Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à BFMTV le 13 mai 2022, sur la situation à l'école et les concours de recrutement des professeurs en mathématiques.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin, vous êtes ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et du Sport, et puis vous êtes un des courageux, on peut peut-être dire un des courageux, parce que vous venez vous exprimer, vous exposer, dans un moment où on a l'impression que c'est quand même rase campagne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je crois qu'on est nombreux à nous exprimer quand même, je n'ai pas remarqué un silence, en fait il y a encore beaucoup à faire dans cette période, il ne faudrait pas croire que c'est un faux plat parce que c'est un moment de transition. Quand je prends les sujets de l'Education nationale, du sport aussi d'ailleurs, il y a beaucoup à faire. En ce moment il y a le baccalauréat, c'est évident…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est évidemment pour ça aussi que vous avez accepté de répondre à mes questions ce matin, on va parler du baccalauréat, on va parler de la situation de l'école, des concours aussi de recrutement des profs, mais enfin malgré tout vous ne pouvez pas me dire que ce n'est pas un faux plat, c'est un peu un faux plat, il y a cette espèce d'attente, vous-même vous l'êtes, vous avez fait ce pot de départ hier soir, vous y étiez, à Matignon. Est-ce qu'il y a encore quand même un pilote dans l'avion ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, le président de la République, réélu par les Français, est jusqu'à sa démission le Premier ministre, sa prochaine démission, mais il ne l'a pas encore donnée, et je peux vous dire que gérer les affaires courantes, comme on dit, en ce moment, ce n'est pas de tout repos parce qu'il y a, encore une fois, beaucoup de choses à faire, et je pense que, non, je ne parlerais pas de faux plat.

APOLLINE DE MALHERBE
Au moment où on se parle en tout cas vous êtes pleinement en exercice, ministre de l'Education…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et en campagne pour les législatives bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes aussi en campagne pour les législatives, vous êtes l'un des candidats, vous êtes candidat La République en Marche dans la 4e circonscription du Loiret, la région de Montargis. Le ministère va vous manquer, si vous le quittez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Forcément. De toutes les façons un jour il faut le quitter et ce jour forcément il me manquera puisque j'ai une passion pour l'éducation, j'aime ça, et si je suis resté pendant les cinq ans c'est précisément parce qu'à mes yeux c'est une des plus belles fonctions qu'on puisse avoir, une des plus belles missions qu'on puisse avoir au service de la France.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous allez découvrir le terrain, vous le découvrez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne le découvre pas complètement parce que, d'abord j'ai fait plusieurs campagnes, même si je n'étais pas moi-même candidat, et puis le terrain c'est évidemment important quand vous êtes ministre de l'Education, j'ai passé ma vie à sillonner la France pour cela.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous connaissez un peu le Loiret ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Un peu oui, bien sûr, mais je ne prétends pas le connaître bien ou parfaitement…

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi le Loiret ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que le Loiret a des atouts extraordinaires. D'abord il est typique de cette région Centre qui est tellement significative de la France, avec des qualités historiques et géographiques, une très grande richesse de son histoire, qui remonte au paléolithique…

APOLLINE DE MALHERBE
On peut le dire pratiquement de tous les départements quand même Jean-Michel BLANQUER !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, on peut dire de la France, bien sûr, je ne vous le fait pas dire.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc pourquoi le Loiret ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce qu'après la manière dont ceci se traduit dans le Loiret est absolument séduisante, par ailleurs il y a des défis, on est aussi avec les problèmes de la France, parfois un sentiment d'isolement en milieu rural, les effets du désert médical en particulier, mais aussi d'autres problèmes, le problème de l'emploi qui se pose encore…

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous et le Loiret ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Moi et le Loiret c'est d'abord les sujets de formation, parce qu'on est typiquement, si vous prenez Montargis, c'est un endroit où il n'y a pas de formation d'enseignement supérieur, ce n'est pas normal, c'est typiquement quelque chose qu'il faut faire, le désert médical, je vous en parlais, ça renvoie aux études de médecine, ce que Jean CASTEX a annoncé pour Orléans, c'est-à-dire la création d'un CHU avec les effets pour qu'il y ait plus de médecins pour les gens au quotidien dans les zones rurales. Les sujets de développement économique, hier j'étais dans une industrie proche de Montargis, en mécanique, où ils ont des besoins de recrutement qui sont évidents, un potentiel d'exportation considérable, tout ceci à 1 heure 15 de Paris, avec finalement une bonne connexion de transports, il y a trois autoroutes, il y a le train, donc il y a…

