Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à BFMTV le 3 février 2022, sur le télétravail, le salaire, l'apprentissage et le temps de travail avec la semaine de quatre jours.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions sur RMC et BFM TV. Il est 08h33. Vous êtes la ministre du Travail. J'ai beaucoup de questions à vous poser ce matin très concrètes pour nous tous sur le télétravail, sur le salaire, sur l'apprentissage, sur le temps de travail, avec d'abord cette première question : et si on était en week-end ce soir, pourquoi pas ?

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, c'est effectivement le débat sur la semaine de 4 jours, moi, je pense que dans certaines entreprises, il peut y avoir des négociations pour mettre en place une semaine de 4 jours, mais je pense qu'on ne peut pas du tout imposer une telle mesure. Et je pense qu'il faut arrêter de raconter n'importe quoi aux Français, voyez, certains candidats vous disent : on va augmenter les salaires de 10 % pour faire ensuite marche arrière, et de la même façon, laisser croire…

APOLLINE DE MALHERBE
Là, c'est d'abord Yannick JADOT, qui a proposé cette réduction du temps de travail…

ELISABETH BORNE
Oui, absolument.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors, avec plusieurs modalités possibles, soit, ce serait les 32h, soit, ce serait les 35h sur 4 jours, soit, même, carrément l'idée qu'on travaille 4 ans, et puis, on a ensuite une cinquième année, qui soit une sorte d'année bonus, sauf qu'il y a aussi le patron de TOTAL, qui dit, pourquoi pas.

ELISABETH BORNE
Non, non, mais je pense que ça peut se discuter dans certaines entreprises, je pense que c'est la bonne échelle à laquelle on peut avoir des négociations sur des mesures de ce type-là, mais je ne pense pas que ça puisse être une mesure générale, parce que, vous voyez, soit, il s'agit de faire en 4 jours ce qu'on faisait en 5 jours, et ça peut être aussi beaucoup de stress pour les salariés, donc on ne peut pas l'imposer. Soit, on ne va pas laisser croire aux gens qu'on peut travailler moins sans avoir un impact sur le pouvoir d'achat. Et je pense qu'aujourd'hui, ce que les Français nous disent, c'est que leur préoccupation, c'est plutôt le pouvoir d'achat.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire quoi, ça veut dire que vous n'y êtes pas favorable, vous ne ferez rien en tout cas pour le favoriser ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ça n'est pas une mesure qu'on décide d'en haut, qui s'imposerait à toutes les entreprises, ensuite, si des entreprises veulent avoir des discussions comme TOTAL, vous l'avez dit, veut en avoir une, eh bien écoutez, qu'il le fasse, c'est une négociation…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais allez-vous les encourager, est-ce que vous diriez au patron de TOTAL, si vous l'avez devant vous : eh bien, oui, au fond, allez-y ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est un choix de l'entreprise, moi, je vous dis, de manière générale, ça peut poser des questions à la fois de pression sur le rythme de travail s'il s'agit de faire en 4 jours ce qu'on faisait en 5 jours, et ça peut poser des problèmes de pouvoir d'achat, et c'est ce qu'on avait vu, vous savez, après les 35h à la fin des années 90, eh bien, tout le début des années 2000, les salaires ont augmenté moins vite. Et je pense que ce n'est pas ce que souhaite la majorité des Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais Elisabeth BORNE, il y a certains pays qui carrément tentent l'expérience, l'Espagne, elle teste la semaine de 4 jours dans une région. Vous ne voudriez pas tester ça ?

ELISABETH BORNE
Je vous dis, moi, c'est des choix d'entreprises, et de façon générale…

APOLLINE DE MALHERBE
L'Etat en tout cas ne fera pas comme l'Espagne ?

