseignements, ils les ont donc approfondis, donc il faut que ce soit de qualité, mais il faut aussi que tout cela soit fait pour que les élèves réussissent ensuite, après avoir eu le baccalauréat…

APOLLINE DE MALHERBE
Et ils sont où les profs, ils sont où les profs remplaçants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous en recrutons, nous en avons recruté et nous continuons à en recruter, j'ai d'ailleurs annoncé, vous vous en souvenez, il y a deux semaines encore, une nouvelle phase de recrutements de contractuels…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais alors ça, moi, je veux bien que vous ayez envie de les recruter, ça, je ne remets pas ça en doute, vous, le Premier ministre, vous dites tous : on recrute, on recrute, sauf que dans les écoles, il y a encore beaucoup, beaucoup de manquements, ça ne se trouve pas d'un claquement de doigts ou sous le sabot d'un cheval…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, écoutez, c'est toujours pareil, on peut pointer tel ou tel manque à tel ou tel endroit, c'est vrai, mais globalement, on est en train de traverser un mois de janvier compliqué, au dernier degré, enfin, nous sommes en crise, ne l'oublions pas, ne faisons pas comme si on était en temps normal, nous sommes en temps extraordinaire, et au début du mois de janvier, la grande inquiétude, c'était l'implosion du système par le manque de remplaçants justement, nous en avons recruté, le nombre d'absents, il se situe autour de 10 % en moyenne, et nous avons justement une capacité de remplacement qui est autour de 10 %, donc nous réussissons globalement, grosso modo, nous réussissons à faire le remplacement, et nous le faisons, d'abord parce qu'on a, et là aussi, c'était une demande des organisations syndicales, ouvert toutes les listes, ce qu'on appelle les listes complémentaires dans le 1er degré, autrement dit, recruté des titulaires, et puis, nous avons aussi recruté des remplaçants, j'avais lancé un appel, vous vous en souvenez, donc ça a lieu en ce moment même, c'est plus de 3.000 remplaçants qui ont été recrutés, et nous continuons, nous continuons à le faire, et c'est ainsi que nous aurons traversé cette crise, je reste très confiant sur notre capacité d'ici aux vacances de février à bien tenir les choses, et puis, ensuite, souhaitons-le, une confirmation du fait qu'on sera en situation beaucoup plus favorable sur le plan sanitaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Michel BLANQUER, le tableau, il est quand même très sombre, quand on interroge les Français, il y a un sondage qui a été commandé par le Sénat qui dit que 53 % des Français jugent que l'école, elle fonctionne très mal, et ça monte à 77 % chez les enseignants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
La période actuelle est une période où par définition elle fonctionne moins bien qu'en temps ordinaire, on est bien obligé de l'admettre, et c'est évidemment bien dommage, maintenant, quand je regarde de façon plus structurelle, quand on lève le nez du guidon, on voit beaucoup de choses qui progressent, le niveau des élèves à l'école primaire progresse, nous serons sans doute un des rares pays à avoir traversé la crise Covid avec les savoirs fondamentaux, c'est-à-dire français et mathématiques, qui se seront améliorés chez nos élèves de l'école élémentaire…

APOLLINE DE MALHERBE
Moi, j'aimerais bien qu'on s'arrête un instant sur les mathématiques, parce qu'il y a cette question de savoir si les filles et les garçons prennent autant les mathématiques comme spécialité, et certains chiffres démontrent que depuis votre réforme du lycée, le nombre de filles qui choisissent la spécialité maths en terminale aurait tout simplement, mais, fondu comme neige au soleil par rapport au système précédent, où il y avait une filière S à proprement parler.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les chiffres qui sortent ne sont pas exacts et mélangent, si vous me permettez, des choux et des carottes…

