Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à Sud Radio le 4 février 2022, sur le bilan du quinquennat dans l'éducation, des classes dédoublées à la réforme du Bac, la place des maths et la gestion du Covid dans les établissements scolaires.

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

PATRICK ROGER
Où en est-on à l'école face au Covid ? Les masques vont-ils tomber après les vacances ? L'école et la laïcité, bilan du quinquennat dans l'éducation, des classes dédoublées à la réforme du Bac, la place des maths. Autant de questions que nous allons essayer d'aborder. Alors, sur les vacances, elles commencent ce soir pour la Zone B, quel est le bilan, avant cela, justement, de la gestion Covid dans les établissements scolaires ? Classes fermées et cas de Covid.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On a aujourd'hui exactement 16 836 classes fermées, donc c'est en légère baisse quand même, on a connu des niveaux au-dessus de 20 000. Et s'agissant des élèves, on en est à 410 000 sur 7 jours cumulés. Là aussi ça reste un chiffre important, mais on a déjà été à plus de 500 000, donc on voit bien qu'on était sur un plateau pendant environ deux ou trois semaines, en janvier, et que maintenant il y a une petite tendance baissière, un peu comme on s'y attendait, mais évidemment ça reste élevé, mais la tendance est plutôt dans le bon sens.

PATRICK ROGER
Il y a des zones, plus particulièrement, où encore il doit y avoir de la vigilance, par exemple dans le Sud-ouest ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais on voit quand même un mouvement qui va plutôt d'Ouest en Est, donc aujourd'hui c'est plutôt dans les… Alors, il y a le Sud-ouest, en effet, mais il y a aussi par exemple le Grand-est qui est un peu plus contaminé que l'Ile-de-France. L'Ile-de-France était beaucoup plus contaminée il y a deux semaines. Donc cette tendance à la baisse est quand même observable dans la plupart des régions de France.

PATRICK ROGER
Oui, une amélioration. Et du côté du personnel, globalement, en fait de l'éducation, que ce soit les enseignants mais aussi tous les personnels pour les cantines, etc., alors ce n'est pas toujours du ressort de l'Education nationale, quand il s'agit des écoles, mais tout de même, où on est on là aussi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On recense tous les adultes aussi bien sûr, donc hier c'était 26 798, pour être précis, donc ça fait 2,23 % des personnels, mais en 24 heures c'était 3 300, voyez, donc ça aussi c'est une tendance à la baisse, à l'image de ce qui se passe en population générale. Donc ça nous met dans une forme de confiance sur le fait que dans les jours et semaines qui viennent, il devrait y avoir une normalisation.

PATRICK ROGER
Normalisation, c'est quoi ? C'est un allègement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Normalisation, c'est moins de classes fermées déjà, puisqu'aujourd'hui, quand je vous parle de classes fermées, c'est pour l'essentiel l'école primaire, vous le savez bien, puisque dans l'enseignement secondaire, malgré tout on traverse cette nouvelle vague avec peu de classes fermées, des élèves qui peuvent être absents, des professeurs qui peuvent être absents, mais peu de classes fermées. Alors que dans l'enseignement primaire, là on évidemment plus de classes fermées. Cette perspective de baisse, elle nous conduit à penser maintenant à des allégements après les vacances de février, dans la lignée de ce qu'on avait déjà dit à la mi-janvier, c'est-à-dire qu'on sait que l'horizon de baisse possible des contraintes, était après les vacances de février. Et c'est donc ce que nous allons accomplir.

PATRICK ROGER
Bon, et vous pouvez promettre ce matin au micro de Sud Radio que vous n'allez pas envoyer le protocole le dimanche soir à 18h00, la veille.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, alors, on pourrait revenir longuement sur ce genre de choses, mais ce qui est certain, c'est que mardi prochain, nous réunissons à la fois les organisations syndicales et puis les autorités de santé, selon d'ailleurs une méthode maintenant bimensuelle pour faire le point, et c'est peu de temps après que je pourrais dire exactement la nature des allégements qui seront éventuellement possibles au retour des vacances de février.

