Déclaration de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, sur l'urbanisme, à Paris le 29 novembre 2021.

Intervenant(s) :

  • Jacqueline Gourault - Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales

Circonstance : Rencontres de la Fédération nationale des agences d'urbanisme (FNAU)

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Maire, cher Patrice Vergriete,
Monsieur le président, cher Jean Rottner,
Mesdames et messieurs les présidents et présidentes,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les maires, les élus,
Mesdames et messieurs les directeurs et directrices d'agences,
Mesdames et messieurs,
 

Chaque année, les rencontres de la Fédération nationale des agences d'urbanisme sont un moment privilégié d'échange entre les 50 agences de France. C'est aussi un moment important de débats sur le devenir de nos territoires ; des débats à visée opérationnelle car c'est bien cela, au fond, la marque de fabrique des agences : produire de la connaissance utile à l'action.

Cette 42e édition ne fait pas exception, et le programme s'articule cette année autour d'une question essentielle : comment construire le vivre-ensemble à toutes les échelles de nos vies ? en un mot : comment co-habiter ?

Se poser cette question en 2021, c'est évidemment interroger ce qui, dans nos sociétés, a été transformé par le virus, avec lequel nous vivons – nous cohabitons depuis maintenant presque deux ans.

S'il est sûrement encore trop tôt pour mesurer - dans toutes ses dimensions -l'impact durable qu'aura eu le Covid, des tendances émergent fortement, à commencer par le regain d'intérêt de nos concitoyens pour le local, pour la proximité à la nature, pour la vie de voisinage, de village ou de quartier. D'autant que le télétravail, permis par le déploiement du très haut débit dans l'ensemble du pays, laisse envisager de nouvelles formes d'organisations spatiales.

Ces mutations posent des questions essentielles : comment adapter nos habitats pour garantir à chacun un lieu de vie épanouissant ? comment trouver une forme apaisée de cohabitation avec la nature ? comment penser les interdépendances, éviter l'entre-soi et reconnecter " le monde où on l'on vit " avec " le monde dont on vit ", pour reprendre une belle formule de Bruno Latour ?

Ces trois questions sont au coeur de vos travaux. Car les agences ont cette capacité à saisir et à déchiffrer les signaux faibles, les nouvelles tendances et les mutations.

Elles ont aussi la capacité à penser " hors du cadre ", à adapter les questionnements aux territoires et à inventer de nouvelles méthodes. C'est une vraie richesse, qui repose sur l'engagement de 1 700 professionnels et sur la pluridisciplinarité des compétences : l'urbanisme, l'architecture, la paysage, l'ingénierie, la géographie, l'écologie. Cette caractéristique, qui est encore trop rare dans nos organisations, les agences d'urbanisme l'assument pleinement pour tirer parti du croisement des regards et des approches.

Oui, je crois que les agences d'urbanisme jouent un rôle essentiel aujourd'hui, un rôle que nous gagnerions à déployer encore davantage, pour lutter contre les " zones blanches de l'ingénierie ".

Vous le savez, c'est un combat que je mène au quotidien, et qui a présidé à la création de l'ANCT, pour faire en sorte de ne laisser aucun territoire de côté. L'ANCT, je le redis, a pour ADN la subsidiarité. C'est pourquoi je souhaite que nous puissions continuer à valoriser les complémentarités des expertises locales et nationales, et à nous assurer collectivement que chacun trouve sa place.


C'est indispensable. Car depuis 40 ans, les collectivités locales ont peu à peu récupéré les leviers d'action sur l'aménagement du territoire, souvent à bas bruit, souvent en lieu et place d'un Etat local qui se retirait. Aujourd'hui, les compétences en matière d'organisation de l'espace et de transition écologique sont largement dans les mains des collectivités, au plus près des réalités de terrain. C'est, je crois, une chance pour la démocratie car c'est d'abord à l'échelle du " proche " que se joue l'avenir. C'est notamment pour cela que nous avons créé il y a un an une nouvelle forme de lien contractuel entre l'Etat et les territoires, les CRTE, pour agir ensemble, dans la durée, à partir du projet de territoire défini par les acteurs locaux.

Pour autant, cette situation génère plusieurs défis :

- Le premier, c'est la nécessité de ne pas enfermer la réflexion et les stratégies dans des périmètres institutionnels clos, dans des " pré carrés ". Je crois que les agences ont un rôle essentiel pour créer des cadres de dialogue entre les territoires, pour donner à voir les interdépendances qui les lient. Pour reprendre une formule de l'un des vôtres, d'un directeur d'agence, cher Jean-Marc Offner, les agences ont la capacité à articuler " l'esprit des lieux et le génie des liens ".
- Le second défi, c'est celui de la complexité des dynamiques spatiales et des transitions à l'oeuvre. Tous les territoires ne sont pas outillés de la même manière pour penser la complexité. Et la tentation est parfois grande de segmenter l'action en silos étanches. Là encore, les agences jouent un rôle précieux.
- Le troisième défi, c'est celui de la projection et de l'anticipation. Dans un monde qui se transforme de plus ne plus rapidement, nous devons nous redonner collectivement une vraie capacité prospective. Les agences ont cette agilité qui doit leur permettre – vous permettre de jouer pleinement ce rôle demain, pour décrypter les futurs possibles.

Je pense par exemple à la transition énergétique, notamment la planification de la production d'énergie, ou qu'il s'agisse du zéro artificialisation nette ou du renouvellement des entrées de villes : zones commerciales, économiques ou même pavillonnaires. Sur ces grands sujets comme tant d'autres, les agences ont une expertise à valoriser.


Vous le voyez, je crois que le modèle des agences d'urbanisme est plus que jamais nécessaire pour porter la réflexion et accompagner l'action.

Au travers de l'ensemble des programmes d'appui de l'ANCT, au travers aussi notre mobilisation depuis 5 ans pour préserver les ressources financières des collectivités, nous menons en fait un même but : donner à chaque territoire, qu'il soit urbain ou rural, métropolitain ou ultra-marin, la capacité de choisir son destin. Les agences d'urbanisme y concourent avec force, au quotidien, et je tenais à vous en remercier. 

Je poursuivrai cela dans les prochains jours par un volet législatif, avec la loi 3DS, pour renforcer concrètement les capacités d'action des élus locaux, pour permettre une plus grande différenciation, pour simplifier l'action de l'Etat local et des collectivités. Ce projet de loi contient de nombreuses mesures qui intéressent vos agences : sur la santé, sur les mobilités, ou encore sur l'urbanisme.


Voilà, Mesdames et Messieurs, le message que je tenais à vous adresser,

C'est un message de reconnaissance pour votre action essentielle au quotidien, aux côtés des élus locaux et des techniciens pour renforcer les " capacités d'agir " des territoires. C'est un message de confiance dans notre capacité à tirer le meilleur des expertises de chacun. C'est un message de mobilisation sur les grands enjeux qui sont devant nous et sur lesquels, je le dis, nous avons besoin des agences d'urbanisme.

Je vous remercie et vous souhaite de très bonnes rencontres.


source : Ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, le 10 mai 2022