APOLLINE DE MALHERBE
Quelle est la réalité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La réalité, c'est qu'on est en train de renforcer les mathématiques, la réalité, d'abord, c'est que les mathématiques sont rentrés dans un déclin pour la population générale, disons, en moyenne, parce que, sinon, il y a toujours une élite mathématique dans notre pays, mais en population générale, ça fait 30 ans qu'il y a une baisse du niveau de mathématiques, je suis le premier à le dire et à l'admettre. Depuis 4 ans, nous avons une stratégie de rebond, et c'est au moment où ce rebond commence que ce genre de débat commence à naître, et je le déplore, parce que nous avons d'abord une stratégie pour l'école primaire, il y a un plan mathématique qui est entré en vigueur après le rapport Villani-Torossian, et ce rapport nous permet aujourd'hui de former les professeurs des écoles, et vous pouvez faire beaucoup de reportages là-dessus, ce serait très intéressant, d'une manière très rigoureuse pour que nos élèves augmentent leur niveau. Et ce niveau…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais sur le lycée, Jean-Michel BLANQUER…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous mesurons, oui, j'y viens…

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous pose vraiment la question, est-ce qu'aujourd'hui, j'imagine que vous avez les chiffres…

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'y viens, j'y viens…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il y a autant de filles que de garçons qui prennent la spécialité maths ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, j'y viens, j'y viens, mais c'est important de le dire déjà pour l'école primaire, parce que c'est absolument fondamental ce qui se joue, et encore une fois, ce que je viens de dire est mesuré, il y a des évaluations, donc ce n'est pas des paroles en l'air, chacun peut le vérifier, et tout au long des jours qui viennent, d'ailleurs, je sortirai les chiffres que chacun pourra discuter…

APOLLINE DE MALHERBE
Très bien…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et puis, sur le lycée, les gens qui disent ce que vous venez de dire, en fait, comparent la série S avec – d'autrefois – avec ceux qui choisissent l'enseignement de spécialité aujourd'hui. Or, pardon…

APOLLINE DE MALHERBE
Prenez votre temps…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Dans la série S, vous avez, dans l'ex série S, vous aviez beaucoup de gens par exemple qui faisaient médecine ensuite. Quand vous voulez faire médecine aujourd'hui, très souvent, ce que vous faites, c'est que vous faites physique et sciences de la vie et de la terre, et puis, vous rajoutez ce qu'on appelle maths complémentaires, c'est-à-dire 3h, et donc quand vous faites maths complémentaires…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça ne rentre pas dans les chiffres…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça ne rentre pas dans les chiffres d'enseignement de spécialité. Donc, et ce que nous voyons aujourd'hui, il y a un rapport que je publie aujourd'hui, c'est que les premières orientations dans l'enseignement supérieur montre que ceux qui ont choisi les enseignements de spécialité, maths, physique, SVT, font, dans un pourcentage beaucoup plus grand que précédemment, des études scientifiques, autrement dit, l'orientation vers les études scientifiques est en train de s'accentuer actuellement, alors qu'autrefois, vous faisiez la série S, mais après, vous ne faisiez pas forcément des études scientifiques, et c'était vrai, souvent des filles d'ailleurs. Donc il faut rentrer dans les détails, et je le ferai très volontiers tout au long des prochains jours, parce que c'est un peu dommage, enfin, c'est important d'avoir des débats, donc tant mieux, mais c'est dommage parfois d'aller un peu vite sur ces questions, d'affirmer de façon péremptoire des choses, et donc finalement, de se de se tromper dans le diagnostic qui, ensuite, ne permet pas d'aller vers un bon pronostic.

APOLLINE DE MALHERBE
Eh bien, tout le monde pourra aller vérifier les chiffres que vous publierez. Je voudrais vous interroger sur ce reportage qui a fait grand bruit à Roubaix, c'était sur M6 dimanche soir dans l'émission « Zone interdite. » Contrôle dans une école hors contrat, de confession musulmane, où les journalistes suivaient ceux qui faisaient les contrôles et qui pontaient une série de défaillances, y compris du côté de l'URSSAF ou de l'hygiène, mais aussi du côté de l'éducation avec des fillettes voilées, des enseignements de l'arabe avec pour seul livre le Coran, est-ce qu'au moment où on se parle Jean-Michel BLANQUER, l'école que l'on a vue dans ce documentaire est fermée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, plusieurs choses là-dessus. Premièrement, vous vous souvenez sans doute qu'il y a 2 ans j'avais parlé de Roubaix, ça avait fait une petite polémique à l'époque, parce qu'on m'avait demandé des exemples d'endroits où il fallait changer les choses…