ELISABETH BORNE
Et de façon générale, c'est clair qu'en France, on est un des pays où on travaille moins sur l'année, le moins tout au long de la vie, ça pose des enjeux de compétitivité, et à la fin, ma priorité, c'est qu'on crée de l'emploi et qu'un maximum de Français aient un emploi.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a un patron qui l'a mis en place, c'est Laurent de la CLERGERIE, avec son entreprise, il a 1.000 employés, LDLC, il reste hyper compétitif, et il dit surtout qu'il y a beaucoup, beaucoup moins de congés maladie, d'arrêts-maladie dans son entreprise. Donc finalement, ça permettrait peut-être justement d'arriver en bonne santé à la retraite ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il y a des entreprises dans lesquelles ça peut se mettre en place, mais je vous dis, ce n'est pas le rôle de l'Etat, et en tout cas, moi, je ne préconise pas du tout qu'on impose une telle règle à toutes les entreprises.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, ce matin, à propos de la campagne et des propositions des uns et des autres, c'est dans le journal Le Parisien, vous dites : objectivement, je trouve qu'il y a peu d'idées. Je vous ai trouvé un peu gonflée de dire ça, elles sont où les idées d'Emmanuel MACRON ?

ELISABETH BORNE
Non, attendez, je parlais des jeunes, et quand on regarde les propositions des candidats pour les jeunes…

APOLLINE DE MALHERBE
Sur le travail, sur les jeunes…

ELISABETH BORNE
Eh bien, pour les jeunes, voyez, moi, j'entends Marine LE PEN qui nous dit : on va exonérer d'impôts sur le revenu les jeunes de moins de 30 ans, c'est un peu curieux, parce que, vous voyez, ça veut dire que ceux qui s'en sont sortis, qui ont des bons revenus, on les aide, les autres, qui n'ont pas encore trouvé un travail…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais vous dites : je trouve qu'il y a peu d'idées, ça, au moins, c'est une idée, alors, vous n'êtes peut-être pas d'accord, mais enfin, c'est quand même un petit peu créatif, vous inventez quoi, vous ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, c'est le contraire de l'égalité des chances, voyez, alors, nous, on met en place… d'abord, on a beaucoup agi pour l'emploi des jeunes, et ça a été notre priorité tout au long du quinquennat, a fortiori dans la crise, vous voyez, on a lancé un plan : « 1 jeune, 1 solution », à l'été 2020, parce qu'on voulait éviter à tout prix ce qui s'était passé après la crise de 2008-2009, où on avait eu une explosion du chômage des jeunes, plus de 30 % d'augmentation du chômage des jeunes. Donc ce plan, eh bien, c'est une véritable révolution dans l'accompagnement des jeunes, avec une réponse pour chaque jeune, ça a été 4 millions de jeunes qui ont pu bénéficier d'une des solutions du plan « 1 jeune, 1 solution », et aujourd'hui, on a le taux de chômage des jeunes le plus bas depuis 2008, et il n'y a jamais eu une telle part par des jeunes qui travaillent qu'aujourd'hui.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez prolonger ce système ?

ELISABETH BORNE
Alors, on veut continuer à accompagner les jeunes pour permettre à chacun d'accéder au plus vite dans l'emploi, on sait que la France est mal positionnée, vous voyez, historiquement, sur l'emploi des jeunes, qu'on a beaucoup de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, donc on va lancer le 1er mars, donc dans moins d'un mois, le Contrat d'Engagement Jeune pour aider ceux…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous allez pérenniser l'aide ses jeunes à trouver un emploi…

ELISABETH BORNE
Absolument, notre objectif, c'est vraiment de sortir de la situation qu'on vit dans notre pays depuis des décennies, où c'est une galère pour beaucoup de jeunes pour accéder à l'emploi. Et donc on veut accompagner ceux qui malgré la bonne conjoncture économique ne trouveront pas un emploi, les aider, d'abord, à découvrir des métiers, donc à être en entreprise.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ça, c'est autre chose que « 1 jeune, 1 solution » ?

