Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à RTL le 11 mai 2022, sur le renforcement des mathématiques dans le tronc commun en septembre et la réforme du baccalauréat.

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Yves CALVI.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin et de prendre la parole sur RTL, pour ce qui devrait être la dernière épreuve du bac que vous supervisiez, après 5 ans au ministère de l'Education nationale. A ce propos, nous sommes bien d'accord, vous ne repiquez pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, ce n'est jamais défini à l'avance, ce genre de chose, mais c'est le plus probable, oui, que je ne repique pas, comme vous dites.

YVES CALVI
C'est le plus probable. Vous allez quitter vos fonctions ministérielles et vous lancer à fond dans la campagne législative dans la circonscription de Montargis, c'est bien cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait, la 4e du Loiret.

YVES CALVI
Je vous pose d'autant plus la question, que votre nom a été cité pour Matignon et le fameux poste de Premier ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, je ne crois pas, je ne l'ai pas entendu, en tout cas… Je ne commente pas ces sujets-là de toutes les façons, donc, mais je pense qu'on a dit qu'il fallait que ce soit une femme, donc ça part mal pour moi.

YVES CALVI
Vous êtes en train de nous dire que vous n'avez pas été approché d'une quelconque façon.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non, et quand bien même l'aurais-je été, que je ne vous le dirais point.

YVES CALV
Nous sommes d'accord. Donc les choses sont bien claires, pas de retour en arrière. Vous voulez devenir député de la 4e circonscription du Loiret, qu'est-ce que vous avez à dire aux futurs électeurs que vous allez rencontrer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, d'abord le Loiret est une terre magnifique, très typique de la France d'ailleurs, de ce Centre de la France, où on a à la fois les atouts et les problèmes que l'on connaît bien, par exemple les difficultés en matière de désert médical, les difficultés parfois d'accès à l'enseignement supérieur quand l'université est loin, et qu'en même temps on a un des atouts considérables. A Montargis par exemple vous avez trois autoroutes qui passent, vous êtes à une heure et quart de Paris, vous avez du développement économique qui recommence, de la réindustrialisation.

YVES CALVI
Mais un député a une influence, sur ce que vous êtes en train de nous décrire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, parce que d'abord vous votez des lois et vous contrôlez le gouvernement pour des politiques nationales qui ont un impact local. Prenez par exemple l'apprentissage, sur lequel on a beaucoup mis l'accent ces derniers temps, il est évident que ça a un impact local et qu'ensuite vous devez accompagner ça avec les élus locaux bien sûr. Il faut travailler avec les exécutifs locaux, que ce soit les maires, le département, la région, et c'est ce que je ferais si je suis élu bien sûr.

YVES CALVI
C'est donc cet après-midi à 14h00 le coup d'envoi du bac 2022, qui démarre avec les épreuves de spécialités. Pardonnez-moi de vous dire, qu'à part les candidats eux-mêmes, peu de Français ont bien compris ce dont il s'agit. Vous nous donnez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça vaut mieux que l'inverse, vous me direz.

YVES CALVI
J'entends bien, oui, mais vous avez raison de me retourner la question, mais quand même, est-ce que vous voulez bien nous donner le mode d'emploi, de la façon la plus simple possible ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord…

YVES CALVI
Qu'est-ce qui est nouveau ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Beaucoup de choses sont nouvelles, tout a été transformé, et dans le bon sens. D'abord, les élèves, et c'est pour ça qu'ils sont majoritairement très favorables à cette réforme, les élèves ont eu beaucoup plus de choix. Le mot clé c'est liberté, et ils ont pu choisir 2 enseignements de spécialités parmi 13 possible, ils en ont 3 en 1ère puis 2 en terminale, et ils savent très bien que c'est beaucoup mieux qu'avant, quand ils n'avaient pas un tel choix, aujourd'hui ils ont un choix, donc c'est le 2e avantage. Ils vont vers leur passion, vers les choses qui les intéressent, et donc ils approfondissent davantage. Et ce que je voudrais dire aujourd'hui, c'est qu'on a fait des programmes beaucoup plus exigeants, de ce fait-là, et à la fois du plaisir et de l'effort supplémentaires.

YVES CALVI
Mais à quoi servent-elles ces épreuves, quel est le propos ? Dans la réponse que vous venez de me faire, je comprends qu'en gros on va dans le sens de l'élève, afin qu'il puisse creuser des disciplines où il a un intérêt particulier.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Regardez par exemple le cas des mathématiques, il y a eu beaucoup de choses fausses qui ont été dites ces derniers temps, le programme de mathématiques d'aujourd'hui est beaucoup plus approfondi que celui qu'il y avait avant en terminale S, beaucoup plus. Les élèves donc qui arrivent aujourd'hui à l'épreuve de spécialités mathématiques, ont des épreuves de mathématiques plus exigeantes qu'autrefois, mais en même temps ils ont vraiment choisi mathématiques, ils n'y sont pas allés par conformisme.

