Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, à France Info le 5 juillet 2022, sur la féminisation de la vie politique, les membres du gouvernement et les affaires judiciaires, le réchauffement climatique et la question de l'énergie,

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Ministre de la Transition énergétique. Vous êtes un peu seule au sein du gouvernement, 5 femmes ministres contre 11 hommes, pareil pour les ministres délégués, 9 hommes, mais 6 femmes seulement. Et en revanche, pour les secrétaires d'Etat, c'est tout l'inverse, 1 seul homme et 9 femmes. Comment vous expliquez ce déséquilibre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je l'explique très simplement, c'est-à-dire que si par exemple, la Nupes avait appelé à ne pas apporter aucune voix à Brigitte BOURGUIGNON, qui était ministre de la Santé, elle serait parmi nous aujourd'hui, et j'en aurais été très heureuse. Il y a 3 femmes qui ont dû sortir du gouvernement suite aux élections législatives. Et aujourd'hui, nous avons un gouvernement paritaire, avec des entrantes, lorsqu'on entre au gouvernement, il y en a 9 qui sont secrétaires d'Etat, on commence, en règle générale, secrétaire d'Etat et ministre délégué, ce qui permet ensuite de prendre plus de responsabilités. Moi, il y a trois ans et demi, je suis rentrée comme secrétaire d'Etat au gouvernement. Ce que je veux dire aussi, c'est qu'on vit un moment historique en matière de féminisation. Une présidente à l'Assemblée nationale, ça ne s'est jamais vu dans la République française, jamais…

LORRAIN SENECHAL
Ce n'était pas la candidate d'Emmanuel MACRON d'ailleurs, il aurait préféré Roland LESCURE.

AGNES PANNIER-RUNACHER
En l'occurrence, c'est Yaël BRAUN-PIVET à qui il avait accordé sa confiance en tant que ministre de l'Outre-mer. Donc je crois que c'est une candidate qui a beaucoup de valeur à ses yeux. Aurore BERGE, présidente du groupe majoritaire, ça ne s'est, jamais vu dans la République française. Elisabeth BORNE, Première ministre, c'est la deuxième fois dans l'histoire de la République française. Donc je crois que ce…

LORRAIN SENECHAL
Et Marine LE PEN, présidente du premier groupe d'opposition, c'est quelque chose que vous saluez également ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, Valérie RABAULT était présidente du groupe de l'opposition Parti socialiste dans la précédente mandature, ça montre qu'on évolue dans notre société, mais cette évolution, elle a été notamment portée par le président de la République, je ne vais pas lister toutes les mesures qui ont été prises pour accorder plus de droits aux femmes, on pense évidemment à la procréation médicalement assistée pour toutes, par exemple, qui est un des grands acquis du président quinquennat…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Agnès, Agnès PANNIER-RUNACHER, pour qu'on comprenne bien, justement, sur cette question de la place des femmes aujourd'hui, Damien ABAD a été exfiltré du gouvernement, il a contre lui une plainte pour tentative de viol. Est-ce qu'aujourd'hui, la règle, ça n'est plus, la règle en matière politique, ça n'est plus la présomption d'innocence ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, la présomption d'innocence, on la respecte, mais comme…, et je pense qu'elle est très importante, et moi, j'ai à la fois toujours été du côté de la parole des victimes dans ces violences sexuelles et sexistes, et c'est un des grands acquis du précédent quinquennat, du président de la République, d'avoir libéré cette parole, et je crois que c'était très important. Mais dans le même temps, si je vais jusqu'au bout…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais justement, c'est ce que dit la Première ministre dans une interview au magazine Elle, elle dit : il faut écouter les témoignages. Donc en fait, pour aller au fond de la question, ça veut dire que la parole des femmes prime aujourd'hui, c'est ça l'essentiel ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pour aller jusqu'au bout, en l'occurrence, au cas d'espèce, la présomption d'innocence, elle doit être respectée, le tribunal médiatique ou le tribunal de l'opinion sont dangereux pour notre démocratie, donc Damien ABAD bénéficie de la présomption d'innocence…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Enfin, il est exfiltré du gouvernement…

AGNES PANNIER-RUNACHER
En revanche, compte tenu du fait que dans ses fonctions, on entendait… finalement, il ne pouvait plus les exercer de manière sereine, cette question du doute qui pesait sur Damien ABAD était tellement répétée qu'il n'était pas en situation d'exercer sereinement ses fonctions. Et ce choix a été fait effectivement par la Première ministre, et ça paraît important.