PATRICK ROGER
Qu'est ce qui est envisageable pour l'instant ? Par exemple sur le masque, pourquoi il est encore obligatoire dans la cour de récré, alors qu'il ne l'est plus dans les rues ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les interactions entre les enfants dans la cour de récréation ne sont pas exactement les mêmes que lorsqu'on marche dans la rue. Il faut bien le comprendre. Par ailleurs, les enfants d'écoles primaires, pour la plupart ne sont pas vaccinés, donc ça fait une différence avec ce qui se passe en population générale. Maintenant, il est évident que nous désirons tous, et moi le premier que les enfants puissent ne plus porter le masque à l'extérieur, ça fait partie des choses que nous discutons avec les autorités sanitaires, et que nous aurons vocation à consacrer, si c'est le cas, en début de semaine prochaine.

PATRICK ROGER
Et au retour des vacances de février dans les classes. Là aussi il y a interrogation, est-ce qu'il y aura toujours le port du masque obligatoire pour les élèves et pour les enseignants ? Ou est-ce que certains pourront l'enlever, peut-être les enseignants par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça c'est déjà 2e allègement plus important. On n'en est pas là au moment où je vous parle. Là aussi c'est éminemment désirable et j'espère bien que nous serons capables de faire ça avant la fin de l'année scolaire. Est-ce qu'on sera en mesure de le faire dès le retour des vacances de février, je n'en suis vraiment pas sûr, mais ça fait partie des choses qu'on regarde, bien sûr.

PATRICK ROGER
Quelle est la demande des enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est hétérogène. Vous savez, vous avez à la fois ceux qui considèrent que porter le masque vraiment devient pénible après tant de mois, et que ça a des inconvénients pédagogiques indiscutables, puisqu'on ne voit pas, chez les petits, au CP ou auCE1 c'est vraiment gênant de ne pas avoir les paroles du maître ou de la maîtresse. Inversement, il y a ceux qui considèrent que ce n'est pas pour rien qu'on le fait, et qu'il faut se protéger, et que si on allait trop vite dans le fait de l'enlever ça poserait un problème. Les deux arguments sont évidemment tout à fait à entendre. Simplement doit se référer à des points de repère de santé, et c'est sur cette base-là, comme d'habitude d'ailleurs, qu'on prendra les mesures.

PATRICK ROGER
Bon, et concernant les épreuves du Bac, vous avez décidé de décaler, vous avez écouté des enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, on a écouté les enseignants, les élèves, les parents d'élèves. Là aussi tout le monde ne pensait pas la même chose, c'est normal…

PATRICK ROGER
Eh bien non !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous sommes une communauté d'au moins 13 millions de personnes, si on additionne les élèves et les professeurs, ça fait même plus que ça, ça fait 14 millions, et puis il vous additionnez les parents d'élèves, en gros vous avez toute la France qui est concernée. Donc on ne peut pas imaginer que tout le monde est d'accord sur tout, tout le temps, et d'ailleurs ça se saurait si les sujets éducatifs étaient faciles. Simplement, là on a pris une mesure qui je crois a été dans l'ensemble plutôt comprise, puisque. Vous savez dans le cadre du nouveau baccalauréat il y a deux enseignements de spécialités qui normalement se passent au mois de mars, là les conditions de préparation n'ont pas été optimales à cause du pic de crise qu'on a eu, on peut penser que d'ici à mai en revanche ça va beaucoup plus se normaliser, et donc c'était une mesure je dirais de sagesse, même si évidemment ce qu'il faut souhaiter maintenant, c'est qu'en 2022, en 2023 pardon, en mars 2023, les examens se passent à la date prévue.