YVES CALVI
En quoi ça va relever le niveau des maths, par exemple en France, dont on dit qu'il est de plus en plus catastrophique…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais c'est faux, justement, c'est-à-dire qu'on a dit beaucoup de choses fausses là-dessus. Vous savez, il y a eu 30 ans de déclin des mathématiques…

YVES CALVI
Pardonnez-moi, toutes les études et les classements internationaux semblent le montrer.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le dernier classement international date de 2018, ce dont je vous parle, c'est des progrès des 3 dernières années, notamment avec ce qu'on a fait à l'école primaire, avec ce qu'on appelle le plan mathématiques, et puis aussi en terminale pour répondre à votre question. Un élève qui faisait, qui était en terminale S autrefois, faisait 8 heures de mathématiques quand il approfondissait au maximum. Maintenant il en fait 9, avec un programme plus exigeant. Et en plus il a vraiment choisi mathématiques, et ce qui fait que vous avez 80 %, plus de 80 % des élèves qui ont choisi des matières scientifiques qui ensuite font des études scientifiques. Autrefois c'était 50 % des élèves de terminale S qui allaient dans l'enseignement supérieur. Donc il y a, par ailleurs vous faites sans doute référence au fait que nous avons, nous allons rajouter probablement plus de mathématiques dans le tronc commun, ça c'est pour les élèves…

YVES CALVI
C'est en effet la question que je veux vous poser, c'est : quand les maths seront-elles rétablies dans le tronc commun ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors…

YVES CALVI
Vous savez, j'étais un très mauvais élève en mathématiques, et c'est bien dommage, je l'ai regretté ensuite. Et donc je pense qu'on a tous besoin de faire des maths.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On en fait, alors ce qui est surtout très important, c'est de bien consolider ses maths à l'école primaire et au collège, c'était le fondamental et c'est ce qu'on a fait au cours des dernières années, et je tiens à le dire, les évaluations nationales nous ont montré un progrès des élèves en maths sur les choses fondamentales, les 4 opérations, les fractions, les probabilités etc. Maintenant, ce que nous allons faire, et c'est un engagement du président de la République, c'est mettre plus de mathématiques dans le tronc commun. Vous avez 2 heures d'enseignement scientifique dans le tronc commun, on y rajoutera probablement, c'est un engagement du président, une heure et demie, et j'ai préparé les choses, puisque le Conseil supérieur des programmes a élaboré un projet de nouveau programme des mathématiques pour l'année prochaine.

YVES CALVI
Dès septembre 2022 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On a tout fait pour que ce soit le cas, de façon à ce que le système s'organise pour la rentrée prochaine, pour trois heures et demie de mathématiques dans le tronc commun, pour ceux, enfin, de sciences et mathématiques, pour ceux qui ne font pas un enseignement scientifique de spécialités.

YVES CALVI
On a tout fait, donc ce sera le cas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce sera le cas, bien sûr, mais comme…

YVES CALVI
J'aimerais bien que vous me le disiez de façon plus directe…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ce sera le cas, nous avons tout préparé pour que ce soit le cas, oui, bien sûr.

YVES CALVI
Est-ce que c'était une erreur de les avoir retirés ? Le spécialiste Martin ANDLER, qui était hier au micro d'Alba VENTURA, a résumé la situation en trois mots, il est inquiet, il est inquiet pour le niveau des jeunes français en mathématiques.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, reprenons ce débat. Il y a deux objectifs…

YVES CALVI
A l'heure de la digitalisation, enfin…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, c'est évident, sauf que beaucoup de choses fausses ont été dites, je voudrais rétablir des idées très simples.

YVES CALVI
C'est le moment.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Premièrement, il y a deux objectifs à se fixer, le premier c'est d'avoir des élites scientifiques larges, c'est-à-dire nombreuses, mixtes, c'est-à-dire avec des garçons et des filles à bonne proportion, et troisièmement excellentes, c'est-à-dire d'un très bon niveau, avoir des ingénieurs de pointe, avoir des chercheurs de pointe, etc. Sur ce sujet-là nous n'avons failli en aucun cas, pour les raisons que je vous ai dites avant, c'est-à-dire que les programmes sont plus approfondis, j'invite chacun à regarder le programme de physique-chimie, par exemple, d'aujourd'hui par rapport à celui d'il y a trois ans, c'est un programme plus approfondi, ils sont donc mieux préparés, et ça je défie quiconque de démonter le contraire par rapport à ça. Donc, quand il y a des constats sur le déclin en sciences, c'est un constat qui vaut pour des problèmes antérieurs, c'est justement en ce moment que nous sommes en train de transformer les choses dans le sens d'un meilleur niveau, interrogez un professeur de classe prépa scientifique aujourd'hui sur le niveau des élèves qui lui sont arrivés en septembre.