APOLLINE DE MALHERBE
J'aimerais dire que ce dont vous parlez, comme le désert médical, n'est qu'une spécificité du Loiret, la réalité c'est que c'est une spécificité de la France quand même.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, mais c'est justement ce que je vous dis, c'est-à-dire vous avez, avec le Loiret, un exemple des problèmes de la France d'aujourd'hui, et donc je crois que c'est très important de se retrousser les manches, pour ce deuxième quinquennat, pour les problèmes qui n'ont pas encore été résolus. Certains, vous savez, les graines ont été semées pour les solutions, dans l'exemple que je vous donnais sur la médecine, ouverture du numerus clausus, la création d'un CHU en l'occurrence, mais évidemment les effets se font sur la durée, il faut savoir les accompagner, aussi bien par la loi, en tant que législateur, que par les projets locaux, et moi je travaillerai, si je suis élu, avec les élus locaux pour arriver à faire monter le territoire.

APOLLINE DE MALHERBE
Et sur cette question des recrutements, on va y revenir, parce que c'est aussi une des questions qui se pose du côté de l'éducation, mais je voulais savoir, vous avez signé la charte d'engagements ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, j'ai signé la charte d'engagements, oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça ne vous a pas, vous ne vous êtes pas dit ça va être le doigt sur la couture du pantalon ? C'est-à-dire, je vais expliquer pour ceux qui nous écoutent et qui nous regardent, la direction de La République en Marche vous a demandé, à tous les futurs députés, ou tous les futurs candidats à la députation, de signer une charte d'engagements pour pouvoir obtenir en effet le cachet, je dirais, de La République en Marche, dans lequel vous vous engagez tous à soutenir l'ensemble des engagements pris par Emmanuel MACRON devant les Français, c'est une sorte de charte anti-frondeurs.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est surtout une charte pour être cohérent avec le programme du président de la République. Le président s'est présenté devant les Français avec un programme, la majorité législative, que j'espère il aura, est là pour lui permettre de faire cela, donc je trouve que c'est surtout cohérent avec ce que les Français ont voté, donc ça semble tout à fait naturel.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas le risque d'une majorité godillot comme on dit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est surtout la chance d'une majorité cohésion, c'est quand même cela que aussi les Français attendent. S'ils votent pour nous aux prochaines législatives, ce que j'espère, majoritairement, ce sera pour que l'on fasse les choses, pour qu'on fasse avancer la France.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour l'efficacité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour l'efficacité, pas pour qu'il y ait des jeux politiciens. Après, qu'il y ait des nuances entre nous c'est une évidence…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous garderez vos nuances ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, je pense que c'est d'ailleurs très souhaitable et c'est aussi ce que les Français veulent, ils ne veulent pas avoir juste une masse de…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, parce qu'en fait on croyait que ce quinquennat serait celui justement de l'écoute, du dialogue, que chacun puisse avoir sa spécificité, vous commencez par signer que justement vous ne vous opposerez à rien.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, vous savez tout est question d'équilibre, et après tout c'est aussi l'équation du président de la République de savoir faire le « en même temps », ce qui a grand sens, c'est l'équilibre, c'est-à-dire il faut être ni godillot, ni frondeur, il faut être dans la nuance, avec des différences, mais évidemment cohérent avec l'engagement du président de la République, ça me paraît normal.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Michel BLANQUER, le bac, enfin, enfin dans les conditions normales, depuis mercredi les candidats au bac le passent, ça se passe bien, sans accro ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ça se passe très bien, plus de 500.000 élèves l'ont passé…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce sont les épreuves de spécialité, il faut préciser, ce n'est pas les épreuves traditionnelles de philo ou…pour la dernière session du bac, là ce sont les épreuves de spécialité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, les choses se passent, en gros, en deux temps dans ce nouveau baccalauréat, un temps qui cette année à lieu au mois de mai, les années suivantes ce sera en mars, et donc c'est les deux points forts de chaque élève. C'est, je l'ai toujours dit, c'est la passion de l'élève, les matières que les élèves ont passé hier et avant-hier, et même certains aujourd'hui, sont des épreuves qui correspondent à des choix, et c'est la grande force de cette réforme que de permettre aux élèves d'avoir beaucoup plus de choix que les générations précédentes, et puisqu'ils ont eu beaucoup plus de choix, ils ont eu beaucoup plus à approfondir, parce que les programmes sont plus exigeants. Le message c'était « tu choisis ce que tu aimes, et si tu choisis ce que tu aimes, alors tu vas le travailler davantage », le programme est donc plus exigeant, on va plus loin, plus d'heures, etc., donc c'est ce qui fait que j'invite chacun à lire les sujets, parce que parfois on dit oui, le baccalauréat est galvaudé, je considère que ce n'est pas le cas, que chacun lise les sujets, et essaye de les faire d'ailleurs…