LORRAIN SENECHAL
Mais quelle est la différence avec la secrétaire d'Etat à la Francophonie, par exemple, Chrysoula ZACHAROPOULOU, qui fait l'objet de deux plaintes pour des viols dans le cadre de son métier de gynécologue ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce que ça n'a absolument rien à voir, enfin, en l'occurrence, Chrysoula ZACHAROPOULOU, elle est gynécologue, elle pose des diagnostics, notamment sur une maladie qui est l'endométriose, donc elle pratique des examens gynécologiques, ce qui lui est reproché par certaines patientes, c'est de ne pas forcément avoir bien expliqué comment se déroulait l'examen, c'est de ne pas avoir…

LORRAIN SENECHAL
C'est plus que ça, ce qui est lui reproché, c'est un viol, donc c'est une brutalité criminelle, c'est ça qui lui est reproché par certaines patientes…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, alors, c'est pour ça que je me permets d'expliquer et de redonner le contexte aux auditeurs, c'est un examen gynécologique qu'elle a pratiqué pour poser un diagnostic médical. Que la question du consentement soit importante, que la question de l'explication à la patiente des prochaines étapes, mais elle était dans un cadre professionnel et médical…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Bon, c'est un petit peu au cas par cas…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc je crois qu'on n'est pas tout à fait dans la même situation, et tous les auditeurs l'entendent bien. Et la Première ministre ne minore pas cette situation, mais là, on relève plutôt d'une question éthique autour d'un exercice d'une profession. Et je sais que beaucoup de gynécologues et de médecins se sont inquiétés de cette évolution, parce qu'ils doivent pouvoir aussi exercer leur profession dans les meilleures conditions, évidemment en respectant le consentement, évidemment, en étant pédagogique vis-à-vis de leurs patients, mais à la fin, c'est la santé des patients qui est en jeu.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Donc, c'est un petit peu au cas par cas, et quand la Première ministre, dans le magazine Elle, toujours, c'est une interview qui sortira demain soir, parle de la nécessité d'exemplarité, là aussi, c'est au cas par cas, par exemple, pour Eric DUPOND-MORETTI, un ministre de la Justice, mis en examen pour prise illégale d'intérêts, c'est du jamais vu sous la 5ème République, mais là aussi, il faut comprendre le contexte ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, je pense que l'exemplarité, il n'y a pas de doute qu'il faut l'appliquer aux personnels politiques, mais encore une fois, il y a la capacité à exercer ses fonctions vis-à-vis de son portefeuille, est-ce qu'on peut le faire ou pas, la capacité à être au travail, et la question de la présomption d'innocence. Systématiquement, lorsqu'il y a eu des condamnations, lorsqu'il y a eu une justice qui prend position, nous avons respecté les décisions de justice. Et cette exemplarité, nous l'avons appliquée.

LORRAIN SENECHAL
Mais si Eric DUPOND-MORETTI par exemple était renvoyé en procès, parce que le Parquet général demande un procès, la tenue d'un procès pour Eric DUPOND-MORETTI, là, ce serait la ligne rouge, on se demande à quel moment…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pardon, je ne vais pas faire de la politique fiction, si vous voulez. Moi, ce qui me paraît important aujourd'hui, c'est qu'on ait un gouvernement, 1°) : qui soit au travail, 2°) : qui soit compétent, et je crois que c'est ce qu'attendent les Français.

LORRAIN SENECHAL
Et c'est Christophe BECHU donc qui rejoint l'autre portefeuille de l'Ecologie, en l'occurrence à la Transition écologique. Il lui est déjà critiqué parce que son profil ne correspondrait pas à celui de quelqu'un qui aurait lutté contre le réchauffement climatique, c'est par exemple ce que lui dit Sandrine ROUSSEAU, la dirigeante écologiste.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais alors, je pensais que vous alliez passer une séquence de Sandrine ROUSSEAU…

LORRAIN SENECHAL
Non, elle a tweeté tout simplement en précisant qu'elle n'avait jamais vu Christophe BECHU sur le moindre terrain de lutte écologique.