ELISABETH BORNE
C'est la continuité de « 1 jeune, 1 solution » avec vraiment un focus maintenant pour les jeunes qui, malgré la très bonne conjoncture économique, ne trouveront pas seul un emploi, donc c'est un accompagnement intensif, 15 à 20h par semaine, je vous dis, beaucoup d'immersion…

APOLLINE DE MALHERBE
A partir du 1er mars…

ELISABETH BORNE
A partir du 1er mars, beaucoup d'immersion en entreprise, l'objectif, c'est qu'ils trouvent au plus vite un emploi, et pour ceux qui en ont besoin, qui ont un frein financier, des difficultés financières, ça sera aussi une aide de 500 euros par mois.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez dit le mot révolution, mais précisément, c'était le mot d'Emmanuel MACRON, il avait d'ailleurs publié un livre lors de la dernière campagne présidentielle qui s'appelait « Révolution. » Est-ce que vous avez des révolutions à nous proposer pour les 5 ans qui viennent ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que président de la République le dira le moment venu, on a fait des transformations très profondes, voyez, par exemple, l'apprentissage dont on a présenté les chiffres hier, on a totalement transformé l'apprentissage.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais vous avez bien compris que là, vous me parlez du passé, moi, je vous parle de l'avenir, parce qu'on est en pleine campagne, qu'on a bien compris qu'Emmanuel. MACRON était candidat à sa réélection. Donc il va bien falloir qu'à un moment, vous ayez des propositions, que vous donniez envie aux Français d'avancer 5 ans de plus…

ELISABETH BORNE
Oui, mais je pense que le moment venu, je pense qu'Emmanuel MACRON dira s'il est candidat et les propositions qu'il souhaite porter.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc sur le travail pour l'instant, vous n'avez pas… vous travaillez un peu, vous planchez là-dessus ?

ELISABETH BORNE
Ah, mais, moi, je vous dis, de continuer à accompagner tous les jeunes pour qu'on sorte de cette difficulté structurelle de notre pays qui est stressante pour les jeunes et pour les parents de ces difficultés pour rentrer dans la vie professionnelle, de s'assurer que les jeunes, on les prépare à un métier, qu'ils peuvent y accéder le plus vite possible, c'est des enjeux que moi, je continuerai à porter.

APOLLINE DE MALHERBE
Avant de parler du télétravail, je voudrais justement qu'on dise un mot sur l'apprentissage, puisque vous nous parlez des jeunes, il y a « 1 jeune, 1 solution », et puis, il y a la question de l'apprentissage, l'apprentissage, ça marche bien, franchement, là, c'est une de vos fiertés dans le bilan, mais ça marche bien aussi, parce que c'est quand même très aidé aujourd'hui l'apprentissage, est-ce que vous allez maintenir les aides aux entreprises qui emploient des apprentis ?

ELISABETH BORNE
Alors, on peut dire déjà qu'effectivement 2021, c'est une nouvelle année historique avec près de 720.000 jeunes qui ont signé un contrat d'apprentissage, je rappelle qu'en 2017, on était à moins de 300.000, et c'est une très bonne nouvelle pour les jeunes, parce que quand on signe un contrat d'apprentissage, donc on se forme en entreprise, donc on est en train aussi d'acquérir une expérience professionnelle, la formation, elle est gratuite, et en plus, on est rémunéré, on découvre le monde de l'entreprise, et donc, c'est très souvent à la clé un job, effectivement, ces très bons résultats…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais les entreprises, elles touchent entre 5 et 8.000 euros d'aide par apprenti, donc pour l'instant, c'est quand même sous perfusion, très largement…

ELISABETH BORNE
Oui, écoutez…

APOLLINE DE MALHERBE
Si vous enlevez la perfusion, vous n'avez pas peur que tout s'écroule ?

ELISABETH BORNE
On a absolument voulu effectivement que dans la crise et en sortie de crise, les entreprises ne renoncent pas à embaucher un apprenti, et elles se sont toutes mobilisées, et moi, je voudrais le saluer, parce que je vous dis, c'est vraiment une très bonne nouvelle pour les jeunes, c'est une voie d'excellence pour trouver un métier. Ensuite, moi, je… enfin, on a prolongé les aides jusqu'au 30 juin, et ma conviction, c'est qu'il ne faut surtout pas casser cette dynamique.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ça veut dire qu'au-delà du 30 juin, vous pourriez à nouveau prolonger les aides ?