APOLLINE DE MALHERBE
Le niveau n'est pas abaissé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas du tout, encore une fois chacun peut vérifier…

APOLLINE DE MALHERBE
Je regarderai attentivement et chacun peut les trouver, j'imagine, sur Internet.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Chacun le verra, et je voudrais vraiment combattre certaines idées un peu reçues, c'est au contraire de l'exigence, et toute la réforme, qui évidemment s'inscrit dans la durée, c'est de justement rehausser le niveau, tout en rehaussant aussi le plaisir d'apprendre et de travailler de nos élèves.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous l'avez dit Jean-Michel BLANQUER, on fait des choix désormais davantage pour le lycée, mais on fait aussi le choix de ne pas choisir certaines matières, les maths, vous vous êtes rendu compte que c'était une erreur d'avoir sorti les maths du tronc commun.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a deux sujets sur la question des mathématiques, là aussi beaucoup de choses fausses ont été dites ces derniers temps. Le premier c'est que nous devons avoir de futurs ingénieurs, de futurs chercheurs, des gens qui ont beaucoup approfondi les maths et les sciences, sur ce sujet il n'y a aucune faille dans ce qui a été fait, au contraire, nous avons renforcé le niveau dans la ligne de ce que je viens de vous dire avant. Il y a beaucoup d'élèves qui choisissent les mathématiques comme enseignement de spécialité, c'est de loin la plus choisie, il n'y a pas eu moins de filles que précédemment, contrairement à ce que certains ont dit, et ils sont meilleurs, ils ont plus approfondi, par exemple autrefois…

APOLLINE DE MALHERBE
Alors pourquoi vous revenez sur ce que vous aviez fait si tout marche bien ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce qu'il y a un deuxième sujet qui est le niveau général de ceux qui ne font pas des études scientifiques ensuite, et donc le débat c'est, d'abord, renforcer les mathématiques à l'école primaire et au collège, c'est ce que nous avons fait, et donc le niveau de maths a augmenté chez les élèves de l'école primaire pendant ce quinquennat, par les mesures que nous avons prises à l'école primaire, et maintenant la question était de savoir si en première il fallait rajouter du temps dans le tronc commun pour les maths, le président s'y est engagé, donc ce sera très certainement fait, et on a fait tout le travail préparatoire pour qu'il en soit ainsi.

APOLLINE DE MALHERBE
Tout est dans le « très certainement », ça veut dire quoi très certainement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je dis ça par…

APOLLINE DE MALHERBE
Par superstition ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, parce que tout simplement ce n'est pas encore fait, mais j'ai saisi le Conseil supérieur des programmes pour ça, il a rendu son travail ces derniers jours, ça va être mis en consultation de l'ensemble de la communauté des mathématiques, et donc on aura un programme pour la rentrée prochaine.