AGNES PANNIER-RUNACHER
En fait, Christophe BECHU, c'est un élu, donc il fait de l'écologie de terrain, il fait de l'écologie tous les jours, lorsque vous organisez un réseau d transport dans une agglomération, votre problématique, c'est d'intégrer aussi l'impact environnemental, ce sont les mobilités douces ; il connaît peut-être beaucoup plus en profondeur les questions écologiques que Sandrine ROUSSEAU, parce que lui, il a été à la manoeuvre avec des habitants, qui ont des exigences de qualité de vie, qui ont des exigences de qualité d'air, qui ont des exigences par rapport au réchauffement climatique. Et ce que nous recherchons, ce sont des gens qui sont capables, comme moi, de porter une écologie des solutions et pas une écologie des illusions. Et puis, dans la critique de Sandrine ROUSSEAU, au fond, on entend une sorte de monopole, l'écologie serait le monopole de militants activistes, mais ce n'est pas la situation, comme pour la santé, comme pour l'école, comme pour la question du plein emploi, nous sommes tous, vous et moi, concernés, par la question de l'écologie. Et nous avons tous une légitimité à prendre position sur ce sujet-là. Donc je crois qu'il faudra juger Christophe BECHU sur les faits, sur les actes, et pas poser un jugement finalement à l'emporte-pièce, et qui montre bien la limite, la limite de la réflexion de la Nupes, et sa difficulté à rentrer dans une logique d'assemblée constructive.

LORRAIN SENECHAL
Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de la Transition énergétique, on va parler dans un instant de la réalité du changement climatique, juste après le " Fil info ".

JEAN-JEROME BERTOLUS
Avec toujours Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de la Transition énergétique. Hier, Mario DRAGHI, le chef du gouvernement italien, a confirmé que l'effondrement du glacier en Italie, qui a fait au moins 7 victimes, était dû au réchauffement climatique. Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce qu'on atteint la cote d'alerte, est-ce qu'aujourd'hui, les scénarios les plus pessimistes ne sont pas en train de se réaliser en matière de climat ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce qui est en train de se passer, c'est effectivement que nous subissons les effets du réchauffement climatique, nous le voyons dans des épisodes climatiques extrêmes, des inondations, des gels de récoltes, des dômes de chaleur, des incendies, la raréfaction d'un certain nombre d'espèces vivantes, la disparition de ces espèces, ces scénarios, les scientifiques nous les ont partagés depuis plusieurs années, et c'est pour ça que nous avons fait de la lutte contre le réchauffement climatique, et de manière plus générale, de la transition écologique, puisqu'il y a des enjeux de biodiversité que je mentionnais rapidement, et qui ne sont pas que liés au réchauffement climatique, une absolue priorité au sein du gouvernement.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais est-ce que c'est vraiment une absolue priorité, le Haut conseil pour le climat, qui vient de rendre son rapport annuel la semaine dernière, s'inquiète en disant : finalement, la transition énergétique va peut-être être sacrifiée, eh bien, compte tenu de cette guerre en Europe par exemple, le Haut conseil pour le climat dit : on fait une ristourne sur le prix de l'essence, vous allez remettre en service une centrale à charbon.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, le Haut conseil pour le climat, je les ai rencontrés avec la Première ministre au moment de la remise du rapport, ce qu'ils disent d'abord, c'est qu'ils notent l'effort d'accélération de la France, de son gouvernement, de ses engagements en matière de transition énergétique. C'est la première chose qu'ils notent, et qu'ils font bien valoir. Et je pense que c'est important de le souligner ; ensuite, ils, effectivement, mentionnent que par exemple, la mesure pour le carburant, qui est une mesure de soutien aux Français qui, notamment, beaucoup d'entre eux, ont besoin de leur voiture pour aller travailler, et ne peuvent pas du jour au lendemain changer leur voiture pour une voiture électrique, ils incitent le gouvernement à ce qu'elle ne soit pas prolongée trop longtemps, parce que ce serait freiner la transition énergétique. Tout en disant : on comprend bien qu'aujourd'hui, vous n'avez pas d'autre choix, parce qu'il faut protéger le pouvoir d'achat, et en particulier le pouvoir d'achat des plus vulnérables…

LORRAIN SENECHAL
Mais ils vous disent quand même que vous n'allez pas assez vite. La centrale de Saint-Saulve, la centrale à charbon, elle va rester ouverte combien de temps ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La centrale à charbon de Saint-Saulve, d'abord, elle a fonctionné l'hiver dernier. Et notre électricité d'origine charbonnée, c'est moins de 1% de notre mix énergétique, pour vous donner une comparaison, en Allemagne, c'est plus de 25%, donc on n'est pas du tout dans une fuite en avant sur le charbon, on est dans une fermeture raisonnée de nos centrales à charbon, celle-ci va être probablement mise en alerte au cas où nous avons un pic à passer de production d‘électricité…