PATRICK ROGER
Oui, bon eh bien ça on n'y est pas encore évidemment. Votre réforme du Bac justement, il y a de l'inquiétude autour des maths, parce que depuis 2019 les maths sont enseignés au sous forme de spécialité, ne sont plus obligatoires en 1ère. 45 % de filles ne suivent plus en fait ces cours, contre 17 % auparavant, et donc il y a beaucoup d'enseignants qui disent : ce n'est pas possible, en fait.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, c'est faux, j'ai énormément de chiffres qui sont sortis…

PATRICK ROGER
Ah bon ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce qu'on compare des choses qui ne sont pas comparables.

PATRICK ROGER
D'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut un petit peu de temps pour expliquer, mais auparavant vous aviez la terminale S, enfin, vous aviez la 1ère S et la terminale S, c'était comme un couloir, et vous aviez d'ailleurs beaucoup d'élèves, il y avait à peu près de 50 % des élèves en voie général, un peu plus, qui suivaient cela, et comme vous le savez, une bonne partie d'entre eux, après, ne faisaient pas des études scientifiques. Le système que nous avons retenu, c'est un système qui est beaucoup basé sur le choix des élèves, la liberté de choisir, et lorsqu'ils choisissent, notre autre postulat c'est de dire : puisqu'ils choisissent, ils approfondissent davantage. On a donc des programmes, et je l'assume, qui sont devenus plus exigeants. Et par ailleurs nous sommes en situation de pouvoir, en seconde, avoir de véritables discussions avec les élèves et les parents d'élèves, pour mieux pousser les élèves, et en particulier les filles, vers les vers les filières scientifiques, de sorte qu'aujourd'hui, et ça s'est vu dès cette rentrée dans l'enseignement supérieur, vous avez beaucoup plus de filles qui ayant fait un enseignement scientifique, vont ensuite poursuivre leurs études scientifiques à l'université, et c'est ça le véritable but. Donc on doit distinguer deux sujets, si vous me permettez. Il y a un premier sujet qui est le niveau général de mathématiques de tous nos élèves, jusqu'à la classe de seconde. Et là, ce qui est très important, c'est que toute la population et les futurs adultes dans notre pays, maîtrisent bien les 4 opérations, maîtrisent bien les fractions, maîtrisent bien les probabilités etc. Bref tout ce qui est au programme et qui aujourd'hui reste fortement à consolider, puisque nous avons entamé une remontada en mathématiques, à l'école primaire, puisque nos évaluations permettent de voir que notre stratégie, le dédoublement des classes, les nouveaux programmes etc., de formation continue des professeurs, en particulier, portent leurs premiers fruits, mais c'est long, c'est lent forcément, mais en tout cas on remonte le niveau de mathématiques général. Et par ailleurs on est plus exigeant au lycée général en mathématiques et en sciences, mais en en donnant aussi plus de choix. Et aujourd'hui, ce n'est pas vrai de dire qu'il y a moins de filles qui font des maths…

PATRICK ROGER
Ah ben en 1ere si !

JEAN-MICHEL BLANQUER
… Je vous donne les chiffres. Non, vous aviez 49 000 élèves de terminale S qui avaient pris la spécialité maths en 2019/2020, donc avant la réforme. Il y en a 52 000 qui ont pris soit la spécialité maths, soit ce qu'on appelle Maths expert, c'est-à-dire 3 heures de plus en terminale. En clair, en terminale, autrefois…

PATRICK ROGER
Oui, en terminale, mais vous avez pu abandonner aussi en 1ère, en fait les maths, puisqu'il y a un choix à faire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais justement, donc le chiffre que je vous donne, c'est même en ayant épuré la matière que vous avez abandonnée en 1ère. Et il y a le même pourcentage de filles, entre l'enseignement de spécialité de maths, additionné à ce qu'on appelle maths complémentaires, qu'en terminale S précédemment. Donc il y a en ce moment une campagne pour essayer de faire croire que ça baisse en mathématiques, alors que ça a baissé pendant 30 ans, et que c'est la 1ère fois que ça remonte. Donc il y a quelques chose d'un petit peu surprenant, mais ce n'est pas le…

PATRICK ROGER
Vous maintenez que vous n'allez pas corriger le tir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, bien sûr.