APOLLINE DE MALHERBE
Pardon de vous poser la question plus clairement, mais est-ce que les élèves de première en septembre auront une heure et demie de maths de plus ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais ceci sera probablement confirmé dans les prochaines semaines et comme on est dans une période de transition…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, probablement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, très certainement.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous me disiez qu'il n'y avait pas de faux plat, mais voyez, il y a quand même au minimum une transition et une prudence à avoir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Une prudence de principe, je le fais par correction je dirais, mais sinon le travail est fait de prépa… c'est une très bonne illustration de ce que je disais tout à l'heure, on est au travail pour la préparation de la rentrée sur ce sujet. Mais je voudrais vraiment, sur les mathématiques, pardonnez-moi mais…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, non, allez-y.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que j'ai entendu tellement de choses fausses sur le sujet, ça fait partie de ces faux débats sur l'Education nationale, où des gens disent des choses fausses, et après on met dans l'esprit public des idées qui ne sont pas justes. Non, le niveau de mathématiques des élèves qui font faire des études scientifiques n'a pas baissé en France avec la réforme du baccalauréat, c'est même le contraire, et même pour la première fois on a pris à la racine le problème du déclin des mathématiques, car oui il y a eu déclin des mathématiques pendant les trente dernières années, et comme d'habitude c'est au moment où vous réformez, au moment où vous améliorez, que d'un seul coup arrivent des attaques de tous ordres, parfois de bonne foi, parfois de mauvaise foi, mais ce que j'affirme très clairement, et je peux faire tous les débats qu'on veut sur le sujet, c'est que le niveau de mathématiques et de sciences des élèves de France, qui choisissent ces matières, s'est amélioré et s'améliorera encore beaucoup plus dans le futur du fait de la nouvelle exigence. Et s'agissant du niveau général…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais le problème c'est ceux qui ont choisi, c'est-à-dire en fait vous nous parlez de ceux qui ont choisi, c'est très bien…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais j'ai vu des pétitions…

APOLLINE DE MALHERBE
Le problème c'est ceux qui n'ont pas choisi.

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'accord, mais on confond les sujets…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui eux sont privés davantage de maths.

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'accord, mais ça justement on va l'améliorer aussi, mais quand même, la moitié du sujet c'est ce que je viens de dire, et on a installé dans l'esprit public l'idée que, en quelque sorte, on nuisait à la préparation de nos futurs ingénieurs, c'est le contraire, c'est le contraire qui s'est passé. J'ai vu des gens signer des pétitions…

APOLLINE DE MALHERBE
En fait, si je comprends bien, ceux qui font des maths le font mieux, mais le problème c'est qu'il y en a, du coup, qui n'en font pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais sur ce deuxième sujet, c'est-à-dire ceux qui ne font pas de mathématiques, d'abord reconnaissons que certains élèves sont très rétifs aux mathématiques à l'âge du lycée, c'est un autre sujet, mais surtout le gros du problème c'est l'école primaire et le collège, c'est les quatre opérations, les probabilités, les taux d'intérêt, les fractions, etc., et ça ça doit être très ancré le plus tôt possible, et c'est tout le travail qu'on a fait justement, et là aussi on a amélioré les choses. Donc après est venu se nicher une polémique sur le nombre d'heures de maths en classe de première, je veux bien entendre les arguments, et on les a d'ailleurs tant entendus, tellement bien entendus que le président de la République a pris l'engagement, qui sera tenu, de rajouter une heure et demie dans le tronc commun.

APOLLINE DE MALHERBE
Si ça ne tenait qu'à vous vous seriez resté quand même, j'ai l'impression, sur le nouveau système.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, je pense que… vous savez, sur la réforme du baccalauréat on a fait un comité de suivi du baccalauréat, nous n'avons cessé d'ajuster la réforme en fonction justement de discussions, le baccalauréat lui-même a été conçu après une consultation très vaste, donc c'est tout à fait normal d'ajuster les choses, mais cette heure et demie en plus peut être très bénéfique.