LORRAIN SENECHAL
Cet hiver…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais elle ne va pas beaucoup fonctionner, si tant est qu'elle fonctionne, moi, mon enjeu…

LORRAIN SENECHAL
Elle ne fonctionnerait que par à-coups, au moment du pic de consommation…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, mon enjeu, c'est effectivement qu'elle fonctionne à minima l'hiver prochain. En revanche, c'est ma responsabilité de ministre de la Transition énergétique de fournir le maximum d'énergie quand on en a besoin…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais précisément, est-ce que vous craignez, est-ce que vous pouvez dire ce matin si l'hiver prochain, la Russie ne risque pas de fermer le robinet du gaz pour tous les Français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ça, c'est une question que vous pourriez poser à Vladimir POUTINE ou à GAZPROM…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce que vous, vous travaillez sur ce scénario-là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais en tant que ministre de la Transition énergétique, mon travail…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et on le constate déjà un peu, non ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mon travail, c'est d'étudier et de préparer tous les scénarios, on a un scénario, où, effectivement, les livraisons russes continuent, mais moins qu'avant, ce qui est la situation actuelle…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Ce qui est déjà le cas…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est-à-dire qu'il n'y a jamais eu d'arrêt de livraison du gaz naturel à la France, en revanche, il y a eu une diminution, il y a deux semaines…

LORRAIN SENECHAL
De quelle proportion ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Une diminution qui était de l'ordre de 60%, donc ce n'était pas l'épaisseur du trait. Et donc, notre enjeu, c'est de nous préparer à remplacer ce gaz naturel à court terme, parce qu'à moyen terme, il faut surtout en sortir du gaz naturel. Il faut privilégier de l'électricité décarbonée, et c'est pour ça que nous avons un plan pour accélérer le développement des énergies renouvelables, que nous avons un plan aussi, c'est du plus long terme, pour relancer la production d'énergie nucléaire, et pour avoir le mix énergétique le plus décarboné possible.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et justement, sans faire de scénario catastrophe, on parle de l'arrêt éventuellement de l'approvisionnement du gaz cet hiver, actuellement, la moitié du parc nucléaire est à l'arrêt, 28 réacteurs sur 56…

AGNES PANNIER-RUNACHER
26, pardon…

LORRAIN SENECHAL
26 réacteurs sur 58…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Oui, pardon. Est-ce que ça veut dire que l'hiver prochain, il pourrait y avoir des coupures électriques ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, l'arrêt des réacteurs, il est dû à deux raisons, une première raison, qui sont les maintenances qu'EDF a précisément positionnées pendant l'été, pour pouvoir avoir des réacteurs au travail pendant tout l'hiver. Ça, ça porte sur 14 des réacteurs actuellement en arrêt…

JEAN-JEROME BERTOLUS
En totale sécurité…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, exactement, tout à fait. C'est des maintenances courantes, annuelles, triennales, décennales. Une autre partie de ces réacteurs est liée à la détection de corrosion dans certains tuyaux, alors, ce n'est pas au centre de la centrale nucléaire, mais néanmoins, c'est pris avec beaucoup de sérieux par EDF et par l'agence de sécurité nucléaire. Et sur ces réacteurs-là, il y a tout un processus qui se déroule pour faire en sorte de repérer le problème, de réparer le problème, et de remettre en service, et par rapport à ce processus, EDF aujourd'hui s'engage à livrer un certain volume d'électricité, alors, je peux vous le donner en térawattheures…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Donc pas d'inquiétude…

AGNES PANNIER-RUNACHER
280 à térawattheures, mais sous cette hypothèse-là, dans un hiver classique, malheureusement, on a été confronté à beaucoup de situations un peu improbables, mais dans un hiver classique, nous n'aurions pas besoin de réguler l'électricité. Comment ça se passe quand il y a des tensions sur l'électricité, vous avez plusieurs choses, vous importez l'électricité depuis les pays étrangers, notamment les pays européens, c'est avec eux qu'on a des interconnexions, c'est pour ça que c'est important d'ailleurs d'avoir un marché européen de l'électricité, et quand j'entends certaines oppositions nous expliquer qu'il faut en sortir, ça veut dire que là, on aurait 40 jours de black-out par an, puisque 40 jours par an, on importe déjà de l'électricité. La deuxième chose, c'est que vous avez des entreprises qui signent des contrats pour lorsqu'on les appelle en disant : on a des problèmes de fourniture d'électricité, est-ce que vous pouvez couper ? Ils coupent, et en échange de ça, ils ont un prix de l'électricité plus faible ; ça s'appelle l'effacement. Donc nous travaillons en ce moment à de l'effacement. La troisième chose, c'est la sobriété énergétique, avec Elisabeth BORNE, nous avons lancé, il y a deux semaines, un chantier massif sur la sobriété énergétique pour réduire de 10 % notre consommation d'énergie. Donc l'électricité, d'un côté…