ELISABETH BORNE
Moi, je vous dis, on fera tout pour continuer à soutenir l'apprentissage, c'est la meilleure façon de se former et d'entrer dans la vie professionnelle.

APOLLINE DE MALHERBE
Une question sur les jeunes justement dans la vie professionnelle, il y a plusieurs personnes qui m'ont appelée au 32.16 sur RMC, qui sont des formateurs qui disent : on a un gros problème avec les bacs pros, parce que les jeunes qui, parfois, ne sont pas vaccinés, sont souvent du coup, eh bien, refoulés des entreprises, qui demandent quand même à ce qu'ils soient vaccinés. Est-ce que ça veut dire que ces jeunes qui ne sont pas vaccinés et qui donc parfois ne peuvent pas travailler en entreprise, vont se retrouver à ne pas leur bac pro validé ?

ELISABETH BORNE
Alors, attendez, c'est un peu surprenant, puisqu'il n'y a pas d'obligation vaccinale en entreprise, voyez…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais il y a un certain nombre d'entreprises où il y a un contact…

ELISABETH BORNE
Et normalement, il y a un secret médical…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a quand même un contact, non, quand il y a un contact avec le public, il faut être vacciné, et les jeunes parfois refusent de le faire.

ELISABETH BORNE
Eh bien, il y a quelques métiers dans lesquels…

APOLLINE DE MALHERBE
Dans l'hôtellerie-restauration notamment qui est quand même un des lieux où les jeunes dans le bac pro…

ELISABETH BORNE
Voilà, quand les clients ont effectivement… quand on exige un pass vaccinal des clients, alors, les salariés doivent être effectivement vaccinés, moi, je pense que l'essentiel de métiers en France, voyez, c'est à peu près 2 millions de salariés, sur l'ensemble des salariés, qui aujourd'hui doivent avoir un pass vaccinal, donc il y a beaucoup d'autres voies, et y compris dans l'hôtellerie et dans la restauration, il y a des métiers par exemple, les métiers de cuisinier, où vous n'avez pas besoin d'avoir un pass vaccinal aujourd'hui.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pour ces jeunes-là, qui, parfois, du coup, ne font pas leur stage, le bac pro va leur être tout simplement refusé ?

ELISABETH BORNE
Enfin, moi, je ne peux qu'inciter les jeunes et les moins jeunes qui ne se sont pas encore fait vacciner à le faire.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors justement, vaccin, télétravail, alors, on peut espérer, et on va croiser les doigts, que tout ça commence à être derrière nous, c'est ce que disait le ministre de la Santé hier soir sur BFM TV, le télétravail, en tout cas, obligatoire est derrière nous, puisque depuis hier, il n'est plus obligatoire, il est simplement recommandé. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que ça veut dire recommandé, sur combien de jours, avec quelle incitation ?

ELISABETH BORNE
Alors précisément, puisque ça n'est plus une obligation, ce choix, combien de jours, par exemple, ça se fait dans l'entreprise, dans le dialogue entre l'employeur et les représentants des salariés, il y a beaucoup d'entreprises qui ont signé des accords sur le télétravail, eh bien, c'est le moment d'appliquer ces accords, de décider, le cas échéant, d'aller un peu plus loin, parce que l'épidémie n'est pas complètement derrière nous, et donc, c'est une mesure dont on sait qu'elle peut ralentir la diffusion du virus, ça reste une très bonne mesure, mais, moi, je souhaite que ce soit discuté au sein des entreprises pour trouver le bon équilibre.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc là, maintenant, vous leur laissez la main en quelque sorte ?

ELISABETH BORNE
On laisse la main, on rend la main aux entreprises, c'était une demande très forte, notamment des organisations patronales, le dialogue, il doit se passer dans l'entreprise.