PATRICK ROGER
Certains demandent de le corriger.

PATRICK ROGER
Ah si ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais bien sûr, mais ça ne veut pas dire… Dire ce que je viens de dire, ne veut pas dire que je ne suis pas à l'écoute, on peut toujours améliorer, rien n'est jamais parfait, donc bien sûr que nous sommes à l'écoute, et je pense qu'on prendra des mesures pour aller encore plus loin. Je ne demande que ça, puisque mon but c'est de notamment…

PATRICK ROGER
Donc vous allez réformer en fait cette réforme du Bac, un peu quoi, d'ici un mois ou deux mois.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais pas forcément dans le sens ce que qu'on… En tout cas je suis à l'écoute de toutes les propositions qui nous permettent d'améliorer les mathématiques. Je ne suis pas borné, par contre j'ai un cap. Le cap c'est la remontée du niveau des élèves en français et en mathématiques, en particulier. Ce cap il a donné des premiers fruits à l'école primaire, il est en train de donner certains fruits au collège et au lycée, et le premier fruit au lycée, c'est justement la remontée du niveau de maths et de sciences, des premiers élèves qui cette année sont entrés dans l'enseignement supérieur, alors même qu'ils ont traversé des moments pas faciles avec le Covid. Donc on réussit quelque chose d'assez fort en France aujourd'hui, et je l'affirme avec assez de force, c'est qu'ont réussi à monter le niveau, alors même que les circonstances sont difficiles. On en parlera dans 3 ou 4 ans, quand tant de pays ont dû fermer leurs écoles beaucoup plus que nous, et n'ont pas eu les mêmes stratégies pédagogiques, et à ce moment-là ce sera, je serai très heureux de faire le point.

PATRICK ROGER
Bon, eh bien en tout cas… vous serez encore ministre de l'Education ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais on pourra voir, en matière…

PATRICK ROGER
Ah non, c'est-à-dire que vous n'avez pas envie…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je n'en sais rien, enfin, peu importe que je le sois ou pas. La question c'est de savoir si nos stratégies sont forcément des stratégies de long terme.

PATRICK ROGER
Bon.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous ne faites pas pousser un arbre en un jour. Si ces stratégies de long terme produisent ce que nous avons souhaité, c'est-à-dire la remontée du niveau tout simplement, eh bien c'est des choses qui vont se voir dans la décennie 2020. Et elles se verront aussi en maths et en sciences, du fait, ne serait-ce que…

PATRICK ROGER
Ce que je retiens, Jean-Michel BLANQUER, de ce que vous venez de dire, c'est qu'il y a des aménagements quand même, possibles. Vous n'êtes pas borné, c'est ce que vous dites en fait aux enseignants…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Toutes les idées qui permettent de monter le niveau de nos élèves, sont à entendre. Et c'est particulièrement…

PATRICK ROGER
Bon, et j'ai l'impression que vous n'avez plus envie d'être ministre de l'Education après les élections, mais ça c'est autre chose.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non, je n'ai pas dit ça.

PATRICK ROGER
Ah ben vous avez dit non, ça vous a échappé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne préempte pas le vote des gens. C'est tout.

PATRICK ROGER
L'une des crises actuellement aussi, c'est le recrutement. Quand on parle avec beaucoup de proviseurs etc., c'est la difficulté de recruter. Alors, non seulement parce qu'il y a le contexte actuel en fait du Covid, mais on n'arrive plus à trouver de profs, parce que ça ne les attire plus, les salaires, parfois la violence, la difficulté de se faire respecter en classe. Il faudrait revaloriser financièrement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr. Je l'ai dit depuis 2017, très fortement.