LORRAIN SENECHAL
D'ici deux ans, c'est à l'objectif ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait. L'électricité, d'un côté, le gaz de l'autre, et le carburant, parce que le carburant est aussi pris en compte, c'est bon pour notre planète, c'est bon pour notre souveraineté électrique, et énergétique, mais aussi, c'est bon pour notre portefeuille à tous, à tout un chacun.

LORRAIN SENECHAL
Alors, vous allez nous dire dans quelques instants justement comment on va faire pour réduire nos besoins de 10% d'ici deux ans, tout en épargnant les ménages, puisque c'est le but que les coupures ne visent pas les ménages évidemment, les coupures d'électricité éventuelles ou les réductions en tout cas de débit. Ça sera juste après le " Fil info. "

LORRAIN SENECHAL
Toujours avec Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de la Transition énergétique. On parlait de cette objectif de réduction des besoins en énergie de la France de 10% d'ici deux ans, comment on fait concrètement, ce ne sont pas les ménages qui doivent porter cet effort, ce sont surtout les entreprises ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est tout le monde. C'est tout le monde, c‘est très clair. Mais il faut commencer par l'endroit où il y a le plus de réserves, ou le plus de gains possibles. Les entreprises, l'administration, l'Etat occupent des millions de mètres carrés et emploient des millions de personnes, et au travail par exemple la climatisation, vous avez près d'une entreprise sur deux qui est climatisée, vous n'avez qu'un Français sur quatre qui est climatisé pour l'été. Eh bien c'est là qu'on va faire le plus d'économies. Et je pense que c'est important de bien marquer que c'est la responsabilité de tous. C'est la responsabilité des dirigeants d'entreprise, c'est la responsabilité des organisations syndicales, c'est la responsabilité de l'Etat évidement en premier chef en tant que porteur de politique publique, mais aussi en tant qu'employeur et aussi en tant que gestionnaire de locaux, et ce sera évidemment, c'est la responsabilité de chaque Français.

LORRAIN SENECHAL
Donc concrètement la clim, c'est un peu moins fort, un degré de plus dans les entreprises.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez que la France a un haut niveau de normalisation, donc par exemple la climatisation dans le code de l'énergie, il est prévue qu'on ne la déclenche qu'au-delà de 25° de température. Un autre exemple, c'est la température l'hiver, à quel niveau on positionne son chauffage ? Eh bien si nous baissions tous, je parle des gens qui travaillent le tertiaire, les centres commerciaux, d'un degré la température des locaux que nous occupons et vous savez qu'elle n'est jamais inférieure à 19°.

LORRAIN SENECHAL
Et vous allez faire évoluer ces normes ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle n'est jamais inférieure à 19°, nous économiserions 7%, 7% d'énergie, c'est vous dire à quel point c'est atteignable.

LORRAIN SENECHAL
C'est un appel à la responsabilité ou est-ce que vous, vous allez changer ces normes ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais les textes ils existent, je viens de vous le dire, les textes, la température de consigne de 19°, elle existe. La température de 25 ° pour déclencher la climatisation c'est dans le code de l'énergie, le fait d'éteindre les tours la nuit, c'est une loi que nous avons votée dans le quinquennat précédent.

LORRAIN SENECHAL
Donc il suffirait d'appliquer les textes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc il faut commencer par appliquer les règles.

LORRAIN SENECHAL
Le premier consommateur d'énergie en France, c'est la SNCF dont le président directeur général dit déjà que parce qu'il achète maintenant son électricité pour dans un an, les prix risquent d'augmenter, les prix des billets, parce que le coût de l'énergie est trop élevé, qui va payer à la fin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le coût de l'énergie, vous le savez, vous le vivez dans votre quotidien, le coût de ce que vous achetez au supermarché, une partie de ce coût dans les rayons du primeur…

LORRAIN SENECHAL
Donc c'est le consommateur.