APOLLINE DE MALHERBE
Et que fait l'Etat employeur, pour le coup, est-ce que dans les entreprises publiques, ce sera pareil, en fait, à chaque département de décider ou est-ce que vous allez fixer des règles ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez qu'il y a un accord justement sur le télétravail dans la Fonction publique, en tout cas, pour ce qui relève de l'Etat, qui prévoit 2 jours de télétravail, et on va se remettre sur cette norme de 2 jours de télétravail.

APOLLINE DE MALHERBE
Quel est le bilan du point de vue du respect du télétravail ? Vous aviez promis qu'il y aurait plus de contrôles, est-ce que les contrôles ont été fructueux, est-ce que vous vous êtes rendu compte que, eh bien, oui, tout le monde respectait, combien d'amendes ont été imposées, quelle est la réalité du télétravail en France ?

ELISABETH BORNE
Alors, écoutez, moi, j'ai pu constater dans la dernière enquête qu'on a faite, j'avais, quand on a prolongé le télétravail pour une dizaine de jours, au-delà des 3 semaines qui avaient été annoncées initialement, j'avais demandé un dernier effort, un dernier coup de collier, si je peux dire, et ça a été entendu, on est en moyenne à 65 % des salariés qui peuvent facilement télétravailler, qui l'ont fait, 75 % en Ile-de-France, donc c'était 5 points de plus que début janvier. Donc cet appel, il a été entendu, et de façon générale, les entreprises ont respecté ces obligations.

APOLLINE DE MALHERBE
Combien de contrôles, combien d'entreprises sanctionnées ?

ELISABETH BORNE
Alors 5.000 contrôles par mois, et on a des mises en demeure qui sont en cours, il n'y a pas encore de sanction, quand on fait une mise en demeure, on voit que beaucoup d'entreprises se remettent à respecter les règles.

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y a pas eu d'amendes finalement qui ont été…

ELISABETH BORNE
Pas encore…

APOLLINE DE MALHERBE
C'était une menace d'amendes, mais les amendes finalement n'ont pas eu à être imposées ?

ELISABETH BORNE
Il y a un délai, vous savez, j'avais insisté, quand on a présenté la mesure, sur le fait que ça ne vient pas du jour au lendemain, qu'on laisse à l'entreprise le temps, le cas échéant, de se remettre en conformité avec les règles, mais ces contrôles et ces éventuelles sanctions, ils ne concernent pas que le télétravail, vous savez que les autres règles, le port du masque en entreprise, quand on est dans des espaces partagés et fermés, ou le fait de respecter des distances, le fait de désinfecter les outils de travail partagés, ça reste des obligations, et on va donc continuer les contrôles sur le respect du protocole sanitaire en entreprise…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a une question qui concerne beaucoup de ceux qui nous écoutent et surtout à cette heure-ci, à 8h45, l'heure de l'école, c'est quand même la question des écoles et des classes parfois fermées ou de l'enfant qui est malade, est-ce que vous allez continuer à rémunérer les parents qui sont contraints de rester chez eux, ou est-ce qu'il faut qu'ils se mettent au télétravail et qu'ils arrivent à jongler entre enfants et boulot ?

ELISABETH BORNE
Alors, les règles ne changent pas, si votre enfant effectivement est positif au Covid et qu'il reste chez, vous êtes indemnisé avec des arrêts maladie, vous avez un arrêt maladie, vous êtes indemnisé, et ça, ça va continuer, parfois, dans les entreprises, il peut y avoir un accord entre l'employeur et le salarié pour qu'il puisse travailler, ça dépend évidemment de l'âge de l'enfant, parfois, c'est possible, parfois, ça ne l'est pas, quand ça ne l'est pas, le salarié peut toucher des indemnités maladie…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, c'est quand votre enfant est positif, si c'est la maîtresse qui est positive et la classe qui est fermée et l'enfant qui est à la maison, est-ce qu'il y a une solution ?

ELISABETH BORNE
Alors, on avait mis en place, quand on a des classes fermées, une réponse avec l'activité partielle, et ça, ça reste aussi valable, l'activité partielle peut vous prendre en charge.

APOLLINE DE MALHERBE
Pas de date de fin là-dessus pour l'instant, vous continuez ces aides ?