APOLLINE DE MALHERBE
Avec une question, c'est : qui va faire cette heure et demie en plus, puisqu'on vient de l'apprendre, il y a cette année moins de candidats au CAPES de maths, que de postes à pourvoir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais cela dit, nous avons…

APOLLINE DE MALHERBE
Là, pour le coup, ça ne rentre pas, les chiffres.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais vous savez, les choses s'inscrivent dans la durée, donc là, s'agissant des professeurs de mathématiques nous avons le vivier nécessaire pour assurer l'heure et demie qui aura lieu à partir de la rentrée prochaine. Ça, je n'ai aucun doute là-dessus, et nous avons travaillé sur cette question. Maintenant, par rapport au sujet que vous évoquez, c'est-à-dire la baisse du nombre de personnes qui se sont présentées au concours cette année, c'est vrai en mathématiques, ça peut être vrai dans certaines disciplines…

APOLLINE DE MALHERBE
Lesquelles ? Quelles autres disciplines sont touchées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça peut être par exemple en Allemand…

APOLLINE DE MALHERBE
D'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
… pour vous donner un exemple, mais traditionnellement, que ce soit en France ou d'ailleurs dans les autres pays, c'est en maths et sciences que l'on a le plus de difficultés. Et puis s'agissant du concours de professeur des écoles, c'est surtout concentré sur la région parisienne.

APOLLINE DE MALHERBE
Moi, j'aimerais bien comprendre quand même une chose, ça veut dire que s'il y a plus (sic) de candidats qu'il n'y a de postes, tous ceux qui se présentent vont être pris.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, s'il y a moins de candidats que de postes…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, pardon, moins de candidats. Excusez-moi, voyez, moi je n'ai malheureusement pas fait des maths jusqu'au bout.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, précisément, est-ce qu'il n'y a pas quand même un problème de niveaux, aussi…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
… c'est-à-dire que tous ceux qui se présentent vont être pris.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, non…

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y aura plus de sélection.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il y a quand même ce que l'on appelle la barre d'admissibilité. Donc justement, j'ai toujours été très rigoureux, on me l'a parfois reproché sur ce point, c'est-à-dire il y a des fois où on ne pourvoit pas tous les postes, précisément pour éviter de recruter pour 40 ans quelqu'un qui ne serait pas au niveau.

APOLLINE DE MALHERBE
Les chiffres que l'on donne, c'est qu'il y a 816 candidats admissibles, qui ont donc passé cette barre d'admissibilité, pour 1 035 postes ouverts. Le compte n'y est pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, en mathématiques, tout à fait. Donc là c'est un trou d'air de cette année, qui était de toute façon prévu. Alors, il y a plusieurs explications à ce dont…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc tout va bien.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non, mais il faut juste que vous me laissiez le temps de donner les raisons.

APOLLINE DE MALHERBE
C'était prévu. Allez-y, prenez le temps.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a une raison conjoncturelle et des raisons structurelles. La raison conjoncturelle, c'est qu'on est dans une année de transition pour les concours. Auparavant on les passait en fin de M1, maintenant c'est en fin de Master 2. Donc en clair, il y avait un vivier moins grand d'étudiants pour le passer cette année, puisqu'ils étaient déjà en situation de pouvoir le passer l'année dernière. Donc dès l'année prochaine, ceci va remonter, puisque c'est encore une fois à peu près un quart de la perte d'effectifs…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une promotion, quoi.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement, s'explique comme ça. Ensuite, il y a des sujets structurels, il faut le reconnaître. A l'échelle mondiale, on le voit, la question de la vocation pour être professeur, et puis à l'échelle de la France, on le voit pour certains concours, pas seulement pour l'Education nationale, on a un sujet de vocation en quelque sorte. Donc c'est un travail de fond que nous faisons pour ressusciter les vocations. Ça commence d'abord par l'attractivité du métier, d'où le début de revalorisation des salaires que nous avons commencé, notamment pour les plus jeunes. En 2 ans c'est 165 € par mois de plus que gagne un débutant, donc on a amélioré l'attractivité pour aller vers un salaire minimal, si je puis dire, de 2 000 € dans le futur.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça c'est du côté des profs.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Le problème, c'est que ça a des conséquences aussi sur les élèves, c'est-à-dire qu'il y a moins de profs, d'un niveau sans doute quand même un peu moindre. Et ça a des conséquences pour nos élèves, pour nos enfants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais, ce que vous décrivez c'est des problèmes qui ont commencé dans le passé et qui ont, et qui expliquent en partie…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais je ne dis pas que tout est de votre faute…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non non non. Bien sûr…

