Déclaration de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur l'Union européenne et l'égalité entre les femmes et les hommes, à Paris le 8 mars 2022.

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Circonstance : Remise du Prix Simone Veil de la République française pour l'égalité femmes-hommes et présentation des portraits des 27 femmes européennes inspirantes

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Texte intégral

Merci, chère Caroline, Madame la présidente, Mesdames et Messieurs, pour ce projet en particulier que vous avez mené avec le ministère de l'égalité, avec mon équipe ici au ministère de l'Europe et des affaires étrangères. Nous souhaitions évidemment que le 8 mars puisse être un moment de recul lucide sur notre combat pour l'égalité, mais aussi que dans ce moment de présidence française du Conseil de l'Union européenne nous puissions marier, si je puis le dire ainsi, civilement, les concepts d'Europe et d'égalité.

Autour du Président de la République, ce matin, nous avons eu l'occasion avec Mme la présidente, avec plusieurs membres du gouvernement, plusieurs parlementaires, de partager, cela a été dit cet après-midi aussi, que toutes les périodes de crises, a fortiori quand ces crises deviennent des guerres, sont des périodes de fragilisation, de recul, d'épreuve, pour les droits des femmes, pour les femmes.

Je le disais hier, cela m'a évidemment marqué, comme beaucoup qui voient ces images, et plus fort encore sur place en allant à la frontière entre l'Ukraine et la Pologne, nous voyons chaque jour des milliers de femmes, car ce sont quasiment toujours des femmes, avec des enfants, des personnes âgées, qui fuient leur pays, qui fuient la guerre à nos portes. Et cela est un rappel, le rappel sans doute le plus douloureux que, comme cela était cité tout à l'heure, en rappelant les propos de Simone de Beauvoir chaque crise fait reculer les droits des femmes, qui ne sont jamais un acquis, même en Europe.

Et dans d'autres moments, parfois moins douloureux mais brutaux, nous avons vu aussi, ces derniers mois, ces dernières années, que dans l'Union européenne elle-même, quand les droits reculaient, c'était souvent, c'était d'abord les droits des femmes qui étaient remis en question. Et donc, nous devons avoir conscience que le combat pour l'égalité est un combat pour tous nos droits et toutes nos libertés ; et que les droits des femmes sont toujours le baromètre de notre égalité en Europe et dans le monde.

C'est pour cela que sous l'autorité du Président de la République, nous avons souhaité faire de cette présidence française un moment important, symbolique, mais aussi extrêmement concret et tangible, pour renforcer dans toutes leurs dimensions les droits des femmes sur notre continent et au-delà.

Je citerais brièvement un exemple, deux exemples en vérité, qui me tiennent beaucoup à coeur, que nous portons avec Elisabeth Moreno et Elisabeth Borne, cela a été évoqué dans d'autres débats aujourd'hui. C'est la question de l'égalité professionnelle, c'est la question de l'égalité au travail. Nous avons fait je crois ces dernières années toutes sensibilités politiques confondues, Mme Rixain le sait, en particulier, pour l'avoir porté, elle-même, encore récemment, nous avons fait progresser les droits dans le monde du travail, et ce droit, au fond, à l'émancipation et à l'égalité économique, sans lequel il n'y a pas de véritable égalité et de véritable indépendance.

Nous portons maintenant cette cause au niveau européen. Et deux textes très précis vont - je le crois, je l'espère, nous nous battons pour - être adoptés dans les toutes prochaines semaines. L'un concerne l'égalité salariale et est très proche de notre index national pour l'égalité salariale. Au niveau européen, un cadre obligatoire verra le jour pour que la transparence soit faite sur les inégalités salariales, et nous savons que cette transparence est la première étape vers la correction des inégalités ; pour que tout soit dit, tout soit su et qu'il n'y ait plus d'excuses pour maintenir cachée cette forme de discrimination, la plus fréquente dans notre monde du travail.

Et puis, nous portons aussi un autre texte européen, une directive comme l'on dit, qui porte sur la représentation des femmes dans les instances dirigeantes des entreprises qui rejoint directement nos récents travaux législatifs, qui est un texte - le Président de la République le rappelait, ce matin - qui a longtemps été bloqué par certains partenaires européens proches, mais qui enfin trouve - trouvera - dans quelques jours, je crois, son aboutissement. Et quelques jours après le 8 mars, faire progresser l'Europe sur cette cause concrète, je crois que c'est un bon exemple de l'oeuvre utile que nous faisons pour la cause des femmes dans l'Union européenne aujourd'hui.

Mais, et c'est le sens aussi de ce projet, nous essayons de l'incarner dans toutes les dimensions, dans tous les combats de cette présidence française. L'Europe, ce ne sont pas seulement des règles, des textes, même s'ils sont essentiels, et qu'il n'y pas de changement des mentalités sans changement des règles. Nous devons aussi admettre la dimension culturelle, positive ou négative, de certains préjugés, de certaines discriminations, de certaines autocensures, de certains plafonds de verre. Et pour les briser, il faut du droit, il faut des droits, il faut défendre ces droits, les renforcer, les porter au niveau européen, mais il faut aussi des exemples, des histoires, des récits dans lesquels chacun, chacune peut se projeter.

C'est vrai de toutes les inégalités, c'est vrai de tous les droits à conquérir. Si l'on ne pense pas qu'on a le droit d'avoir le droit, si on ne voit pas les précurseurs, les précurseuses qui ont ouvert la voie, dans des domaines où l'on pensait que cela était impossible, ou si rare, qu'on pouvait réussir, percer, assouvir son ambition, au-delà d'un cas individuel, on en fait in fine une réussite collective. Et c'est pour cela que ce projet nous tenait tant à coeur, parce que je crois que ces exemples, à travers l'Europe, de réussites différentes et diverses, de réussites féminines qui deviennent féministes par la revendication qu'elles portent, c'est aussi le meilleur moyen, en complément des règles pour lesquelles nous nous battons, d'avoir pour les générations qui viennent de plus en plus de réussites et de moins en moins de plafonds.

Cela ne veut pas dire que l'égalité est un combat qui se limite à ces quelques exemples, à ces quelques secteurs qui sont ici retracés. Mais je crois que nous avons besoin de chair et d'âme pour que ce combat pour l'égalité puisse se prolonger, s'enraciner durablement. Les mentalités et les règles bougent en même temps. Elles se renforcent. Et donc, nous avions besoin d'avoir aussi ces exemples, même si la technique nous a trahis. Chacune et chacun peut voir ces vidéos, peut voir aujourd'hui, dans Ouest France et en ligne, ces exemples qui sont retracés, et vous verrez, sans aucune interférence ou sans aucune suspension du son, une belle image, un beau récit et de beaux exemples de réussite de femmes européennes. Chaque mot compte pour donner l'espoir, et nous en avons particulièrement besoin, dans ces moments difficiles.

Merci d'avoir cru en ce projet, de l'avoir mené à bien, d'avoir surmonté les obstacles, aujourd'hui. Et puis, nous aurons encore besoin de ces illustrations à l'avenir. Alors, que ce 8 mars ne soit qu'une journée particulière dans cette présidence française au service de l'égalité pour que nous continuions chaque jour à porter cette cause. Merci infiniment, merci à toutes.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 mars 2022