ELISABETH BORNE
On a prolongé toutes les mesures, et notamment tout l'accompagnement par l'activité partielle prise en charge à 100 % quand on a ce type de situation ou des restrictions qui existent encore, je pense par exemple aux discothèques, qui restent fermées jusqu'à mi-février…

APOLLINE DE MALHERBE
Encore peu de temps, certains ont noté leur agenda la date…

ELISABETH BORNE
Jusqu'à mi-février, donc on est très attentif à avoir toujours des dispositifs d'accompagnement, tant qu'il y a des contraintes pour les entreprises et pour les salariés.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, je voudrais qu'on parle salaires, on en parle beaucoup de la question du pouvoir d'achat, l'une des clés, c'est quand même de gagner plus. Où est-ce qu'on en est aujourd'hui, vous aviez demandé aux patrons des différents secteurs de jouer le jeu, de rémunérer davantage, est-ce qu'aujourd'hui, vous pouvez dresser un premier bilan ?

ELISABETH BORNE
Alors effectivement, moi, je l'avais dit, ce n'est pas acceptable que dans un certain nombre de secteurs, les grilles de rémunération aient des premiers niveaux qui soient en dessous du SMIC, alors évidemment, le SMIC s'impose, et donc les salariés sont bien payés au SMIC, mais ça veut dire que quand vous avez parfois 5 niveaux de la grille salariale ou plus, on a des exemples où on a 12 niveaux de la grille salariale qui sont sous le SMIC, eh bien, ça veut dire que pendant des années, vous ne progressez pas, et c'est effectivement très décourageant pour les salariés. Donc moi, j'avais demandé à ces branches, à ces secteurs d'engager des discussions, il y a – sur 40 secteurs avec lesquels on avait engagé ces discussions, et on leur avait demandé d'accélérer leurs négociations – il y en a une quinzaine, qui représentent 2 millions de salariés…

APOLLINE DE MALHERBE
16 précisément, 16 branches qui sont en non-conformité parce que leurs minima sociaux sont en effet inférieurs au SMIC, leur minima salarial.

ELISABETH BORNE
Alors c'est celles qui étaient en dessous avant le 1er octobre. On a des négociations qui se sont bien passées, par exemple dans les hôtels, cafés, restaurants où on a une revalorisation de la grille salariale de 16 % en moyenne.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors là, vous dites bravo pour le coup.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est très bien, et puis, des discussions vont se poursuivre aussi sur l'organisation du travail, les conditions de travail, donc moi, j'appelle toutes les branches à avoir ce type de discussions, pour celles qui n'ont pas encore conclu on va suivre très attentivement ce qui se passe, on a par exemple…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pourriez vous dire à un moment, on va carrément dans ces cas-là les sanctionner ces branches ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi, je pense que…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous pensez à la coiffure par exemple, j'imagine.

ELISABETH BORNE
Le secteur de la coiffure effectivement, il n'y a aucune discussion, je pense qu'il faut vraiment que les organisations patronales réfléchissent aussi à l'attractivité de leur métier, à l'image qu'ils donnent de leur profession en refusant d'avoir des propositions de revalorisation salariale dans ces métiers.

APOLLINE DE MALHERBE
Aujourd'hui, un coiffeur qui commence, il est payé en dessous du SMIC, il est payé 1534 euros brut contre un SMIC à 1.603 euros brut.

ELISABETH BORNE
Le SMIC est garanti, donc il a bien le SMIC, mais par contre ça veut dire vous voyez que vous pouvez avoir travaillé 5 ans, vous êtes toujours payé au SMIC, voire 10 ans vous êtes toujours payés au SMIC, donc après ça quand on a effectivement des coiffeurs qui nous disent, on n'arrive pas à recruter, écoutez c'est bien normal, il faut effectivement donner des signes sur la considération qu'on porte aux salariés et je les invite à nouveau à engager des discussions pour revaloriser leurs grilles.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pourquoi est-ce que, au fond, vous ne remonteriez pas tout vers le haut avec une augmentation nette du SMIC ? Quand vous voyez que l'Allemagne augmente de 25 % le SMIC, l'Allemagne c'est quand même franchement plutôt un parent vertueux.