APOLLINE DE MALHERBE
Je dis juste que, pour les parents, que ce soit la faute de l'un ou de l'autre, ça ne change rien, ils ont un problème pour leurs enfants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais c'est pour ça que l'on a pris… Je ne dis pas ça pour déterminer la faute, mais pour dire que sur ce point aussi, comme dans le sujet précédent, on a pris à la racine la question, et on est sur le début d'une solution à cela. Je vais vous donner un seul exemple. On a créé les classes préparatoires au professorat des écoles, c'est-à-dire des vraies classes prépa où les élèves, dès la fin de la terminale, dès leur baccalauréat obtenu, se préparent à devenir professeur des écoles. Autrement dit, ils ne vont pas faire une licence générale, puis 2 ans pour être professeur des écoles, c'est un peu comme sous la 3e République, après le bac vous vous destinez d'emblée à être professeur des écoles, et donc vous vous préparez pendant 5 ans. Et comme c'est des classes prépas avec d'assez petits effectifs, eh bien ils ont des cours intensifs, et en français, et en mathématiques, autrement dit c'est des futurs professeurs très bien préparés aux savoirs fondamentaux. Des mesures comme ça, elles ont des effets sur 10 ans, sur 20 ans, et c'est donc des graines que nous avons semées. Sur ce sujet comme sur d'autres, c'est beaucoup dans la durée que j'ai eu à prendre des mesures.

APOLLINE DE MALHERBE
Et il faudra donc juger sur la durée. Un mot du sport, puisque vous êtes aussi ministre des Sports, il y a eu ce match, Nice – Saint-Etienne mercredi soir, avec ces chants qu'on pourrait qualifier de chants de la honte, un chant en hommage à Emiliano SALA, qui était ce joueur qui avait péri dans le crash d'un avion, ce chant a été détourné avec des propos ignobles à l'encontre de ce joueur. Et, ça s'est passé dans les tribunes. Est-ce qu'il fallait poursuivre le match, comme ça a été le cas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne sais pas. Je ne veux pas me mettre à la place des acteurs, ça n'est pas facile. Ce que je sais, c'est qu'évidemment ce qui s'est passé est honteux, et ça dit quelque chose parfois d'une absence complète de discernement de certains. Vous savez, le monde des supporters donne le meilleur comme le pire, et c'est aussi à nous tous de travailler pour que ça donne le meilleur.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce qu'il y a un problème aujourd'hui avec les supporters de foot en France ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne dirais pas ça. Moi je vois tellement de choses très belles, si vous voulez, on souligne forcément les grands problèmes quand il y en a un, et là il y en a eu un, mais c'est tellement beau aussi de voir des personnes autour de leur équipe, l'enthousiasme qu'on voyait par exemple pour la Coupe de France. Donc je crois que c'est une question un petit peu de cadrage des choses de la part des clubs…

APOLLINE DE MALHERBE
Comment vous faites pour cadrer, comme vous dites ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
… et d'ailleurs j'ai vu que l'OGC Nice a tout à fait battu sa coulpe sur le sujet, donc, on le voit, des clubs le réussissent très bien par l'encadrement, par le fait aussi d'avoir des activités avec les supporters en dehors des matchs pour faire aller les choses dans la bonne direction. Donc, bien sûr ce qui s'est passé est absolument ignoble, je ne doute pas que les responsables du club vont prendre toutes les mesures nécessaires. Et de façon générale, la politique sur ce qu'on appelle le supportérisme, que nous avons eue avec Roxana MARACINEANU, en lien avec la Fédération française de football, doit nous permettre d'éviter que dans le futur il y ait des choses aussi stupides.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous vous étiez engagé…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est surtout de la bêtise tout ça.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est surtout de la bêtise.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, en plus d'être ignoble, enfin c'est quelque chose d'ignoble lié à la bêtise, oui.

