Déclaration à la presse de Mme Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le conflit en Ukraine, la perspective d'adhésion à l'Union européenne de ce pays et de la Moldavie et l'insécurité alimentaire, à Luxembourg le 20 juin 2022.

Texte intégral


Bonjour. Je suis heureuse d'être à Luxembourg au Conseil Affaires étrangères, qui se tient quelques jours avant le Conseil européen des 23 et 24 juin. Nous y parlerons en particulier de l'Ukraine, car les chefs d'Etat et de gouvernement auront une décision historique à prendre, historique pour l'Ukraine, historique pour l'Europe mais aussi pour la vision du monde que nous défendons.

Les Européens ont été unis face à l'agression russe et cette unité est leur force, donc, en tant que présidence, nous oeuvrerons à ce que les Européens soient unis pour adresser un message clair et positif à l'Ukraine concernant sa candidature et c'est possible grâce à l'avis de la Commission européenne qui a été rendu public vendredi.

Et puis, à titre national, nous considérons qu'il convient d'accorder immédiatement le statut de candidat à l'Ukraine et à la Moldavie. C'est la position de la France, c'est la position que le Président de la République a exprimée il y a quelques jours, lorsqu'il était à Kiev. Donc statut de candidat immédiatement en l'assortissant, bien sûr, d'une feuille de route. C'est un message de soutien à l'Ukraine et au peuple ukrainien que nous devons aider dans la durée en poursuivant notre soutien économique, politique, humanitaire, mais aussi militaire et vous avez vu que la France a renforcé la livraison d'équipements militaires, donc nous continuerons. C'est aussi évidemment un message à la Russie qu'elle doit comprendre.

Au-delà de ça, il y a aussi des questions de sécurité alimentaire, vous le savez bien, il faut être clair. L'insécurité alimentaire qui menace le monde, elle ne vient pas des sanctions, elle vient uniquement de la guerre qui a été choisie par la Russie et donc nous appelons celle-ci, nous appelons la Russie à cesser de jouer avec la faim dans le monde. Il lui suffit pour cela de cesser son blocus des ports ukrainiens et de cesser de détruire les infrastructures céréalières ukrainiennes.

Et puis il y aura le ministre égyptien des affaires étrangères qui assistera à une partie de ce Conseil. L'Egypte a un rôle clé, bien sûr, à jouer pour lutter contre l'insécurité alimentaire, mais aussi pour la stabilité de la région, Afrique du Nord, Moyen-Orient, Proche-Orient, Moyen-Orient et, au-delà même de ça, un rôle capital pour l'approvisionnement en hydrocarbures de façon à ce que nous soyons moins dépendants des hydrocarbures russes.

Une dernière chose, nous aurons également une session sur les questions liées au Golfe pour marquer le réengagement de l'Union européenne en faveur de la stabilité de la région et également sur la Corne de l'Afrique pour donner un certain nombre de lignes directrices sur l'action de l'Union, en particulier concernant l'Ethiopie, la Somalie et le Soudan. Voilà le programme assez chargé de cette journée.


Q - Quelle est la disponibilité de la France à travailler avec l'ONU en direction de la Russie, l'Ukraine et les autres pour trouver ces corridors et permettre l'exportation ? Est-ce que la France est prête pour participer à de tels efforts ?

R - La France soutient résolument les efforts du Secrétaire général de l'ONU. C'est d'abord à l'ONU, et vous savez qu'elle s'y efforce, de tenter de mettre les deux parties d'accord, la Russie et l'Ukraine, avec un rôle particulier en ce moment joué par la Turquie. Mais nous sommes disponibles pour aider de même que, comme l'a dit le Président de la République, nous considérons qu'il serait utile, le moment venu, d'avoir une résolution du Conseil de sécurité qui puisse accompagner l'accord qui aura pu être trouvé si c'est le cas. En tout cas, c'est une question qu'il faut régler urgemment. Il y a trop de risques à laisser les céréales ukrainiennes bloquées. C'est dangereux pour non seulement la région du Proche et du Moyen-Orient, mais pour la stabilité du monde d'une façon plus générale. Je l'ai dit, la Russie doit cesser de jouer avec la faim dans le monde.

Q - Pourquoi le statut de candidat est aussi important, [inaudible] ?

R - Trois pays ont, vous le savez, présenté leur candidature. L'avis de la Commission considère que l'Ukraine et la Moldavie, sur la base des progrès qui ont été accomplis par eux et accompagnés par une future feuille de route, peuvent se voir reconnaître aujourd'hui le statut de candidat. C'est aussi la position de la France, cela a été dit très clairement la semaine dernière. Pour la Géorgie, c'est un avis différencié, il est sans doute légitime qu'il soit différencié. Alors pourquoi maintenant ? Tout simplement parce que nous soutenons l'Ukraine et parce que c'est un impératif politique, stratégique mais aussi moral. Voilà ce qui a changé.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 juin 2022

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