APOLLINE DE MALHERBE
J'ai tout à fait retrouvé précisément, c'était le 19 février 2020, vous parliez de quartiers en séparatisme et vous évoquiez spontanément Roubaix, Maubeuge ou Garges-Lès-Gonesse, mais précisément…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Justement, c'est pour répondre à votre question, donc depuis… ce n'est pas juste pointer les problèmes, mais déjà je le fais, et je le fais un peu en avance, on le voit là, non seulement à l'époque je le dis, mais nous avons agi, en lien d'ailleurs avec les autorités locales, il ne s'agit pas d'opposer les uns aux autres dans ces choses-là, il s'agit d'agir ensemble, et j'en parlais avec Gérald DARMANIN encore il y a deux jours puisque nous étions ensemble à Tourcoing juste à côté.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce qu'elle est fermée cette école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, elle est en voie d'être fermée, mais ce que vous voyez…

APOLLINE DE MALHERBE
Ah mais voyez, en voie d'être fermée, ça veut dire quoi en voie d'être fermée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais parce qu'il y a des règles de droit à respecter, Apolline de MALHERBE, vous ne faites pas ça…

APOLLINE DE MALHERBE
Justement, elles pourraient être respectées de l'autre côté.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, ce que vous voyez dans ce reportage, ça ne tombe pas de nulle part, pourquoi est-ce que les journalistes ont pu voir ce qu'ils ont vu, c'est parce qu'aussi bien à Marseille, qu'à Roubaix, l'Education nationale était en train d'agir sur ces questions…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais au moment où on se parle, des enfants sont scolarisés dans cette école.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, au moment où nous nous parlons il y a des injonctions faites à ces familles de les scolariser dans de vraies écoles de la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'au moment où on se parle, là…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Au moment nous sommes dans le suivi de cela.

APOLLINE DE MALHERBE
Il est 8h48, si on se rendait dans cette rue, est-ce qu'on verrait des enfants qui rentrent dans cette école, des parents qui les accompagnent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne pense pas, je pense que les injonctions ont eu lieu, je n'ai pas été vérifié ce point, c'est hier ou avant-hier. Vous savez, je n'agis pas en fonction des reportages télé, j'agis sur des choses importantes…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais le reportage ne faisait que montrer le contrôle, donc le contrôle a eu lieu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien oui !

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que les conséquences y sont ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien oui, les conséquences sont en train…dans le respect des règles de droit, c'est évident

APOLLINE DE MALHERBE
Pardon d'insister, mais vous parlez d'injonctions, très bien, si on regardait, il y a quand même aussi dans ce reportage des mosquées qui ont été officiellement fermées, et quand on regarde on voit qu'elles ne sont pas fermées, fermées, en fait, donc j'imagine que pour les écoles c'est un peu pareil.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pour les écoles, nous avons par exemple fermé 12 écoles hors contrat au cours des deux dernières années, ce qui ne se passait jamais auparavant. vous savez, c'est comme le sujet précédent, c'est-à-dire on arrive sur des situations qui sont dures, et je suis le premier à le reconnaître, qui sont dures parce qu'il y a des décennies de laisser-aller sur des sujets où il n'aurait pas dû y avoir ce laisser-aller, et nous, ce gouvernement, au moment où nous sommes en train d'agir, évidemment pas de manière définitive, pas d'une manière qui ne laisse pas apparaître certains choses qui restent à faire, je suis bien d'accord avec vous, mais au moment où nous le faisons, c'est alors qu'arrive la plus de critiques pour expliquer que ce n'est pas assez, c'est tout le contraire. Nous sommes sur un chemin, pensez au discours du président de la République aux Mureaux, à tout ce qui a suivi depuis, avec notamment la loi confortant les principes de la République, aux lois que j'ai moi-même poussées, comme ce qu'on appelle la loi Gatel, la loi pour l'école de la confiance, d'autres mesures législatives, qui nous permettent désormais d'empêcher les ouvertures d'écoles de ce type, de fermer des écoles de ce type. Quand je suis arrivé dans mes fonctions en 2017, il n'y avait aucune base juridique pour faire des choses comme ça, depuis nous nous les sommes données, depuis nous agissons, et même ce que vous avez vu dans le reportage, c'est la suite, c'est la suite logique de ce que nous avons fait, et nous sommes en train d'agir, et au moment où nous agissons, c'est vrai, il y a toujours des gens pour trouver que l'on pourrait mieux faire, ou ce n'est pas fait, etc., d'accord, c'est le lot de notre action quotidienne, mais que chacun regarde, que chaque Français voit que nous sommes arrivés devant des situations compliquées, et nous avons commencé à les résoudre, et il faut évidemment approfondir désormais.