PATRICK ROGER
Mais vous ne l'avez pas fait.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, on l'a fait. Pas suffisamment, mais on l'a fait. On l'a fait parce que cela aussi c'est des choses qui se passent dans la durée, donc on a, on est quand même le quinquennat sous lequel le budget de l'Education nationale a augmenté le plus, et ça c'est traduit dans des salaires. On a eu des priorités, notamment les plus jeunes, donc il y a eu vraiment des augmentations significatives, et puis des priorités ciblées, des primes par exemple pour les directeurs et directrices d'école, pour les réseaux d'éducation prioritaire renforcés. On a travaillé sur les urgences en quelque sorte, mais ce qui est certain c'est que sur le prochain quinquennat, ce qui est éminemment souhaitable c'est que cette de l'ascension continue, pour la revalorisation salariale des professeurs. Mais ce n'est pas le seul sujet, le sujet c'est aussi le bien-être professionnels, c'est tout ce qui entoure la vie quotidienne des élèves.

PATRICK ROGER
Oui, mais quand vous voyez par exemple aujourd'hui des jeunes profs en région parisienne, qui sont obligés de se mettre en colocation ou à 2 ou 3, parce qu'ils n'arrivent pas, évidemment…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait. Absolument.

PATRICK ROGER
C'est une paupérisation quand même de ce métier d'enseignant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a eu une paupérisation sur 20 ou 30 ans, c'est tout à fait juste de le dire, et justement nous avons regardé en face cette question, quand on a fait le Grenelle de l'éducation, et j'ai pris 12 engagements en la matière. C'est par exemple…

PATRICK ROGER
Doubler les salaires, c'est complètement dingue ce que dit Anne HIDALGO ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas parce qu'on est conscient de ce sujet, qu'on doit verser dans la démagogie. Ce qu'elle a fait, et chacun le sait, et ceux qui le savent en premier, c'est les professeurs, ils sont rationnels. Mais par contre, c'est très important d'améliorer la situation des professeurs, matérielle et immatérielle. Prenez le cas du logement, parce qu'il n'y a pas que le salaire.

PATRICK ROGER
Bien sûr.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous avez tout à fait raison de donner l'exemple que vous avez donné pour les jeunes professeurs d'Ile-de-France, c'est pour que ce soit, parmi mes engagements, il y a aider au logement les jeunes professeurs dans les régions où les logements sont sous tension.

PATRICK ROGER
Allez, il nous reste 3 minutes Jean-Michel BLANQUER. On peut rester un petit peu plus longtemps, mais tout de même, après ce qui s'est passé en fait à Roubaix, où en est-on aujourd'hui, le reportage d'Ophélie MEUNIER de « Zone interdite », sur cette école. Est-ce qu'elle est ? C'est fermé, et est-ce qu'il en existe d'autres écoles de ce type aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Premièrement, plein et entier soutien à Ophélie MEUNIER, ça va de soi, et je lui ai dit personnellement dès le premier jour. Deuxièmement…ce reportage, où on voit d'ailleurs des choses, et à Roubaix, et à Marseille, dans les deux cas, si ce reportage a pu tourner ces choses-là c'est précisément parce que l'Education national avait entamé un travail qui n'avait jamais été fait auparavant, et que nous faisons maintenant région par région, qui est un repérage systématique de toutes ces structures qui peuvent être clandestines ou qui, n'étant pas clandestines, font des choses qu'elles ne doivent pas faire. Vous le savez, on a fait évoluer la loi, désormais on peut fermer une école hors contrat, le recteur peut le décider, sur un motif d'ordre public, tout ceci n'existait pas. Quand je suis arrivé, en 2017, c'était plus facile d'ouvrir une école que d'ouvrir un bar, depuis on a pris des mesures législatives, et nous pouvons empêcher des ouvertures d'écoles, je l'ai fait, à 23 reprises, et nous pouvons fermer des écoles, je l'ai fait déjà 12 reprises, et ça va continuer plus fort, et évidemment dans le cas de Roubaix c'est ce que nous faisons.

PATRICK ROGER
Là c'est fermé alors à Roubaix ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Dans la procédure permettant de le fermer.

