Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à France Bleu Normandie le 16 juin 2022, sur les élections législatives et le pouvoir d'achat.

Texte intégral

MICHEL JEROME
L'invité de France Bleu Normandie et France 3 Normandie ce matin, actuel numéro 2 du gouvernement, ancien député de l'Eure, Bruno LE MAIRE est notre invité. En pleine envolée de l'inflation et de préoccupations autour du pouvoir d'achat, dans la dernière ligne droite également des élections législatives, le ministre de l'Economie et des Finances répond à vos questions.

PIERRE PILLET
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

PIERRE PILLET
J moins 3 avant le second tour des législatives avec des sondages qui parlent d'une possible majorité relative à l'Assemblée pour votre camp, Ensemble. Comment vous allez gouverner le pays pendant cinq ans s'il y a une majorité relative ?

BRUNO LE MAIRE
On va déjà essayer d'obtenir la majorité absolue dimanche. Pourquoi est-ce que c'est important ? Parce que ça permet la discussion à l'Assemblée, ça permet les échanges, ça permet de construire des compromis mais ça permet surtout de décider. On va avoir le projet de loi sur le pouvoir d'achat dès le mois de juillet, je souhaite que nous puissions décider très rapidement l'augmentation des pensions de retraite, l'augmentation des minima sociaux, la prolongation de boucliers sur le gaz.

PIERRE PILLET
Très rapidement, ça veut dire quand Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire que fin juillet-début août, nous souhaitons que le projet de loi puisse être adopté. Vous voyez bien que si nous avons une majorité absolue, ça n'interdit pas les discussions, mais lorsque la discussion est terminée ça permet de décider sans avoir à essayer de construire des compromis un peu bancals ici ou là. Donc ça permet de préserver le dialogue mais c'est aussi un gage d'efficacité et de rapidité pour les Français, je le vois sur les déplacements dans les territoires, qui ont besoin de décisions rapides pour les protéger contre l'augmentation des prix.

PIERRE PILLET
Vous dites fin juillet-début août, mais ce matin je suis passé devant une station-service : 2,23 euros le litre de sans plomb 95, 2,15 euros pour le litre de gazole. Il y a urgence quand même, ça va continuer à augmenter ces prix ?

BRUNO LE MAIRE
Les prix à la pompe sont extrêmement élevés, bien entendu. C'est pour ça qu'on a mis en place cette remise de 18 centimes d'euro, et c'est pour ça que nous travaillons à la mise en place début septembre d'un dispositif pour les gros rouleurs. Vous savez, quand je discute avec des ouvriers dans une usine, avec des salariés dans une entreprise qui me disent : on ne peut plus venir travailler monsieur LE MAIRE. Je le vois dans mon département de l'Eure et dans ma circonscription. Ils me disent : ça me coûte trop cher. Faire 50, 60 kilomètres aller-retour voire le double chaque jour pour me rendre à l'usine sur mon lieu de travail, ce n'est pas possible, c'est trop cher. Je vois des jeunes apprentis aussi, des jeunes apprentis qui sont en réelles difficultés. J'en ai vus encore hier qui m'ont dit : mais moi je suis désolé, j'ai 780 euros par mois, je ne peux pas me payer les 70, 80 euros de plus à cause du prix de l'essence. Donc il est indispensable de mettre en place début septembre un dispositif pour ceux qui n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur voiture pour aller travailler ou pour aller en alternance, pour mieux les couvrir contre cette augmentation des prix de l'essence.

PIERRE PILLET
En ces derniers jours de campagne Bruno LE MAIRE, il y a les passes d'armes avec la Nupes qui se multiplient, avec l'exemple de la TVA. Jean-Luc MELENCHON, il affirme que vous voulez l'augmenter, vous répondez qu'elle ne bougera pas de tout le quinquennat. Ce n'est pas un pur engagement de campagne ça ?

BRUNO LE MAIRE
Ça ne manque pas de sel de la part de Jean-Luc MELENCHON, vous avouerez.

PIERRE PILLET
Vous parlez de délire et de complotisme carrément.

BRUNO LE MAIRE
Oui, oui, parce que franchement ça ne manque pas de sel. Enfin, qui est-ce qui propose une augmentation de plus de 100 milliards d'euros des impôts ? Qui ? Ce n'est par Bruno LE MAIRE, c'est Jean-Luc MELENCHON. Qui a baissé les impôts de 52 milliards d'euros au cours du quinquennat ? C'est Emmanuel MACRON et son ministre des Finances. On a baissé l'impôt sur le revenu, on a supprimé la taxe d'habitation, on a supprimé les taxes sur l'intéressement, on supprime aujourd'hui la redevance audiovisuelle. C'est des faits. En fait, je pense que monsieur MELENCHON a un problème avec la vérité. Il a un problème avec la vérité. Et donc au lieu de regarder la vérité en face : nous baissons les impôts, il propose de les augmenter, il essaie de faire croire aux Français - ce que je trouve à la fois déplacé et pas respectueux de la démocratie - que nous aurions des plans cachés. Nous n'avons aucun plan caché. Nous ne voulons pas augmenter les impôts, nous voulons les baisser et nous n'augmenterons pas la TVA. Mais je le redis, monsieur MELENCHON a un problème de rapport avec la vérité.

PIERRE PILLET
Alors il y a la Nupes et puis il y a aussi le Rassemblement national qui est d'ailleurs arrivé en tête dans les cinq circonscriptions de l'Eure dont évidemment la première dont vous avez été député. Il pourrait y avoir plusieurs dizaines de députés RN à l'Assemblée. Est-ce que ça vous inquiète ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, parce que le véritable enracinement, je partage totalement votre analyse, ce n'est pas la Nupes qui est une alliance de circonstance entre des gens qui n'ont absolument rien à voir et qui défendent des idées contradictoires. C'est une opération politicienne, la Nupes, qui durera ce qu'elle doit durer, c'est-à-dire quelques semaines ou quelques mois et puis ensuite chacun rentrera au bercail. En revanche le Rassemblement national, c'est un enracinement profond. Je le vois dans la circonscription où je suis élu depuis quinze ans. Le Rassemblement national gagne des voix, approfondit son ancrage. Raison de plus pour aussi répondre à tous ces électeurs que je vois dans le département, qui demandent à chaque fois de valoriser le travail. Nous le faisons, il faut sans doute le faire plus et le faire mieux. Qui demandent de la sécurité, qui demandent que nous luttions contre la délinquance. Je pense qu'il faut entendre ces message-là parce que moi, ma vraie préoccupation - beaucoup plus que la Nupes aujourd'hui - c'est l'enracinement du Rassemblement national dans les territoires français. Nous devons apporter une réponse à tous ceux qui se disent aujourd'hui qu'il n'y a pas d'autre issue que le vote pour le Rassemblement national. Moi je crois profondément que ce vote est une impasse et je crois aussi profondément que nous devons apporter des réponses aux préoccupations de ceux qui sont tentés par ce vote.

PIERRE PILLET
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE d'avoir été notre invité ce matin sur France Bleu et France 3 Normandie. Je rappelle que vous êtes l'actuel ministre de l'Economie et des Finances.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2022