APOLLINE DE MALHERBE
Je voudrais vous poser une question sur l'actualité de ce matin, c'est la Une du journal « Le Parisien », la question des actes antisémites, en particulier à l'école, 18 % des parents sondés par cette vaste enquête révèlent que leur enfant a été agressé à l'école parce que juif.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est évidemment une réalité dramatique, vous le savez, nous la combattons, et nous la combattons en ne pratiquant pas la politique de l'autruche, là aussi trop souvent dans le passé des faits comme ceux-là, qui ont été souvent des faits graves…

APOLLINE DE MALHERBE
L'école premier lieu des insultes.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pardon ?

APOLLINE DE MALHERBE
L'école est considérée comme le premier lieu des insultes, c'est ce que dit cette enquête.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, évidemment on sait qu'entre les enfants parfois les choses sont, dans la cour de récréation, un lieu où cela se développe particulièrement, mais au-delà de ça, bien sûr qu'on doit lutter contre l'antisémitisme, contre le racisme, et de façon générale contre tout ce qui fragmente l'école, et bien sûr qu'il y a eu de l'intimidation qui a fait que, dans les décennies passées, malheureusement, des enfants juifs ont dû quitter les écoles publiques, et c'est lamentable. Alors, nous travaillons là-dessus, notamment par une culture du signalement désormais, dès qu'il y a des choses comme ça nous les traitons directement, vous savez il y a ce qu'on appelle les équipes « valeurs de la République », qui viennent dans les établissements, on convoque les familles, quand les choses sont même assez graves il y a évidemment même des poursuites, et donc on est évidemment en situation de réaction par rapport à cela et nous ne laissons passer rien dès lors que c'est signalé.

APOLLINE DE MALHERBE
Et sinon ça va Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ça va bien, je vous remercie.

APOLLINE DE MALHERBE
Si je vous pose la question évidemment, elle ne sort pas de nulle part, parce que cette rentrée elle est quand même compliquée pour vous. Vous avez beaucoup, beaucoup concentré les critiques…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais écoutez, il y a le quotidien et puis il y a l'intérêt général dans la durée si vous voulez, je crois qu'il est assez normal, surtout en période de crise grave, et nous sommes dans une période de crise grave sur le plan sanitaire, il est assez normal de passer par des moments accidentés, j'en ai eu plusieurs depuis 4,5 ans, vous savez je pourrais les citer, mais ça c'est a posteriori qu'on considéra ça. Moi je vis ma vie avec quelques grands principes…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez pas songé à partir, y compris peut-être pour ne pas encombrer le Premier ministre ou le président ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mes sujets, vous savez, ne sont pas d'abord politiques, c'est d'abord le service des enfants. Pourquoi est-ce que je suis si passionné dans cette fonction ? C'est parce que pour moi c'est la fonction la plus belle, c'est-à-dire servir les enfants, et en ce moment on doit servir les enfants de France pour traverser cette crise comme il convient…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous êtes là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et donc je suis là, et puis tant pis si je prends des coups, c'est après tout aussi mon rôle d'en prendre. A certains moments je suis un peu l'exutoire de certaines choses, je le sais bien, mais au fond, pendant 5 ans j'aurais été au service des enfants et ça me suffit.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Michel BLANQUER, merci d'avoir répondu à mes questions ce matin, ministre de l'Education.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 janvier 2022