PATRICK ROGER
Permettant de fermer, ça veut dire que ce n'est pas encore fermé aujourd'hui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, vous savez…

PATRICK ROGER
Pourquoi, c'est l'administration qui est longue, il y a certaines choses… beaucoup plus vite quoi !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non… il y a des sujets qu'on ne peut pas faire complètement à ciel ouvert et on ne peut pas raconter au jour le jour ce qu'on fait, à la radio. Je fais un bilan tous les trimestres de ce sujet, je le ferai, simplement sachez que nous agissons, que bien entendu cette situation est en train de cesser, mais il faut le faire conformément au droit sinon…

PATRICK ROGER
Donc ça va demander quoi, un mois ou deux encore ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, même pas.

PATRICK ROGER
Dans les semaines qui viennent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous voulez vous en aurez la primeur.

PATRICK ROGER
D'accord, très bien. Est-ce que l'école devient un lieu de violences ? Un directeur d'école primaire sur deux, ou presque, se dit insulté, a été insulté au cours de l'année 2021, comment y remédier à ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord en effet c'est un profond scandale que vous pointez là, et tout à l'heure quand je parlais de la condition professorale, je vous disais il n'y a pas que le matériel, il y a l'immatériel, et l'immatériel c'est le respect des professeurs par chacun, et j'en profite chaque fois que je suis sur une radio, ou ailleurs, je le dis donc là, respectons les professeurs, respectons les professeurs, ne donnons pas raison aux enfants face aux professeurs dans quelles que situations que ce soient, sauf exception justifiée, mais le professeur par définition a raison, on doit le respecter et on doit le soutenir, c'est le rôle du parent d'élève, sinon on fait du mal à son enfant quand on fait ça. Et ça, ce changement culturel qui a lieu dans notre société, comme malheureusement dans beaucoup de sociétés, est un changement très grave, parce que ça contribue à cette « insécurisation » de tout le monde, des professeurs, des directeurs d'école en l'occurrence, mais aussi des enfants eux-mêmes, vous n'êtes pas sécurisé en tant qu'enfant quand vous voyez les adultes divisés sur votre sujet. Et donc, on doit retrouver ce respect, nous avons pris des mesures là aussi pour que, quiconque vit une situation comme celle-là, puisse avoir recours à l'institution, donc au rectorat, de façon à ce que des équipes viennent et interviennent, donc aucun de ces faits ne doit rester sans suite. Et donc, les directeurs d'école le savent, ils peuvent signaler chacun de ces faits, et nous donnons une suite à ces faits, et d'ailleurs il y a des parents, même je suis allé jusqu'au pénal bien sûr, pour certains parents d'élèves qui ont fait cela, le message doit être très clair, fermeté, et cette fermeté est déjà en action.

PATRICK ROGER
Dernière question. L'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin ce matin, vous vous êtes ministre de l'Education, mais également de la Jeunesse et des Sports, vous n'y allez pas, c'est Roxana MARACINEANU qui ira, c'est un geste aussi de mécontentement un peu, diplomatique, de ne pas y aller vous-même ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, c'est un signal que nous avons envoyé, le Premier ministre, moi-même, et en même temps nous voulons encourager nos sportifs donc il était normal que Roxana MARACINEANU les encourage, donc il y a un caractère de relation officielle avec l'Etat, mais nous sommes inquiets, dans ce domaine comme dans d'autres, de ce qui se passe sur le plan des droits de l'homme en particulier, bien sûr…

PATRICK ROGER
C'est une forme de boycott, de ne pas y aller, pour vous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais en même temps on doit être fin sur ces questions…

PATRICK ROGER
Ah, c'est du en même temps !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est de la subtilité, et le en même temps c'est de la subtilité, c'est vrai, vous avez raison, mais c'est, sur le plan diplomatique on ne doit jamais mélanger de manière abrupte sport et politique, ça ne veut pas dire qu'on n'a pas des messages à envoyer sur le plan politique, et c'est ce que nous faisons.

PATRICK ROGER
Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, qui était l'invité de Sud Radio ce matin.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 février 2022