YVES CALVI
Et vous lui dites quoi, à partir de l'an prochain et dans les années à venir il aura des élèves qui auront un meilleur niveau ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui…

YVES CALVI
Vous vous engagez à cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, et même ceux de septembre dernier, alors même qu'il y a eu le Covid, j'ai des témoignages multiples de professeurs de classe prépa ingénieurs, invitez-en au micro, sur par exemple le niveau de maths des élèves. Je ne dis pas que c'est un immense progrès qui a eu lieu, il y a eu en plus le Covid, mais ils ont eu déjà l'année dernière un programme, je le répète, plus exigeant que précédemment, contrairement à ce qu'on entend à longueur de journée de la part de commentateurs, parfois un peu superficiels. Deuxièmement, deuxième objectif qu'on doit avoir, c'est que toute la population ait un niveau de maths convenable, faire ses quatre opérations, ce que je disais tout à l'heure, les fractions…

YVES CALVI
Oui, les bases.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les bases, calculer un taux d'intérêt quand on va emprunter, etc., c'est fondamental, ça commence d'abord par l'école primaire, et c'est là aussi depuis cinq ans nous avons agi sur ce sujet, et nous avons des évaluations nationales qui nous permettent de voir où nous en sommes, et là aussi on cite à longueur d'antenne Pisa, mais Pisa c'est 2018 sur des élèves de 15 ans, donc ça ne dit strictement rien des progrès qui ont été faits depuis 2017, et depuis 2018…

YVES CALVI
Vous nous dites on n'a pas le thermomètre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On l'a, au travers des évaluations nationales, et ce thermomètre est positif, c'est-à-dire le niveau de mathématiques des élèves a commencé à augmenter à l'école primaire. Par ailleurs on peut mettre plus de maths dans le tronc commun, il y avait un débat là-dessus, eh bien ce débat a été tranché par le président, et maintenant il y aura plus de maths dans le tronc commun.

YVES CALVI
Une question sur le contrôle continu. Apparemment nos futurs bacheliers seraient stressés par ces nouveaux enjeux, vous me direz que s'ils travaillent un peu pendant l'année ils ne devraient pas l'être, mais… la loterie du bac, c'était avant ou après ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il n'y a pas de loterie, ce qui est un peu paradoxal c'est qu'on a deux reproches contradictoires sur le bac. Il y a ceux qui vous disent ça ne vaut plus rien et puis ceux qui vous disent on stresse les élèves, donc je ne vois pas comment on les stresserait si ça ne valait plus rien, en réalité ça vaut quelque chose, et c'est pour ça qu'on a fait les enseignements de spécialité qui ont vocation, même si ça a été perturbé par le Covid jusqu'à présent, mais ça a vocation à compter dans Parcoursup, c'est donc une revalorisation du baccalauréat, c'est pour ça que les élèves prennent très au sérieux les enseignements de spécialité, qui ont un gros coefficient. Ensuite, ont-ils du stress ? ça peut arriver, bien sûr, comme pour tout examen, mais le fait d'avoir un mélange de contrôle continu et de contrôle terminal, est fait pour justement que le travail en continu soit récompensé et qu'en même temps il y ait une objectivation par une part, qui reste importante, de contrôle terminal, puisque c'est 60 % de la note le contrôle terminal.

YVES CALVI
En cas d'échec aux législatives, que faites-vous, vous irez dans le privé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez j'ai un métier avant de faire de la politique…

YVES CALVI
C'est pour ça que je vous pose la question.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je suis professeur des universités, je suis professeur de droit, donc je… je continuerai évidemment à être impliqué dans les enjeux politiques. J'ai créé quelque chose qui s'appelle « le laboratoire de la République », parce que je veux que les principes républicains soient forts dans le monde tel qu'il est, ce qui m'intéresse le plus, vous le savez, c'est les jeunes, c'est les élèves, les enfants, l'avenir de notre pays, et ça passe par les principes républicains, la liberté, l'égalité, la fraternité, d'une manière ou d'une autre je serai toujours impliqué dans cet enjeu républicain.

YVES CALVI
Une toute dernière question. Un parent d'élève a donc été agressé hier à Marseille devant un collège privé, avez-vous des informations quant à son état de santé ? Le pronostic vital était engagé hier soir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il était engagé hier soir, je n'ai pas de nouveau ce matin, a priori je crois que, mais je ne peux pas en dire davantage, je pense qu'il va être tiré d'affaire, mais je ne peux pas en être certain.

YVES CALVI
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

YVES CALVI
On vous laisse le chemin de l'Elysée pour le Conseil des ministres…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

YVES CALVI
De savoir si c'est le dernier. Bonne journée à vous, et donc vous vous présentez aux élections législatives dans le département du Loiret.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mai 2022