APOLLINE DE MALHERBE
La question du burkini, il sera autorisé à partir de lundi vraisemblablement, en Conseil municipal, par la ville de Grenoble, en tout cas c'est ce que souhaite le maire Eric PIOLLE, autoriser le port du burkini dans les piscines municipales. Vous, vous êtes ministre du Sport, est-ce que c'est quelque chose à laquelle vous êtes favorable ou au contraire vous êtes contre et quels sont les moyens pour vous de décider ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bon, j'y suis très défavorable, le maire de Grenoble fait une provocation, chacun le comprend. Moi, vous savez, j'allais à la piscine longtemps, pendant très longtemps, ça m'est arrivé parfois de… rarement d'ailleurs, d'y aller avec un caleçon de bain, comme on dit, et on m'a dit : eh bien non, vous n'avez pas le droit, parce que, en gros c'est trop de tissus, ça posait des problèmes d'hygiène et je me suis toujours conformé à cette règle. Et je ne me suis pas senti victime parce qu'on me demandait de ne pas porter ce type de maillot de bain. Donc je crois que dans la République on doit se conformer à des règles. Vous savez, j'ai créé un Conseil des sages de la laïcité en arrivant, qui a rendu un avis sur ce sujet. Il y aura sans doute des suites juridiques, mais on voit bien que ce qu'a fait monsieur PIOLLE, c'est politique, il cherche, à l'occasion de cette campagne, à faire de la provocation. Ce n'est pas le seul sujet sur lequel il en fait, parce qu'il est profondément…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est quoi la suite juridique ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On voit avec monsieur PIOLLE, ce qu'on voit souvent avec son camp politique, c'est-à-dire finalement une idéologie anti-universaliste, antirépublicaine, et qui se décline par des choses concrètes comme ça, donc il faut être très vigilant contre ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quand vous dites « vigilant » et « suite juridique », ça veut dire quoi « suite juridique » ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'espère que les citoyens de Grenoble, sur le plan politique, le désavoueront. Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça c'est des suites politiques, s'ils le désavouent, mais est-ce qu'il y aura des suites juridiques, vous qui êtes ministre des Sports ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut regarder les suites juridiques en effet de ce qui se passera. On peut souhaiter que monsieur PIOLLE…

APOLLINE DE MALHERBE
Si vous pouvez vous opposer à cela, vous le ferez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, je le ferai bien sûr. Si dans mes fonctions…

APOLLINE DE MALHERBE
Avec des outils juridiques du ministère ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
… si au moment où ceci arrive, je suis en fonction, bien entendu je le ferai. Si vous voulez, ce sont des actes politiques, posés par certaines personnes, pour grignoter le contrat social républicain. Il faut être lucide par rapport à ça, ces gens ont un projet politique, qui est finalement la fragmentation de la société en groupes communautaires, on doit dire non à ça. Si j'ai adhéré à la République En Marche, c'est pour lutter contre le communautarisme en vadrouille, aussi, c'est-ce qu'incarne monsieur PIOLLE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Jean-Michel BLANQUER d'avoir répondu à mes questions ce matin, vous qui êtes encore, et vous dites « si je le suis encore », puisque vous ne savez pas, effectivement, ni le jour ni l'heure, à laquelle eh bien peut-être votre mandat de ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et du Sport, s'arrêtera.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous le permettez, je voulais, parce qu'on a parlé d'une chose négative sur le sport, mais je voudrais dire que dimanche prochain il y a les Jeux olympiques des jeunes qui commencent en Normandie...

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a aussi jeunesse dans votre portefeuille.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce qu'il y a la jeunesse et le sport, et ça va être un moment merveilleux, on va accueillir des dizaines d'athlètes ukrainiens, ça a été difficile à faire, mais ça c'est le côté positif du sport, et je voulais le souligner, de même que je voulais dire à votre micro aujourd'hui qu'on accueille maintenant plus de 15 000 élèves ukrainiens dans le système scolaire français, c'est aussi ça…

APOLLINE DE MALHERBE
15 000 élèves au moment où on se parle.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est aussi ça la France, c'est-à-dire une capacité à intégrer. On a envoyé des robots en Ukraine, pour que certains élèves puissent regarder leur classe depuis la France, c'est là aussi la technologie au service du progrès. Donc oui il y a des éléments d'optimisme dans notre monde, et l'éducation et le sport servent à ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Eh bien finissons sur cette note positive, donc.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 mai 2022