AGNES PANNIER-RUNACHER
… il y a l'augmentation du coût du gaz naturel par exemple, puisqu'il faut du gaz naturel pour faire un certain nombre de productions primeurs, donc nous l'observons dans l'augmentation de l'inflation. Nous, notre rôle, c'est de freiner l'augmentation de cette inflation, c'est d'avoir un bouclier qui permette en particulier aux Français les plus vulnérables de continuer à vivre dignement. Mais cette inflation, je crois qu'on l'observe tous, elle est, aujourd'hui elle a passé le cap des 6%, c'est inédit depuis des années, elle est la pus faible en Europe en France, ce qui veut dire que les mesures de pouvoir d'achat de l'Etat fonctionnent.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Agnès PANNIER-RUNACHER, on ne va pas refaire toute la politique du gouvernement mais je reviens sur effectivement cette préoccupation légitime d'économie d'énergie, il y a une semaine les patrons des plus grandes entreprises d'énergie françaises, dont TOTAL ont appelé les Français justement à faire preuve de sobriété. Est-ce que vous comprenez par exemple une réaction d'une partie de l'opposition en disant, attendez TOTAL nous demande à nous citoyens de faire des économies alors que TOTAL est même accusé par Emmanuel MACRON de faire des profits de guerre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Justement je trouve intéressant et moi c'est ce que j'ai demandé aux énergéticiens, à EDF dont nous sommes le principal actionnaire à 85%, à ENGIE dont nous sommes un grand actionnaire et à TOTAL qui est une entreprise privée, c'est de prendre position sur la sobriété énergétique. C'est-à-dire ceux qui vivent de la vente de l'énergie, nous disent eux-mêmes.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et qui en vivent très bien compte tenu de la guerre.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils nous disent eux-mêmes il faut réduire la consommation d'énergie et je pense que c'est un propos d'ailleurs qui a marqué les consciences parce que ça veut dire, finalement on vous demande de faire moins de profit.

LORRAIN SENECHAL
Mais ça donne l'impression que c'est à nous de faire les efforts Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce qu'il ne faut pas, par exemple le Rassemblement national propose de taxer les super profits comme ils disent.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais ça ne va pas réduire nitre consommation de l'énergie de taxer es super profits, c'est bien là où il y a une confusion. Le sujet c'est d'économiser les molécules d'électricité et de gaz, enfin ou des électrons, on peut parler de taxation des super profits, mais c'est une autre discussion. Moi aujourd'hui j'ai une feuille de route pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour lutter contre le réchauffement climatique il faut produire plus d'énergies décarbonées et il faut réduire toutes les consommations d'énergies qui ne sont pas nécessaires. C'est essentiel, on parlait de ce qui s'est passé en Italie, si vous voulez éviter ce type d'incident, c'est à tout le monde de faire un effort, c'est une question e responsabilité vis-à-vis de nos enfants.

JEAN-JEROME BERTOLUS
et votre responsabilité en tant que ministre de la Transition énergétique, c'est de vous assurer que la promesse d'Emmanuel MACRON pendant la campagne des élections présidentielles à savoir que la France consacre 10 milliards d'euros chaque année à cette transition, eh bien que cette promesse soit bien remplie, vous allez vous en assurer dans le prochain budget ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'ai eu une conversation avec Gabriel ATTAL pas plus tard que cet après-midi.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Le ministre du Budget.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et c'est évidemment un enjeu important mais au-delà de ces 10 milliards, c'est comment on les utilise et surtout de faire la preuve que nous réduisons nos émissions de gaz à effet de serre et que nous accélérons sur le déploiement des énergies renouvelables, c'est tout l'enjeu du projet de loi que je souhaite porter sur l'accélération de la transition énergétique, c'est tout l'enjeu des mesures que je vais prendre dans les prochains jours pour accélérer au niveau réglementaire les projets photovoltaïques, les projets d'éoliens terrestres, les projets de biogaz, il ne suffit pas de mettre de l'argent, il faut qu'il soit utilement employé pour réduire cette dépendance qui pèse sur le portefeuille des Français, sur leur pouvoir d'achat, qui pèse sur notre souveraineté énergétique et donc sur notre souveraineté politique.

LORRAIN SENECHAL
Il en sera aussi question dans le projet de loi pouvoir d'achat et vous allez d'ailleurs dans quelques minutes rejoindre à l'Elysée la réunion interministérielle sur ce projet de loi qui sera présenté après demain en Conseil des ministres. Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci.

LORRAIN SENECHAL
Bonne journée à vous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juillet 2022