ELISABETH BORNE
Alors on ne partait pas du même niveau, vous voyez, je pense …

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais là, ils vont être devant nous, ils nous dépassent.

ELISABETH BORNE
Au global, vous savez, on a pris beaucoup de mesures dans le quinquennat pour améliorer le pouvoir d'achat des classes moyennes et spécifiquement des salariés qui sont payés au SMIC. On a notamment étendu et augmenter la prime d'activité, donc je peux vous assurer que le revenu au niveau du SMIC en France il reste supérieur à ce qu'on aura en Allemagne après cette augmentation.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez vous impliquer un peu quand même dans la campagne, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez-moi je vais… d'abord, j'ai très envie de défendre le bilan. Le bilan qu'on a dans le domaine de l'emploi où on a un taux de chômage qui est au plus bas depuis près de 15 ans.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est le cas dans toute l'Europe quand même, à un moment il faut aussi dézoomer et regarder ailleurs si c'est pareil partout.

ELISABETH BORNE
Oui, vous savez quand on a 500.000 demandeurs d'emploi sans aucune activité de moins entre décembre 2020 et décembre 2021, il n'y a pas grand monde qui nous prédisait d'avoir une telle situation sur l'emploi. Quand on a un taux d'emploi, c'est-à-dire la part des Français qui ont un travail qui est au plus haut depuis 1975, écoutez, je pense que ça montre qu'on a bien su protéger l'économie, la faire repartir et que c'est une très bonne nouvelle que chacun puisse trouver un emploi.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous entendez qu'il y a 135 milliards d'euros, un méga profit pour les entreprises du CAC 40, vous vous dites, c'est une très bonne nouvelle ou est-ce que c'est le signe d'une inégalité face aux revenus en France ?

ELISABETH BORNE
On recommande très fortement d'avoir des accords dans les entreprises pour partager la richesse qui est produite, c'est notamment ce qu'on a pu faire avec la loi Pacte pour encourager l'intéressement, la participation.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous recommandez.

ELISABETH BORNE
On a donné tous les outils et je pense que les entreprises elles sont bien conscient qu'il faut aussi motiver les salariés, avoir des bonnes rémunérations, des perspectives de progression professionnelle.

APOLLINE DE MALHERBE
Et s'ils ne le font pas, s'ils ne vous écoutent pas ? Tant pis.

ELISABETH BORNE
Non, écoutez, je pense que, vous voyez, on a montré qu'on était assez insistant avec les branches qui n'entendaient pas, les secteurs qui n'entendaient pas la nécessité de revaloriser leur salaire…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils l'ont fait aussi parce qu'ils n'arrivaient plus à embaucher, donc à un moment …

ELISABETH BORNE
Mais vous savez, mais je pense que c'est effectivement, ce que vous dites est parfaitement exact, quand on fait baisser le chômage, on met aussi les salariés en situation de mieux négocier leur salaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que là, les entreprises du CAC 40 avec leurs 135 milliards, vous aurez-vous leur dire, allez, je vous recommande…

ELISABETH BORNE
Non, mais je pense que, moi, je vous dis, on a des tensions de recrutement aujourd'hui et je pense qu'il y a beaucoup d'entreprises qui sont en train de mener des négociations salariales, en étant conscientes qu'il faut fidéliser les salariés, qu'il y a aussi des emplois ailleurs et que si on nous donne pas effectivement des augmentations salariales, si on ne travaille pas sur les conditions de travail, les salariés peuvent choisir d'aller ailleurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Et finalement peut-être que c'est pour ça que TOTAL est pour la semaine à 4 jours.

ELISABETH BORNE
C'est aussi une autre façon de jouer sur les conditions de travail des salariés.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Elisabeth BORNE d'avoir répondu à mes questions sur RMC et BFM TV, ministre du Travail.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2022